HISTORIQUE
L’historique des névroses traumatiques présente un vif intérêt en raison des discussions nombreuses dont ces affections ont été le sujet.
Bien que la connaissance approfondie des névroses traumatiques soit de date récente, on trouve dans les anciens auteurs des cas s’y rapportant.
C’est Brodie, chirurgien anglais, qui signala pour la première fois, en 1837, l’hystérie locale d’origine traumatique : « Il arrive très fréquemment, dit-il (1), que les symptômes locaux de l’hystérie paraissent devoir être rattachés à l’action d’une cause extérieure, et comme l’action traumatique dont il s’agit est souvent très légère, en disproportion apparente avec les effets produits, ceux-ci sont souvent mal interprétés ; on les prend pour quelque chose de très différent de ce qu’ils sont en réalité. »
Brodie ne parle que des manifestations locales d’hystérie traumatique. En 18o7, Duchesne (2) consacra sa thèse inaugurale à l’étude des maladies nerveuses consécutives aux accidents de
H) Brüuie. Lectures illustrative of certain local nervous ajjections, 1837. (2) Duchesne. Thèse de Paris, 18S7.
ÉTUDE PATHOGÉNIQUE ET CLINIQUE
chemin de fer. En 18S8, Robert rapporta, dans ses leçons de clinique chirurgicale à l’Hôtel-Dieu , l’histoire de plusieurs malades atteints de névroses traumatiques ;
« Dans quelques cas, dit-il (1), la commotion cérébrale a un autre résultat. Les malades perdent l’usage d’un sens, .l’ai vu une personne qui, à la suite de cet accident, avait totalement perdu la faculté de nommer les choses; j’ai vu également un maçon qui avait été privé de l’usage de la parole : cet homme était à l’hôpital Reaujon depuis cinquante-cinq jours; il ne se plaignait pas de céphalalgie bien intense, mais il ne pouvait dire un seul mot; la sœur me demanda de l’employer comme infirmier; j’y consentis. Un matin, il descendait l’escalier avec une infirmière qui portait une grande marmite de potage; cette femme glissa sur l’escalier et fut inondée par le potage chaud; notre homme était présent, il se prit è rire comme un fou et recouvra aussitôt la parole. Quelle est l’altération pathologique qui a pu, pendant deux mois, priver cet homme de l’usage de la parole, et qui a ensuite disparu spontanément et brusquement sous l’influence d’une cause aussi légère? Évidemment cela est impossible è dire. » C’est incontestablement d’un cas de mutisme hystérique d’origine traumatique qu’il s’agissait là.
Mais ces publications étaient vagues et indéterminées; il faut arriver à Erichsen (2), en 1866, pour trouver une étude sérieuse des maladies nerveuses dues au traumatisme. Se basant sur une autopsie, dans laquelle il trouva des lésions des centres neiveux, cet auteur considère les troubles nerveux consécutifs aux traumatismes comme dépendant de lésions organiques de la moelle épinière ou du cerveau.
D’après Erichsen, le traumatisme provoque un ébranlement des cellules de la moelle ; il peut y avoir soit une commotion avec altération des fonctions, sans lésions appréciables, soit une compression de la moelle par un épanchement sanguin ou par des exsudats inflammatoires.
En 1869, Russel Reynolds (3) soutenait que la plupart des symptômes observés à la suite des traumatismes, tels que para-
(1) WoBERl. Cnnléiences de cUmqtie chirurgicale a l llôtel- Dieu, 1888-d8bi», P. 430.
(2) Ekichskn. On ratlway aud nilier injurier of lhe nervous sg.uem. Londres, t8»i
(3) Russel Reynolds, llemarks on paralysi.i and olher disorders of motion a temation dépendent of idea, etc. [ISrit. med. Journ., d889.1
DES NÈVKOSES TRAUMATIQUES.
lysies, contractures, troubles de la sensibilité, etc., peuvent dépendre uniquement de l’idée ; dépendent on idea. C’est la théorie qui devait être reprise plus tard par Charcot.
Leudet (1), en 1872, parlait d’un homme qui, le lendemain d’une chute sur le dos, présentait une paralysie qui guérit spontanément; cinq ans plus tard, ce malade fut repris de paralysie à la suite d’une nouvelle chute. L’auteur croyait que la cause de ces accidents était une congestion de la moelle.
