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DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES

* Mém, de madame de Caylus, coll. Petitot, t. ixvtf p. 422,

%\MPL MA:(CIM. 179 ♦ - .

Une anecdote que Saint-Simon raconte de son père et dit marquis de Vardes caractérise en même temps l'époque et les personnages* Ils se prirent de querelle, et « conyinrent de se battre, dit-il, sur le midi , à la porte Saint-Honoré, lieu alors fort désert; et, pour que ce combat parût une rencontre, que le carrosse de M. de Vardes couperoit celui de mon père, et que les maîtres, prenant la querelle des cochers, mettroient pied à terre avec cbacun un second , et se battroient là... Vardes, qui attendoit au coi» d'une rue, joint le carrosse de mon père, le £rôle, le coupe* Coups de fouet de son^ cocher, et riposte de celui de mon père; tètes aux portières, et pied à terre. Us mettent l'épée à la * main. Le bonheur en voulut à mon père : Vardes tomba et fut désarmé. Mon père lui voulut faire demander la vie; il ne le voulut pas. Mon père lui dit qu'au moins it le balafreroit. Vardes l'assura qu'il étoit trop généreux pour le faire, mais qu'il se confessoit vaincu. Alors mon père le releva, et alla séparer les seconds*. »

Les duels de Vardes, comme ses amours, seraient longs à raconter * ; nous nous en tiendrons à la plus brillante de ses conquêtes, et aussi la plus touchante de ses victimes, la duchesse de Roquelaure : elle était belle et elle était sage. « Nous avons ici le marquis de Vardes, écrivait Bussy-Rabutin à madame de Sévigné, et je sais, par M. le prince de Conti, qu'il a des*

* Mém. de Saînt'Simon, 1. 1, p. 120, éd. in-18.

* C'était un honneur de se mesurer avec Vartks : «Le comte de Lude fait bien des annes, Il est brave -, il s'est fort bien battu contre Van&es, ete» • {HisL anumr. des Gaules, 1. 1, p. éd. Jamiet.)

180 LES .M£CES DE MA^m.

sein d'être amoureux de madame de ftoquelaure cet

hiver. Et sur cela, Madame, ne plaignez -vous pas les pauvres femmes qui bieu souvent récompensent par une Téritable passion un amour de dessein^ c'estrà-dire donnent du bon argent pour de la fausse iiioiinoîe * ? »

Ainsi parlait Bussy, lui dont l'argent n était pas du meilleur aloi. L*hiirer venu , de Vardes aima donc la belle Roquelaure, qui se crut bien riche de la fausse monnaie de ce trompeur. « Elle lui accorda tout, mais seulement pour lui plaire », nous dit Gonrart , aussi gravement que s'il parlait d'une affaire d'État ^. Mais Yardes se lassa d*un amour qui voulait des soins, des ♦ précautions , du mystère : c'était exiger trop du personnage. Comme il avait affaire à un mari jaloux, il lui arriva, une certaine fois, de passer quarante-huit heures caché dans un caveau de l'hôtel . Sa flamme n'était pas pour tenir à de pareilles épreuves : sa belle toilette avait eu trop à en souffrir. Il délaissa donc cette adorable femme, qui 1 aimait d'un profond amour. Ëlle était cependant d'une beauté à faire tourner les tètes : « Madame de Roquelaure est revenue hier tellement belle, écrit madame de Sévigné, qu'elle défit le I^ouvreà plate couture'. »

Par une autre fatalité de sa destinée, cette noble créature était la femme de ce duc de Roquelaure, si connu par ses vilains bons mots. Malheureuse en amant comme en mari, elle se consuma en amères tristesses.

* Lettres de madame deSévigné, 17 aoiU 1654.

2 Minn. de Conrart, coll. Petitot, t. xlyui, p. 252.

3 Lettres de madame de Séviffné, 27 novembre 1651.

OLYMPE MÂKCINf. 181

On dit qu'elle eut pourtant la bonne volonté de guérir. La belle délaissée tâcha de remédier à %fL passion par une autre ; elle s'effor^^ de prêter roreille aux doux propos de Monsieur, frère de Louis XIV, qui était fort épris d'elle; mais ce galant, qui avait seize ans à peine, ne put faire d'impression sur son âme. Gonrart apprit , d*une personne à qui elle le conûa, qu'une piiilision ardente et cachée la tuait. Elle ne survécut guère , en effef!^ à bou malheur, et mourut a \ingttrois ans * .

Ne suivrons pas de Vardes dans tous ses hauts faits

de ce genre. Nous avons vu qu'à peine mademoiselle Martinozzi , « la merveille aux cheveux blonds, » eut épousé le prince de Contî , Taudacieux de Vardes osa porter les yeux sur elle. Son Altesse le trouva au chevet de sa fempie, et la visite lui fut suspecte. Cette belle blonde assurément était irréprochable et pure ; mais la duchesse de Roquelaure n'était-elie pas sage aussi? Ce terrible de Vardes, «Fhomme de France le mieux fait et le plus aimable, » dit Tabbé de Cos- ' nac , son ennemi , possédait si bien l'emploi des lar-

* Charlotte-Marie de Daillou , fille du comte de Ludc, avait épousé le duc de Roquelaure en 1653. Loret nous décrit au long, dans sa Gazette, les fêtes da mariage, et proclame la fiancée :

Piua fraicbe et plus belle que Flore.

