RETOUR AU CAP OB LA R0CHB-R0U6E
— Oui, mon jeune monsieur, nous avons rencontré * •
au fort WiUam, sur le Lac-Supérieur, la brigade qui arrivait de Montréal ; j'allais quitter le capitaine, bien à regret, je vous assure, car c'est un homme comme il n'y en a pas deux au monde que Poignet-d'Âcier, 6 Dieu, non ! Mais, que voulez-vous? Nick Whiffles a des idées à lui. On ne Ten fera pas changer pour tout ror delà terre. Je n^aime pas les établissements, moi. Us me sentent mauvais! Les gens, les animaux, les maisons, les usages n'y ont rien de naturel. Est-ce que j'aurais jamais pu me coucher sur la plume, me lever, boire, manger, marcher, dormir à une heure plutôt qu'à une autre? Ma foi, non 1 Aussi je disais à i
Poignet-d' Acier : A la revuCi capitaine i Mais, par iHHiheur, la brigade de Montréal nous apportait des lettres, j'entends au capitaine. Ses amis du Canada lui annonçaient, ;i ce qu'il paraît, qu'ils lui avaient envoyé un navire, et nous avons fait demi-tour^ oui bien, je le jure, voire serviteur! •
— Un navire 1 et pouriiiioi faire! demanda Cher- «er^
^ Oh ! répliqua Nick, ça ne se dit pas à tout un chacun, mais vous n'êtes pas tout un chacun, vous. Le capitaine est votre ami, et vous pouvei en être fier, mon jeune monsieur; car il ne la prodigue pas son amitié, le capitaine ! Je vous dirai donc tout bas que ce navire, on le lui expédie pour charger des trésors qu'il a dans la Colombie. L'année dernière, il voulait déjà les emmener. Mais les vermines de Nez-Percés ont pris son vaisseau par surprise et l'on fait sauter, sans le vouloir, comme de raison. Oh! les nègres rouges ont dansé ce jour-là une fameuse danse, allez 1 Surtout n'allez pas jaser...
— Soyez tranquille. Je suis discret.
— Ah ! s'écria Nick, voici le capitaine avec le bourgeois ! Je voudrais bien savoir ee qu'ils ont tiré des vermines !
PoigBet*d'Acier et H. Boyer entraient effectivement dans la grande salle du fort, où Nick Whiffles causait à part avec XavierCherrier, tandis que les employés, les
trappeurs de passage et quelques Indiens fidèles à la Compagnie de la bâie d*Hod$on buvaient, à pleines écuelles, le whiskey qu*on leur avait libéralement fait servir après Tattaque des Quiurlapi.
Le jeune homme s'approcha timidement du sousdief facteur. Ses regards inquiets sollicitaient une réponse à une question qu'il n'osait adresser.
Poignet-d' Acier le devina tout de suite.
— Nous n'avons rien pu découvrir, lui dit-il en secouant la tête.
~ Non, ajoutaM. Boyer. Jl*ai interrogé les blessés. Ils ne savent rien ou ne veulent rien révéler, et vour i fi'ignorez pas que quand un Indien s'est mis en téte de ne pas desserrer les dents, il n'est prière ou menace qui pourrait triompher de sa: détermination. Tout ee i que j'ia pu obtenir d'eux, c'est la déclaration qu'avant de nous assaillir, le chef des eaux leur avait dit que notre commandant était mort.
— Ah ! mon Kenl etLouise aussi! exdama Xavier l en frappant avec désespoir ses mains 1 une coutre ] Fautre.
— Allons, allons! pas de découragement, mon-
ami, dit Poignet-d'Ader d'un ton sympathique.' Ce j rapport ne prouve rien. Il est peut-être faux. En tous cas, if a1>esoin de confirmation. Demain matin, nous \ saurons à quoi nous en tenir à cet égard. ' ;
— Le del vous entende, monsieur 1 dit mélancott-
quement Cherrier. Hais ne pourrait-on pas faire des
recherches iiumédiatemeot?
— A présent, c*est impossible, repartit le sous-chef . Il pleut à torrenls et nous exposerions inutilement la vie de plusieurs hommes. Dèsquele soleil «era levé, je vous promets que nous nous mettrons k Tœuvre. Voyons, soyez calme, et venez boire un verre de punch avec nous; cela réconfortera vos esprits.