En 1878, Charcot (2), reprenant l’idée émise par Brodie, signalait le rôle important que peut avoir le traumatisme dans l'apparition de l’hystérie locale.
La même année, Weslphal (3) publiait plusieurs observations de maladies nerveuses consécutives aux accidents de chemin de fer; se ralliant à la théorie d’Erichsen, cet auteur croyait ces accidents dus à une lésion organique consistant en petits foyers de myélite et d'encéphalite.
En 1879, Leyden (4) soutenait la même opinion dans son Traité des maladies de la moelle épinière.
Cependant, la même année, Kiegler (S) signalait des troubles nerveux analogues chez des mécaniciens et des chauffeurs ayant eu peur d'un accident. Cet auteur cherchait à prouver que depuis l’adoption des indemnités pécuniaires pour les accidents de chemin de fer, le nombre des névroses traumatiques a considérablement augmenté. En 1881, Moeli relatait quatre observations nouvelles en affirmant le rôle prépondérant de l’émotion morale dans le développement des accidents consécutifs aux traumatismes.
La même année, Hodges (6) considérait les névroses, et principalement l’hystérie, comme pouvant être provoquées par les traumatismes, et Azam (7) cherchait à prouver que le traumatisme peut engendrer de véritables psychoses.
(1) I.EUDET. Clinique médicale de l' Hôtel- Diéii, 1872, t. I, p. 287.
(2) Chakcot. De l’influence de.t lésions traumatiques sur le développement des pltenomènes d’iii/stérie locale. [Le Progrès médical, 9 mai 1878.)
(8) Westphae. Charité-.tnnalen, t. V, 1878.
(4) Leyden. Traité des maladies de la moelle épinière. Paris, 1879, p. ■423.
(8) Riegler. Ueber die Folgen der Verletzungcn auf Ëisenhahnen. Rei'lin, 1879.
(6) Hodges. So called concussion oj ihe spinal cord. {Bo.st. med. and surg Journ 11“ 16, 1881.)
(7) Azam. Archives générales de médecine, février 1881.
ÉTUDE PATHOGÉNIQUE ET CLINIQUE
En 1883, Wilks (1), Wallon (2), Putnam (3) émeltaienl des conclusions analogues : ils affirmaient que le traumatisme peut être mis au nombre des agents provocateurs de l’hystêrie. Wallon, ayant remarqué que les troubles cérébraux sont plus fréquents que les troubles spinaux à la suite des traumatismes, proposa de remplacer le terme railway spine des Anglais par celui de railway brain.
La même année, Herbert Page (4) publiait un très intéressant travail dans lequel il analysait deux cent cinquante cas de névroses traumatiques et arrivait à la conclusion que ces désordres ne sont pas dus à des lésions organiques de la moelle épinière, mais bien à des troubles fonctionnels du cerveau. Il faisait remarquer que les paralysies d’origine traumatique présentent souvent une certaine analogie avec celles qui sont provoquées par suggestion dans l’état hypnotique; il considérait l’hystérie et la neurasthénie comme les principales affections consécutives aux accidents de chemin de fer.
C’est alors que prit naissance la théorie de la névrose traumatique (jui fut émise par Oppenheim (o) et ’Ihomsen (6), de Berlin. Ces auteurs, ayant observé un grand nombre d’accidents de chemin de fer, crurent que les troubles nerveux consécutifs à ces traumatismes constituent une névrose spéciale; ils se basaient sur la fixité, la ténacité de l’anesthésie, qui ne présente pas les changements capricieux caractéristiques des anesthésies hystériques et qui dure des mois et des années. Ils invoquaient encore l’état mental particulier de ces malades, qui sont déprimés, mélancoliques, hypocondriaques.
C’est alors que Charcot (7) entra dans le débat et prétendit que
(1) Wilks. On hemiunesthesia. [Guy's hoapii. reports, 1883.)
(2) Walton. C'tse of tijpical Uysterical hemianesthesia in a man fnllnwing injiirtj. {Arch. pf med., t.\, 1893.)
(3) Putnam. Hecenl investigations in to tlie pathol. ofso called concussion of the spinr. {Uoston med. and surg. Journ., n® 10, 11 décembre 1883.)