Tàllemant déclare également qu^elle était « une des plus belles, pour ne pas dire la plus belle de la cour. » Mademoiselle , qui n'est point . prodigue d*enceBS pour la beauté , dit de la duchesse de Boquelaure : « Assurément c'est une belle créature! » Elle assure que, le lendemain de sa mort. Monsieur se confessa, communia et fit. dire mille messes pour elle.

182 LES ^'1LCES DE MAZAULN.

mes , il avail^si grand air et tant d'esprit que la belle Gontt se fût peat«ètre laissée ensorceler comme bien d autres. Elle qui s'était effarouchée des galanteries du roi, ne se fâchait pat des propos d'amour que

Yardes lui disait à roreille * .

Enfin vint le tour de la comtesse de Soissons ; que Vardes l'ait courtisée pour obéir au maître , qu'il ait jeté son dévolu sur elle par intérêt ou par goût , tant est-il qu elle l'aima comme l'avaient aimé toutes les femmes. Sa passion pour Vardes devint extrême, et ne put rester un mystère; son esprit vif était tourné à l'ambition et à l'intrigue, mais elle était Italienne et d'un naturel ardent. « C'étoit une personne , nous dit madame de la Fayette, qu'on ne pouvoit appeler belle, et qui néanmoins étoit capable de plaire ; son esprit n'avoit rien d'extraordinaire jù de forl po/î, mais il étoit naturel et agréable ^. »

* Mém. de l'abbé de ChoUu, coll. Petitot, t. uni, p. 3S0.

^ Cela revient à dire sans doute qu*01ympe n*était point ime pré* cieuse. A ce propos nous lisons ce qui suit dans les notes du Palaie MaaariM : > On rappelle trop souvent la bécasse de Soissons pour qu*au eontniire de ses sœurs elle ne se soit pas fait une réputation d*espTit borné. > Cette prétendue réputation ne nous paraît pas ce* pendant un liait bien établi, car nous ne connaissons qu*un couplet, dans le recueil de Maurepas, où Olympe se trouve qualifiée de 6e'ca$$e:

Si la î)t''C<is.se de Soissons En avoit valu la peine

Cfi mot n'avait peut-être pns le sens exact que INI. de Laborde lui snpposp ; In chansonnier n'y regardoit pns de près, et se servait sans doute de ce mot de bécasse comme de toute :mtre injure. Du reste , contentoiis-nous , en fait d'esprit , du témoiguage de madame de la Fayette.

OLYMPE MAMCmi. 163

C ctait, après tout, pour un homme tel que de VardeS) la liaison qu'il lui fallait ; Olympe était bien mieux son fait que les difficiles conquêtes auxquelles aspirait sa vanité. 11 n'avait poipt à redouter, à TLotel de Soissons , de se voir enterrer deux jours durant dans un caveau. Le mari était le moins soupçonneux des hommes j si Lieu que, lorsqu'il y avait brouille entre la dame et son amant , c'était le brave comte de Soissons qui s'en allait trouver de Yardes et le ramenait à sa femme. 11 faut dire qu il était persuadé qu'il n'y avait rien entre eux qu'une franche amitié*

La comtesse était une maîtresse de maison entendue et magnifique, chez qui se tenait en quelque sorte la cour. Le roi avait repris l'habitude d'aller chercher cheA elle ses délassements et ses plaisirs. 11 y passait ses soirées, et le jeu, la conversation, ¥j retenaient souvent fort tard. « Rien n'étoit pareil, dit Saint-Simon, à la splendeur de la comtesse de Soissons, de chez qui le roi lie bougeoit , avant et après son ma* riagc , et qui ctoit la maîtresse de la cour, des fêtes et des grâces \ »

Cependant, quand le roi se «fut attaché sérieusement à la Vallière, il alla moins fréquemment chez la comtesse, soit qu'il fût retenu près de sa maîtresse, ou que celle-ci l'âoignât d'une société qu'elle ne goûtait pas. La Vallière trouva donc 1 iiôtel de Soissons fort mal disposé pour elle. On y devait voir de mauvais œil une favorite qui n'était d'aucun parti , qui devait

* Mém, de Saint'Simm, t. in, p. i\% et US, éd. io-18.

