LA. BIBLIOTHÈQUE DIT CARBIK AL MAZARIN
Protecteur éclairé des lettres et des gens de lettres', Mazarin conçut de bonne heure l'idée de former une bibliothèque
» Ga^Uede licnaudot, 5 mai 1661. ' Aubery, Histoire du cardinal Mazarin, liv. vin. .* Testament de Maxarin, Œuvres de LcntiaXÏV, t. vi, p. 291, — Aiibery» ma, de Mauain, t. n, p. 202.
APPENDICE. 43d
âiombreuse et choisie ^ et d*en accorder l'accès au public. Dès 1644, avant qu'il se fût établi dans son palais de la me des Petitfr<Ihamps, il mettait libéralement à la disposition
(le tous les quelques milliers de volumes qu'il avait acquis en 46i3, pour la somme de dix-iicuf mille livres, après la mort de M. de Cordes, chanoine do Limoges'. Mais plus tard il voulut que sa bibliothèque remportât, par le nombre et le choix des ouvrages, sur les plus célèbres collections de l'Europe. Dans ce but il chargea le savant bibliophile Gabriel ISaudé de rechercher, en France, en Hollande, en Allemagne, en Angleterre, en Italie, etc., tous les livres excellents, éditions rares, manuscrits précieux^ et d'en faire l'acquisition en son nom 9^ en même temps qu'il usait dans ce but de toutes ses influences diplomatiques auprès des ministres et des souverains élrangers'. Le suecès couronna promptement ses efforts; car, en I(ji9, l'auteur de la Ryniuille sur Us plus celèbres bibliotières de Paris'' pouvait dire :
Tous studieux ont uu magasin Chez le cardinal Mazariu.
Dès 1651, cette bibliothèque ne comptait pas moins de quarante mille volumes , tous livres de choix, dont la reliure même avait été l'objet des plus grands soins. C'jest dans une partie du premier étage de la longue galerie qu'il fit élever, vers 1646, sur la rue de Richelieu, que le cardinal fit disposer sa bibliothèque. Sauvai va nous en indiquer les dispositions intérieures, a Cette illustre bibliothèque est dans une galerie « lon{;ue de 30 toises ou environ, large de 4^, couverte d'une « voùLe haute de plus de Tî, éclairée de huit croisées et envi- « ronnée de deux ordonnances de tablclies; ies premières tt sont pleines de livres 'm-¥ cl in-folio, et de plus accompa- « gnées d'un grand pupitre à hauteur d'appui qui règne tout
• L. Jacob, Traité des plus belles Bibliothèques, 1044, p. 487 — lellres de Gui Patin, lû juin 1643. — Zfaudé, Ma$euratf en 714 pages, p. -m,
' Naudé, MascumU, p. 253 et suiv.
> Naudé, Advis à nosseigneurs du Parlement.
* Par le Girouatigue Simpliste, 1649.
436 Al'Ft.NDiCE.
a autour, ci de cinquante colonnes corinthiennes de bois, fort a hautes, et travaillées avec bien de la propreté. Les balus- « très sont placés au-dessus, où Ton monte par quatre esca- « liers pratiqués et cachés dans l'angle des premières ta- « blettes.
« Cette seconde ordonnance occnpe tout respacp qui, doit puis la promitTO, va jusqu'à la naissance de la vuûte, et est « destinée aux vi lumos in-S** et aux autres petits livres; et, a pour plus d'enrichissement, une petite galerie la borne, a portée sur la corniche et rentablcnu nt des colonnes co- « rinlhiennes, et fermée d'un baiustre de fer verni à hauteur « d*appui. »
Nous pouvons du reste apprécier Télégance de ces boiseries, car elles ont été enlevées du palais Massarin après la mort
du cardinal, et ajustées ensuite dans un pavillon du collège des Quati e-Nations, que Maz.iiin l'uiida par son testament, cl auquel il léj^ua sa bibliothèque, qui porte encore aujoui d'htii le nom de hiOliol/irque Mazarinc. La galerie n'était pas encore terminée quand Naudé, qui avait épuisé les catalogues de tous les libraires de Paris, rapporta d'Italie, en 1646, quatorze mille volumes*. L'année suivante, il revint d'Allemagne avec une nouvelle récolte de quatre mille volumes'. II se préparait à faire d'autres voyages, jmrticulièrement en Espagne, avant d'ouvrir au public la nouvelle bibliothèque ; mais les troubles qui survinrent y mirent obstacle ^ L'ouverture n'avait pas encore eu lieu lorsque Naudé \)\ihVr<i mn Jugemcni de tout ce qui a été imprime contre le cardiiutl }fnzariii, etc., ouvrage qu'on désigne sous le titre de Mascurat, du nom d'un des interlocuteurs, et qui p«irut pour la première fois en août4649\ Ce fut sans doute dans le courant de Tannée 1650 que le public fut admis à jouir de cette riche collection.