(4) Herbert Page. Injuries of the spine and spinal cord withoiti apparent mechamcal lésion and shock in their surgical and medical agents, 1883.
(8) Oppenheim. Zur Lehre der sensor. .1 naestlies. ICentralblatt f. d. med Wissensch.,
1884, n® 8.) Ueber das Vorkommen und die Hedculiing der sens. Anaesthes., etc-
(Arch.f Psgeh., Bd. XV, II, 2.) - Herlin. klin. mehensebr.. 1884, n® 18.
(6) TnoMSEN. Arch. fur Psgcli. und Neurenkrank., t. XV, 1884; Ibid., t. XVI, 18o .
(7) Charcot. Progrès médical. 1883. (Leçons sur les maladies du système ne>veu.r, t. III.)
DES NÉVROSES TRAUMATIQUES.
la maladie désignée en Allemagne sous le nom de « névrose traumatique », appartient à l’hystérie et à la neurasthénie ordinaires, ou bien au mélange de ces deux affections. Il revenait ainsi à l’idée émise précédemment par Brodie ll831), Russel Reynolds (1869), Wilks, Walton, Putnam (1883).
En comparant attentivement certains cas d’hystérie aux troubles nerveux se développant à la suite de traumatismes, il prouva leur analogie; il montra aussi que la suggestion hypnotique est capable de faire naître des phénomènes semblables de paralysie, de contracture, d’anesthésie, etc. Comme le plus souvent le traumatisme provoque des symptômes d’hystérie et de neurasthénie se surajoutant l’un à l’autre, Charcot propose le terme d hystéroneurasthénie pour désigner ce que les Allemands avaient appelé névrose traumatique.
Pour cet auteur, le traumatisme en lui-même est peu de chose, l’idée est tout, comme l’avait dit Russel Reynolds; les troubles nerveux dépendent pour lui d’une autosuggestion, favorisée par l’état mental particulier du patient au moment de l’accident.
C’est alors qu’eut lieu, à la Société médicale des hôpitaux de Paris, une intéressante discussion sur l’hystérie traumatique; plus de dix malades y furent présentés par Voisin, Joffroy, Féréol, Terrillon, etc., et servirent à établir les caractères de l’hystéroneurasthénie traumatique (1).
En 1887, Bernhard (2), Gilbert Renard (3), Quinqueton (4), Bataille (5), Onimus (6), Burckardt (7), Lombroso (8) s’occupèrent de la question et se rallièrent à la théorie de Charcot.
La même année, Lacassagne (9) attribua les symptômes des névroses traumatiques à une myélite diffuse.
11 faut encore signaler, en 1887, la thèse de Berbez (10), élève de
(1) Voir Compte rendu de la Société médicale des hôpitaux de Paris, 25 mars tSSS.
(2) Bernhard. Centralblaii Jür neur. Path., p. 43, 4886.
(3) Gilbert Renard. De la contraction hijslérique, traumatique. (Thèse de Paris, -1886.
(4) Quinqueton. Hystérie chez l'homme. (Thèse de Paris, 1886.)
(5) Bataille. Traumatisme et névropathies. (Thèse de Paris, 4886.)
(6) ÜNISIUS. Union médicale, 6 juin 4886.
(7) Burckardt. Contribution à l’étude de l'hystérie traumatique, {lîevue médicale de la Suisse romande, 4886.)
(8) Lombroso. La Sper mentale, décembre 4886.
!9i Lacassag.ne. Traité de médecine légale, 4886.
(40) Berbez. Hystérie et traumatisme. (Thèse de Paris, 1887.)
Frri'DE PATIIOGÊNIQUE ET CLINIQUE
Charcot, el en 1888, celle de Thyssen (1| qui tous deux soutinrent les idées du maître.
A la suite des travaux de l’Ecole française, certains auteurs allemands reconnurent que, dans bien des cas, le traumatisme développe l’hystérie sans lésions des centres nerveux : dans un travail lu à la Société de médecine de Berlin, en janvier 1888, Oppenheim (12) admit que plusieurs cas de névrose traumatique observés par lui se rattachent à l’hystérie pure; Leyden (3) émit une opinion semblable. Cependant Thomsen (4), envisageant spécialement les troubles psychiques consécutifs aux traumatismes, soutint encore qu’il s’agit d’une névrose spéciale.