184 LES IXIÊCES 1» NAZARDf.

tout à son amour, et ne demandait rien au roi que d'être aimée. De Yardes et la comtesse entendaient lea choses autrement, et ils montèrent une cabale contre la Yallière. Ils n'étaient pas les seula à qui cette tendre femme faisait ombrage. La belle-sœur de Louis XIV, Madame, qui avait reçu de lui quelques soins fort galants , ne voyait pas sans dépit cette passion véritable. EHe'accneillit cependant les hommages du beau comte de Guiehc, à défaut d'autres. Ce comte, fils unique du maréchal de Gramont et neveu de ce chevalier célèbre dont on connait les Mémoires , était Tun des liéros du joui*. U revenait de pays lointains, où il était ailé combattre comme un paladin du moyen yge ; on ne parlait que de ses liauLs faits, de ses aventures. Ce personnage, qui visait à lextraordinaire , avait d'ailleurs un mérité assez rare : il parlait toutes sortes de langues, brillait fort dans tous les exercices, et charmait surtout les femmes par le tour roma* nesque de son esprit. « Le comte de Guîche, écrit madame de Sévigné , est à la cour tout seul de son air, un héros de roman , qui ne ressemble point au reste des honinies. »

Le temps était favorable à ces brillantes singularités, et le comte de Guiche partageait avec de Yardes la faveur et les succès. Ils étaient loin de se ressembler, » il est vrai; ce dernier, bien moins chevaleresque, possédait un charmef plus profond , un art plus réûéclii et plus consommé. Quant à Lauzun, dont le nom est resté bien plus fameux, il ne fut qu'un pe« tit-maiUe hautain, très-médiocre de sa personne, et

OLYMP£ MANCCa. ISS

qui n'aifISit pour lui que l'audace et- le mordant de i^u esprit : ou ^e pouvait le comparer aux deux autres.

Comme il fallait naturellement à ce comte de Guiche des amours horj du commuu, il osa élever ses vœux jusqu^à Madame. Cette belle et spirituelle Henriette avait y comme M. de Guiche, un grand penchant pour le romanesque \ elle aimait la neuyei&uté, Taventure et le péril. Elle reçut ses lettres, %n lut des volumes, et liait par le recevoir iui-mème. L indulgent historien de Henriette, madame de la Fayette, nous avoue îîes entrevues, en les montrant toutefois sous leur jour le plus favorable. •

« Le comte de Guiche, dit-elle, ne trouvoit rien de plus beau que de tout hasarder; et Madame et lui, sans avoir de véritable passion l'un pour l'autre, a'exposèrent au plus grand danger où l'on se soit jamais ^posé. Ma(I«ime étoit malade et environnée de toutes ses femmes... Elle faisoit entrer le comte de Guiche, quelquefois en plein jour, déguisé en femme qui dit la bonne aventure, et il la disoit même aux femmes de Madame, qui le voyoîent tous les jours et qui ne le rcconnoissoient pas ; d'autres t'ois , par d'autres inventions, m%is toujours avec beaucoup de hasard ; et ces entrevues si périlleuses se passoient à se moquer de Monsieur ' . »

Acceptons donc la caution de madame de la Fayette quant à cette manière étrange de dépenser de si pré-

* Hist de madame Henriette, coll. Petîtot, t lxiv, p. 410.

186 LES MÈCES DE MAZARIX.

deux momento*'. De Vardes, ami du comte^ était le confident de ses entrevues avec Ma4|^me; et voici ce

qui fut concerté entre eux tous pour faire congédier la Yallière et la remplacer par une favorite de leur choix. La comtesse de Soissons ramassa, dans la chambre de la reine, Tenveloppe d'une lettre qu'elle avait reçue d*Ëspagne; ils placèrent dans cette enveloppe une autre lettre où ils informaient la reine des amours du roi et de la Yallièrl* Cette épître , composée par de Tardes, avait été traduite en espagnol par le comte de Guîche, qui se piquait de bien savoir cette langue. La missive fut remise à Isl senora Molina, femme deeham-" bre de Marie-Thérèse; mais, sur quelques soupçons qui lui vinrent à l'esprit, cette femipe s'en alla porter ► la missive, non à la reine , mais aA roi. « La Molina, dit madame do Motteville, m a conté presque dans le même moment qu'après que le roi eut Iju la lettre il « devint rouge et parut surpris de cette aventure... Dans le trouble où il fut , il demanda brusquement à la Molina si la reine avait vu cette lettre ^. »

* La Palatine parle , dans ses médisantes lettres, de cette liaison, comme ayant ea ée^ suites bien plus sérieuses.

Quant aux chansons, oontentons*nou8 d'en citer os couplet :

La bergère d'Angleterre . ^ Dans Saint Cloud s'en va chantant; Est-ce une si pmïvlc .ifTairo Que d'avoir fait un amant?

Vous souvient-il bien , ma mère , Du comte de Saiat-Alban , Et à T0tt8, ma belle-nière.

De Jute et de Buckirighan?

* Mém, de mad, de Motievilie, coll. Petitot, t. xtr, p. 180, 228.

Oi.¥MP£ MA^CD!i. 187

Le rot ne suspecta pas tes vrak coupables ; au con- U*aire, il avait toute C0QÛanQ.e en de Vardes, et «ce fut lui qu'il consulta sur celte délicate affaire. ^ Vardes n'eut pas grand' peine à persuader au roi qne ce mauvais tour lui savait éj^ joué par cetl^ duchesse de Na- Yailles que Sa Mi|jesté avait qualifiée < d'extravagante réformatrice du genre humain , » et qui exerçait sa charge d'une façon si gênante : ce fut elle que Ton ren* voya.