Quant à la composition de cette illustre bibliothèque, laissons parler le bibliothécaire lui-même, Gabriel Naudé»
' Gazette de Renauâot^ 17 mars I64r>.
' Ibld., 14 janvier lfi4"
' Naud(^, Masmirat, p. 266.
' Gui Patiu, Lettre du 3 septembre 1049.
plaidant pour sa ehère fille devant Messieurs du Parlement :
« C'est à dire, Messieurs, qu'elle est composée < de plus de u quai aille mille volumes l'echereliés par les soins des rois et « des priaees île l'Europe, et par tous les ambassadeurs qui « sont sortis de France depuis dix ans, pour aller aux lieux « les plus éloignés de ce royaume; car de dire que j'ai fait « les voyages de Flandre, d'Italie, d'Angleterre et d'Aile- (c magne, pour en rapporter ce qu'il y avoit de plus beau et <r de plus rare, c'est sî peu de chose, en comparaison des « soins qu'ont pris tant de té(es couronnées pour favoriser les « desseins de Son Éminenee, que je se rois coupable d'en avoir a seulement la moindre intention.
«Aussi est-ce. Messieurs, à ces illustres soins que cette « bonne ville de Paris est redevable de deux cents Bibles traa duites en toutes sortes de langues, de Tbistoire la plus uni- <r verselle et la mieux suivie qui se soit jamais vue, de trois « mille cinq cents volumes qui sont purement et absolument « de mathématiques, de toutes les vieilles et nouvelles édict tions tant des saints Pères que de tous les autres auteurs a classiques, d'une scholastiquc qui n'a point encore eu sa « semblable, des coutumiers de plus de cent cinquante villes « ou provinces, la plupart élranucres, des synodes de plus de « trois cents évècliés, des rituels et ot'lices d'une infinilé tVé- « glises, des lois et fondations de toutes les religions et hôpi- « tiuix, de manuscrits en toutes langues, en tous les arts tant « libéraux que mécaniques et e n toutes sciences... »
A cette énumération Lorct ajoute sept cents romans, cinq cent cinquante comédies, trois cent trente tragédies*; et Sauva}, a une médecine si riche et si nombreuse qu'on y trou* « voit, non-seulement tous les ouvrages , mais même toutes et les différentes impressions de ceux qui en ont écrit ^. »
Quant à son administration, à son règlement, cette bibliothèque pourrait encore aujourd'hui senir de modèle aux
' G .ydxtAétAdvis à nosseigneurs du Parlement sur la vente de la biblio~ thèquf de M. le cardinal Mazarln, lf)4y, publié par Petît-Radel, Kecher' ches sur les Bibliothèques anciennes, p. ?.7l.
' Loret, Muze historique, 14 jainu i iûj2.
* Stm&i, Antiquités de Paris, t. ii, p. 180.
438 APPODIC£.
mieux organisées. Laissons encore parler Naudé, qui^ dans son Mttscuratf nous donne à ce sujet les détails les plus précis*.
« Saint-Ange. — Dis-moi ce que tu entends par bibliothè- « que pul)liqu(». Est*ce que Ton prêtera des livres à tous ceux
« qui en auront aff aire ?
« Mascurat. — La première règle sera de n'enprôlerà per- (f sonne, au moins pour einpdi tcr hors de ladite bibliothèque; « elle sera ouverte pom- tout le monde sans excepter âme vi- « vante, depuis les huit heures du matin jusqu'à cinq heures « du soir^ il y aura aussi des chaires pour ceux qui ne vou* «rdrontque lire, et des tables garnies déplumes, encre et « papier pour ceux qui voudront écrire ; et le bibliothécaire, <r avec ses serviteurs, seront obligés de donner aux étudians « tous les livres qu'ils pourront demander en telle langue ou « science que cv soit , et de les reniettre en leur place quand (( ils en auront fait, en leur baillant les autres dont ils auront « besoin. »
Pour comble d'égards, et afin que les lecteurs ne fussent pas exposés à essuyer la mauvaise humeur d'un suisse ou la malice des pages^ une entrée particulière avait été ménagée sur la me de Richelieu, avec une inscription gravée en lettres d'or sur une plaque de marbre noir, portant :
LrnoTicn xiv
¥£LICIT£& lMf£&ANT£...