Strümpell (o) distingua deux espèces de névroses traumatiques : l’une générale, l’autre locale. Cette dernière appartient à l’hystérie; ce sont des paralysies, des contractures, des anesthésies, non accompagnées de troubles psychiques. La névrose traumatique générale constitue une maladie à part, spéciale, tenant a la fois de l’hystérie et de la neurasthénie.
La même année, Vibert (6) publia une étude médico-légale sur les blessures produites par les accidents de chemin de 1er, dans laquelle il rapporte de nombreuses observations; il semble se ranger à l’opinion d’Erichsen.
En 1889, Grasset, dans ses leçons cliniques de l’hôpital Saint- Éloi, à Montpellier, s’élève contre la théorie de l’autosuggestion ; « En matière de phénomènes hypnotiques, dit-il (7), on peut trouver des analogies avec tout ; on peut simuler toutes les maladies du système nerveux avec l’hypnotisme, et, de ce qu’une malade endormie devant vous présentera absolument les mêmes symptômes d’hémiplégie qu’un autre malade qui a eu un foyer
(1) TilYSSEN. CotHribiition à l'étude de l'hystérie traumatique. (Thèse de Paris, 1887).
(2j Oppenheim. me sind die Erkrankutujen des Servenstjsiems aufzufassen, welche sich nach ErschûUerung des Itückenmarkes, insbesondere Eisenbahnunfàllen, eutwickeln'f (Berlin, 1888, et Bull, méd., 1888.) - Ueber das Wesen und den nosologischen Charakter der sieb nach Eiscnbahnunj'àUen entwikelnden Erkrankungen des Nerven-
Systems, {lierl. àrzif. Corresp.t 5.)
(3) Leyden Société de médecine iaterne de Berlin, 6 février 1888.
(4) Thomsen. Vier Fàlle von iraumalischen und Beflexpsgchote. {Chanté-.inn.,
1888, Xltl. Jahrg.) ,ooQii„ri4\
(5) SthUmpell. Ueber die traumatischen Nevrosen. {Berlin, klin. IVoch., 1888, Hcit J.)
(6) VlBEliT. Ëiude médico-légale sur les blessures produites par les accidents de chemin de fer. Paris, 1888.
(7) Grasset. Leçons sur l'hystérie traumatique, 1889, p. 90.
DES NÉVROSES TRAUMATIQUES.
d’hémorragie cérébrale, vous ne conclurez pas, je pense, que les accidents sont de même nature et qu’il s’agit dans les deux cas
d’une paralysie d’origine psychique.
» Il me semble donc que cette théorie ne peut s étayer sur aucun point démonstratif et que rien n établit 1 existence du mécanisme SI compliqué, auquel l’École de la Salpêtrière paraît cependant tenir beaucoup. Il y a des faits, cités par Charcot, dans lesquels la paralysie n’est survenue que plusieurs jours après le traumatisme : comment faire intervenir dans ces cas l’idée de paralysie qu’aurait dû avoir le malade, au moment de 1 accident? Je ne crois pas que cet intermédiaire soit nécessaire ; aussi ne 1e ferai-je pas entrer dans la définition des accidents que nous étudions, et je vous proposerai de définir l’hystéro-traumatisme : une névi'ose générale et plus spécialement cérébrale, appartenant à la famille des hystéries et développée par le traumatisme chez un sujet dont la prédisposition ne s’est pas nécessairement a([irmée antérieurement par son histoire personnelle ou par son hérédité. »
On le voit. Grasset considère l’hystérie traumatique comme une hystérie spéciale, caractéristique.
En 1887, Guinon (1), dans sa thèse inaugurale sur les agents provocateurs de l’hystérie, soutient les idées de son maître Charcot. A la même époque, Oppenheim (2) publia une monographie sur Les Névroses traumatiques, dans laquelle il n’abandonne pas sa théorie de la nature particulière de la névrose consécutive aux traumatismes, mais où il admet cependant que certains de ces cas doivent être rapportés à l’hystérie.
