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LES JEUX

Profondes étaient les ténèbres, car le niitrrage de

l'embarcatioû avait causé rextiuclioû des lorches de pin fichées à son avant pour attirer le poisson.

Cependant, aux reflets 4es traînées d'écume que roulait la Colombie, Merellum put voir qu'elle était entre les mains du plus petit de leurs pagayeurs.

La nuit était douce, quoique le ciel fût couvert ; mais Tair était plein de monotones sonorités produites par le formidable concert auquel se livrait, à quelque distance, la cataracte des Chaudières.

Lasse de crier sans obicnir de réponse, de se débattre inutilement, Merellum, à bout de forces, s'abandonna à son ravisseur. Il la mena, en la soutenant et

en nageant, jusqu'au rivage, où il fut rejoint par son

couipagdun, l'Indien aux proporlious gigantesques, dont l'apparition avait déjà causé une inexplicable énioliou à la Pclile-llirondelle.

En abordant, les deux Peaux-Rouges se démasquèrent, et une voix irop connue, bêlas 1 dit à la jeune fille:

— Ma sœur est rapide comme Toiseau dont elle porte le nom ; mais le Renard-Noir est plus rusé qu'elle. L'babileté triomphe souvent de Tagilité.

— Moludun, intervint sèchement Tautre Indien, cette face blanche n*est pas à toi 1 C'est moi qui l'ai prise, elle m'appartient.

— Mon frère n'a-l-il pas promis de me la céder?

— Maxmaxpcopeo n'a rien promis. Il s'est emparé

de la s([ua\v, il la gardera.

Un éclair de courroux traversa les yeux du Renard- Noir.

Il allait se livrer à tous les emportements de sa nature fougueuse, mais une réflexion l'arrêta, et il dit d'un ton assez calme :

— Mon frère le Serpent - Jaune Ta prise , c'est

vrai^ mais si je ne l'avais pas conduit au tum-tum, il ne Faurait pas prise. Par conséquent^ elle e^t à moi aussi bien qu à niou frère. Il est trop juste pom* ne pas reconuaitre que j'ai sur elle autant de droits que lui.

Digiti-ioa by CjOO^Ic

— Cela se peut, répliqua froidement Haxmaxpeo*

peo.

— Alors, reprit le Renard-Noir, mon frère consentira bien à accepter en échange deux de mes captives.

— Deux de tes captives! Non ; pas même trois. — Que veut le Serpent-Jaune!

— En échange dé sa part de cette face blanche, il veut ce que tu refuseras de lui donner.

— Que mou frère parle 1 mes oreilles sont ouvertes.

— Il veut, Molodun, ton arc en dent de narval. Le sagamo sourit ironiquement.

— Mon frère est exigeant, répliqua-t-il ensuite.

— J'ai dit, fitMaxmaxpcopco.

— Si mon frère y consent, nous reviendrons sur ce sujet plus tard, dit Molodun.

. — Non 1 il me faut ta promesse maintenant.

— Je la donnerai plus loin à mon frère ; mais, à ce moment, les Visages-Pâles vont se lancer sur notre piste. Uue mon frère démarre les canots, et, en débar quant à rienhus, nous termineroQ3 notre marché, le Renard-Noir Ten assure.

Si, en parlant de la sorte, Molodun avait une arrièrepensée, Maxmaxpeopeo, en exécutant son ordre, se flatta de l'espoir qu'à leur arrivée au village nezpercé les anciens le confirmeraient dans la possession de Merellum ; car, suivant les mœurs indiennes, tout

captif appcirtient à son captetfr, quek que soient, du

reste, la forliine et le rang de ce dernier.

Molodun lia les pieds et les mains de la jeune fiUe ; elle fut déposée dans un canot, et les deux ravisseurs descendirent à toute vitesse le eoursdu rio Columbia.

Après vingt jours d'une navigation pénible, et.pendant laquelle Merellum eut à endurer de grandes souffrances, ils touchèrent au cantonnement des Nez- Percés.

Durant le voyage, la Petite-Hirondelle avait, par la conversation de ses ennemis, appris que Molodun l'avait poursuivie, avec une petite troupe, jusqu'à la sortie de la Grande-Coulée, et que, là, il avait congédié tous ses gens, à l'exception du Serpent-Jaune, dont il se crovait sûr.

