OLYMP£ MA>C1M
la pauvre dame se mit prudemment en prières * . En
pareille rencontre, ce n'était point à la prière que la Beauvais avait recours. Ce fut elle qui ouvrit, sans plus do splendeur, celte liste éclatante où se lisent les noms de la Vallière et de Montespan^. Grâce à cet honneur, Gâteau la Borgnesse eut un hôtel, y fit très-grande figure, et le baron de Beauvais, son fils, devint tout à fait un personnage. Après ce singulier début , le monarque adressa les mêmes hommages à une petite jardinière ; il eut d'elle une fille qui fut élevée sans éclat, et mariée à un modeste gentilhomme. Quoiqu'elle ressemblât fort au Dauphin , le souvenir de la mère ne permit pas qu'elle brillât davantage sur la scène du monde.
Dans une sphère différente, la duchesse de ('liàtillon fut du nombre de celles que le roi honora de
* Mtm. de madame de MotteiUle, coll. Petitot, t. xl, p. 185 et 186.
2 La Palatine en parle également comme d une histoire bien connue.
« J'ai encore vu, dit-elle, la première femme de chambre, la Beauvais, cette créature borgne qui »
« Son père, selon Gai Patin, étoit un fripier de la h&lle, d*auUre$ disent encore moins que fripier, mais seulement crocheteur. » (Lettres, A mai 1663.) Elle mourut fort âgée, en 1690. « Créature de beaucoup d^esprit, dit Saint-Simon, d*une grande intrigue, fort audacieuse, qui avolt eu le grapin sur la reine-mère, et qui étoit plus que galante. » (I9ote au Journal de Dangeau.) « Vieille, chassieuse et bor*
goesse De temps en temps, elleyenoit à Versailles où elle causoit
toujours avec le roi en particulier. » (Saint^imon, Mém,, 1. 1, p. 69.) — L*un de ses amants, Fromenteau, devînt, grûce à elle, la souche des ducs de la Vauguyon. La fille atnée de madame de Beauvais épousa le'marquis de Richelieu. La duchesse d*Aiguillon, sa tante, disait, à propos de ce mariage : « Mes neveux vont toujours de pis en pis; j'espère que le troisième épousera la fille du bourreau. »
170 LES MkCliS DE MAZAHLN.
ses regards. Elle n'était guère plus farouche que la baronne de Beauvais, mais elle était fort belle, à la
différence de rauti e. Condé Tavait aimée et eatraînée dans son parti , où elle s'efforçait de lui rendre de grands services à sa manière. Eu effet, elle poussa l'amour et le dévouement pour M. le Prince jusqu à prendre autant d'amants qu'elle en trouya, afin de faire d'eux, disait-elle, des partisans à son Iiéros ; c'est ainsi qu'elle recrutait pour ia Fronde et pour Condé. C'eût été un coup de maître à la belle Chfttillon que de faire passer, de cette agréable façon , le roi dans son parti , et de l'enlever au Mazarin : cette conquête en eût bien valu d'autres , et elle était femme à l'entreprendre ; mais le roi était bien jeune alors. Quelques années plus tard, il regarda avec intérêt la galante ducbesse. Qu'en advint-il? Aimait-elle toujours Condé, et lui faisait-elle encore des partisans * ?
* La duchesse de Châtitlon était fille de ce comte de Boutevllle* Montmorency, si fameux par ses duels, et qui fut décapité sous Richelieu, pour s'être battu en pleiu jour à la place Royale contre le marquis de Heii vron. £lle était sœur du maréchal de Luxembourg; née en 1626, elle épousa, en 1645, Gaspard de Cotigny, duc de Châtillon, qui reniera d'une façon romanesque, à l'instigation de Condé. Les contemporains nous dépeignent av ec complaisance cette beauté célèbre : « Elle avoit les yeux noirs et vifs, dit Bussy-Rabutin , le front petit, le nés bien fait , la bouche rouge, petite et relevée ; le teint comme il lui plnisoit , mais d'ordinaire elle le vouloît avoir blanc et rouge; elle avoît un rire charmant et qui alloit réveiller la tendresse jusqu'au fond des cœurs; elle nvoit les cheveux fort noir*^, In taille grande, l'air bon.... elle avoit l'esprit doux et ai corL, IlaUcur et insinuant. Elle étoit intéressée, infidèle et sans auiitie, etc. » {Hist. amour, des Gaules, t. i, p. 156, coll. P. Jamiet.) — Voir aussi les Mcm. de M, rfe***, p. 533, coll. Petitot. — Gaspard de Coligny lut lue pendant la Fronde, au combat de Cliareuton, en 1649. Sa femme, mal-
OLYMPE MANCIM.