En 1890, Oppenheim (3) dit : « Il y a une différence capitale entre une paralysie et une anesthésie hystérique développée sous l’influence du traumatisme et la névrose traumatique, du fait même de la curabilité de leurs manisfestations. D’un côté, l’état hystérique nous vient en aide, car, par une excitation relativement faible, on peut mettre en œuvre l’émotivité qui rétablit la capacité de conduction ; dans la névrose traumatique, cet état fondamental nous fait défaut, et par là nous est fermé le chemin le plus commode pour le rétablissement de la conductibilité ner-
(t) Guinon. Les a<ients provocateurs deVhysténe. l'oris, 1889. p. 44.
(2) Oppenheim. Die traumaiischen Nevrosen. Berlin. 1889.
(,T) Oppenheim. Thatsàchliclies und Hypnthetisches über das Wesen der Uysterie. [Berlin, klin. Woch., juin 1890, n» 23, p. 883.)
O ÉTUDE PATHOGÉNIQUE ET CLINIQUE
veuse une fois coupée. » Cet auteur revient donc toujours à son idée première qu’il existe une névrose spéciale, la névrose traumatique.
En 1891, Bouveret (1) fit une étude assez détaillée de l’hystérie et de 1 hystéro-neurasthénie traumatiques, dans laquelle il défend les idées de l’Ecole de la Salpêtrière.
La même année. Page (2) publia un nouvel ouvrage dans lequel il affirme qu’aucune personne raisonnable ne peut douter actuellement que le traumatisme provoque l’hystérie; il dit que le meilleur terme que l’on puisse appliquer aux désordres nerveux consécutifs aux traumatismes, est celui d’hystérie traumatique; il ajoute : « Une étude très soigneuse des écrits d’Oppenheim lîi’a conduit à cette conclusion qu’il n’y a pas une très grande différence entre ses opinions et celles que j’ai moi-même mises en avant. »
La question des névroses traumatiques fut encore étudiée en 1891 par Guillemaud (3), Levillain (4), etBrainerd (5).
En 1893, au douzième Congrès de médecine interne tenu à Wiesbaden, toute la matinée du 14 avril fut consacrée à l’étude des névroses traumatiques (MM. Strümpell et Wernicke, rapporteurs).
Strümpell comprenant sous le nom de névroses traumatiques un ensemble de phénomènes en relation étiologique avec un trauma, mais sans rapport avec une lésion organique du système nerveux périphérique ou central, croit que l’action mécanique n est le plus souvent pour rien dans l’apparition de la névrosé, il estime que l’agent provocateur de ces troubles est l’émotion morale, l’inOuence psychique. Cependant il admet que, dans certains cas exceptionnels, ces manifestations peuvent dépendre d’une véritable commotion.
L’opinion de Wernicke, le co-rapporteur de Strümpell, diffère sensiblement de la précédente. Cet auteur croit que toutes les névroses recevront dans l’avenir leur explication anatomo-pathologique. 11 déclare que sur cent cas de névroses traumatiques, il
(1) Bouvebet. La neuraxthéiiie. Paris, 1891. p. â:i8.
(2) Page. Eisenbahn VerletzuiKjen in forensischer und klinücher llcziebung. Berlin, 1891.
(3) Guillemaud. Des accidents de chemin de fer. Paris, 1891.
(4) Levillain. !.a neurasthénie. Pari.s, 1891.
IS) Braineiiü. Medical Standard, 1891.
UES NÉVKOSES TUAUMATIQüES.
n’a pas observé une seule fois l’hystérie à stigmates, décrite par Charcot, ce qu’il attribue k la différence que présente l’hystérie en France et en Allemagne, résultant très probablement d’une différence entre les cerveaux des deux races ; il croit l’hystérie traumatique décrite par Charcot peu compréhensive, étant appliquée tantôt à l’hystérie véritable, tantôt à la neurasthénie, tantôt îi l’épuisement nerveux. Il pense qu’il faut distinguer la neurasthénie, l’hystérie, l’hystéro-neurasthénie traumatiques, comme autant de groupes neurologiques différents auxquels on sera conduit à adjoindre, sous peu, d’autres groupes encore. La plupart des médecins allemands ont, avec Bâumler, approuvé la dénomination de névroses traumatiques dans le but d’écarter les cas où les troubles nerveux sont dus à des lésions organiques; mais ils redoutent qu’en pratique on porte trop inconsidérément le diagnostic de névrose traumatique; c’est pourquoi, pour obliger ù un examen approfondi, ils préfèrent désigner ces troubles sous les noms d’hystérie, de neurasthénie, d’hypochondrie traumatiques.