L'un et l'autre avaient rôdé autour du fort Colville en épiant les démarches de Merellum et en cherchant une occasion de la surprendre. Cette occasion ne s'était pas présentée avant le soir de la pédie au saumon. Molodun, qui avait déjà su se mettre dans les bonnes grâces du chef des eaux, le gagna alors à sa cause par divers présents et une promesse de Taider à se venger du chef facteur contre lequel celui-ci était irrité.

Avec le Serpent-Jaune il se masqua, se coum it de plâtre, comme la plupart des Quiurlapi, et attendit la

venue de celle qui faisait l'objet de ses ardentes coq-

voitises, — un lodieD employé au fort CoiviUe Tayant

secrètement averti que le chef facteur et ses hôtes as^teraient à la pèche.

Le plan de Molodun fut bientôt dressé. Il ne fallait que monter dans le canot de Merellum, sous prétente de le diriger , les circonstances feraient le reste.

On ^t conmient il réussit. . * '

Sans suspecter complétainenl la bonne foi de Maxmaxpeopeo, le Renard-Noir, qui, mieux que personne, connaissait les usages de sa tribu, û*aurait pas été assez simple pour souffrir que, le premier, il mit la main sur la jeune iille et en fit ainsi sa prisonnière personnelle. Mais, au moment de la submersion du canot, il fut un peu entraîné par le courant du fleuve, ce qui donna au Serpent^aune le temps d'effectuer un coup qu'il méditait, au surplus, depuis qu'il était parti avec Molodun pour donner la chasse k Merelhim.

Non qu'il eût grande emie de la face blanche. Il n*aimait guère les femmes, et la Petite-Hirondelle lui ^ plaisait assurément moins qu'une Peau-Kouge. Mais le Serpent-Jaune était ambitieux. Comme tout Indien, il jalousait son chef suprême. Lui ravir son autorité était la plus caressée de ses aspirations ; et comme tout Indien aussi, il avait un penchant prononcé à la superstition. ^

Parmi les Nez-Percés , personne peut-être, sauf son propriétaire, ne doutait que le fameux arc en dent

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de ûarvalappai teuam iiMolodimiiejouit d*uueiullucuce magique. Il désirait donc cet arc, restitué, on se le rappelle, au Keuard-Noir par son beau^père TAigle- Gris, dans la matinée qui précéda le combat des Nez- Percés coolre les Cliiaouks, et sauvé du désastie par Lioura, alors même qu'elle arracha s.on mari à la mort dont il élail menacé.

Mais il n'était pas facile d'obtenir cette arme. Moioduu y tenait fort. En le tuant, Maxmaxpeopeo n'aurait pu reparaître au milieu des Nez-Percés sans s'exposer à leur vengeance. Il fallait user de subtilité, et, à cet égard, le Serpent-Jaune passait, avec raison, pour n'avoir pas son égal dans la tribu. Il devina Tamour qui poussait Molotlun vers Merellum et se promit d'en tirer bon parti. Aussi fut-il indirectement cause que la jeune lille n'eut pas à essuyer d'outrages durant le trajet des chutes de la Chaudière à Tienhus des Nez-Percés.

Elle était sous la sauvegarde du Serpent-Jaune , et jamais aiiianl iie se montra plus vigilant pour protéger sa maîtresse contre les entreprises d'un rival. Ce n'était pas qu'il voulût dubien àMerellum. Nullement; il avait plutôt de l'antipathie que de la sympathie pour elle; mais il savait que si Molodun venait à assouvir sur elle sa passion, la face blanche n'aurait plus pour hii le même prix que si elle ne succombait pas à ses violences. De toute façon, l'arc de dent de narval lui

échapperait; coaséquomment, il était de son iutérét de la protéger jour et nuit jusqu'à ce que Molodun eût tenu sa parole^ et il n'y manqua point, malgré les prières, les ineDaces et les explosions de colère auxquelles s'abandonna plus d une fois ce dernier, pen* dant la longue route qu'Hs eurent à faire.

 peine le bruit de leur retour au village se fut-il répandu, que les habitants se portèrent en ioule audevant d'eux.

Lioura, la Nuée-Blanche, la femme du Renard- Noir, marchait en téte de la multitude. Doublement irritée contre Merellum, h qui elle attribuait et les tourments qu'elle avait endurés chez les Clallomes, et le dégoût de son mari pour elle, et surtout les cicatrices qui la défiguraient alors, Lioura avait, dans son esprit, fait un impitoyable procès a la pauvre Merellum. Après avoir été son juge unique, elle voulait, à elle seule, être son bourreau. Et elle avait inventé mille persécutions, mille souffrances physiques et morales pour lui faire expier les crimes dont elle l'accusait. Je passe sous silence le détail des tortures qu'elle s'était promis d'infliger à la malheureuse face blanche.