JUUUS GARDIITALIS MAZARINUS...
BIBLT0THECA3I HANG...
PCBLIGE f AT£RE YOLUIT CENSU PBRPETUO BOTATIT FOSTERITATI GOMMENDAYIT K
Certes, s'il existait alors au monde une chose respectable, c*était cette belle collection des œuvres du genre humain, si généreusement ouverte à tous, alors que la Bibliothèque du roi ne réunissait pas dix mille volumes, et n'était accessible qu'à un petit nombre de privilégiés.
* Naudé, Mascwrati p. 242.
« Jbid., p 246.
Pourtant, (l^s 1649, les efforts chaleureux du président de Thou, (lu ('(>;uîjiileur et de quelques autres avaient eu peine à la soustraire aux fureurs du parlcineiit , et à obtenir une exception en sa faveur, dans Tarrét qui frappait tous les biens du cardinal
En 1651 , malgré la saisie tut(Uairc de Tubeuf , auquel Naudé remit, la iamie à l'œil, les clefs de la bibliothèque^; malgré les protestations énergiques de quelques gens de cœur que n'aveuglait pas complètement la haine contre le Mazarin ; malgré l'offre de quarante-cinq mille livres faite par le sieur Violette, trésoi ier de l'rance à Moulins, pour e()nserv( r inlat t, en l'acquérant en bloc, ce précieux dépôt ^; m.ilirré le louchant plaidoyer de Naudé, qui offrait de jurer sur i Evangile que l'intention du cardinal était de léguer sa bibliothèque au public % l'arrêt du ^9 décembre ordonna la vente en détail et aux enchères publiques. Ce sacrilège fut consommé I Ën janvier 1652, les livres précieux, si péniblement rassemblés, furent livrés à vil prix, en détail, au hasard, et cette collection sans rivale fut impitoyablement dis* pcrsée. Loret constate avec tristesse cette profanation :
Des beaux livres du cardinal On fait une vente publique, Ft dans Paris chacun se pique D'allpr voir ce triste débris
Qui déplaît fort aux beaux esprits
Mais enfin cette librairie N'est plus rien qu'une pillerie.
Tel vient offrir deux quarts d'écus De ce qui vaut deux cents écus; Tel emporte dessous sa robe
Cinq ou six auteurs qu'il dérobe
Et, pour tout dire en peu de mots,
* Arrêt du Parlement de Paris, du 10 février im,^Mémoire$ du car*
dinnl de mz, t. i.p. Paris, 184:>. ' Aubery, Uisl. du cardinal Mazarin, t. u, p. 152.
* Ibïd., p. 200.
* ^'audé, ^diijà nosseigneurs du i'ai lement.
B6C0TS, sergents et oommissaires En sont les bibliothécaires *.
Gui Patin en prend plus facilement son parti , tout biblio-
mane qu'il est, et annonce lestement à son ami Falconet que seize mille volumes sont déjà partis le 30 janvier-.
La vente continuait encore le 5 mars; une seule voix osa protester liautcment dans Paris contre cet acte odieux, celle de Gaumin, maître des requêtes, qui termine par ces deux vers assez piquants une épigramme latine qu*il adresse au parlement :
Necmiraro nefas, eiuptus probat empta Senatus: Yeudidit hic libros, vendere jura solet 3.
La cour s'émut cej)eudaQt de cet acte de vandalisme sau- , vage. Le roi, alors à Poitiers, ordonna à Fouquet, son procureur général, par lettre de cachet du février 165^, de s*opposer à la vente; mais cette opposition resta sans elîet^.
' Lorct, Muze Imlorhjiiv, 1 1 janvier 1652.
* LeHresde CtUPaUn, ao janvier 1052.
* Ihid., 5 mars 1652.
« Aubcr> cite in extenso la I ttre âv cachet, Hlst. deBiazarln, t. n, p. !I03. Déjà un arrôt du Conseil du 18 janvier avait cassé l'arrêt du parlement dn ^9 décembre précédent. Cette pièce est curieuse et probablement inédite. On en trouve une copie conservé'e parmi les ]>iipi('rs de Conrart, dans im volume in-folio classé à im i, etjwrtaul le u bl. f. :
« ExiraH de$ Sêgisires du CcmeU d*Ettat, — le roy s'estant fiiit représenter en son conseil rarrest de la cour du parlement de Paris dn 29 décembre dernier, portant, entre autres choses, que sur la bibliothèque et meuides du sienrcariUnal Mazarin qui seront vendus et autres biens qui se trouveront luy appartenir en France, il sera pris de préféreii*'»' la sr»Tnin»> d*» CiO mille livres pour estrc donnée à celuy ou à ceuv qui r(>présenteruut ledit sieur.cardinal à justice mort ou vif ou à leurs hérilicrs, etc.
