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DE TABLEAUX

Le palais Mazarin, avec ses sept cours et ses jardins, occupait tout l'espace compris entre les rues des Petits-Champs, Richelieu et Vivien, et s'étendait, vers les murs de la ville, un peu plus loin que remplacement actuel de la rue Colbert Il n'eut pas tout d'abord ces vastes proportions : le cardinal y ajouta successÎTement diverses galeries, de sorte que les bâtiments de ce palais n'avaient rien de fort régulier dans leur ensemble.

« Tuut le monde y remarque, dil Sauvai, une oortaine prran- « deur que le cardinal avoit apportée d'Italie, et qui n'est a point encore entrée dans les maisons particulières, non pas a même dans les royales; et, quoique ce palais consiste en c plusieurs logis entassés confusément les uns dans les autres, « il ne laisse pas néanmoins d'être une des merveilles de Paris «et de la France ^ »

Lorsque Mazarin résolut, vers 1644, de se faire construire un palais, il acheta un grand hôtel situé au coin de la rue des Pelits-Champs et de la me Vivien, derrière le jardin du Palais -Royal 3. Cette belle demeure, que Lemuet venait de terminer, était destinée au président des comptes, Jacques Tubeuf.

L'bôtel s'élevait entre cour et jardin; il était accompagné de deux ailes en retour vers la nie, dont les extrémités se reliaient à la porte principale par deux pavillons surmontés de petits dômes et par deux pans de murs couronnés, ainsi que rentablementde la porte, d'une balustrade à jour. Cette porte était accostée de deux colonnes d'ordre ionique, et ornée de refends qui encadraient une ouverture rectangulaire*.

Cette entrée a été modifiée depuis; mais les bâtiments de

■ YoyiB Plan àe Paris, dnasépar GomlNnist en 1653. - SauTal, Antiquités de Parît, t. u, p. 341.

3 Ibid., p. 173.

* Yo)ez Façade du Palais Masarin, à Paris i par Jean Marot.

APPENDICE. 4t7

l*hdtel) que Ton restaure en ce moment^ sont restés à peu près ce qu'ils étaient alors. Ils ne comprenaient qu'un rez* de-chaussée et un étage, avec des fenêtres en œil-de-bœuf dans les combles.

Au milieu de la façade, un IVonlon serai-circulaire, ehariié de hcnljjlures et percé d'une ouverture carrée, s'élevait audessus du premier élagc, et brisait j^our Ta'il la ligne continue des toits. Le principal ornement de cet édifice, outiv ses proportions élégantes et majestueuses, consistait dans Tappareil de la construction de briques rehaussé de chaînes de pierre qui encadraient les ouvertures» séparaient les étages, rampaient sous les combles, dessinant en blanc» sur le fond rouge des briques, les principales lignes architecturales *. Los appartements, dont le luxe intérieur répondait à l'élégaiiee des bâtiments, avaient été décorés par Simon Vouét, l'un des peintres qui c.nnh ibuèrent à cette époqui' «1UX embellissements du Louvre et du Palais-Çardmai.

On prétendit que M<izai-in avait gagné l'hôtel Tubcuf au piquet, contre le président, gui voulut bien se laisser perdre^ ; mais cette assertion se trouve démentie par plusieurs notes des comptes de Golbert et dès carnets de Mazarin, où il est question de divers à-comptes donnés à M. Tubeuf sur le prix desonhôteP. Le cardinal songea, tout en consenantce qui existait de cet hôtel, à y faire exécuter les einlji llissemenU; nécessaires pour le rendre digne de son nouveau maître.

En véritable Italien, Mazarin était passionne pour les arts; il lui fallait de belles et vastes galeries pour étaler les merveilles de peinture et de sculpture qu'il recueillait de tous côtés; dans cette intention, il manda de Rome le Bernin, cClèbre architecte que Louis XIV fit venir plus tard pour achever le Louvre, mais à qui Claude Perrault fut préféré à la suite d'un concours.

Le pape ne consentit pas au départ du Bernin, qui se vit

' Voyez les dessins éa patois Mazarin, par Jean Marot.

* Voyez BiBL. mp., estampes, topogra]iliie. Paris, quartier Feyéeau, 1. 1, une

note mnntiscrite ii ce sujet.

^ Carnets de Maiar'm, an 1044, n*' 6, p. 77. Bul. i3ip., Mas., fonds fiatuie.

obligé de refuser les 12,000 écus de pension que lui o£fti*ait Son Éminence^ A défaut du Bernîn, le cardinal chargea François Mansart de lui construire derrière son hôtel, et parallèlement à la rue Vivien, deux galeries, Tune pour ses statues antiques, l'autre pour ses tableaux et curiosités de toutes sortes. Cet architecte devait en méipe temps refaire le grand escalier de l'hôtel Tubeuf, qui ne parut pas digne du nouveau palais, et ajouter deux ailes, i une adossée aux nouilles galeries, l'autre derrière la maison de Duret de Chevry, \ sur la nie de Richelieu.