Dès qu'elle l'aperçut, elle se précipita sur elle, les doigts crispés et recourbés comme des griffes» la bouche grande ouverte pour mordre et en poussant des rugissements caverneux.

Mais avant que la furie eât pu aiteiodre sa proie, Haxmaxpeopeo se plaça entre elles.

— GéUe sqiiaw m'appartient, dit-il; elle estm(fti

esclave, je ne veux pas qu*ou lui fasse de mal, car j'ai envie de l'épouser.

A ce mot, Molodun jeta sur le Serpent-Jaune un regard surpris et courroucé.

Il allait sans doute dire quelque cbose, mais Lioura

lui coupa la parole en s*écriaut :

— Que celte face blanche soit k toi ou k un autre, je la déchirerai, je lui arracherai les ongles avec mes dents, je fourrerai mes doigts dans ses yeux et je lui mangerai la langue dans sa bouche. Retire-toi, Maxmaxpeopeo, ou...

— La femme de mon frère est trop vive, dit le

Serpent-Jauue d'un ton froid.

— Trop vive! trop vive! reprit-elle; oui, Lioura est vive, et, pour te prouver que tu as raison, elle va te lacérer le visage si tu ne la laisses pas approcher de cette fille de chattel

Les Indiennes présentes à cette scène applaudirent par des hurlements à Taudace de la Nuée-Blanche. Elles se pressaient de plus en phis autour des nouveaux venus et leurs mains crochues s'allongeaient déjà pour saisir Merellum qu'elles n'auraient pas tardé k mettre en pièces; mais alors Molodun s'interposa.

Repoussant bnisquemeiU sa femme, il ditd'uoe voix impérieuse :

— La lace blanche apparùeut à mon frère. Il est libre d'en faire ce qa*\\ yondra;, et je casserai la téte à quiconque lui cherchera dispute.

— Chien ! exclama Lioura en dévorant du regard le Reoard-Noir.

Elle n'avait pas achevé cette injure, qu'une violente gourmade l'envoya rouler à dix pas de là.

C'était Muloduij qui avait a'msi corrigé rinsolence de son épouse.

• Elle se releva en pleurant, mais plus calme et en apparence radoucie.

La défense du sachem suffit à apaiser les esprits. Chacun rentra paisiblement dans son wigwam, et le Serpent-Jaune put conduire en sécurité sa captive dft08 la loga qu'il occupait sur la place du village.

Depuis son enlèvement, Merellum avait repris son stoïcisme indien. Cependant elle ne désespérait pas de recouvrer encore sa liberté et en<:herchait l'opportunité.

Le lendemain, Molodun vint trouver Maxmaxpeopeo et lui renouvela ses propositions.

— Je veux l'arc de mon frère pour la face blanche, fiithi réponse unique qu*il reçut.

— Eh bien J dit enlm le Renard-Noir, je la joue à mon frère.

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— A quel jeu mou irère me la joue-t-il !

— Au jeu de Tare.

— Oui, mais à une coudiliou. Mou frère ue se servira pas de son arc en dent de narval.

Après quelques nouveaux débats, Moloduu adhéra à

cette clause.

Les deux adversaires, accompagnés de leurs amis, se rendirent dans une plaine, pfèsda village. Merellum y fut amenée et attachée à un arbre. A ses pieds . on déposa Tare magique, et Molodun et Maxmaxpeopeo, munis chacun d'un arc ordinaire et d'une vingtaine de ilèdie:>, distinguées par une marque particulière à chajuQ des antagonistes, se mirent en position.

Ils devaient tirer simultanément et aussi vile qu'ils le pourraient, jusqu'à ce qu'une flèche tombât à terre. Alors, défense à eux de continuer le tir. On compterait les flèches qui étaient en Tair, et celui qui en aurait le plus serait proclanié le vainqueur.

Le signal fut donné et une grêle de flèches partirent à rinstant, en succession, avec une rapidité si grande, qu'on eût presque dit qu'elles avaient été décochées par autant de mains différentes. L'une d'elles s'étantabaltuesur le sol, les joueurs reçurent l'ordre de cesser la partie.

Quoique impassible à l'extérieur, MereUum n'avait pas suivi sans une vive émotion cet acte d'où dépendait son sort.