Bien des caprices de ce genre pas^-èrent par la tête du priace adolescent. N avons-nous pas vu qu'un jour il s'émancipa jusqu'à effaroucher la vertu de la belle Conti? Sa cousine Olympe eut-elle anssi de ces vertueuses colères, ou bien les jeux du roi avec elle étaient-ils plus innocents? Tous deux étaient de même âge , et , dans riutimité de leurs amusements et de leurs études, ils avaient dû jouir d*une assez grande liberté. Avec des dispositions aussi précoces que celles du roi, avec l'esprit d'intrigue de sa compagne et sa vivacité italienne, on peut bien se demander quel put être le caractère de leurs relations. Eu admettant que madame de Venelle ait exercé une surveillance active sur son élève jusqu'au jour du mariage, le roi, dans ses visites quotidiennes à rhôlel de Soissons, n'y trouva plus les mêmes entraves. La comtesse n*épar* gna rien vraisemblablement pour retenir dans ses chaînes cet illustre captif, il est vrai que d'autres chaînes l'attiraient souvent ailleurs; mais Olympe savait faire
gré ses charmes, n'avait pas su fixer son cœur; il s'éprit de mademoiselle de Guerche : dans le combat où il fut tué, « il avoit, dit Mademoiselle dans ses Mémoires, une des jarretières bleues de cette belle nouée à son bras. » C'est ainsi que combattaient et mouraient les héros galants de la Fronde. Madame de Ghâtillon , qui écoutait en même temps Gondé, le duc de Beaufort, le duc de Nemours, etc., fat la cause d'un duel entre les deux derniers, où Nemours fut tué. Il est partout question des intrigues de la volage duchesse pendant la Fronde. Voy. les Mémoires de Mademoiselle, de madame de Motteville, de Bussy-Rabutin ; citons encore, sans en rien garantir, V Histoire véritable de la duchesse de ChâtiUon (Cologne, Pierre Marteau, 1699). Cette beauté trop célèbre n'en épousa pas moins, en 1664, le duc de MedKlembourg-Schwerin ; elle vécut immensément riche jusqu'en 1695.
172 tes NIÈCES D£ MAZARIN.
la part des circonstances. C'était beaucoup que le roi demeurât constant au moins dans ses visites , et lui laissât tout le prestige de la faveur. « Son âge de dixhuit ans, dit madame de Motteville, son embonpoint, ses beaux bras, ses belles mains, la faveur et le grand ajustement, donnèrent du brillant à sa médiocre beauté. »
Une lettre du temps, peu connue sans doute, jettera quelque jour sur l'état des relations d'Olympe avec le roi. Le fond en est curieux , et nous donnons cette épi^tre dans tout le négligé de son orthographe et de son français * * En examinant de près Tuge et la position
* Cette lettre a été publiée sous le titre : Lettre d'une des demoi" selles Mancini à son oncle le cardinal Mazarin, (Bulletin de la Société de THistoire de France» 1. 1, iv partie, p. 163.)
«Ce29aoii8t.