« Sa Majesté, considérant que ledit sieur cardinal n''est entré dans le royaume qii*en consiéquence de ses ordres, pour amener un grand corps de troupes levées à ses dépens pour le servir dans Toccasion des présents mouveioenls, dont ladite cmx auroit été informée, si elle cust sursis ses délibérations sur C2 sujet jusqu'au retour des consoilU rs yvAv oHp députés vers Sa Majesté suivant leadits arrests des 13 et 20 décembre dernier; que ledit arrest du ?.î) décembre est non seulement contre Tintention de Sa Majesté, mais aussi contre les Ibfmet de la justice, eonfrerusa^ dn royaume et de très pernidme ooii-
Le pauvre Naiidé, qui put sauver du n.uili aj^^c que les livres de Hiédeciae, qu'il acquit vu soui non pour la somme de trois mille cinq cents livres', ne survécut pas à la perte de sa chère fille : il en mourut de chagrin
La reine Christine de Suède agit fort généreusement en cette circonstance, comme on le voit par ce qui suit :
« Bidol , qui faisoit les cr iimiissious de ( liristine, reine de Suède, à Paris, voyant qu'où doiuioit des elioses précieuses à vil prix, acheta j)(uir elle quelques antiques d'une rare beauté et quantité d'anciens ni imscritsi "^'''s Christine, l'avant appris, désavoua eu cela soncomnii^sinnnairc. Klle lui fit écrire par Chanut, résident de France à Stockholm, de garder le tout pour le remettre à la personne de confiance que le cardinal lui indiqueroit. Bidal s'étoit déjà [n ;,se d'envoyer les manuscrits, la reine les renvoya; ils sont aujourd'hui à la Bibliothèque du roi. » {Art de vérif, les dates, 1, 683, édit. 1783.)
Aussitôt ai)rès son retour, le cardinal, en rétiblissant sou palais dans son ancien état, s occupa spécialement de sa bibliothèque; il en rassembla les débris, acquit pour dix mille livres la bibliothèque de Gabriel Naudé ^, lança de nouveau
fi^eoee, même qa*fl Messe le go11<^ des curdinaox et le cbef de FÉglise
dont ils sont les principaux membres, et le sdntsi^aposUAique pour lequel Sa Majesté veuf, à rexemple des rois ^^o.s prédéoesseilTSi gtrdtf en toutes €0currences une dévotion et révérciu^^ liliale;
« Sa Majesté estant en son conseil a cass(* et annulé ledit arrest du >*» décembre dernier, a fait et fait très expi esses inhibitions et défenses a toutes personnes de ({uelquc qualité et condition qu^elles soyent de rexécuter ni d^entreprendre ou attenter aucune chose contre la personne dudit neur cardinal Mazarin, à pdne de la vie, Sa >Tajcstë l'ayant pris et le prenant en sa protection t't sauvegarde spéciale. Fait en outre Sa Majesté très c\p^o<l^;ps défenses à ladite cour et aux eoiiseillers par elle députés pour la vente des biens dudit sieur cardinal Mazarin de jirocéder à ladite v ente, inesine des livres de sa bibliothèque, et à toutes personnes de s'en reiidi e adjudicataires db'ectement on indirectement, à peine de restitution desdits liTres de sa bibliottièqiie et de perte de ce qn^ils en auront |iayé ; ensemble de dix mille livres d*amende à rencontre tant desdits conseillers que des adjudicataires solidairement.
« Fait au Conseil d*£stat du roy tenu à Poitiers, Sa Majesté y estant, le 8 janvier 16 j2. .S2f7;/e ; DeGu£Iiégai;o.h {Mss, de Conrart, tome déclassé, bl. f., 145, in-fol., p. :)'i5.)
* Lettres de Gui Patina j marslGâ2.
* AAIilievj]Ie,ent653.
' leUret de Oui Patin, i*" mai 1054.