La première, et avec joie, elle remarqua que le

Serpenl-Jaune avait lancé quiuze flèches avant la chute de celle qui constiUiait le point principal du jeu,

tandis que le llenard-Noir n'eu avait lancé que quatorze.

La vicluire de Maxmaxpeopeo fut saluée par de bruyantes acclamations; car, ainsi que lui, ses parents supposaient que Tare uiagique le rendiait invincible et lui acquerrait promptement la toute-puissance sur les

Nez-Percés.

Molodnn, rongeant son dépit, rentra dans sa loge

plus épris que jamais de Mereliuui et décidé à tout tenter pour s'emparer d'elle.

Comuiiî il fumait, soucieux et taciturne, accroupi sur une peau d'ours, Lioura lui dit de ce ton insinuant que les femmes savent si bien prendre quand elles désirent obtenir quelque chose :

— Si mon seigneur veut donner la face pâle pour esclave à sa femme, elle lui enseignera le moyen de la ravoir.

— Molodun, répondit-il durement, ne promet rien à Lioura. £ile est sa femme, elle doit lui obéir, et puisqu'elle sait un moyen de s'emparer de la face blanche, qu'elle renseigne à Molodun.

Lioura ne s'attendait pas h cette rebuffade. Mais déjà, dans sou cœur, un sentiment de liaine pour son mari s'associait à lajalousie que lui inspirait Merellum.

Dissimulant donc son aigreur, elle répliqua d*un accent

soumis :

— Lioura a toujours été prête k obéir à son seigneur.

— Qu'elle parle !

— Molodun, dit-elle, peut ravoir cette face blanche en ordonnant une grande liemola. Il n'ignore pas que c'est Tusage d'apporter comme enjeu, outre des pelleteries et des armes, des vêtements et des coquillages, les captifs faits pendant la lune précédente.

— La Nuée-Blanche a sagement dit ! s'écria le sachem,$ans pouvoir cacher la joie que lui causait cet avis.

Lioura lui jeta un coup d'œil fauve, plein d'animésite. Mais il ne le vit pas et se leva pour aller sur-lechamp consulter les jongleurs de la tribu.

C'est que, comme la plupart des rites indiens, la liemola, ou jeu de la balle, est sacrée, et les jeesukains en sont les ordonnateurs et les juges.

Molodun se les était attachés depuis longues années. Ils lui étaient entièrement dévoués et n'hésitèrent pas à servir ses projets. Séance tenante, il fut décidé que la liemola serait annoncée le jour même, qu'elle aurait lieu le surlendemain, et que Molodun commanderait un parti de joueurs, tandis que Maxmaxpeopeo commanderait l'autre.

Tous les hommes choisis à cet effet étaient tenus

de jeûner pendant yingt-quatre lieiire avant le com* meDcement de la parlie et tout le temps qu'elle durerait ensuite.

La nouvelle de la féte fut accueillie avec des transports d* allégresse dans Tienhus et daus les villages nez-percés eirconvoisins.

Deux cents jeuues gens se réunirent pour y prendre part.

Dans une vaste plaine, parfaitement unie, près du

ruisseau qui long.eait Tienhus, on plauta, àeinq cents mëtres de distance, quatre perches, deux de chaque côté, séparées par un intervalle de vingt pieè>, supportant un pièce de bois transversale.

C'étaient les buts, ouioti(Mi,pour me servir du terme local.

Ensuite les enjeux, composés d'instruments de

chasse, de pèche, ustensiles de ménage, pièces d'habillement, provisions de bouche, furent étalés sur des couvertes, dans un espace réservé entre les Iqnosij mais un peu sur le côlé*

Auprès de ces objets, on rangea plusieurs captits garrottés, parmi lesquels figurait MereUum,fière, pensive, quoique non abattue.

Elle avait confiance dans Tavenir.

Les enjeux, êtres et choses, étaient gardés par les femmes parées de leurs plus beaux ornements.

La nuit du jour qui précéda la partie de balle, il y eut une procession aux flambeaux.

Les jouteurs, le corps huilé, eutièrement uu et strié de peintures, — celles-ci rouges, celles-là blanches, — étaient tous admirablement faits. Ils offraient^ comme on Ta dit avec justesse, au sculpteur des types égaux à ceux qui ont iuspiré Tâme et le ciseau de 1 artiste dans siis représentations des jeux ol)Uipi(iucs sur le foruin grec.

Chaque bande marchait, disliiicté de l'autre, et sous les ordres de son chef immédiat.

