II. — Hystérie traumatique générale
Dans l’hystérie traumatique générale, on n'aura qu’à traiter l’état général selon les règles que nous venons de donner. Surtout que l’on n'oublie pas d’essayer la suggestion, qui ne réussit certes pas toujours, mais qui souvent amène une amélioi’ation notable qui s’accentue de plus en plus jusqu’à la guérison complète, comme dans notre observation VI. Les échecs que l’on essuie lorsque l’on veut entreprendre une cure psychothérapique, dépendent, le plus souvent, de l’impatience des praticiens qui s’imaginent que si la maladie doit guérir par ce procédé, ce doit être en une ou deux séances.
Le médecin qui, confiant en l’électrothérapie, soumettra patiemment son malade à des séances journalières d’électricilé, statique ou dynamique, essaye une ou deux fois, et souvent sans conviction, le traitement psychothérapique, puis l’abandonne brusquement, soit qu’il n’ait pu endormir son malade, soit qu’il n’ait obtenu aucun résultat.
Mais que dirait-il si un de ses confrères niait l’efficacité de l’électrothérapie en se basant sur un ou deux essais impuissants?
On n’obtiendra de la suggestion des résultats réels qu’en s’armant de patience : la suggestion ne peut détruire en cinq minutes des auto-suggestions datant de plusieurs mois ou de plusieurs années.
Mais si l’on persévère, si l’on répète journellement la suggestion, on verra bientôt l’amélioration se produire et s’accentuer de plus en plus. C’est ainsi que nous avons procédé chez nos malades des observations VI, VII et XV, c’est ainsi que nous traitons tous les malades que nous soumettons au traitement suggestif, et ce n’est que de cette façon que l’on peut en obtenir de bons résultats.
Voici encore trois observations prouvant la puissance curative de la suggestion dans ces cas.
Observation XXVI. (Bernheim, obs. XIll, p. 271.)
« M»« X....,de Chaions, ûgée de 20 ans, m’est adressée par son médecin et vient me voir le 12 septembre 1889, pour des symptômes hystériques d’origine traumatique.
ÉTUDE l'ATIlOGÉNlQUE ET CLINIQUE
» Sa mère, morte depuis plusieurs années, était névropathe, sans partirularités spéciales. A part une implantation vicieuse et des malformations de certaines dents, X.... est bien constituée et assez intelligente. Vers l’âge de iO ans, elle fut atteinte d’un rhumatisme articulaire grave. Mais depuis elle s’est bien portée jusqu’au mois de novembre 1888 (vers le 10;, où, en ouvrant une huche à pain, elle laissa retomber le couvercle sur sa tête. Depuis ce temps, elle se plaint d’une douleur dé tête continue, contusive sur le crâne, avec exacerbation. Le 14 décembre, dit-elle, elle commença à avoir des secousses convulsives des plus variées. Presque tous ses muscles entrent alternativement en jeu, agités par un tic convulsif. « C’était » d’abord la bouche qui était tii’ée d’un côté; après, les yeux ont commencé à » clignoter ; au bout de quelques jours, le front se plissait, puis le nez ; les » oreilles étaient tiraillées en divers sens ; des grincements de dents ; le cou » était convulsivement porté en arrière, ou des deux côtés; les mains, les » jambes, la langue, l’estomac, le ventre aussi prenaient part h ces mouvements » convulsifs. »Ces contractures duraient deux minutes ; elles n’étaient jamais généralisées. Tantôt c’étaient les muscles de la bouche, tantôt ceux des yeux, jamais les deux groupes ensemble. De même les membres supérieurs et inférieurs ne se contractaient jamais simultanément. Tantôt les uns, tantôt les autres ; soit les deux mains ou l’une seulement, soit les deux pieds ou l’un seulement.
» Les contractures duraient environ deux minutes et se répétaient dix à quinze fois par jour .laraais de perte de connaissance, pas de sensation de boule ni de strangulation.
