‹ Les nièces de MazarinChapitre 22 sur 29 · G) HÔTEL DE CONTI · texte numérisé non relu

G) HÔTEL DE CONTI

Miiric Marlinozzi, devenue princesse de Conli en I65i, vint habiter rbtHel de Conti, situé sur le quai Malaquais (aujuur- (l liai 41" 11); ce fut dabord Ihùtel du conito de Brienne, se- (^rélaiie d'État, où le prince de Conti avait demeuré, ol qu'il acheta'. Le cardinal Mazarin le fit reconstruire pour sm nièce; celle-ci l'échanfrea, après la mort du prince (vers 1609), contre l'hôtel de M. Guénégaud, secrétaire d'État, à qui elle abandonna en outre la terre du Bouchet, près de Paris-.

Ce premier hôtel de Gonti était un assez grand bâtiment composé de trois corps, dont deux en retour vers le quai, terminés par deux pavillons ornés de frontons à jour, et reliés entre eux par une terrasse sous laquelle s'ouvrait la porte principale, décorée d*un ordre dorique. Cette terrasse se repliait sur la cour, et régnait, à la hauteur du premier éla^^e, .sur toute la longueur de Tailc gauche''. Ces constructions, élevées de deux étages au-dessus du rcz-dc-chaussée, étaient lourdes et sans élégance.

Cet hôtel portait encore le nom de Guénégaud en 167()**. Il passa ensuite au duc de Grequi, puis au duc de laTrémouille son gendre, et en 1712 fnt vendu au duc de Lauzun, qui l'occupa jusqu'à sa mort et y fit faire de grands embellissements'. La duchesse de Lauzun le vendit à Louise-Adélaide de Bourbon-Gonti, connue sous le nom de mademoiselle delaRoche-

> .Sau\ al, Antiquités de Paris, t. ii, p. 131.— Plan de Paris, i>ar Gom-

bousf, \iV.)9..

' Leinaire, Paris ancien et nouveau, t. ui, p. 242.

' Voyez le dessin de Jean Marot, Vue de Vhâtel du Plmig-Gvénégaud,

sur le quai Malaquais.

* Voyez le Plan de Paris, (tressé par Bullct, IfiTn.

* Germain Brice, Description de Paris, 1717, t. m, p. 270. — Pî^j^niolde la Force, Description de Paris, 1742, t. vu, p. 27a.

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APPEXDICK 4&1

sur-Yon. En 1770, Thôtel de la Rochc-sur*Yon devint rhôtcl de Mazois ; ses dehors furent renouvelés et ses dedans fort onibellîs*. Après la Révolution, cet hôtel fut occupé longtemps par le ministère de la police f^ciiérale 2. Enfin, vers J8iO, nn spéeulatenr, M. Caillaid, l'acheta et le fit al)attre, pour vendre séparément le terrain et les matériaux. La place qu'il occupait resta vide pendant dix-huit années; on commence seulement à y construire.

Mais arrivons au second hôtel de Gonti, situé sur remplacement actuel de l'hôtel des Monnaies. Les seigneurs de Nesle possédaient en ce lieu, au xiii* siècle, un hôtel qu'Amaury de Nesle vendit en i39d à Philippe le Bel 3. De cet hôtel dépendait cette fameuse tour de Nesle, qui jouit encore de nos jours d'une si triste célébrité. En 1350, le roi Jean y fit trancher la tête aux comtes d'Eu et de Guincs, connt'tables de France. Il fut donné, en 1380, par Charles V à Jean, «lue de Berry, qui y mourut en 1 116 \ Pendant la domination anglaise, le roi d'Angleterre y .>^éj(>urna souvent. En 1552 et 1570, Henri 11 et Charles IX en ordonnèrent la vente.

Louis de Gonzague, duc de Nevers, l 'acheta en 1572, et le fit reconstruire plus tard avec une telle magnificence que Henri IV, causant un jour avec ce duc, lui dit , en regardant les bâtiments encore inachevés de son hôtel : «Mon neveu, j'irai loger chez vous quand votre maison sera achevée'. » C'était en' effet un vaste et imposant édifice de brique et de pierre, ayant quelque rapport avec les pavillons de la place Royale; il s'étendait, avec ses splendides jardins, depuis la porte de Nesle jusqu'à la rue Daupiiine®.

Marie de Gonzague de Clèves, duehesse de Nevers, qui devint reine de Pologne, vendit en IGii l'hôtel de Nevers à H. de Guénégaud, qui fit abattre les bâtiments, aliéna une partie

' Curiosilés (le Paris, par L. R. (Leroii^rc), 1771, t. ir, p. l'i*?.

* CirauU de ^ m\\-Vnr'^o;\n, les Quarante-hiUtQuart^^^

* Sauvai, Anliquitès de Paris, t. ii, p. ?.40.

4 Sauvai, t. H, p. 117, 181. Sauvai dit que Charles TIf le vendit au due de Berry.

» Tattemant des Réaux, 1. 1, p. 91.

* Voyez, aux estampes de la Riiu ioth. uipâiiALe, topographie, Paris» Monnoie, 1. 1, et plans de Paris, ii*09.