« Te viens encore de recevoir une îetre de Votre Jiniiiience, qui <^?t tlesin h troisicsme que je ny eu l'honneur de recevoir. 11 faudroit que je fusse bii'M in^ratte si je ne reconoîses (reconnaissais; les boules que V. E. a pour inoy, et si je ne luy escrivé pas aussy souvent qu'il inest possible, sachant quelle le souhelle. Pour comencer à hiy donner des nouvelles, je luy dire que jay esté ases malheureuse pour perdre la bonne e;race du IVere de celuy à qui vous vonles (voulez) que je fasse un con)i)linieut de votre part ; l vc me parle plua du tout depuis un jour que je demeure à daucer le soir. Je ne sçay ce quil avoit, si ce nest quil l)()udoit ma sœur et luy ensemble, et je voulu prendre la liberté de luy en dire quelque chose ; je coiumeacé par luy demander SI nia sœur ne boude pas; i me dit que ouy, mais que sestoit son hordinaire; ie luy dist que pour elle i n'importe pas, mais que pour luy, comme il estoit de la plus mcschantc humeur dU monde, que cela ik*estoit pas bien, et que mesme le monde en faisoît cent conte, disant quil sembloit deux, petite enfante qui boudasent à tout moment, et comme de faist le monde dict desia quMl en ait amoureux, et comme se ne peut pas estre par la grande beauté quelle aye ni par le grand
des nièces du cardinal, on ne peut attribuer cette lettre qu'à la comtesse de Soissons. Ce point admis, Texplication en ressort naturellement. Les deux personnes qu'elle compare à deux, enfants qui boudeut, sont sans nul doute sa sœur Marie et le roi. Le dépit qu'Olympe ressentit de leur passion , qui commençait, perce dans la manière très-peu flatteuse dont elle parle de sa sœur. On reconnaît aussi son sentiment jaloux à Fendroit de la duchesse de Châtillon , dont le roi avait été amoureux. L'aventure de cette duchesse avec l'abbé Fouquet, qui l'avait teuue enfermée chez lui, venait de faire un grand escalandrci et il était plus permis à madame de
esprit, i dise quil faust que ce soit parce que il la croit de meilleur naturel que Irs nritres. Vous scavez que le nioiide est meschant, mais, en vérité, cela est tousiours faeheus. Tout le sf>ir apKs que ie luy eu dist cela i ne me parla plus et ma traitée depuis comme une personne quil uauroitiamais ni veue ni conue; ie vous avoue la vérité que cela ma psté fort sensible; jaiuiere uiieus quil ne meust iamais parle fjue dagir de la manière quil fait à cest heure.
' l li eust comédie hier an T.ouvTe, ou Mademoiselle estoit et Madame de Chastillon, labé Fouquct aussy, lequel dis tousiours quil ne se soucie point de la belle et mesnie i seu moqua tout hier soir; mais ie croy que tout ce qui! en fait ce nest que par colèr, et je iu-
rere (jurerais) quil se racouioderout On ma faist un conte dune
de ses quatre personnes que vous sçaves, celle qui est la plus grande dame, qui est que, quand ou lui vint dire que le Roy estoit fort malade et quil ni avoit plus d'espérance de vie, elle dict: Elias! pauvre Roy, en quelles mains estiez-vous; ou vous a bien maiué (mené) à la boucherie! ellas! i sens (ils s'en) repentiront bien à cest heure. Je men vay finir parce que il est trois heures et la Reine doit partir à quatre, et jauré (j'aurais) peur de la faire atendre. On va en un jour, on souppe à Essone et marchera toutte la nuict. Je vous prie de maimer tousiours un peu et de croire que personne au monde ne le mérite mieus que moy, par le respect et la tendres (tendresse) que jay pour V. E. »
LLS M£CES de MAZARIX.
Soissons qu7v ses jeunes sœurs de se permettre des allusions à cette aventure ' •
On voit à ce caqoetage qui sent assez la petite fille, que madame la comtesse n'était point une Sévîgné. Â cette aurore du grand règne, les Sévigoés étaient rares, et les lettres des belles dames ne valaient pas sans doute leurs conversations. Il faut s'attendre à mille désappointements de ce genre quand on lit ce qui nous reste de ce inunde si magniiîque. Ces femmes qui éblouissaient par le rang, la faveur, la grâce, n'en reflètent, dans leurs lettre8,*qu*un très^médiocre éclat. Dans celte société, qui conversait plus qu'elle n'écrivait, la langue parlée devait surpasser la langue écrite. L'inexpérience de celle-ci se trahit encore, et même
* Cet abbé Fonqnpt fut Tim des acteurs principaux de h Fronde, n avait beaucoup aide à la fortuno dp sou frère le surinteiuiaut, qu jI dominait. II était fort avîint dans la confiance et les secrets de 3Iazariu. C'était un lionrnie de conseil et d'exécutiou avec qui ics plus tiers ne plaisaiilaient point. " 11 entreteiioit à ses dépens, dit Courville [Mémoires, p. .■i4), cinquante ou soixante personnes, la plupart gens de sac et de corde , qui lui servoieut d'espions et le faisoient craindre. >» Aussi proposait-il tout simplement à Mazarin, « d'enlever, d'assassiner et de faler le coadjuteur. « Mademoiselle dit qu'un certain Biscara , officier des gardes de ISIazarin , » étoit le chef de ses braves. « On voit comment il ménageait la réputation des femmes qui passaient par ses mains : il retint la duchesse de ChfttiUmi , sa maîtresse, enfermée chez lui pendant plusieurs jours; une antre fois il se mit à briser tout diez elle. Ce terrible homme était Tort redouté de son frère, qui écrivit dans ses instructions secrètes : « Si j*étois mis en prison et que mon frère, rabbé, qui s^est divisé dans ces derniers temps d*avec moi mal à propos, n'y fust pas, et qu'on le laîssast en liberté, il faudroit doubter quMl eust été gagné contre moi , et il seroit plus à craindre en cela qu*un autre. » L*hîstoire a trop laissé dans Tombre ce personnage, Tune des figures principales et les plus caractéristiques du temps.
