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cœur d'un malaise crépusculaire dont elle refusait d'être libérée.
« Si tu venais voir Gobine avec moi, ma chérie, ces problèmes ne te troubleraient plus.
— Ils ne me troublent pas du tout. Ce qui me trouble, c'est la simple misère humaine, qui persiste même si on fait de son mieux pour la soulager. Regarde Mrs. Bruss!
— Mais les médecins disent qu’elle a toutes les chances.
— Connaïis-tu des médecins qui ne disent pas ça, après une première opération du cancer ?
— Évidemment, Nona, si tu considères la souffrance et le chagrin comme inévitables.
— Non, maman, mais apparemment il y a Quelqu'un qui en a décidé ainsi, à en juger d’après leur persistance et leur diffusion, comme disent les livres de sciences naturelles. »
Pauline sentit son front lisse se plisser fâcheusement. Cette petite avait réussi à gâcher son petit déjeuner et à ébranler l’heureux équilibre qu’elle avait communiqué à son monde. Elle se demandait quelle mouche avait bien pu piquer sa fille. Peut-être avaitelle été secouée par le comportement honteux de Stan Heuston ? Si c'était le cas, il valait mieux qu'elle ait ‘appris à temps quel genre d'homme c'était, et qu'elle affronte sa désillusion. Elle aurait pu finir par tomber amoureuse de lui, et ç'aurait été très déplaisant, à cause d’Aggie. « Ce dont elle a besoin, c'est se marier», se dit Pauline, en s’efforçant de retrouver sa sérénité.
Elle jeta un coup d'œil à sa montre, se demanda si cela valait la peine d'attendre encore son mari, puis décida de dire à Powder de conserver au chaud le petit déjeuner pour Manford, et d'être prêt à servir du café frais et des gâteaux de riz quand il sonnerait.
Dexter, la veille, avait emmené Lita faire de nouveau une longue excursion. Ils étaient rentrés si tard qu'il avait fallu les attendre pour dîner, et ils étaient restés
Lunel VAR
tellement distants et muets durant toute la soirée que Pauline avait plaisanté sur les effets soporifiques de l'air de la campagne, et suggéré que tout le monde aille se coucher tôt. Ce matin, aucun des deux n'était encore descendu à dix heures, et Nona déclarait ne rien savoir de leurs projets du jour.
«Quelle bénédiction que Lita se plaise ici!» soupira Pauline, à l’idée du miracle que Manford accomplissait, et en se résignant à une autre morne journée. Elle s'était inquiétée quand Amalasuntha était venue vanter l’irrésistible Michelangelo et raconter ces invrai- . semblables histoires de cinéma; mais Lita ne semblait pas s’en être émue.
«Jim aura de bonnes raisons de nous être reconnaissant quand il rentrera chez lui, dit en souriant Pauline à sa fille. J'espère qu'il appréciera ce qu'a fait ton père. Mais je pense qu'il l’'apprécie, puisque qu'il reste dans son île. Au fait, ajouta-t-elle, je ne t'ai pas dit, n'est-ce pas, que je suis tombée sur Arthur, hier ? »
Nona hésita avant de répondre. « Moi aussi.
— Oh, toi aussi? Il ne m'en a pas parlé. Il a meilleure mine, n'est-ce pas ? Mais je l'ai trouvé agité, excité. comme si une nouvelle crise de goutte s’annonçait. Il était ennuyé parce que je n'ai pas pu rester avec lui. Il était plus de six heures, et j'aurais dû dîner en ville.
— C'est une bonne chose que tu ne l’aies pas fait, maman, après une journée aussi fatigante…
— Il insistait tellement... Tu sais comment il est, parfois. Il disait qu’il devait absolument avoir une conversation avec moi, mais il n’a pas voulu me dire à quel sujet. £
— Je crois qu'il ne le sait même pas lui-même. Comme tu dis, il est toujours nerveux quand s'annonce une attaque de goutte... |
— Mais il a paru très blessé que je refuse. Il voulait que je lui promette de revenir aujourd’hui. Et quand je lui ai répondu que c'était impossible, il a dit que dans ce cas il viendrait ici. » +