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u>2 ' APPiSNDiCE.

les terrains, et ouvrit la rue Guénégaud derrière les jardins lu nouvel h^tel qu'il fit construire par François Mansart. ^ers '1669s l<i princesse de Gonti acquit l'hôtel Guénégaud,

jui pi il dès lors le nom d'hùlel de Conti. ]^>Ile le conserva tel jue Mansart Tavait élrvé : sa façade principale, perpendicuaire au quai, corrcspnudait à la façade latérale actuelle de 'hôtel des Monnaies, sur la pelite place de Conti ; elle était lécorée d'une belle porte, surmontée d'un entablement do« :*ique soutenu par deux consoles et ornée de sculptures, praliquée au fond d'une sorte de voussure enrichie de refends, )uvrage qui jouit en son temps d'une grande célébrité.

La façade sur le jardin était basse , et couronnée d'une tialustrade à l'italienne. Ce jardin, assez vaste, décoré de parterres, d'eaux jaillissantes, était en outre rempli en été de magnifiques orangers. Les appartements en étaient fort reiionnnés ; on y rciiKuquaiL un salon dont le plafond avait été peint par Jouvenet*.

A côté de cet hôtel, vers le fond de l'impasse de Conti, se trouvait un second bâtiment , aussi de François Mansart, connu sous le nom de petit hôtel de Conti.

Après la mort de la princesse de Conti, son hôtel passa successivement à ses deux fils, puis aux descendants du second ^. Le prince de Gonti, grand prieur de France, le vendit à la ville de Paris, en 1751, un million trois cent mille livres. Le garde-meuble de la couronne y fut plus tard établi jusqu'en 1768, où, par lettres patentes du 16 avril, Louis XV en orduiuia la démolition pour la création d'un nouvel hôtel des Monnaies. Cet hôtel, élevé sous la direction de rarehilecte Antoine*, est le môme que nous voyons aujourd'hui; il occupe tout l'emplacement du grand et du petit holei de Conti.

I Voyez une gravure de Blondel, 1670, où le nom d'hAtd de Conti se voit

inscrit sur la porte.

' Voyez G. Brice, Descriplion de Paris, 1717, t. m, p. ^r»3, et les <le.s>ins (le J. Marot; puis un autre dessin par Syl\estrc, Bibl. ihi*., collections tojiographitiues, Paris, Monnoie, etc., etc.

* Piguiiol delà Forae, t. tu, p. 223.

* Lazare, Dictimnaire adnUnistraUfdes Buei d» ParU, 1842, p. 456.

« Sur les sc\)t heures du soir se (ireiit les finnrrtillos entre le prince Alphonse d'Kste, fils aine du duc de Modèiie, représenté par le prince Eugène- Maurice (h^ Savoie, son procureur, et la demoiselle T.anre Martinozzi ; la cérémonie ayant esté faite dans la chambre du Koi, en présence de Leurs Majestés, de Monsieur et des principaux de la eonr. (|ue Son I jninence traita magnifiquement à souper S!ir deux taliles, à l'une desquelles estoient le I\oy et Monsieur, le prince Kugène, et à la seconde estoit la Ueyne, la fiancée à sa tiauche, puis la duchesse de Mercœnr et d'autres dames, qui dausen ut ensuite au hal, où le Roy mena la fiancée. Le 28, Leurs Majestés allèrent en la furc»st, où le Ixoy, estant mpnté à cheval avec sa noi)l( >>e, courut le sanglier, taudis que la Reyne, INIonsienret les dames lirent la promenade vers le puits. Leurs ISIajestés y lireutla collation, et Monsieur, le prince Eugène, les demoiselles Martinozzi, de Man- ( ini, montèrent à cheval et eurent le plaisir de la cliasse. Le 30, sur les onze heures du matin , l'évcsquc de Soissons et son coadjiîteur s estant rendus, enh urs hahits épiscopaux, dans la grande chapelle du chasteau, pour la solennité du mariage du prince de IVlodène et de la demoiselle Martinozzi, Leurs ^lajestés s'y vnirent placer sur deux prie-Dieu, à la droite descjuelles estojent Monsieur et Son Éminence; 5 la gauche, sur deux carreaux, au-dessous du marche-pied du Ivoy, la duchesse de ^ïercœur, la dame Martinozzi et autres dames de (jualité. Le prince Eugène y arriva aussitcst avec la fiancée, qu'il tenoit

par la main Leurs Majestés s'en retournèrent en l apparlement de

la Reync, où l'espousée fut conduite par Monsieur, et de là allèrent dtner chez la princesse de Carignan. Sur les neuf à dix heures du soir, Leurs ^lajestés, suivies de Son Éminence, se rendirent dans la grande salle où se devoit danser le ballet appelé des Bien^renus; la duchesse de 3f ercœur et la dame Martinozzi prirent leurs places près de la Beync , et , sur le théâtre, à la droite, la princesse de Modène, qui ne se faisoit pas moins considérer par sa bonne grâce que par les richesses de ses habits tout couverts de perles. Monsieur estoit placé auprès d*elle, et de l'autre costé du théâtre estoient les demoiselles de Mancini et les filles de la Reyne qui dévoient danser. L'ouverture du ballet fut faite par le Roy, qui représentoit la Renommée. «

{Gazeite officielle,)

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