Bien que le coup n'eût point réussi, Vardes et la comtesse ne se découragèrent pas, et travaillèrent de leur mieux à remplacer la Vallière par une fille d'honneur de la reine, mademoiselle de la Motte-Uoudancourt. La comtesse de Soissons parvint à persuader au roi que cette belle avait réellement une passion puur lui ^ et il finit par nouer une intrigue avec elle, sans pour cela renoncer à la Vallière. 11 était ravi des billets qu'elle lui écrivait, bien que l'esprit de cette fille fût réputé médiocre; mais Vardes et la comtesse étaient là pour y suppléer : c'étaient eux qui écrivaient ses lettres.

Vardes, mis en contact avec Madame, eut la pensée de supplanter le comte de Guicbe. 11 réussit, en effet, par des manèges diaholiques, à faire envoyer en Lorraine le pauvre comte , qui s'en alla malade et dé* sespéré, hasardant jusqu^à sa vie pour voir Madame une dernière tuis sous le plus étrange déguisement. Il partit en confiant à son ami Vardes ses plus chers intérêts'. Avec les secrets dont il était le maître,

* Le comte de Ouiéhe avait été le favori de Monsieur, avant de songer à plaire à IMadàme. Mademoiselle de MontpeDsier rapporte

LES MÈC£S D£ MAZARU^.

celui»ci 8*iinpatroiiisa tout' à fait auprès d'Henriette;

il gagna sa confiance d'abord, puis réussit à plaire, et trouva^pour voir Son Altesse des moyens moins scabreux Sans doute que son prédécesseur. Passa-t-il^ coQime celui-ci y Iç temps de leurs entrevues à dire la bonne ayenture aux soubrettes ou à se moquer du mari? BfSidame de la Fayette nous dit que <c Yardes

des plaisant eries cVun goût fort étrange que M. de G niche se perracttait publiqut'iiieiit à l'égard du prince . « Le comte de Guiche , dit-elle, étoit à ce bal, lequel, faisant semblant de ne pas nous connoître, tirailla fort Monsieur dans la danse et lui donna des coups

de pied au Cette familiarité me parut assez grande !\Iani-

camp, son bon ami, y étoit aussi qui fit mille plaisanteries que j'eusse trouvées fort mauvaises si j'eusse été Monsieur. » Si l'on veut en avoir plus long sur ce chapitre , il faut interroger l'indiscret Bussy- Rabutin. (SistoU'e tmoureuse des Gaules, 1. 1 , p. 65 et jmss. ) n paraît que M. de Giîiche avait dédaigoé les bonnes grâces d*Armande Béjart, femme de Molière. (Taschereau, de MoHêre, Ib. ii, p.66, 8«édit.)

« Le comte de Goiche avoft de grands yeux noîis, le nez beau , bienfait, la bouche un peu grande, la f5fme du visage ronde et plate, le teint admirable, le front grand et la taille belle. Il avoit de resprit» il savoit beaucoup; il étoit moqueur, léger, présomptueux, brave, étourdi , etc. » (Hist, amour. de$ Gaule$, 1 1, p. 07.)

Mademoiselle fait de lui en peu de mots le même portrait. « Il étoit beau, dit-elle, bien fait, spirituel en compagnie, moqueur et railleur au dfflnier point. » M. de Guiche, qui avait vécu parmi les précieuses, conserva toujours leur prétention littéraire et leur jargpn : « H est ceinturé comme son esprit, » disait madame de Sévigué. « Le comte de Guiche et madame de Brissac sont tellement sophistiqués qu'ils auloient besoin d'un truchement pour s'entendre eux-mêmes. » (Sévigué, Lettres, 16 mars i672.)

Sa bravoure à la guerre et dans les duels tenait de son esprit romanesque et d'un prodigieux besoin de faire X'srler de lui ; il passa le premier le ilhin à la nage, sous les yeux du roi, dans la campagne de Hollande, en 1672. Il mourut jeune encore, en 1673, à Creutznach , dans le Palatinat. Le comte de Guicbe a laissé des Mémoires inédits.

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eut un grand commerce «vec Madame et que celui

qu'il avoit avec la comtesse de Soissons, qui n'avoit point de beauté, ne pouvoit le détacher des charmes de Madame. » La pauvre Olympç finit par en conce» voir une horrible jalousie; nous lï' avons qu'à laisser parler eniMure, sur ce chapitre» madame de la Fayette :

« La comtesse de Soissons, dit-elle, qui depuis longtemps avoit été jalouse de Madame jusqu'à la folie, ne * kdssoit pas de bien vivre avec elle. Un jour fu^elle étoit malade, elle pria Madame de l^aller voir; et elle reprocha à Madame le commerce que, depuis trois

ans, elle avoit avec Vardes, à son insu Une autre

fois elle envoya prier encore Madame de l'aller voir : la princesse la trouva dans une douleur inconcevable des trahisons de son amant;.... Sur cela elle conta à Madame tout ce qu'elle savoit, et, dans cette confrontation qu'elles ûrent entre elles, elles découvrirent des tromperies qui passent Timagination. La comtesse jura qu'elle ne verroit Vardes de sa vie; mais que ne peut une violente inclination? Vardes joua si bien la comédie qu*il Tapaisa*. »

Olympe, en effet, ne demandait qu'à s'aveugler ellemême sur le compte de ce perfide, dont on ne pouvait se détacher. Cet homme charmant avait trahi à la fois son ami, sa maîtresse , abusé son maître, et il ne tint pas à la tentation de tromper Madame aussi : c'était comme un goût d'artiste auquel il ne résistait pas. Madame Henriette lui avait livré , dans sa confiance, des

* Hist» de madame Henriette, coll. Pctitot, t. Lxnr, p. 487.