APPE?(DICE.
lies ('inissaiiT*: actifs et inlclligenls snria Iraco dos maimsrnts et des ouvrages rares, et parvint en fort peu de temps à rendre à cette belle colicctioD, sinon toute son ancienne splendeur, du moins le premier rang entre les bibliothèques connues. Loret écrivait en 1654 * :
On m'a dit que Son Éniinence
Va rétablir dans peu de jours Cette l)il)liothèqne rare
Dont un temps malin et barbare
Avoit dissipé les trésors.
De toute part on en rn-M juble Un si prodigieux euseinl)le Que, dans un an, s'il plaît à Dieu, On verra, (hins ce noble lieu, Des registres, cahiers et livres.
Pour plus de trois cent mille livres.
Depuis la mort du bon Naudé, le cardinal n'abandonnait pas aveuglément k ses bibliothécaires le soin de composer sa
bibliothèque, a Les livres achetés de nouveau nYtoient jamais planés avant (|ue Son Éminencc n'en cùl vu et examiné les titres cl les ])rincipau\ chapitres. Pour cela on les lui raiigeoit tous sur un très-grand bureau dans la galerie de la bibliothèque attenante à sa chapelle; à quoi il témoignoit prcu> drc un singulier plaisir'^. »
En 1660, la bibliothèque Mazarinc parait avoir complètement réparé ses pertes ; et le gazetier» en rendant compte d'une fétc donnée à toute la cour après le mariage du rot, en parle en ces termes ' :
Mais surtout la bibliothèque, Contenant mainte œuvre à la greeque, Et des rangs de livres nombreux.
Persans, latins, chinois, hébreux , Turcs, anglois, allemands, cosaques, Hurons, iroquois, syriaques; Bref, tant de volumes divers,
• J.orct, Miizc hhforiqtte, 9 mai 1654.
' Aubcnr , Ilifil. vu vnrâ'mnl Mazarln, t. ti, p. 203.
' Loret, Muzt historique, 11 septembre 1060.
APP£NDIC£.
D*auteurs tant en prose qu*en vers^ Qu 11 peut, sans passer pour profane, Alléguer qiu* laVatîcane T(*a point tant de livres de prix lïi tant de rares manuscrits.
A la mort du cardinal, les livres furent enlevés du palais
Mazarin, et le local ({u'ils occupaient fui c6d6 vu 16^8 parle dur de Ncvers à niadamr la marquise do Lambert ^
Quand ledilice du collège des Quatrc-Nalions (aujourd'hui l'Institut de France) fut terminer, on y installa les boiseries et les livres de la bibliothèque ^Jazarine, qui redevint publique en 169i^, sous la direction de la Sorbonne^ jusqu'en i791, époque où L.'Joscph Hooke en fit la remise, en refusant de prêter serment à la constitution civile du clergé^. Administrée civilement depuis cette époque, clic accrut ses richesses, mais sans conserver, à beaucoup près, la supériorité qu'elle eut à l'origine sur la Hibliolhèquc du roi. C'est aujourd'hui la quatrième des bibliothèques de Paris; elle compte environ cent cinquante mille volumes, dont quatre mille manuscrits.
(F) HÔTEL D£ YEKBÙMË.
Charles IX, voulant enclore dans Paris Vhostel et le jardin des Tuileries, ainsi que les faubourgs attenants, posa, en 1566, la première pierre des murs qui, partant de la rivière de Seine, à l'extrémité de ce jardin, devaient suivre à peu près la ligne tracée aujourd'hui par la rue Royale et les boulevards, et rejoindre à la porte Saint-Denis l'enceinle de Charles V<. Dès lors le faubourg Saint-Honoré fui considéré ' comme faisant partie de la ville, et se couvrit rapidement de couvents et d'hôtels.
' Placet de madame la marquise de Lambert, présenté ai 1730.
' IMnre commode, mt les Adresses de ia ville de Paris j^our 1691, p. 1 1 .
* Lmre, Dtetknmaire administratif des Rues de Paris, 1844, p. 335.
* imbreuil, Théâtres des AnOqiOtés de ParU, 1612, p. 1063.
Vers 1562, le duc de Hetz s'était fait construire dans ce faubourg un hôtel que les historiens désignent sous le nom d'hôtel du Perron» et où Charles IX logea deux fois* en et en 1574 ^ lorsqu'il revint en toute hftte de Saint-Germain, après la découverte du complot des Mal-Contents.