Mansart répondit à la confiance du cardinal , et il éleva, dans le niême style que l'hôtel, ces beaux bâtiments que l'on vient de restaurer du côté delà rue Viviçnne, dont ils étaient séparés comme aujourd'hui par une basse-cour disposée en parterre, sur laquelle donnait également un grand manège couvert Ces nouvelles constructions offraient encore l'appareil de brique à chaînes de pierre dont nous avons parlé ; de phis U s fenêtres du premier étage étaient rehaussées d'un attique sculpté, où >e dessinaient alternativennent des guirlandes de tleurs et les faisceaux de Mazarin en sautoir.

La galerie du rez-de-chaussée fut disposée pour recevoir les statues, et celle du^ premier étage pour les bustes, tableaux et autres objets d'art. Chacune de ces galeries était éclairée par huit grandes croisées, auxquelles correspondaient, dans la galerie haute, huit niches qui s'élevaient depuis le plancher jusqu'à la naissance de la voûte. L'architecte, complice de la vanité du maître, prodigua, dans les / ornements tant intérieurs qu'extérieurs de ces galeries, les faisceaux et les étoiles qui meublent lecu de Mazarini^.

Mansart fut moins heureusement inspiré pour les constructions en pierre qu'il éleva derrière les galeries sur l'autre cour, actuellement cour de la Bibliothèque impériale. Ces

* Léon de Labordc, le Palais p. 166.

' Sauvai, Antiquités de Pans,% ii, p. 173.

' Sauvai, AHliquUès de Paris, t. ii, p. 177. Mazarin porlait : d'azur à la liaclie d'armes d'argent, dans un faisconu d'or Wé d'argent posé eu pal, et une trangle de gueules sur le tout, chargée de trois étoiles d'or.

conslructioiis coiiipr( iincnt le bàlimont de l'horloge, le j^ranil escalier à droite, et la partie du hâtiment bur la rue de Richelieu où se trouve la ])()rte priiiei])ale.

Ces bâtiments offrent pour toute ornemeutation, au rez-decbaussée, uue arcature tlont les clefs sont chaînées de mascarons; entre ce rez-de-chaussée et le premier, une frise où les étoiles du cardinal se détachent au milieu d'un enlacement; enfin, au niveau delà toiture, une horloge d'un dessin assez gracieux, dont le cadran, soutenu par le Temps et l'Amour, sculptés en bas-relief, se Toit en face de la grande porte.

Plus tard le cardinal fit prolonji^cr considérablement \v> constructions élevées sur la rue de Richelieu, dans le but d'y établir une chapelle, une Ijibliothèque, de nouvelles salles pour des tableaux, et de vast( s écuries Les travaux furent poussés avec activité, et dès 1647 on put installer la bibliothèque dans le local qui lui était destiné.

L'architecte chargé de ces nouveaux bâtiments abandonna l'appareil mélangé de brique et de pierre, qui rappelait, disait-on, les châteaux de cartes par ses couleurs blanche, ronge et noire ; il négligea absolument là face donnant sur la rue (le Richelieu, alors fort peu élégante, et éleva du côté du jardin, encore inachevé, sur une longueur déplus de f50 toises, une façade en pierres de taille d'une apparence assez monumentale.

Au rez-de-chaussée furent établies les écuries de Son Éminence, dont Sauvai nous a laissé cette description :

«t L'écurie est si longue et si superbe que les étrangers u avouent que, ni dans l'Europe, ni dans toutes les autres « parties de la terre, ils n'ont rien vu qui lui puisse être com- (( paré, ni qui en approche.

« On^y entre par trois grandes portes cochères; un berceau « de briques et de pierre de tailJc lui sert de couverture; « dans la naissance de la voûte sont épargnés et sculptés les « chiffres et les armes du cardinal; elle est large de 4 toises, a longue de près de 27, et éclairée de dix-neuf grandes croi- « sées. Les piliers, les auges et les râteliers sont de bots de

' SaixfiltÀnilquUés de Paris, i. n, p. 178.

« chènr toni né, et derrière les i ht vaux rèprne un espace nu « route si lai jxe que cinq uu six personnes s'y peuvent pro- « nKMier à Taise; j'y ai vu cent chevaux barrés tout d'une <( suite. Dans les embrasures des croisées il y a des Jaancs où <f sont les lits des palefreniers, et des armoires pour tous les « ustensiles nécessaires à une écurie ; ces armoires au reste n et ces bancs sont si bien pratiqués que non-seulement ils a cachent tous ces vilains objets qui d'ordinaire défigurent a ces sortes de licux^ mais qu'ils font encore un très-bel effet <r à la \*ne »

Tant de luxe fut outrageusement reproché au cardinal par les satiriques (h' la Fronde, et entre autres par Scarron, qui .s'écrie dans sa Mazarinade :

Va rendre compte au Vatican

Du beau palais de tes chevaux !