— CTest ça , mon jeune monsieur, prenez un verre de punch; il n'y a rien de meilleur pour la santé! s'écria Nick-Whiffles. Moi, qui vous parie, j'ai eu des chagrins dans ma vie, ô pieu, oui! £h bien! je les ai tous flambés dans le punch !
Malgré ces cordiales instances, Xavier ne voulut rien accepter. Il avait le cœur gros, des larmes dans les yeux; il se hâta de regagner sa chaud)re, où il se prit à pleurer.
C'est qu'il aimait sérieusement Merellum ; il l'aimait
comme on aime à vin^t ans ; surtout quand, orphelin et n'ayant plus un é(ere qui vous soit attaché par les liens du sang et de l'habitude, on rem outre, par basard, une femme jeune, belle, poétique, qui accepte les trésors d'affection qu'on voudrait pouvoir épancher sur la création entière. 11 l'aimait avec passion, avec délire. La première, elle avait fait battre son sein; la première, elle avait soulevé en lui ces fiévreuses émotions, joie et vie de la jeunesse. Aussi son amour pour
elle unissait-il, à l'ardeur d'une nature enthousiaste, le charme d'une âme iiabituellement réservée et tacilume. n raimait encore comme le mattre aime son élève ; car il en avait fait une chose à lui.li se mirait en elle, l'élevait sur un piédestal pour avoir le plaisir de Tadorer et la couronnait de Vauréole d'intelligence qui rayonnait k son propre front.
Jugez donc d§ sa douleur, de sa désespérance 1 La perdreau moment où il croyait ravoir sauvée, se Tétre , acquise pour une éternité de félicité! Car la jeunesse, elle no compte pas, elle, avec les années. Elle est si ' riche 1 elle a tant de ressources, tant de sève dans le j cerveau, (jue Texislence, pour elle, c'est l'infini, quand ! le bonheur est là qui lui sourit. Mais vienne l'infortune, oh! alors, elle n'a plus de force, plus de souffle, cette brillante jeunesse; où plutôt, non : elle aspire au chan- | gement; elle demande une transforaialion rapide, foudroyante, le suicide, quitte à reprendre bientôt, plus légère, plus étincelante, plus croyante, sa course 1 ici-bas, si on rtassit à lui faire traverser Torage.
Xavier Cherrier en était là. 11 songeait déjà à se i détruire et se promenait, à grande pas, dans sa I chambre, en ruminant un sinistre projet. Mais son j nègre le surveillait des yeux ; et par cette secrète intui- | tion que possèdent les gens aimants à l' égard des êtres i aimés, il lisait sur le visage du jeune homme les pen- ■ sées qui l'agitaient.
— Massa souffrir, ben, ben souffrir ! dit-il tout à coap en remarquantqae son maître examinait Tamorce
d'un pistolet.
Gherrier, qm avait oublié qne Baptiste couchait dans la même pièce que lui, tressaillit et se retourna brusquement viers le noir.
— Tu ae dors pas ! lui dit-il d'un ton rude.
— Non, nègre pas dormir, pas sommeil quand massa malade.
— Qui t'a dit que j'étais malade!
— - Moi voir, sentir.
— Eh bien ! oui, je suis malade i va me chercher de l'eau : j*ai soif.
Baptiste s'était levé. Il hocha la téte.
* . — Mou, moi pas aller chercher de Teau^ massa pardonner moi, mais massa vouloir se débarrasser de nègre pour...
Il appuya son doigt sur son fronts, afin de montrer qu'il devinait rintention du jeune hamme de se faire sauter la cervelle pendant son absence.
Gherrier roagU d'avoir été si bien compris.
— Bon Dieu pas auner ça ! mauvais, mauvais 1 dit naïvement Baptiste.
— C'est vrai ! s'écria Xavier; tu as raison. Je serais un Ucfae si je commettais cette action. Merci de m'avoir rappelé au bon sens et donne-moi ta main. ,
— Oh! massa, moi pas oser!
— Allons donc I tes sentiments sont plus élevés que tes miens !
— Esclave jamais donner main à massa.
n n'y a pas d'esclave devant Dieu, répliqua religieusement Gherrier; et, ajouta^-ild'un ton noble, il ne devrait point y en avoir devant les hommes.
Cela dit, il pressa afiectucusement dans la siennela main du nègre tout confus d'un pareil honneur.