La duchesse de Mercœur acheUi en -1603 cet hôtel, pour la suinme de 12,000 éciis^ le fit abattre^ et, le 29 juin 1G04, ])()s,'i la preniit'rc piei i e tl un luouastèro de Capucines* et d'un nouvel liùlcl, qui s'élevèreal côte à côte. Pendaut le temps que dura la construction des deux édifices, de 1601 à 1606, la duchesse se retira^ avec douze fiUcs qui voulaient entrer dans cet oi dre, à la maison de la Roquette, hors du faubouig Saint-Antoine^. Les douze religieuses y firent leur noviciat, et^ le 18 juin 1607, eut lieu la consécration de l'église des Capucines*. En même temps la duchesse prit possession de l'hôtel de Mercœur, qui devint l'hôtel de Vendôme par le mariage de Françoise de Lorraine, fille de la duchesse de Mercœur, avec César, duc de Vendôme, fils léj^ilimé de Henri r\'.
Cet hùlcl occupait avec ses jardins un espace d'environ dixhuit arpents; il était situe rue Saint-Honoré, à l'endroit où se trouve aujourd'hui la place Vendôme, et ses jardins, qui touchaient ])resqne aux murs de la ville , comprenaient un parterre qui régnait devant les bâtiments, et un vaste parc boisé, percé d'allées en étoiles autour d'un rond-point centrale
La façade principale de rhôtel, élevée sur le jardin, ne présentait qu'un seul étage percé de cinq grandes arcades, séparées par des colonnes accouplées d'ordre ionique, portées sur des piédestaux engagés dans le vif du bâtiment, ornés de bossage et de cartouches, ainsi que les pans de murs qui les séparaient. Chacune de ces arcades était garnie d'une balustrade à lia u le ui d'appui, à 1 exception de celle du milieu,
' Sauvai, t. Il, p. 124.— Saint e ktor, Tableaude Paris, 1808, t.i, p.4ô7, ^ Sauvai, AnilguUés de J*aris, t. u, p. 124. » Ibid.,t II, p. m.
* Dubreuil, Théâtre des Antiquités de Paris, p. 938.
* Sauvai, AntiquUés de Paris, t. ii, p. 122.
* Dubreuil, Théâtre des Antiquités de Paris, p. 938. Voyez 1« PUm de Gomboitst, dressé en I6â3.
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qui s'ouvrait ilans toute la hauteur du bâtiment et servait de porte d'entrée. Celle-ci était de plus surmonléc d'un petit attique où étaient sculptées les armes de fiourbon- Vendôme» et terminée par un fronton cintré qui portait deux statues couchées. L'édifice était en outre couronné à italienne d'une balustrade à jour*.
En 1645, les ambassadeurs extraordinaires de Pologne vinrent assister à la cércmoiiie du mariage de Louise-Marie de Gonzagiie-Nevers avee Vladislas, fils de Sicrismond, roi de Pologne. Ils firent la plus magnifique entrée qu'on cfit jamais vue h Paris ; leurs vêtements et harnais étiiirelaicnt d'or, de diamants et de pierreries. L'iiôlel de Vendôme fut préparé exprès pour loger, et orné des plus riches et des plus beaux meubles de la couronne*.
£n i647, Ck)mifiz Wlefeldt, ambassadeur extraordinaire de Danemark, logea encore à l'hôtel de Vendôme'.
En 1665, le duc de Vendôme mourut, laissant son hôtel à son petit-fils, fils atné du duc de Mercœur et de Laure Mancini. Mais celui-ci, qui fut le célèbre Vendôme, habita peu celte maison, et demeura le plus souvent au Temple avec son frère, le Grand Prieur ^.
Louvois, voyant ces grands bâtiments inoccupés, i onçut la pensée de former sur leur emplaeement une vaste place; dans ce but il acheta, au nom du roi, en 4685, l'hôtel de Vendôme pour la somme de 660,000 livres. La place projetée devait avoir 86 toîses de long sur 78 de large (environ 480 mètres sur 160), former un carré fermé seulement sur trois côtés, le quatrième restant ouvert sur lame Saint-Honoré; elle devait être entourée de bâtiments réguliers et uniformes, dont les façades seraient construites aux frais du roi. En face de la rue Saint-Honoré, une riche arcade devait servir de dégagement et de perspective ; au milieu devait s*élever une statue équestre de Louis le Grand.
* BiBL. iMp., topographie, place Yendftme, 1. 1 j deaains de cette feçade. ' Sauvai, AntigtOtés de Parif, t n, p. 106.
» Ibid.
* Ibid,, p. «M.