Après avoir fait le tour de leurs lonosi respectifs, elles s^àvancèrent Tune vers Tautre au son du tambourin et en entonnant des cliants de provocation.

Entre les deux buts, s'élevait un monceau de ntrens.

Ce sont des bâtons longs de quatre pieds, recourbés à une extrémité, de manière à former un ovale ayant huit à dix pouces de circonférence, et enserrant on petit tilet en nerf d'aniàiaL

Les nirens servent à attrapper et à rejeter la balle : le jeu a quelque analogie avec celui de la raquette, mais il ressemble davantage à celui que nos gamins appellent, je crois, la truoUe,

Chacun des joueurs prit sur le tas un niren, et les deux troupes revinrent près de leurs lonosi*

Là, elles dansèrent durant un quart d*heure, en

décriYant des cercles ccMicentriqués, tous les hommes

ayant le visage tourné vers le centre.

Après ce, ils s'assirent en rond et fumèrent; puis se remirent à la danse pendant uu quart d'Iicure, fumèrent encore et ainsi de suite, jusqu'au lendemain matin.

Tandis que, par ces exercices, ils préludaient au jeu, les femmes priaient le Grand-Esprit en faveur des gens de leur parti (1), et les jongleurs, barbouillés de rouge et de blanc, suivant qu'ils appartenaient à la bande de Molodun ou à celle de Maxmaxpeopeo , pétuuaient autour d'un feu sacré, qu'ils avaient allumé sur un petit lertro, h moitié de la dislance séparant les lonosi.

Au premier rayon du soleil, Tun d'eux prit une balle de bois, grosse comme un œuf, et la lança entre les poteaux.

Alors, des deux côtés des buts, tous les joueurs à Fenvi se précipitèrent, leur niren à la main, cherchant à saisir la balle, à la jeter ou à la pousser au delà des poteaux qui appartenaient h leur propre camp.

Les squaws, qui ce jour-là ont pleine liberté, se mêlaient aux hommes, les excitaient de la voix, du geste et même du bâton. Je vous laisse à penser si

(1) Je me sers souvent de ce terme, parce qu'il est le seul usité pour signifie troupe, détachement^ par les trappeurs canadicusfraagais.

elles s en donnent à cœur que veux-tu. C'était pour elles ce qu'était autrefois la féte des esclaves à Rome. Elles pouvaient largement user de représailles « car un mari qui se fût fâché aurait été hué par ses compagnons. Aussi les horions pleuvaient-ils drus comoie grêle surles épaules des joueurs. Les Indiennesfalsaient assaut dlosultes et de coups. £t sous prétexte de le sliinulerà remporter la victoire, phis d'une assommait littéralement souépoux.

Lioura n'était pas la moins active, pas la moins acharnée. Sans s*inquiéter de la oonfusion, des bousculades, elle ue quittait pas d'un pouce Molodun,

el, armée d'un nerf de buffle, elle tie lui laissait ni trêve ni repos.

Le tumulte, la cohue, le mélange- de ces corps rouges et blancs^ les chutes des maladroits, les disputes, le mouvement de tous ces bâtons, allantà droite, h gauche, en avant, en arrière, en tous sens, et cette balle qui bondissait, tantôt ici, tantôt là, poursuivie à la course par une foule compacte, haletante, hurlante, sanglante, omnicolore, formaient un spectacle inénarrable.

Il avait été résolu que le jeu serait terminé après cent parties, c* est-à-dire après que la balle atu'ait élé ramenée cent fois au delà des louosi.

Quand une des bandes avait réussi à Tentrainer

DigiIizea by GoOglc

dans son camp, elle la renvoyait aux juges, qui feisaieni alors une marque au profit de celte bande, puis relau* çaient le projectile*

La lutte recommençait aussitôt avec un redoublement d*ardeur.

Le soir vint, on continua lejeu aux flambeaux.

La troupe de Molodun avait remporté quarante-cinq parties, et celle de Maxmaxpeopeo quarante.

A chaque moment, les gens du premier lâchaient UD houp triomphal, signal ordinaire d'une victoire; ceux du second faiblissaient visiblement, malgré ks efforts inouïs de leur chef pour les ranimer, et Merellum sentait son courage l'abandonner, quand une kyrielle d'aboiements lugubres domina le vacarme des Nez-Percés.

Et bientôt les squaws se mirent à crier en fuyant à toutes jambes.

— Le Chien-Flamboyant l le Chieu-Flamboyanl !

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