190 LtSi^lÈOSS DE MAZAKEf.

lettres d'État de son frère Charles H, et Vardes en donna connaissance au roi. 11 s'était fait remettre la correspondancerdu comte de Guiche et de Madame, et il refusa de s \ a dessaisir. Enfin il fut rapporté à la princesse que Vardes parlait d'elle d'une façon plus que légère. Il avait dit au chevalier de Lorraine qu'il avait grand tort de s'amuser aux soubrettes, qu'il aurait meilleur marché de Madame que de ses suivaniss. I.a princesse, outrée, alla porter plainte au roi, et Vi^tdes fut mis à la liastille. Mais Olympe futau dése^poif qu'on la privât d'un an)ànt dont elle avait tant à se louer : elle aimait à en perdre la raison j elle s'écria qu'il était affreux que Madame- lui enlevât également Vardes par son amour et par sa haine. Hors de sens, et ne songeant plus qu'à se venger, en vraie Italienne, elle courut vers le roi, et, pour tourmenter aussi sa rivale, elle voulut perdre le comte de Guiche : elle l'arc usa de je ne saii quel crime d'État, d'avoir tenté de livrer Dunkerque aux Anglais*, et écrit la lettre espagnole à la reine. Madame, de son côté, fit des aveux : « oes deux dames , a-ton dit, sembloient tirer au bâton pour se perdre Tune l'autre. » Le roi, en confrontant leurs révélations, finit par tout apprendre. Ce ne fut pas sans efforts qne Sa Majesté put saisir les fils de cette intrigue ; car ce maudit de Vardes lesr

^ On trouTe dans le Jàumal d'OUtfier d'Ormessan ce passage sarprenaut d*ime lettre de Guiche à Biadame : « Votre timide beaufrère n'est qu^un avare et un ûmfaroii. Lorsque vous serez dans Dunkerque, nous lui ferons faire, le bÂton haut, tout ce que nous voudrons. » *

OLYMPE MANGINI. 191

avait si fort embrouiUés^que ;nadame de la Fayette, en racontant Thifitoir^ a toutes les peines da monde à

réclaircir.

VardeSy en punition de tant de méfaits , fut ren* fermé dans la citadelle de Montpellier; mais, plus iieureux que Lauzun, qui était bien.muins coupable, il sortit de prison au bout de deux ans , et fut simplement^exilé dans son gouyernement d'Aigues*Mortes ^. 11 est probable que le roi, s'il Teût revu alors, aurait pardonné tout à fait à son cher de Yàrdes: on ne pouvait tenir longtemps rigueur à ce traître adorable. Louis XIY, en effet, se laissa attendrir et désarnier dès qu'il le revit, tandis que Lauzun, qui n'était pas assez cliarmant pour faire oublier ses perfidies, ne put jamais rentrer en grâce. La comtesse de Soissons et le pauvre* comte 9 qui n'avait, lui, trempé en rien dans cette affaire , furent également relégués dans leur gouvernement de Champagne. Leur exil fut de courte durée; la comtesse revint à Versailles et y reprit sa grande existence; elle était restée surintendante m^gre sa disgrâce^; mais le roi, tout à ses maîtresses, cessa de la

* «NoIiegAlaiitinaniuisdeVardes

' « Est maurtenant €n libert^ » etc.

(La Mme DtwpMm, 17 man 1A67.)

* Le duc de Saint-Simon, qui est si sujet à caution, commet ici une méprise à propos <la retour de la comtesse : « Elle fit sa p;ii\, dit-il, et obtint son rappel par la démission de sa charge, qui fut donnée à madame de Montespau. Cela n'est point exact : ce ue fut que quinze ans plus tard, en 1680, à l'époque où Olympe s'enfuit hors de France, qu'elle se démit de sa charge, qui fut, non point donnée, mais vendue par elle, moyennant deux cent mille écus, à madame de Hontespan ; celle-ci avait passé tout le temps de sa fa-

193 Lies mÈCE» DE lHAZAllIlf .

voir sur le pied de Tintiinit^.' . Ses fréquentes gros* sesses , sans peut-être l'éloigner^de la cour, durent l obliger souvent à uue demi-retraite, ou tempérer un peu son ardeur à se mêler aux plaisirs du roi. Elle s'était liguée contre la Vdlière , de qui son crédit ne tirait rien^ mais, quand une autre la^remplaça, Madame la comtesse ne gagna point au change. Elle eut inaille à partir avec la favorite hautaine, qui, n étant que dame d'honneur de la reine , voulait être surintendante

Un ordre du maîtiMi, un coup de foudre, avait enlevé à'ia pauvre Olympe son cher de Yardes : ce Titan de l'intrigue et de la galanterie était désormais enseyeli dans une petite yille de Provence. Une telle perte fut amère à la comtesse^ mais son cœur ne se consuma pa« en d'étemels regrets : de Vardes avait formé plus d'un disciple. Le plus brillant de tous fut ce marquis de Villeroy, que les femmes surnommèrent le Char* mant. En fait d'esprit, il était loin d'égaler son maître; mais il av|it du feu , Téclat de la jeunesse et d'une luxuriante beauté. Il -fut admis à Thôtel de Soissons ' sur le pieà où jadis ou y avait vu de Vardes. Si l'on en

veur à la convoiter, et elle ne l'obtint qu'aux approches de sa disgrâce.