Et pourtant cette magnifique écurie devait suffire à grand'peine pour le (min du maître, à en juj^er par la relation de rentrée solennelle de Louis XÏV et de Marie-Thérèse à Paris, où l'on voit figurer cent cinqnant(>-quati'e chevaux et mulets appartenant à Son Éminence. « Premièrement marchoient a soixante et douze mulets de la maison de M. le cardinal <c Mazarin, divisés en trois troupes et précédés de detix troma pcttes vêtus des livrées de Son Ëminence. Ceux de la prea mière bande étoient couverts des livrées de Son Ëminence « en broderies de soie ; ceux de la seconde, de couvertures « de haute lice à fond de soie, et ceux de la troisième étoient <f couverts do velours rouge cramoisi, toutes en biotierie d'or « et d'argent avec ses armes.

a Le sieur de Fontanelles, ])remicr écuyer, et Moreau, sève cond écuyer de Son Éminence, suivoient à la tête de vingt- € quatre pages ricbement vêtus de ses livrées et montés sur « de très-beaux cbevaux ; ils étoient suivis de douze chevaux a d'Espagne couverts de housses de velours rouge cramoisi en « broderie, chacun conduit en m<ain par deux palefreniers.

' Sauvai,! n, p. 173.

APPODICË. 421

cr Après cette bande marchoîent les carrosses de Son Émi- «nence, au nombre de s(>pt, chacun attelé de six chevaux;

« celui (le son corps éloit couvert entièromeul d'ouvrage d'or- « fèvrcrie vermeil (loi ô, et environné de quarante valets de « pieci richeiuc'iit vèlus, après lesquels marchoil le sieur de (( BesHto, à la létc de lu cumpaguie des gardes dudit sieur « cardinal »

On sait que la Fontaine, dans une li lire à Fouquet, où il lui rend compte de cette brillante cérémonie, accorde une mention fiatteuse aux mulets de Son Emimnce :

Mais tout cela n'est rien au prix

Des mulets de Son Kminence.

Leur attirail avoit dd coûter cher.

Ils se snivoiout en file ainsi que patenôtres ; On en voyoit d'abord vingt et quatre marcher, Puis autres vingt et quatre, et puis vingt et quatre autres. Les housses des premiers étoient d'un Tort grand prix^ Les seconds les passoieut , passés par les troisièmes;

3fais ceux-ci n'ont, à mon avis.

Rien laissé pour les quatrièmes.

Monsieur le cardinal Tentend en bonne foi , Car après ces mulets marchoient quinze attelages,

Puis sa maison , et puis ses pages

Se pnrndnnt en bel arroy,

Montés sur chevaux aussi sages

Que pas un d'eux, comme j(^ croi.

Figurez-vous que dans la France

Il n'en est point de plus haut prix,

Que l'uu itondit, que l'autre danse,

£t que cela n'est rien au prix

Des mulets de Son Eminence^.

Le Jardin du palais, assez vaste, s'étendait devant les écuries ; mais, quoique qualifié de somptueux par M. de Laborde \ il ne fut jamais complètement terminé, et n'eut pas la renom-

* Extrait detretflstres du Parlement, du jeudi 26 août 1660. (Félibien, Histoire de Paris, t v, p. 171 .) ' La Fontaine, Œuvrea, édit. Lequîcn . Paris, 18î4, t. p. 336. ^ Palfùs Masarin, p. 23.

422 AITENDICE,

mée de celui du Palais Cardtnal. Sauvai le mentioane seulement en ces termes : « Un parterre fort propre^ et un jardin « assez spacieux qui n*est pas encore achevé *. » Le cardinal y

fit établir une baiK hette, sorte de jeu de boules d'origine italienne, auquel il éUiit fort adroit, et où il passait des aprèsdînées entières

Pour la déeoration des galeries, où il avait l'intention de disposer ses admirables eoUeetions d^œuvres d art, le cardinal, ne voulant pas s'adresser à Youêt, que sa grande vogue avait gâté, et qui la plupart du temps abandonnait à ses élèves les travaux qu'on lui confiait, fil venir de Rome deux peintres célèbres, Grimaldi et Romanclli, qui se mirent à Tœuvre sous sa direction et celle des cardinaux Barberini. Grimaldi fut chargé de la galerie basse, dont la déeoration devait rester assez simple, et des niches ( t hiiineaiix de la galerie haute: Uomanelli entreprit le plafond de hi galerie haute, qui devait ne former qu'une seule et vaste peinture. L'artiste accomplit en six mois ce grand travail^, et avec tiint de succès qu'il fut chargé aussitôt après de décorer plusieurs plafonds du Louvre.

Cette grande page de peinture, qui représente un ciel mythologique, au centreduquel Jupiter foudroie les Titans, existe encore (galerie des Mannserifs de la Bibliothèque impériale), mais dans un ét«it de délabrement qui ne permet guère d'appréeiei' son mérite.

Uehau^>é( s par ce hrilhuil encadrement, les collc('t!r>ns du cardinal jouirent bientôt d'une réputation européenne, et attirèrent au palais Mazarin, libéralement ouvert à tous, une multitude de visiteurs; mais les richesses de ce palais, preuves palpables, disait-^n, des indélicatesses du cardinal, servirent de texte aux diatribes des frondeurs. Dès 4649 parut une petite mazarinade sous ce titi*e : Inventaire des merveilles du mondr rencontrées dans le palais du cardinal Mazarin. Llle fournit de curieux détails sur les merveilles qui remplissaient <lès lors fe palais de Son Éiuinence.

' Sauvai, Antiquités de Paris, t. ii, p. 173.