On songea d*abord à livrer les constructions à des parti ciiliers; mais Louvoîs eut l'heureuse inspiration d'y établir
la bibliothèque du roi', l liùtel de la Monnaie, les académies, etc.
Après la mort de Louvtjis, en 1001, son projet fut abandonné ; les travaux exécutés furent démolis, et une déclaratioïi du roi, du 7 avril 1699, céda à la ville de Paris le terrain et les matériaux, à la charge d'y faire b&tir un hôtel pour les mousquetaires noirs, H d'ouvi ir sur ce même emplacement une autre place d'après les dessins de Hardouin ]\iansart. Cette nouTelle place est la place Vendôme, telle que nous la voyons aujourd'hui; elle est moins grandiose que ne semblait l'annoncer le premier projet; les maisons qui l'entourent, astreintes à un plan uniforme, furent livrées à des particuliers. Dès 1717, le chancelier de I raiice occupa l'hôtel actuel du ministère de la justice, confisqué sur les traitants Bourvalais et Villcuiarec, condamnés par la chambre de juslice. En 1719, Law acheta tous les terrains qui restaient; mais, obligé de fuir en 1720, il ne put en tirer parti. ; La création de la place Vendôme força d'exproprier les Capucines de madame de Mercœur; le roi, en dédommagement, leur fit élever un magnifique couvent dans l'axe de la nouvelle place, au bout de la rue des Petits-Champs, sur l'emplacement actuel de la rue de la Paix. Les sculptures de cette place, qui porta d'abord le nom de place des Conquêtes, puis de Louis le Grand, furent confiées à Pouletier, et les bâtiments à Jules Hardouin Mansart. Au centre on érigea une statue en bronze de Louis XIV, modelée par Girardon, loudue d'un seul jet en 1692 par Keller^, et inaugurée en 1699.
La stiilue du grand roi, renversée pendant la Révolution, laissa un piédestal vide, sur lequel fut exposé, le 24 janvier 4793, le lit ensanglanté de Lepelletier de Saint-Fargcau. Napoléon fit abattre ce piédestal en 1806, et élever au milieu de la place une colonne que nous y voyons aujourd'hui.
' Voy. BiBL. nip., topograpMe, Paris, place Vendôme, les plans détaillés
de ce projet.
' Voir, pour les détails de la foute de cette statue, Bidl. uii>., tupuj^rapliie, Paris, place YendAme.
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US GHAT2AU D'AKET *,
Le bourg d'Anet^ situé près de Dreuz^ est célèbre, depuis le XVI' siècle, par son charmant château, délicieux bijou ciselé pour la belle Diane de Poitiers par Philibert Delorme.
L^amour en ordonna la superbe structure : Par ses adroites inaiiis avec art enlacés, Les chiffres de Diane y sont eucor tracés,
dit Voltaire dans Ut Henriade.
L'architticle prodigua en effet dans les ornements, sm'Ies cheminées, sur les fenêtres, les chiffres enlacés de Henri et de Diane, ainsi que les allégories les plus ingénieuses. L'en* Irée du château était décorée trun portique soutenu par quatre colonnes doriques; l'archivolte ornée de festons de bronze et d'une Diane du même métal, entourée de chiens et de sangliers. Dans Tattique se trouvait une horloge ornée d*un groupe en bronze représentant une meute poursuivant un cerf; les chiens couraient et aboyaient, et le cerf sonnait les 1] cures avec un de ses pieds. On remarquait dans roiangerie une fontaine au milieu de laquelle s'élevait une statue représentant une fenuiie couverte d'une draperie mouillée, travail d'une rare perfection.
La chapelle, ornée de statues, de bas-reliefs, de fort beaux vitrauX;» renfermait le tombeau de Diane, morte en 1566. C'était un élégant sarcophage soutenu par quatre sphinx de marbre blanc, sur lequel la duchesse de Valcntinois était représentée, les mains jointes, à genoux sur un prie-Dieu, et ayant devant elle un livre de prières. À l'époque de la Révolution, ce tombeau fut transporté k Paris, au Musée des monuments français.
Le château d'Anet passa à la duchesse de Mercœur, au duc de Vendôme, puis au célèbre Vendôme, son fils, mort en 1712. Sa veuve le laissji à la princesse de Condé sa mère, qui le transmit à la spirituelle duchesse du JVluiuc, et à sa mort il fit
/ Pig^l de la Force, DescripL de Paris, iùU, t. viu, p. 2d7.