* Voy. Mém. de Srt?nt-Swwn, t. xii, p. 114, éd. in-18.

* Le nom de la comtesse se retrouve cà et là dans les Mémoires : « J'ai fait rire uue fois de bon cœur madame la comtesse de Soissons, dit la Palatine. Elle me demanda : D*où vient, Madaîiie, que vous ne vous regardez janinis m passant devant un miroir, comme tout le monde fait ici ? Je lui répondis : C'est que j'ai trop d'amourpropre pour me voir laide comme je suis. »

OLYMPE MANCIXI. 193

^croyait les chansons et la chronique secrète , le Char^ mont aurait eu dete successeurs à son tour; maïs nul

é<arit' sérieux ne l'atteste, et, quoi qu'on ait pu prétendre, notoire', fût-ce même Thistoire des femmes, ne s'écrit foïnt seulement avec des chansons.

• Olympo^ si maltraitée de son vivant par de puissants ennemis, a rencontré jusqu'à ce jour, parmi les historiens, des juges plus pressés de la condamner que d étudier à fond sa cause. M. .Walckenaer, entre autres, n'a-t-il pas dépassé envers elle les bornes d*une j;tiste sévérijé- quand il nous peint la mère du prince Eugène éomme ces magiciennes de la Fable , însatia* Mes de voluptés^? Il la traite « de femme sans pudeur; » il est impitoyable pour elle; il parle de ses âppas surannés k Tépoque de son premier exil, alors qu'en 1 665 Olympe n'avait que vingt-sept ans : l'injure est au moins prématurée. M. Walckenaer, toujours si riche de citations, ne 8*est pas donné la peine de nous dire où il a pris ses autorités ; nous n'en savons guère d'^utces que les cyniques chansons de la collection de llfeurepas^. L'historien de madame de Sévigné ne pa^ Taft pas l'avoir consultée sur ce chapitre : ce n'est point elle qui lui a suggéré ces cruelles choses ; ni Choisy ni la Fare ne traitent non plus la comtesse sur ce ton-là. Sa plus sûre magie fut sans doute sa grâce

* Mém. sur madame de Sévigné, t. it, p. 219.

2 Voyez ce reeueil tnaausetit, t. n, p. 534; t. m, p. 329,496, etc.

<BlBI» IXP.)

<i La Soiitôonii passe bien son temps, » etc.

Id4 LES NlÈCtS DK MâZâRIN.

piquante, Téclat de sa vie et cet esprit agréaUe et

nalun l que niai la me de la, Favette lui recuniiaît.

Olympe devint veuve à trente-cinq ans de ce comte de Soissons qui avait été un mari si facile pour elle; sa femme le dominait tout à fait, et il Taimail jusqu'à Taveuglement. On avait rendu ce bon priflce un peu ridicule, en prétendant qu'il s'était un jour émerveillé défaire de Ja prose, et que cVtait à lui que Molière avait pris le mot plaisant de M. Jourdain; peut-être l'avait-on déjà donné à bien d'autres. C'était d'ailleurs un brave militaire , et qui avait fort bi^n servi ; il s'était signalé surtout à la bataille des Dunetf, sous Turenne, et y avait culbuté riiiraiitcric espagnole, à la tète des Suisses qu'il commandait. 11 fut envoyé en ambassade extraordinaire au couronnement de Charles II, et il se battit en duel avec un lord qui avait mal parlé du roi de France. Nous avons dit (ju il voulut mettre l'épée à la main contre le duc de Navailles pendant la querelle de leurs femmes. Il fit les campagnes de Flandre, de Hollande, et fut un des plus braves au passage du Rhin. 11 allait rejoindre Tarmée de Turenne en Allemagne, quand il^ mourut assez subitement. Des rumeurs sinistres circulèrent à propos de cette mort. Les ennemis d'Olympe parlèrent d'empoisonnement, sans démontrer quel intérêt l'aurait portée à ce crime. Elle ne se remaria point; elle avait huit enfants, et elle perdait, avec le €omte de Soissons, un mari paisible, honoré, considérable , et qui pour elle était un brave et dévoué champion*

OLYMPE MATS'CIM. m

. U se passait , à vrai dire , à l'iiôtjîl de Soissons * , d'étranges cfat^ses, qui pouvaient fournir prétexte à <le tels bruits. On y cultivait l'astrologie, la magie; on y tirait force horoscopes , on y évoquait même les esprits. Une scène de ce genre , que rapporte Tabbé de Choisy, a trait justement à la mort du comte.