' Mémoires de Monglat, collect. Pctitot, t. u, p. 114.

' Sauvai, Anliqiùtés de Paris, t. ii, p. 177.

Ce sont : des statues antiques, auxquelles l'auteur i oprnrlic \enr honfpitfip nudité, des tabk s de lapis azurus in( i iistéos de nacre et d'or, des caljincls d'ébène ornésde tableaux et d aniniaux de bronze doré, d'autres tables de marbre à incrustations représentant des fleurs et des oiseaux, des statues de porphyre et d'albâtre, des cabinets d'écaillé de tortue, un beau et rare tableau de la Vierge, qui fait dire à tous que la piété est ici seulement en peinture, un lit d'ivoire, une statue en marbre de la Charité sous les traits d'une femme allaitant un enfant, et enfin une chaise à ressorts, montant oudescen-> dant à travers \vb pJ.mcliers d'un étn^c à l'autre.

Après la i)i'('niirrc retrailt' du cardinal, un arr^M du parlement, du 46 février 4649, ordonna la vente de tous les meubles * qui se trouvaient dans son palais, à la réserve de la bibliothèque, « qui d(?voit demeurer en la garde de Gabriel Naudé, afin que ladite bibliothèque fût conservée en son entier. » Cette heureuse exception était duc à la sage intervention de plusieurs membres du parlement, tels que le président de Thou

Grâce ;;ux lenteurs app(nt(^es à dessein par les commissaires cliari:és de présider à cet le vente, les richesses du palais Mazariii eur(Mit peu ?i soiilïrir de celle preniiArc ;ïIteinl(\ et raccomniodemeul de Hucl permit bientôt au cardinal de rentrer en possession de son logis et de ses trésors.

Mais en 1651 le palais Mazarin eut à soutenir un second et plus rude assaut. En vain le président Tubeuf, pour le soustraire à un pillage imminent, en fit-il opérer la saisie le 13 février, en garantie d'une somme de 680,000 livres due par le cardinal» : un arrêt du 29 décembre ordonna la vente de tous les nieul)Ies du p.ilais Mazarin, y compris la bibliothèque^. Cet arrêt fut mis à exécution ; et , lorsqu'en 1653 Mazarin rentivi triomphalement à Paris daiib \v carrosse du roi, il trouva sou palais complètement dévasté. C'est alors qu'il vint oc-

' Aubery, His/oire du cardinal Mazarin. Rotterdam, 1605, t. i, p. 18. ' Voy. yonvean Journal, etc., «le tout ce qui s'est passé au parlement de Paris, des années 1G48 à 1G49. Paris, 1G4U.

* Aubery, HittiAre de Mazarin, t. ii, p. 152.

* Iblà,, p. 199.

424 APPOOiCK.

cupcrau Louvre un appartement situé au-dessus de celui du roi, qu'il conserva jusqu'à sa mort *.

M. (le Liiljordo, qui no meulionne point le séjour du cardinal à rbôlcl do Clèvc's, lui fait liabiler le Louvre dès 1 époque <!e son entrée au eonseil, rontrairoment au dire d'Aubery, qui nous montre Mazai in habitant d'abord l'hùtel de Clèvcs, passant au Palais-Boyai avec la cour, et s'étiiblissant au Louvre pour la première fois en 1053, alors que la reine mère et le roi avaient décidément abandonné le Palais-Royal pour revenir à leur ancienne résidence K

Bfazarin, redevenu maître des affaires, s'efforça de réparer les torts que lui avait causés la Fronde; sa fortune i)resque anéantie prit tout à coup des proportions immenses, et ses coll('( ti(»i!s , rapivleiiieiiL accrues, devinrent plus brillantes cl plus admirables qu'auparavant. De 1650 à -1653, le parlement d'Angleterre mit en vente la riche collection de tableaux que Charles avait acquise des ducs de i^Ianloue. Un amateur enthousiaste, Jabach, banquier allemand , résidant à Paris, rue Neuve Saint-Merry, se rendit acquéreur de la plus grande partie de cette collection Mazarin, aussitôt que ses affaires furent rétablies, se mit en rapport avec lui, et, la fortune aîdanl, s'arrangea de telle sorte que les plus r.ircs chefs d œuvre passèrent de la galerie de .lahacb dans la sienne. C'est ainsi qu'il devint possesseur de VA/iti(tjjr, cndonnle du Gurrége et (le la Vems del Purdo du Titien, qui brillent aujourd'hui parmi les chefs-d'a m re de la galerie du Louvre. En même temps il faisait rechercher en Italie et en Allemagne les œuvres des grands maîtres ^ les bustes et statues antiques, qu'il payait généreusement et qui lui arrivaient en foule ; si bien qu'à Tépoque où Sauvai visita le palais Mazarîn, vers J 661, il put y admirer près de quatre cents têtes, bustes et statues antiques de marbre, de bronze et de porphyre, et cinq cents tableaux de cent vingt maîtres dilTércuts, entre lesquels sept de Raphaël, trois du Corrége, huit du Titien, deux d'An-

* Âabery, Histoire de Mazarin, t. ii, p. 34. ' /6ùl., t. I, p. 203 ; t. II, p. 345.