D’autres médecins adoptent, avec Jolly, le terme de névrose traumatique au singulier, parce qu’ils ont vu des cas se modifier et passer de l’hystérie à la neurasthénie; d’autres auteurs encore repoussent toute appellation générale, se contentant de désigner chaque cas spécial sous le nom qui lui convient (1).
En ISOS, M“® Bychoffski (2) choisit pour sa thèse inaugurale l’étude de l’hystéro-traumatisme interne; l'auteur eut l’occasion d’observer trois cas d’hystérie développés sous l’influence de coliques néphrétiques et hépatiques ; elle rappelle de plus quelques observations d’hystérie provoquée par la présence de vers intestinaux, et elle conclut que le passage d’un calcul biliaire ou hépatique, ainsi que la présence de vers intestinaux, sont capables de provoquer une véritable hystérie d’origine traumatique.
La même année, Blum (3), agrégé de la Faculté de Paris, publia une intéressante monographie sur l’hystéro-neurasthénie traumatique; cet auteur croit, comme Vibert, que les névroses traumatiques se dévelop|)ent particulièrement ù la suite d’accidents
(t) Voir Com()le rendu du Congrès dans la Snmaine médicale, 1893. p. îiüG.
(2) M"'- Bychoffski. ComribuHon à l'étude de l’hystérie traumatl/iue. (Thèse de Paris, 1893.)
(3) Blum. De l'hystéro-neurasthénie traumatique. Paris, 1893.
ÉTUDE l'ATUOCÉNIOUE ET CLINIQUE, ETC.
Violents, tels que les accidents de chemin de fer ; il estime cependant que I émotion morale joue le rôle principal dans l’apparition de ces phénomènes. ^
En 1894, Patricopoulo (1 ) fit une thèse sur le même sujet, dans laquelle il déclaré qu’il y a plusieurs espèces de névroses traumatiques. « Il n’existe pas une névrose traumatique, dit-il (2) mais des névroses traumatiques.
» Sous influence d’un trauma, chaque organisme répond
une façon spéciale; tandis que la plupart des traumatisés restent indemnes de toute affection nerveuse, d’autres, pour des raisons que nous aurons à examiner, se voient atteints d’une névrose mais celle-ci varie suivant les sujets, et l’on pourra voir se développer une neurasthénie pure, une hystérie pure, un mélange de ces deux affections sous forme d’hystéro-neurasthénie, une maladie de Parkinson, ou encore un de ces états psychiques, encore mal définis, parents très rapprochés des autres névroses, mais dont la difiérenciation clinique et la délimitation précise sont encore à peine entrevues. »
En parcourant, ai nsi q ue nous venons de le faire, l’histoire bibliographique des névroses traumatiques, on voit que quatre théories se trouvent en présence : la théorie de l’hystérie traumatique, que, dès 1837, Brodie faisait entrevoir, et qui, bien qu’ayant une origine anglaise, est devenue depuis celle de l’École française; la théorie de la nature organique des troubles nerveux consécutifs aux traumatismes, théorie émise par Erichsen (1886) et qui peut être désignée sous le nom d anglaise, bien que de nombreux auteurs allemands s’en soient déclarés partisans ; la théorie de la névrose traumatique, inaugurée par Oppenheim (1884) et ïhomsen (188o), (|ui est bien la théorie allemande; enfin la théorie de Grasset(1889), admettant l’existence d’une hystérie traumatique distincte de l’hystérie vulgaire.
De ces quatre théories, celle qui compte actuellement le moins de partisans, c’est celle de Grasset; celle qui en compte le plus, c’est celle de Brodie et Charcot. Toutes les quatre cependant sont
encore soutenues par certains auteurs.
(1) l AtlucoPOULO. Co/UrilffUto/i a t étude de la neurasthénie d'origine traumatique. ' riicse de Paris, 1894.)
(2) Patricopoulo. /.oc. ci/., p. il.