» Au moment où ces contractures commençaient, ou un peu auparavant, la malade devenait triste, anxieuse : « J’avais peur, dit-elle, d'avoir fait du » mal à tout le monde, je me trouvais tout à fait drôle jusqu’à ce que c’était n en train. »
» Tous les traitements antispasmodiques, bromure, etc., échouèrent successivement. L’hypnotisation fut essayée à Châlons, et malgré plusieurs séances, l’hypnose étant profonde, il n’y eut pas de modification persistante. Nous ne savons si la suggestion a été faite convenablement.
» Le \~2 septembre, j’endors M"® X....; elle s’endort instantanément au simple mot ; « Dormez. » Elle est en sommeil profond cataleptisable, hallucinable, amnésique au réveil. Je suggère la disparition des contractures, le retour du sommeil, etc....
» Le 43, elle me dit avoir bien dormi la nuit ; elle n’a i)lus eu de douleurs de tète. Le matin seulement, elle a eu quelques mouvements des yeux et de la bouche; toute la journée d’hier elle n’a rien ressenti. Ajoutons que depuis le début de l’affection, la malade avait de l’insomnie fréquente ; elle ne dormait que deux nuits par semaine, en moyenne.
» Après trois séances, les mouvements anormaux ont complètement disparu, si bien que je n’ai pas eu occasion de les constater moi-môme. Le .sommeil est parfait toutes les nuits ; la douleur de tête a aussi disparu. M'i® X.... se sent mieux moralement, plus forte de caractère. Elle a hâte de
DES NÉVROSES TRAUMATIQUES.
rentrer chez elle. J’ai grand’peine de la retenir jusqu’au 19, jour où je riiypnotise pour la huitième et dernière fois.
)) A la date du 25 octobre, une lettre de son médecin m’ai)prend que la guérison ne s’est pas démentie. «
Observation XXVII. (Bernheim, obs. XV, p. 277.)
K L Gustave, 21 ans, cordonnier. Entre à l’hôpital le 17 juillet, sort le.
20 juillet 1886. Habituellement bien portant ; pas de maladie antérieure. Le 14 juillet, après avoir été exposé au soleil, il fut serré dans la foule, à la revue, et ressentit des frissons avec tremblement et claquement de dents. Rentré chez lui, il eut des étourdissements, avec sensation de malaise jusqu’au soir ; mais pourtant il déjeuna comme d’habitude. Le soir, il alla voir le feu d’artifice; en revenant, il fut pris de vertige et de battements de cœur, qui durèrent deux heures. Puis il tomba à la renverse, avec convulsions dans les mains et les jambes, trismus et écume à la bouche. Les battements de cœur furent suivis de sensation de strangulation. Il se débattait, était contracturé et ne pouvait crier. On le couche à 1 heure du matin. La chute avait été précédée ' de douleurs lancinantes s’irradiant jusque vers le rebord costal : ces douleurs durèrent jusqu’à 3 heures du matin, puis le malade s’endormit. Le lendemain, il ressentait encore des élancements douloureux, avec battements de cœur, céphalalgie frontale et occipitale gravative très forte. Bourdonnements d’oreille à gauche. N’a rien mangé ; n’a pas dormi; pas de selles. Il avait encore des vertiges et dut plusieurs fois s’approcher du mur pour ne pas tomber. La nuit du 16 au 17 fut bonne. Depuis, les symptômes vont en s’améliorant.
'> Auparavant, L.... était sujet aux crispations de nerfs, irritable ; quand il ne pouvait passer sa colère, il avait une sensation de strangulation. Il y a deux ans, b la suite d’une colère, il tomba.
» Sujet aux migraines (une fois par semaine, céphalalgie frontale'. Pas d’excès habituels. Parmi ses antécédents de famille, nous relevons que sa mère aurait des crises de nerfs. 11 a eu un frère qui est mort à 4 ans d’une méningite.
» État au 19 juillet. Constitution délicate. Tempérament lymphaticoiierveux. Apyrexie. Pouls ; 80, régulier, égal. Rien d'anormal au cœur. Langue un peu blanche. Pas d’appétit, pas de selles depuis trois jours. Habituellement digestion bonne. Respiration nette.
» On constate une hyperesthésie douloureuse à la pression dans les cinquième, sixième, septième espaces intercostaux gauches, et b la région liypocondriaque gauche. La sensibilité à la piqûre est moins marquée à gauche qu’à droite. Pied bot, varices congénitales b droile.