* Villot, JVo/Jce des Mleaux du Louvre, éeole itoUemie. Pftris, 1855. Introdoction, p. 22.

dré del Sarte, douze de Louis Garrache, cinq de Paul Véro-

nèsc, vingt v[ un du Guide, vingt-huil de Van Dyck, etc. icpartis avec une inlinilé de meubles et d'objets rares dans les trois ;^aleries et les apparlemeiils du eardinal, sans compter ceux que renfermaient ses appartements du Louvre.

Visitons avec Sauvai ces galeries, parvenues en lG60à Tapogéc de leur richesse. Entrons d'abord dans la galerie basse ou galerie des antiques, décorée par Grimaldi , et qui abrite aujourd'hui les estampes de la Bibliothèque impériale. Nous y voyons près de cent bustes et statues de marbre, œmTesde choix, entre lesquelles brillent une Flore majestueuse, une

Vestale, deux Consuls romains admirablement ùiapes, un Hercule élouffanl Aeiiéloiis, une Amazone à genoux combattant, «dont le beau corps, dit le galant Sauvai, et la tête, aussi belle que guerrière, seroient capables de faire tomber les armes aux plus barbares; » une Pallas en porphyre avec la téte et les bras de cuivre doré, et surtout une figure de Poppée sortant du bain, assise dans une chaise antique, et enveloppée d'un grand drap mouillé dont' les plis indiscrets trahissent, au Heu de les cacher, toutes les perfections du corps. Parmi les bustes, citons un Daecbus, mie Cléopâtre, une Sibylle, unportr.iit d'Auguste, une tète de Pallas en porphyre, les têtes (rAnlonin el de Fausiine, (aillées dans le même bloc de marbre, et dont les cheveux finement l'ouillés fout l'admiration de tous les artistes; et enfin le buste en marbre noir d'Arisiotc , placé autrefois par le cardinal de Lorraine au château de Meudon^. La plupart de ces marbres ornent aujourdliui le Musée des Antiques

La galerie haute, que le cardinal affectionnait particulière* ment, plus riche encore, offrait aux regards le magnifique plafond de Komanelli; les huit grandes niches qui font face aux fenêtres étaient ornées de superbes statues antiques; o les nuu's, tout environiii s de tableaux, de cabinets, de ta- « bles, de bustes dont les iétcssont de bronze et de porphyre

* Saurai, AntiquUés dé Paris, t. ii, p. 175.

* Sauvai, /frj<l., p. 176.

" vniot, AMIce dei Tableaux duLouwe, éoole italienne ; Introduet., p. 24.

« cl les empailles d'all^âlio oriental veiné, sont encore lapiss(''S « (le (lamas rouge cramoisi, semé de^ nrmes et des chiffres (( du eardinal, et rehaussés de passeiiii nls d'or de Milan d'une « largeur et d'une épaisseur extraordinaires*. »

Au milieu de cette profusion de merveilles étaient deux Faunes antiques de marbre blanc, l'un grec et l'autre romain, qui dansent et semblent rire^ mais d'un rire si vrai « qu'en « leur cachant la bouche on les voit rire des yeux, et, leur tf cachant les yeux, on les voit rire de la bouche; » plus loin VJntiope et le Mariage Dvjstiq'ue de sainte Catherine, du Corréjre et audessus de ia porte \c David vainqueur de Goliath, du Guide'.

Dans la galerie neuve, au-dessus drs ('curies, le long de la rue de Richelieu, on remarquait, entre une infinité de tableaux dont les murs étaient couverts, la Venus dd Pardo du Titien^, et une Flore du même, que le cardinal légua à don Louis de Haro, en souvenir du traité des Pyrénées ^

A ces tableaux^ cités par Sauvai, ajoutons encore un Van Dyck représentant la famille du roi d'Angleterre «Tvne mor nière tout à fait galante ; une Vierge de Raphaël , reçue en présent de M. de Fonlenay; le David jouant de la harpe ^ Dominiquin ; la Vision de saint Roi/tvnld, d'André Sacchi: un Paysage du Gol)b(), etc. Brieune, qui nous fournit ces délails, remarque que les galeries du cardinal ne renfermaient ni Poussin, ni paysages de Claude Lorrain, point d'Albanc ni de Guerchin^^. En revanche, nous pouvons y ajouter, d'après un catalogue de la collection de Charles 1" publié par Yertue en 1757, le Supplice de Marsyas, en détrempe, du Çorrége ; le Triomphe de la Vertu, du même; la Nativité et le Triomphe de VespasieHy de Jules Romain ; Tarquin et Lucrèce, du Titien; le Parnasse, de Perino del Vaga, etc.

» Saurai, Antiquités de Paris, t. n, p. 177.

» Sauvai. Tbkl.,\). 178.

' Voyez la gravure de Nantenil, représentant Mazarin dans sa galerie. BifiL. IMP., estampes, tnpogiaphic ; Paris, quartier Feydeau, 1. 1.

* Sauvai, Antiquités de l'aris, t. ii, p. 178 et 179.

* Testament da cardinal Mazarin, Œuvret de l<n^ XiV, t. \i, p. 293.