— Massa, dit ce dernier avec la conviction d'un pressentfanent, moi retrouver petite démoiseHe.
Ces paroles ravivèrent la plaie du chasseur. Il trea» mta comme s*il eût été frappé au comr.
— Oui, massa» moi retrouver petite demoiselle, insista le nègre.
— Toi, Baptiste 1 Âhl si tu faisais i^lal s'écria Xavier en élevant les bras au ciel. Mais comment, comment! C'est impossiblel Qui me la rendrai! £lle si bonne, si belle, si affectueuse! Non, non ! je ne puis me bercer de cette illusion. EUe est morte ...
— Moi pas penser ça, massa !
Cherrier fondait en larmes.
— Ah! fit-il à travers ses sanglots, puisses-tu dire vrai, Baptiste, mon ami, mon frère !
— Bon massa , dit le nègre en essuyant ses yeux humides, jour paraître maintenant. Vous venir ^vec moi ; nous chercher.
Xavier jeta les yeux vers la feuétre de la chambre. Une leinte grise se inontrail à Test. C'était Taube.
Le jeune Canadien répara le désordre de sa toilette» saisit ses armes et descendit, accompagné de Baptiste, à la grande salle, où les trappeurs et les employés de la fiiclorerie se rassemblaient déjà pour prendre lê coup du malin.
Le sous-chef facteur et Poiguet-d'Âcier ne tardèrent pas à arriver. . .
Ils serrèrent amicalement la main du jeune homme, qui attendait impatiemment qœ la porte du fort fAi ouverte pour sortir avec Baptiste.
— Noos allons, dit M. Boyer, nous porter nne trentaine au bas de la chute. Les autres feront bonne garde ici ; car les Quiurlapi pourraient bien revenir k Tassant.
Il choisit, parmi ses hommes, les plus déterminés,
en composa une petite troupe et, laissant le fort sous le commandement d*iin prindpal commis, se érigea avec sa bande vers la cataracte.
Inutile de dire que Cherrier, Baptiste, Poignetd'Acier et Hick Whifiles en faisaient partie.
En passant près du village indien, on remarqua que tous ses habitants, hommes, femmes et enfants, Tavaient abandonné.
— Âhl les vermines I s'écria Nick Whilfles, ils n*ont pas mémeil^ula politesse de nous attendre pour
leur souhaiter le bonjour. Est-il permis d'être âussi
mallionnétesl Nous qui aurions eu tant de plaisir à leur rendre, par une aubade, la gentille sérénade qu'ils no.us ont donnée hier !
— Vous les avez, ee me semble, assez mal reçus, ami Nick, dit Poignet-d'Acier en souriant.
— Pour ça non, capitaine; je proteste, ô Dieu, oui! Qu'est-ce, je m'en rapporte à vous, qu'une centaine de dragées de plomb que nous leur avons en-* vo} ées ! Quand mon oncle, le grand voyageur dans l'Afrique centrale...
— Je sais, je sais, se hâta de dire Poignet-d' Acier voulant esquiver le merveilleux récit qui allait indubitablement lui échoir, et que Nick ne lui aurait certes pas épargné, sans l'intervention du sous-chef facteur, ordonnant aux hommes de mettre à Teau les canots qu'ils avaient apportés sur leurs épaules.
La troupe se divisa en deux fractions : Tune monta dans les mbarcations, l'autre eut pour mission d'explorer la rive méridionale du ileuve.
Le même canot portait M. Boyer, Gherrier, Poignet-d' Acier, Baptiste et Nick Wiffles. Au bout d'une demi*heure, il arrivîa au môle de sable sur lequel le courant du ileuve avait poussé Xavier. Le nègre et lui n'eurent pas de peine à reconnaître cet tlot. Mais toutes leurs recherches pour découvrir les naufragés furent infructueuses.
Digitizea L7
La journée entière se passa ainsi.
Sur le soir, H. Boyer nssembla ses gens et décida
de retourner au fort.
Cherrier était atterré.
Ed rentrant dans la factorerie, PoigneUd'Âcier lui
prit le bras en disant :
— Venez avec moi, mon ami ; nous ferons un tour
sur le bord de la Colombie ; je désire vous parler.