OLY^lfrE MAXCIM. 175
pluB tard j quand Tarage d eerire devint plus général , l'esprit des Mortemart n*étincelait pas sur le papier
comme aux lèvres des Montespan et des Thianges. Quant à la question d'orthographe et de grammaire. Olympe va de pair avec toutes les belles de son temps, et il n est pas besom de lui chercher une excuse dans son origine italienne.
Marie Mancini u\ait obtenu du roi qu il cessât de voir sa sœur * • Le prince demeura en froid avec la comtesse tant qu'il aima la jalouse Marie. Le pauvre comte fut bien mortifié que le roi n'allât plus voir sa femme, « car c'étoit, dit madame de Motteviile, un honnête homme et surtout un bon mari, m
Après sou mariage, Louis XIV, détaché de Marie, se réconcilia avec sa sœur, f^^ main du cardinal renoua les fils de cette liaison, après qu^elle eut brisé avec éclat les liens du prince avec Marie. Mazarin se retrouve ici; il employa l'adresse d'un de ses affidés les plus sûrs pour ménager ce raccommodement ; il se faisait écrire chaque jour aux Pyrénées les plus petits détails de cette affaire.
a Lerui, lui mandoit-ou, a trouvé le moyen de
* C'est Ir commcnccnipiit de cette rupture dont il est question dans répître que nous avons ritée. !î est parlé de la mnlndie récente du roi, ce qui nous met à même d'en fixer la date, Louis XIV, en effet, tomba malade à Caîais à la lin de juiu !6â8 ; sa vie fut en danger, mais sa eonvaleseeuce fut prompte. La lettre d'Olympe, postérieure à eet événement , peut doue être fixée au 29 aoftt 1658. C'est répo(iiie où l'attaehement du roi pour Marie commeuea à devenir sérieux; c'est alors que, sure de son empire, elle exigea qu'il cessdt de voir sa sœur.
venir de Bordeaux ici eu jouant ^ il a quitté le carrosse de la reine dès la seconde journée, et est entré dans le sien avec madame la comtesse de Soissons seule et madame d-Uzès; ils ont fait dans le carrosse d'une machine une table où ils jouent tète-à-tête un jeu à perdre trois ou quatre cents pistoles. La perte n'est pas de cela jusqu'à cette heure, et c'est le roi qui perd. 11 a repris avec Madame la comtesse le commerce de lui parler, de rire avec elle, et particulièrement d'y jouer plus qu'avec qui que ce soit; de sorte que cela va aussi bien qu'on le peut souhaiter, et dure comme cela depuis six. jours ^ ils ont dîné tous les jours tête-à-tête dans le carrosse, sans en sortir*. »
* 3 octobre 16S9. — « Il y a quatre ou cinq jours que le roi envoya à mademoiselle Mancini un dès deux petits chiens de Fripone; il aime fort la mère et les petits. H va présentement à toutes les comédies et au théâtre de la ville et chez Monsieur. Tant qu*il a fait froid à madame la comtesse de Soissous, Monsieur se mettoit toujours à la comédie entre le roi et elle ; hier au soir, il ne s^y mit point, et te roi lut parla assez agréablement jusqu'à trois fois. A ce soir, comme il est vendredi , il n*y a point de comédie ; Monsieur vit fort bien avec elle, et d*aatant mieux que le roi y vivoit assez mal. »
21 octobre 1659 (la nuit). — «Le roi vit si bien avec Monsieur et Madame de Soissous qu'il ne se peut rien de mieux. S. M. donna à celle-ci, il y a trois jours, le bal et la comédie à rarchevéché, et puis ils firent ensemble 7nedta noche, ayant été plus de trois heures à 8*entreteDÎr peut-être des choses passées plus que de celles de l'avenir,
« Hier au soir, il fut jouer cboz elle où il avoit déjà passé une soi* rée ; il y a passé la nuit jusqu'à trois heures du matin à jouer au hoc; ils ont joué un jeu à perdre deux mille pistoles avec un médiocre malheur : le roi, Madame la comtesse, INT. de Villcquier, M. de Richelieu et ]M. de Varniigeville. Tous avoioiil dos croupiers, liors le roi, qui n'a perdu que cent pistoles. J'en étois d'un vingtième avec madame la comtesse, qui a gagné cinq cents pistoles que M. de Richelieu et M. de Quitry, son rroupier, ont perdues. A l'heure que j'ccm à Y* Ëm,, le roi est chez madame la comtesse , de Soissous, qui
OLYBliPE MANCINI. 177
Guidée par la main de son onele, Olympe ainsi rentra par degrés dans les bonnes grâces de son royal ami. « Le roi y uous dit la Fare, eut un grand commerce avec la comtesse de Soissons, qu'il alloit Yoir tous les jours, même depuis qu'il fut amoureux de mademoiselle de la Yallière. » Depuis longtemps le cardinal visait à un poste éclatant pour sa nièce : il la fit surintendante de la maison de la reine; Olympe devint ainsi la plus grande dame de la cour : par sa charge, par son crédit, par son mariage, elle vivait dans une splendeur sans égale.