» Le malade a encore, par moments, des vertiges.
» Hypnotisé, pour la première fois, par simide occlusion des yeux, il entre
ÉTUDE PATHOGÉNIQUE ET CLINIQUE
en somnambulisme (catalepsie, contracture, transfert suggestif). A%i réveil, après suggestion, il n’a plus de douleurs à la pression, et la sensibilité est égale des deux côtés.
» Le 20, le malade a bien dormi, n’accuse plus de vertiges, ni de douleurs. L'appétit est revenu. Il demande sa sortie. »
Observation XXVllI. (Bernheim, obs. XVI, p. 278.)
« M...., Victorine, 18 ans, repasseuse, est entrée à l’hôpital dans la nuit du 6 au 7 juin 1889. Vers 8 heures du soir, elle avait été battue sur l’escalier de sa maison par une femme habitant la même maison, sans cause connue, cette femme étant, suppose-t-elle, ivre. Elle fut prise immédiatement de convulsions hystériques qui se répétèrent coup sur coup, avec strangulation, cris, grands mouvements. On ne put les arrêter et on l’amena à l’hôpital vers minuit. Elle n’a jamais eu de maladie antérieure. Elle est habituellement bien réglée. C’est une fille forte, grosse, bien constituée, d'une intelligence faible, d’un tempérament nerveux, très irritable. Je constate, le 20 juin, de l’anesthésie avec analgésie générale; absence de sens musculaire. La pression de la région abdominale seule détermine de la douleur iiartout. L’odorat est aboli; la vision est conservée, mais il y a dyschromatopsie; le rouge est vu jaune; le violet foncé, gris ; le bleu, jaune; le blanc, bleu. De temps en temps, la malade a un certain degré de contracture dans les membres. Depuis 1 heure du matin, elle n’a pas eu de crise; elle n’accuse ni strangulation ni douleurs; toutes les fonctions, respiratoire, cardiaque, digestive, sont normales. On ne constate aucune trace de contusion sur le corps.
» J’applique, sans rien dire, une pièce d’or sur le pied gauche; au bout de dix minutes, la sensibilité n’est pas revenue. Je remets la même pièce au même endroit, en prévenant la malade i[ue la sensibilité va revenir sur toute la moitié gauche du corps. Au bout de dix minutes, je constate en effet que toute la moitié gauche du C07'ps e.vactemenl a recouvré la sensibilité tactile et à la douleur et le sens musculaire ; la moitié droite reste insensible. La dyschromatopsie persiste.
» 27 juin : Dans la journée d’hier, la malade accusait une douleur vers la région axillaire droite, douleur qui l’a empêchée de dormir. La sensibilité tactile et à la douleur existe sur le membre inférieur gauche. Une piqûre d’épingle ou une pression légère sont bien ressenlies au membre inférieur droit, mais moins distinctement au membre supérieur ; le côté droit de la face reste analgésique. La dyschromatopsie persiste; les odeurs ne sont pas jierçues; le sel mis sur la langue n’est pas perçu. L’oreille gauche n entend pas le tic-tac de la montre ; l’oreille droite le perçoit à 30 centimètres.
» J’hypnotise la malade, qui entre facilement en somnambulisme, et je suggère' le retour de la sensibilité. Immédiatement après le réveil, elle existe partout, mais quelques instants après, explorant de nouveau, je constate une hémianesthésie droite complète. La douleur de côté a dispaïu.
» Je continue les jours suivants à faire la suggestion hypnotique. La sensibilité reparaît nette et définitive dès la seconde séance; la dyschromatopsie a disparu définitivement, l'olfaction est restaurée. L'oiCie est rétablie après la troisième séance.
O Le 6 juillet, la malade, complètement guérie, quitte l’hôpital. »
I[[. — Hystérie traumatique locale et générale.
Ce que nous venons- de dire du traitement de l’hystérie traumatique locale et de l’hystérie traumatique générale s’applique en totalité à l’hystérie traumatique locale et générale. Cette dernière affection n’étant que la combinaison des deux premières, son traitement reposera sur la combinaison du traitement des deux premières formes de l’hystérie traumatique.