* Brieiuie, Mémoires, ctiap. n, p. 25.

Al'l'ODICE. 427

Enfin, d'après le catalogue des biens meubles du cardinal, dressé par l'ordre du roi , en présence d£s exécuteurs testamentaires, du 31 mars au 22 juillet i661 , nous pouvons constater que les galeries du cardinal renfermaient à sa mort : cinq cent quarante-six tableaux originaux; deux cent quatre* Tinpl-trois de l'école italienne; soixante-dix-sept des écoles alleiii.iiKle ci fluniandc; soixante-dix-soi)l de l'école lVanvaii>e; cent neuf de diverses écoles, y eunij)ris quchiucs dessins, niiniatuci's et niosaiqacs; plus, <|iKitre-vmgl-(l()uze tableaux copiés d'après les maîtres; eutin, deux cent quarante ci uu portraits de papes, depuis saint Pierre jusqu'à Urbain Vlll.

Nous avons dressé la liste des principales toiles qui pas» sèrent des galeries du cardinal dans la collection du roi, et qui se retrouvent aujourd'hui au Louvre; elle permettra de juger du goût de Mazarin et de la valeur de sa collection de tableaux.

De Rapha»"l : le Saint Michel (petit), le Saint Georges, portrait de BdUJiasar Cdstifjlionc ;

Du Corrége : le Mariage mystique de sainte Catherine, le Sommeil d'Antîope;

Du Titien : la Vénus del Purdoy h\ Mise au tombeau, Portrait éThùmme, le&Pèierins d*£mmaû8, la Maitresse du Titien;

Du Guide : David vainqueur de Goliath, le Christ au jardin des Oliviers, la Madeleine, le Saint Sébastien;

De Léonard de Vinci : Saint Jean-Baptiste;

Du Oiorgîone : la Sainte Famille;

D Aiinilial Cai raehe : le J/rt/7yre de saint tienne, la S^'lututioii angélique, la Prédication de saint Jean-Baptiste, un Patji^age;

D'Antoine Garrachc : le Déluge;

DuDoniiniquin : le Triomphe de l'Amour, Paysage;

De Lefranchi : £a séparation de saint Pierre et de saint Paul;

Du Bassan : les Noces de Cana; Du Hosso : le Dé/i des Piérides; Du Gobbo : la Vierge allaitant V Enfant Jésus;

De rOrbelto : le Mariage mystique de sainte Catherine. L'espace nous manquerait maintenant pour examiner a les

«vases, croix, damiers, écriloires de erislai, d'ambre, de « nacre, d'avonturinc, de jaspe, de lapis, et ce nombre prodi- « gieux de cabinets, de chapelles, de tables, de tapisseries et <c de meubles qui abondaient de tous côtés*, o Rappelons seulement les deux grands cabinets de la Paix et de la Guerre que le cardinal légua au roi, les six guéridons venus do Rome, le cabinet de lapis légué à la reine mère, et le grand cabinet de jaspe lé^iiù an duc d'Anjou; puis les tapis de Turquie, de Perso ol de Chine, rehaussés d or, d'argent , nu brodés de lleurs cl de fi^ures^ et surloutces belles lapissci ics de talletas, de velours, (k; brocart d'or ou d'argent, de haute ou basse lice, de toutes les fabriques et d'après les meilleurs maîtres, parmi lesquelles on remarquait la tapisserie des Travaux d'Hercule, exécutée sur les dessins du Titien, qui fut donnée au cardinal par le roi d'£s])a{^ne, à l'occasion de la paix des Pyrénées ; puis la tapisserie des Fruits de la guerre, d'après un dessin de Jules Romain, de 60 aunes de long sur i de large, léguée par le cardinal à la couronne^ ainsi que la tapisserie des Saffines, du dessin de Haphaél, aussi de 60 aunes; la tenture de Hoboam, du dessin de Raphaël , léguée à la princesse de Conli; la tenture des Actes des Apôtres, fabriquée à Paris, léguée au marquis de jMancini ; les tapisseries A'Énée et Scipion; une tenture fabriquée à Bruges, représentant les douze mois de Tannée, donnée par don Louis de Haro K « Il a aToit outre cela, dît Brienne, trente autres tentures de ta- <c pisseric au moins, les unes peintes à Rome sur de la toile « d'argent, les autres à brocart d'or, à fleurs de velours de « diverses cmihurs, découpées à MiLm;... des verdures de « Flandre en quantité, des taijisberies antiques de toutes sorit les, des modernes faites au Louvre, aux Gubelins^'. »

Mazarin accumulait ainsi dans sa demeure les plus rares chefs-d'œuvre de l'art et de l'industrie; mais c'était moins, dit-il lui mémo *^ par ostentation ou par un goût égoïste pour

■ Sauvai, t. Il, p. 174. Twfameiit de Mazarin, (Ettwes de Zouit XIV, t Ti, p. 256.

' Sauvai, Anliqttilcs de Paris, t. ii, p. 17ô. Testament deMasarin^ etc.

Brientu», Mémoires, cliap. ix, p. 24.

* Carnets de Mazarin, 1. p. 24. iiiuL. imp., iiish. F. Baluze.