Le jeune honune se laissa machinalement conduire. Quand ils furent seuls, à quelque distance du fort et sur une élévation qui permettait de distinguer fort loin autour de soi, le capitaine dit à Xavier :
— Mon ami, j'ai une proposition à vous faire. (%errier m répondit pas. Il regardait d'un air
sombre le rio Golumbia qui roulait avec fracas audessous d'eux ses oades écumeuses.
Ecoutez-moi, continua Poignet-d' Acier; ce que
vous souffrez, je Tai souffert ; j'ai même souffert davantage, et je puis dire que peu d'hommes ont été éprouvés par la fatalité aussi cruellement que moi. Comme vous, j'ai contemplé le suicide avec amour. Mais il faut vivre. La nature nous Toujoint expressément. Et cette vie, qm vous paraît si amère maintenant, elle aura encore des saveurs agréables, du miel pour vous.
— Jamais, monsieur! oh! jamais! s'écri^i Xavier avec angoisses.
— Voulez-vous vous confier à moi, monsieur Cherrierî demanda le capitaine d'un accent sérieux.
Son interlocuteur le regarda avec étomiement.
— Ma quéstion veus surprend, je le conçois, reprît Villefraoche. Mais supposez qu'au lieu d'une blessure morale vous soyez affligé d'une blessure physique,
. trouveriez -vous étrange qu'un médecin vous fit cette question? Non, assurément. Eh bien ! vous n'ignorez pas qu'il y a des médecins pour Tâme comme il y en a pour le corps. J'ai plus du double de votre âge, une assez grande connaissance des hommes et des choses, . \ et la rerlitude de vous guérir si vous consentez à »j suivre mes conseils.
Oh ! mais je ne veux pas, je ne peux pas guérir ; démon amour! fit Xavier. Vous ne savez pas combien je l'aimais, monsieur I s ,]
— Au contraire, répondit doucement Villefranche, j je suis assuré que vous, l'aimiez beaucoup et que vous :; étiez digne de sa teudressç. J
— N'est-ce pas , monsieur ? dit-il en pleurant. ; r— Oui, j'en suis convaincu. !
— Ah ! comme elle m'aimait, elle aussi !
— Je n'en doute pas. Elle avait de grandes qualités. Je le sais, moi qui l ai presque élevée ! Aussi, | croyez que sa perte m'affecte jusqu'au fond des entrailles.
Poigoet-d'Âcier prononça ces mots d'une voix émue dont le limbre toucha vivement Xavier.
— Si, reprit le capitaine, vous voulez venir avec moi, nous causerons d'elle et ce sera une grande consolation pour moi.
— Ah ! oui, causer d'elle , ce sera encore du bonheur ! murmura le jeune homme en remerciant Yiiler franche par un regard reconnaisîsant.
— Alors, dit celui-ci, je puis compter sur vous.
— Hais pour où aller T
— Nous nous rendrons, dit Poignet-d' Acier en baissant le diapason, nous nous rendrons à l'embouchure de la Colombie. Là, nous nous embarquerons pour le Canada.
— Quitter ce pays si tôt 1 balbutia Xavier.
— Monsieur Gherrier, repartit le capitaine, vous n'êtes plus un enfant, mais un homme robuste, éclairé et généreux. Vous avez été aux États-Unis. Que pensez-vous des Anglais?
— Anglais? répéta*(-il distraitemeAt, car il était à cent lieues de ce sujet.
— Oui, les Anglais, les oppresseurs de votre pays, ceux qui ont si lâchement assassiné Ducalvet (1), votre aïeul, si je ne me trompe.
(1) Voir VHistoire du Canada, par M. F. X. Garneau, et ie Canada recanquU par la Francê^ par M. Bartiie.
— C'était le frère de mon grand-père, monsieur.
— bien ! quelle est votre opiniou sur ses meurtriers!
— Les Anglais! je les exècre; je donnerais tout ce que je possède pour que mon pays fât délivré de leur odieuse tyrannie! s'écria Xavier avec la mobilité et remportement de la jeunesse.
— J'étais sûr de vous. Touchez là, mou ami, touchez là, dit Villefranc^e en lui présentant lamain.
Puis il ajouta à son oreille :
— Accompagnee-moi au Canada, et, avant peu, vos soubaits seront réalisés. Mais il faut de Ténergie, de . la prudence et une discrétion à toute épreuve. Je n'ai pas besoin de vous demander le secret à propos de notre conversation.