«( Voici ce qui arriva, dit-il, chez la comtesse de Soissons. Son mari étoit malade en Champagne. Elle étoit un soir incertaine si elle partiroit ou non pour l'aller trouver, losqu*un vieux gentilhomme de sa maison lui offrit tout bas de lui faire dire par un esprit si M. le comte inourroit ou non de cette maladie. Madame de Bouillon étoit présente avec M. de Vendôme et le duc, à présent maréchal de Villeroy. Le gentilhomme fit entrer dansée catiinet une petite fille de cinq ans, et lui mit à la main un verre plein à\me eau fort claire ; il fit ensuite ses conjurations. La petite iille dit qu6il*eau devenoit trouble; le gentilhomme dit tout bas à la compagnie qu'il alloit commander à l'esprit de faire paroitre dans le verre un cheval blanc en cas que M. le comte dAt mourir, et un tigre en cas qu*il dût en échapper. U demanda aussitôt à la petite fille si elle ne voydit rien dans le verre. « Ahl s'écria-t-elle , le beau petit cheval blanc ! » Il fit cinq fois de suite la même épreuve, et toujours la petite iille annonça la mort par des marques toutes différentes, que M. de Vendôme ou madame de Bouillon avoient nommées tout bas au gentilhomme sans que la petite ûlle pût les entendre ^. »

' Voy. y. fppendîce (J).

^ Mém, de l'abbé de Choisy, coll. Pctitot, t. LXiii, p. 224 et &uiv.

m LES NIÈCES DE MAZARIN.

Ces scènes-là se passaient bien ailleurs qu'à rkôtel de Soissons : puis Olympe Maneini n'étiit-elle pas fille d'un homme voué à l'astrologie ? Sa mère l a^ ail bercée dans la croyance aux prédicUons de son mari. Le cardinal Mazarin^ lui aussi, consultait les horoscopes quand il mariait ses nièces. 11 n'y a donc rien d'étonnant que cette Italienne, qui avait aspiré au trène de France, cette âme ambitieuse et passionnée, troublée dans ses ambitions et ses amours, se soit livrée, coi^me d'autres, à ces étranges curiosités.

Il existait naturellement entre les tireurs d'fioroscopes une sorte de franc-maçonnerie qui mit^ 'comtesse en contact avec une dangereuse espèce de sorciers. C'esl ainsi qu'elle et sa sœur de Bouillon se trouvèrent compromises dans le procès de la ^oisin. Tout ne se bornait pas aux scènes de la nécromancie dans te sinistre domicile de cette dernière. L'archevêque de Paris avait prévenu l'autorité que les prêtres de ses pia^isses- entendaient à confesse beaucoup de gens qui s'accusaient du crime d empoisonnement. Il y avait quatre ans que le procès de la marquise de BrinvillierÈ avait semé l'épouvante, et son supplice n'avait pas arrêté cette hornblé contagion. La Voisin , dans ses inteyro^toires , nomma le maréchal de Luxembourg, la* comtesse de Soissons, et sa sœur la duchesse de Bouillon, ^parmi les gens de marque qui fréquentaient sa maison. Le maréchal fut arrêté et cofïduit à la Bastille, où il passa près de deux ans. Madame de Bouillon subit un interrogatoire, mais ne fut point arrêtée; elle s'en tira fièrement, convint qu'elle était allée chez la Voisin pour

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se faire dire la bonne aventure ; puis elle osa mystifier ses juges en face, et mit non-seulement les rieurs, mais le public de son côté. Quant à la comtesse de Soissons, elle n*atteqdit pas ainsi ses juges de pied ferme ; l'ordre était signé de la conduire à la Bastille, et elle S Qiifuit^ Était-elle coupable ît Sa fuite a imprimé sur elle une Om|^re qui ne s*est point dissipée. Elle donna pour raison en partant, que ses ennemis étaient assez puissants pour la perdre : « M. de Louvois, dit-elle, est mon^nnemi mortel, parce que je lui ai refusé ma fille pour son fils. 11 a eu le crédit de me faire accuser; il a de faux témoins. Puisqu'on a donné un décret contre une personne comme moi, il achèvera le crime et me fera mourir sur un échafaud, ou du moins me retiendra toujours en prison. J'aime mieux la clef des champs. Je me justifierai dans la suite »

£Ue n'avait pas que Louvois à redouter ; madame de Montespan , qui la haïssait , avait fait cause eom^ mu ne avec ses ennemis , et croyait avoir tout intérêt à la perdre :• que ne pouvait-elle pas, unie à Louvois ! Voilà ce qu'on peut dire pour justifier la frayeur d'Olympe et sou départ. Les charges restèrent d'ailleurs fort vagues , et ne consistèrent que dans les dépositions de- ces malheureuses pendant la torture. Sauf son mari (et cela n'était guère vraisemblable), on ne cita personne qu'elle eût empoisonné. La Brinvilliers, dans son vertige, avait immolé même ses enfants; Olympe en avait huit , et on n'en vit périr aucun. La

* Mém. de l'abbé de Chois y, coll. Petitot, t. lxhi, p. 224 et suiv.

m LKS MÈCES DE MAZARf^f.