CCS belles choses, que dans le bu(ii*offrir aux artistes français, pour qui les portes du palais Mazarin étaient toujours ouvertes, des modèles à imiter et de brillants sujets d'émulation.

Le ('ar<liii,ki ^lazariu aNait ainsi réalisé jusqu'à un ('(M^tain point l'itléc, si fort eu vo^mic aujourd'hui, tles expositions universelles. Awv (le pareilles richesses et un tel choix d'oeuvres d'art, le palais Mazarin attira un grand nombre de curieux. Chaque jour il était visité par une foule d'étrangers '.Mazarin répondait ainsi à Golbert, à propos d'une visite qu'y avtiU faite Christine de jSuède...^: a Je ne vois pas , par ce récit, a que la reine ait vu mon appartement du Louvre; mais, en «r cas qu'elle demande à le voir, je vous prie de prendre garde « que la folle n'entre pas dans mes cabinets, car on pourroit « prendre de nies petits tal)leaux. »

Le faste du maître, malgré la réputation d'avarice qu'on lui a faite bien mal à propos, était parfaitement en rapport ii%*ec la somptuosité de sa demeure. Il faut ra])peler ici la fameuse loterie que Mazarin tira dans sa galerie haute, où étaient étalés pour plus de cinq cent mille livres d'objets, bijoux et meubles précieux, qui passèrent par la voie du sort à tous les seigneurs et dames de la cour, y compris la reine, le roi et . les princes, à qui il avait distribué gratuitement ses billets ^

Il envoya à Marie-Thérèse, comme présent de noces, pour un million deux cent mille livres de pierreries, un sei-vice de table tout en or, deux calèches du })Ius friand prix, l'une en velours roujre et or, attelée de six chevaux de Moscovie, l'autre en velours vert et argent, attelée de six che^'aux des Indes couleur incarnat^.

Son goût pour les pierreries et surtout pour les diamants est bien connu; il aimait à les manier et à les regarder. Outre

' SiunnK AntiqKÏléa de Paris, t ii, p.

' Lftfre de Coiffer t, du U îsiîptciubic 1606, — L. de Lat>orde, Palais Mazariiif p. 46.

* Mémoires de MaâemoUeUe de Mentpenskr, collect. Petitot, t. xld, p. 303.

* Suite de la nonrcflc nelalion eantenoni ia marche de Leurs Majestés, etc., p. S. Paris, 1660, ifi-4°.

les dix-huit Mazarins qu'il légua à la couronne, il enavail amassé une grande quantité , dont il disposa par son testament : la Rose d'Angleterre, un diamant brut pesant 14 carats, et le rubis cabochon qu'il légua à la reine mère; un bouquet

de cinquaiitc diainaiils légué îi la n'iiic ; Irciite et une émcraudes au duc d'Anjou; une ëpée à ^aidc de diamants au connétable Colonna; six cent mille livres de diamants à diverses personnes, et trois cent soixante autres mille livres de pierreries qu'il partagea entre ses nièces et neveux * .

A propos des animaux rares, et en particulier des singes, qui remplissaient le palais Mazarin, on trouve cette facétie dans une Mazarinade :

'« Anastcrdain , ce l*"' septembre 1649.

t< Il est arrivé cotte semaine plusieurs vaisseaux des Indes. Entre les autres ridu s^cs (tnit lo lion voilier estoit chargé, il a apporté une douzaine de singes li plus beaux et les plus rares qu'on ait encore vus en ces quartiers, l.e cardinal Mazarin lésa fait venir l oar les mettre en sa garde-robe et ses auti-ehamhres , afin de divertir ceux qui lui font la cour, et juger par la civilité et le bon traitement qu'ils feront à ces aninianx, favoris de Son Eininence, de Taffection qu'ils ont pour son service. » {Le Courrier du temps, 1649.)

Toutes les fêtes du palais Mazarin étaient célébrées par les gazeiiers poètes du temps :

..... Monsieur le Cardinal, Par un apprest vraiment royal, En plats d'argent , en porcelaines

Traita le roi , traita deux reines

Après les friands alimens Vinrent les divertissemens, Sçavoir : d'excellentes musiques £t de beaux speetacles comiques K

' TcstntiMMit (lu cardinal Mazarin, Oùii res de Louis XIV, t. vi, p. 256. ' Loret, M uze historique, 23 août 1653.

La chère fut admirable,

Y compris les airs et les sons De vingt et quatre violons Qui de tout leur cœur fredonnèrent Tant que ces illustres dînèrent ^ .

Cette féte était donnée eu l'honneur du mariage de Laure Martînozzi avec le duc de Modène. Le soir, il y eut bal au

Louvre. Lors de la coiiclusioii du traité des Pyrénées, des fontaines de vin coulèrent pendant trois jours à la porte du par laisMazarin^.

 l'occasion du mariage du roi, chacun put admirer

Les feux qu'où voyuiL à foizon Briller autour de la maizon ;

et les pauvres se pressaient autour de ces brillantes illumiuations,

. A cause qu'illec on donnoit, A tout pauvre qui survenoît.

Par une bonté peu commune.