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448 APP£?a)IC£.
retour à la couronne; Louis XV en fit don au duc de Pen-
thîèvrc. Les dÎTerses qualités de ses possesseurs se trouvent r.ippt lies (Lins ces vers de Floriau, ami dévoué du vertueux duc de Pcnthièvre :
ÀDet , tu possédas tous les biens de ce monde * Beauté, gloire, esprit et vertu!
La Révolution détruisit en partie ce nionumenl; la façade intérieure, transportée à Paris avec le soin que méritait ce précieux échantillon de rarehiteeiurc de la renaissance, se voit aujourd'hui, comme ou sait, dans la cour de l'École des Beaux- Arts.
Le château d'Anet, sauvé d'une complète destruction par M. le comte de Garaman, est maintenant rangé au nombre des monuments historiques; sa façade extérieure vient d'être restaurée tout récemment^ et rétablie dans son état primitif*
LE TEUPIE. — l'hôtel DU GEANJ) P&IEUa J>£ FRANGE.
Nous n'entreprendrons pas l'histoire de la commandcrie du Temple^ dont la grosse tour, construite au ziii* siècle, devenue à jamais célèbre par la détention de la famille royale en 1793, ne disparut qu'en i 811; nous ne toucherons pas non plus à son vaste enclos^ protégé par de hautes murailles crénelées, qui ne tombèrent complètement qu'en 1802, et sur remplacement duquel fut ouvert, en 1809, le marché au vieux linge; nous dirons seulement quelques mots de cet hôtel des j,Tands prieurs de France, qui, sous les auspices des Vendôme, deA int le siège de cette joyeuse société dont il est question dans ce livre.
Cet hôtel, situé au coin de la rue du Temple et de la rue de la Cordcrie, avait été construit pour Jacques de Souvré, fils du maréchal de Souvré^ gouverneur de Louis Xm. Delile en dirigea les travaux^ qui furent interrompus par la mort du fondateur, et demeurèrent inachevés. Là cour était entourée d'un péristyle Hi colonnes ioniques accouplées^ élevées sur des piédestaux d'une hauteur démesurée. Au fond d( celte cour
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APPEXDICE.
se Iroiivait lo corps de logis, peu élevé et assez mal proportionné. La gniiule porte, sur la nio du Temple, étail (léc(»rée il'un ordre dorique à colonnes isolées, au milieu d'une pesante façade en maçonnerie ; le tout surmonté d'un attique couronné d'une balustrade chargée de vases. Tout cet ouvrage, au dire des contemporains, manquait de goût et d'élé* gancei. Quant à l'intérieur des appartements, on pourra s'en faire une idée par deux aquarelles conservées au musée de Versailles, parmi lés portraits disposés dans la galerie de Tattique : l'une d'elles représente un des salons dans lesquels se réunissaient les convives des soupers du Temple; au milieu se trouvent divers instruments de nmsique, ini lesquels on reniar{|ue un clavecin, au fond une table viv(>ment éclairée, charriée de plais et de Louteiiles; les panneaux des mur^ sont tapissés de cuir estampé.
Le jardin, qui s'étendait derrière l'hôtel, décoré à la mode du temps et orné de moulages en plâtre des plus beaux antiques, était en tout temps ouvert au public ^.
En 1721,1e chevalier d'Orléans, grand prieur, fit faire à cet hôtel de notables changements, sous la direction de l'architecte Appenard'. En 1812 et 181 3, on lui fit subir d'importantes modifications, dans l'intention d*y établir le ministère des cultes; mais, en 181-4, une ordonnance de Luuis XVIII donna cet établissement à la princesse deConti, abbesse de Reniiremunt, \)ouv y installer une communauté de Bénédictines qui devaient prier continuellement pour la France. Plus tard, cette ordonnance illégale fut annulée, et en 1853 l'hôtel des Grands Prieurs a été complètement démoli. En vertu ■ d'une loi du 23 avril! 854, remplacement de l'hôtel et des jardins a été abandonné à la ville de Paris, à la condition d'y établir une promenade publique et d'y ériger un monument à la mémoire de Louis XVL Cette promenade^ dont les plantations doivent être exclusivement composées de cyprès et d'arbres toujours verts, dans le but sans doute de laisser une
* Germain Brice, Description de Paris, 1712, 1 1, p. M3. ^ Sauvai, Antiquités de Paris, t. ii, p. 285-286. ^ Piganiol de la Force, 1742, t. iv. p. 224.
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tcinlo (le (h'uil à ce lieu de IViiK'hrc nu'iiioiro, est aujourtl Uui terminée et vient d'être ouverte au public.