11 y avait près de la jeune reine une dame d'honneur, la duchesse de Navailles, qui s'avisa de faire murer certaines fenêtres dont le roi prolitait, disaiton y pour des visites nocturnes dans Tappartement des filles d honneur. « Elle dit au roi en face qu'elle feroit sa charge, et ne souffriroit pas que la chambre des
est logée , par la faute de ses gens, à un quart de lieue de rarchcvêché. Je ne sais rnmmpTit le roi fera jusqu'à ce que V. Em. soir ici, car je lui puis assuivr rjuc les pistoles qu'il avoit gagnées à Bordeaux au billard , au\ oftieiers des gardes qu'il a ruinés, s'en sont allées au brelan. J'ai evhorlé Aladnme la comtesse à vivre avec le roi avec plus d'application et de soin lutnie, s'il faut ainsi dire, qu elle n'eu a en devant l'orage de mademoiselle sa sœur. Je lui ni vu là-dessus des sentiments tout h fait raisonnables; mais, dans I t xccntion, je lui reprochai encore hier qu'en mille endroits du coi nu um ce qu'elle a avec le roi elle a l'esprit si Iroid, et souvent l'humeur si iroide aussi, que cela me faisoit toutes les peines du monde ; je m'en rapporterois pourtant bien à elle (car elle a de l'entendement), si elle avoit toujours bien connu le roi ; mais, après le lui avoir vu échapper et tomber dans des mains peu liumaiues pour elle, il ne faut s'assurer de rien. »
21 octobre 1659. ~ «V. E. seroit merveilleusement édifiée si elle
178 LES TiÙLCï^ Diù MAZAiUN.
âl1e8 fût déshonorée * . » C'était comme une déclaration
de guerre à Sa Majesté, qui y répondit par un règlement en forme sur les attributions de la dame d'honneur et de la surintendante : celle-ci faisait sans doute sa charge d'une façon moins inhumaine^ mais le différend de ces grandes dames partagea la coiir en deux camps; leurs maris s'en mêlèrent et le comte de Soissons appela en duel le duc de iSavailles, pour vider la}querelle en champ clos.
La comtesse pourtant prit d*assez mauvaise grâce Tamour du roi pour la Vallière. Louis XIV avait pour confident de sa passion ce marquis de Vardes dont il est question plus haut. Celui-ci| vers ce même temps, 8*attaqua au cœur d'Olympe, et la Fare assure que ce fut par ordre du roi. ]1 faut parler un peu de ce personnage, qui jouait alors un rôle si brillant , et qui tint une place à part dans la vie de la comtesse. Tardes était fils de l'une des maîtresses de Henri IV, la comtesse de Moret; il n'était plus, par conséquent, de la première jeunesse, quand il fit sa cour à madame de Soissons. Nous le trouvons, en effet, mestre de camp dès 1646; il servit avec distinction. Il était en grand renom de beauté, de bravoure, et surtout de galanterie.
▼oyoit avee, eombien de reoonnoissance et de modestie Madame la comtesse a reçu et senti les bons offices que vous lui avez rendus auprès du roi- Je vous assure qu*e]le sait que le bien présent de l'amitié du roi vers elle lui vient uniquement du choix de la bonté de V. £m. qui a agi auprès du roi. »
{Lettres inédites de Bar te t au cardinal Mazarin; ABcmvBft