— Âh ! monsieur, je vous jure
— Non, non, mon ami, votre parole me suffit.
Ainsi, je compte sur vous.
— Comptez-y, monsieur.
— Nous partirons demain avec Taurore.
— Je serai prêt, répliqua Clicrrier, complètement subjugué par cette influence magnétique que le célèbre capitaine exerçait sur tous ceux qui rapprochaient.
Il rentra au fort brisé par les émotions, et, s'étant jeté sur son lit, il dormit, quoique d'un sommeil agité, jusqu'au jour. En se levant, il se sentit plus calme , et une faible idée que Merellum avait échappé . au nau*
frage, qu'il la retrouTerait peut-être eu desceudant la Colombie, hri fit envisager avec quelque srtsfaction le voyage qu il allait eutreprendre, n en informa Baptiste.
— Moi chercher encore petite demoiselle, répondit le nègre ; oui, chercher et ramener elle à massa.
— Mais où me rejoindras-tu ?
— Pointe Astoria, répliqua Baptiste.
— Et quand?
— Un, deux mois.
Xavier n'était pas fâché de le voir rester quelque temps encore dans ces parages.
U Tembrassa avant de se séparer de lui, Ht ses adieux au sous-chef facteur et se mit en roule avec Poignetrd* Acier, qu'escortaient Nick WhifBes, Louisle-Bon et une demi-douzaine de trappeurs.
Le seeond jo«r de marche, la petite troupe fut grossie de cinq ou six hommes, qui semblaient entièrement dévoués au capitaine, et elle augmenta ainsi, presque ({uotidiennement, jusqu à leur arrivée au cap de la Roche-Rotige.
Alors elle se composait d'environ quatre-vingts individus, tons fort bien éqiipés et diseipliiiés comme me armée régulière.
An iBBea de ces gens, fhmes et gais eompagnons, et h travers les sites pittoresques qu'ils rencontraient 4 chaque pas, et les vidssitiides d'one eristence ince»-
sammeni vâriéei le chagrin morne de Clierrier se changea pe» à peu en une mélancolie douce, qui lui permettait d'admirer la beauté des paysages et d'étudier le mystérieux protecteur que le hasard hii avait donné.
Il savait déjà que Poigaet-d' Acier, chef d'une nombreuse bande de francs-trappeurs, avait exploité «ne mine d'or sur le bord de la rivière Caoulis, enfoui sou trésor dans un Souterrain près de la Colombie, et qu'avec ces hommes et cet or, il se proposait de soulever les Canadiens-Français contre la domination anglaise.
Loin dereffirayer, ce complot lui plaisut. Et, dans ses
aspirations chevaleresques, le bouillant jeune homme souhaitait que la moH vint le frapper quand 11 aurait remplacé, sur les murs de Québec, le pavillon britannique parle drapeau tricolore ou la bannière étoilée.
A la Roche-Rouge, on trouva le Phoque^ troismâts ((iii avait été secrètement dépêché de Montréal pour prendre les aventuriers. Un peu plus loin, au cap Désappointement, un brick américain faisait la traite des pelleteries* Les gens de Poignetni' Acier se hâtèrent d'embarquer sur le P/iogwe les sacs que recelait la caverne, puis le capitaine traversa, avec Nick Whiffles, le rio Columbia. Ils se rendirent à l'ancien fort Astoria. Là, sous les décombres d'une maison incendiée^ ils creusèrent le sol, découvrirent une ciiche. Le capitaine descendit k rintérieur et en retira diverses
caisses et objets qui furent ensuite transportés à bord du trois-mits.
Plus de deux mois s'étaient écoulés depuis qu'on avait quitté le fort ColviUe.
Xavier Cherrier avait, protégé par quelques trappeurs, établi son camp à la pointe Astoria.
11 attendait Baptiste; mais, hélas! Baptiste ne reparaissait pas; et, à mesure que s'éteignaient ses dernières lueurs d'espérance, le jeune homme sentait le vide et la désolation reprendre possession de son cœur.
Chaque jour, il sappliait Poignet-d'Ader de différer
encore son départ.
Le capitaine accéda pendant quelque temps à ses pressantes sollicitations. MaisenGn,le vent étant favorable, il. résolut de lever l'ancre, et vint lui-même chercher Xavier pour FinstaUer sur le Plwqm.