Pitance , boisson et pécune K

Plus tard, le 9 septembre, le cardinal offrit dans son palais à Leurs Majestés un souper où les vingtrquatre violons firent encore merveille.

Durant qu'on mangeoit des melons, Des pâtés, des tourtes, des bisques, Des pints de fruits en obélisques, Des massepins, des citrons doux ^.

Lorsque le duc de Mantoue vint à Paris, en 16S5, le cardina ordonna à son intention une féte splendlde, et Fauteur de la Mazarinade^ constant comme la Fortune, ne laissa pas échap-

* Loret, Musê historique, 16 septembre 1655. » Ibid., 21 février 1660.

' Ibid., 3 juillet 1660.

* Ibid., il septembre 1660. * .

por ruce,i.">i<)n de célébrer dans sa Gazette les merveilles du palais Mazariii.

Voici un passage de cette pièce peu connue :

>înis pnrlons on cette oceurreuce.

Sans user de trop dp ca(|U('î .

De ce graud et poinpoux banquet

Qui fut fait par Sua i jnincnee

Avec tant de nhignilicence

A ce jeune duc souverain

Dont on admire ici le traiu,

Venu depuis peu (ritalie.

Il nV-st |>a^^ ju-^te (jue j'oublie

Tant de viandes et tant de fruits,

Les uns crus et les autres cuits,

D'un iioùt rare et fort délectable.

Qui furent servis sur la table

Eu cet admirable re|>as,

Où le bon vin ne manqua pas,

Où tout alloit prîr éeuelles.

Où toutes choses etoieul i)eUes,

Où parut un ample trésor

De grands bas'-ins d'amenî et d'or,

Avecque tant d'autres ju( i veillts

Qui n'eurent juiiais leurs pareilles.

Ou viuiït ( t (pi itre violons

Firent, coiume autant d'Apolloiis,

T'ne si charmante musique

Que l esprit plus mélancolique

Estoit dans des ravissemens

D'ouïr de si doux instruniens.

Et les conen ts de voi\ humaines

Sait franf^oises ou bien romaines.

Ce beau testin plus que royal

Fut fait au Palais-Carduial,

Palais très riche et très illustre

Dont chacun admire !p lustre,

La pompe, l'art et ronu'iuent

Avec proloiid étonnement;

Palais fpic maints hommes et femmes.

Tant de bourgeoises et de dames,

Taut de filles et de garçons

Et de gens de toutes façons, Vont voir d'une ardeur sans seconde, Comme ime merveille du monde, Avec foule et plus grand concours Que l'on n'alla jamais au cours ; Palais où les tapisseries, Les lambris et les galeries, Tant de magnifiques tableaux Si bien faits, si riches, si Ix aux, Tant de peintures innombrables Des peintres les plus admirables Dont le nom doit ctre éternel, Surtout du fniin u\ Komanel Dont présentement ou décou\Te L'art et l'adresse dans K' Louvre; Tant de sièges et cabinets Si charmans, si polis, si nets.

Tant d'argent et d'orfèvrerie.

Tant de soie et de broderie , Tant de différentes couleurs Sur les habits et sur les fleurs, Tant de belle écaille à tortues.

Tant de marbre , tnnt de statues.

Tant de rares antiquités, Enfin, tant de diversités, Tant d'art, d'éclat et de richesse Se font considérer sans cesse !

Si bien que les moins curieux Wen peuvent retirer les yeux.

Et ce jour, le duc de INIautoue Que justement partout on loue, Ravi de tant de nouveautés Et de tant de riches beautés, Dit tout haut et non a Toreille :

Que c'étoit chose sans pareille.

{Épiires en vers de Scarron , Gaz6tte du 23 septembre 1656.)

Au commencement de mars 1661 eurent iieu, dans la chapelle du palais Mazarin^ les épousailles d'Hortense Mancini a^ec le marquis de la Meilieraie. Cette cérémonie fut suivie

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rriin souper auquel le roi assista ' ; mais le cai dinal manquait à cette fête : le 7 février précédeiil, il s'(Hail fait Iraiisporter à Vineennes, où la cour tout entière l'avait suivi.

Quelques jours plus tard, le 9 mars 1661, le palais Mazarin était tendu de noir, et l'on célébrait daos Paris dix mille messes pour le repos de Tàmc de Jules Mazarin, cardinal de la sainte Église romaine, duc de Nevers^ deDonzl, de Mayenne, de Rcthcl, ( Ic.a.

Cette mort fut salure par un déluge d'épilaphes satiriques; en voiei troi.-> des moins plates , ([ui ont Irait au ehoix que Mazarin avait fait d'Armand de la Porte pour héritier de son nom et de son immense fortune :

Ci gît Mazarin , Dieu niercy, Si quelqu'un étoit en soucy De savoir ce qu'il fut au iiionde:

Il éeunia l.i terre et l'onde.

Et inourant il douna sou bien A celui qui voulut se nommer Mazunu.

Jules fut fin, je vous le dis.

Quand il en usa de la sorte, Car pour entrer en paradis Il laissa son nom à la Porte.

Caron, ne vous offensez pas Si Jules rien ne vous apporte, Vous aurez tantôt votre cas, 11 a tout laissé à la Porte.

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