\ oisin et ses coiiipliceâ appelaient leurs poisons des «c poudres de succession ». La comtesse de Soissons n*avait, il nous semble, de succession à recueillir que celle de sa belle-mère, la princesse de Carigoan, avec qui elle Tivait bien.

Ce n'était point là, apparemment, qu'étaient ses crimes; mais elle avait questionné l'affreuse sibylle sur le roi et ses maîtresses. Puis, ai^c des passions qui survivaient à sa jeunesse, elle était bien femme à chercher des recettes magiques pour se faire aimer. Voilà oc dont on peut la soupronnor avec vraisemblance. C'est à peu près ainsi que madame de Sévigné envisafçe cette ténébreuse affaire; voyons ce qu'en écrit sa plume charmante !

€( Il ne paroît pas , dit-elle à sa fille, que jusqu'ici il y ait rien de noir aux sottises qu'on leur impute; il n'y a pas même du gris brun. Si on ne trouve rien déplus, voilà de grands scandales qu'on auroit pu épargner à des personnes de cette qualité. Le maréchal de Villeroy dit que ces messieurs et ces dames ne croient pas en Dieu, et qu'ils croient au diable. Vraiment on compte des choses ridicules de ce qui se passoit chez ces abominables femmes. La maréchale de la Ferté y alla par complaisance avec Madame la corntesse et ne monta point. Cette affaire lui donna un plaisir qu'elle n'a pas ordinairement : c'est d'entendre dire qu'elle est innocente... Madame de Soissons demanda SI elle ne pourroit point faire revenir un amant qui l'avoit quittée. Cet amant étoit un grand prince, et on assure qu'elle dit que, s'il nerevenoit pas, il s'en

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repentiroit : cela s'entend du rotî^ et tout est considé*

rable sur un tel sujet \ »

On* prétend que le roi dit à la princesse de Carignan : « Madame, f ai bien youIu que Madame la comtesse se sauvât. Peut-être en rendrai-je compte un jour à Dieu et à mon peuple. i> De telles paroles, arti-* culées par le roi, auraient une signification sinistre; mais Louis XIV, prévenu, comme il put Têtre, par son entourage, irit la chose, en effet, non en gris hrun^ mais en noir : il consentit donc à la ruine d'une femme, sa compagne d'enfance, et avec qui il avait si étroitement vécu. La plupart des contemporains, la Fare, Tabbé de Choisy, soupçonnent que Louvois et la favorite conduisirent cette affaire : « La comtesse de Soissons, ennemie de madame de Montespan, dit la Fare, fut assez légèrement , je crois , décrétée de prise de corps ^. » Quant à Mademoiselle, si peu portée à Tin- (iulgence, ses réticences ne suiil puiiiL d'une couleur favorable : « £lle ne veut pas s expliquer, dit-elle, sur un*sujet si délicat. » Madame de Sévigné tient sa fille au courant dp tous les bruits, surtout en ce qui touche à la comtesse, et de tous les revirements de Topinion à son égard : a Voyons la suite, dit-elle ; si elle a fait de plus grands crimes, elle n'en a pas parlé à ces gueuses-là. Un de nos amis dit qu'il y a une branche aînée au poison, où l'on ne remonte point, parce qu'elle n'est pas originaire de France; ce sont ici des petites

* Lettres de madame de Sévigné, 31 janvier 1680. 3 Mém, de la Fare, p. 249, coll. Setitot.

branches de cadets qui n*ont pas de souliers... Enfin

le ton d'aujourd'hui, c'est rinnocence de>s uuiiimées et rhorreur de la diffamation^ peut-être que demain ce sera tout le contraire * « »

Laissons encore cette diseuse incomparable nous conter la dernière soirée d'Olympe à l'hètel de Soissons : a Elle jouoit à la bassette mercredi; - M. de Bouillon entra ; il la pria de passer dans son cabinet , et lui dit qu'il falloit sortir de la France ou aller à la Bastille. Elle ne balança point : elle fit sortir du jeu la iiian|uise d'AUuye; elles ne reparurent plus. L'heure du. souper vint ; on dit que Madame la comtesse soupoit en ville : tout le monde s'en alla, persuadé de quelque chose d'extraordinaire. Cependant on fit beaucoup de pa«> quets; on «prit de Targent, des pierreries; on fit prendre des justaucorps gris aux laquais et aux co« chers; on fit mettre huit chevaux au carrosse. Elle fit placer auprès d'elle la marquise d'AUuye, qui ne vouloit pas partir, dit-on, et deux femmes de chambre sur le devant. Elle dit à ses gens qu'ils ne se missent point eu peine d'elle, qu'elle étoit innocente, mais que ces coquines de femmes avoi^nt pris plaisir à la nommer. Elle pleura; elle passa chez madame de Carignan , et sortit de Paris à trois heures du matin '\ » Elle était accompagnée de deux de ses enfants et d'une suite de vingt personnes.

A peine la fugitive eut-elle passé la frontière que

< Lettres de madame de Sévigné, 80 janvier 1680. 2 Id., ibid., 30 janvier 1680.

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