PARTAGE UU PALAIS MAZARIN
Hùtel de Nevcrs. — HAtcl .Ma/arùi. — Hôtel de la Buoque royale. — Hôtel de la Compagnie deti Indes. — Bibliothèque royale.
Un arfîclf du testamonl du cardinal portait : « A 1 égard
« du palais de Paris, appartenances etdépendances mondit
«seigneur les lègue, savoir: moitié audit seigneur marquis « Maucini, son neveu, moitié auxdiis seigneurs duc cl du- « chesse 3f azarini ; ensemble les bustes et figures qui sont « audit palais» à partager aussi par moitié entre eux*. »
Eu vertu de celte clause, Philippe-Julien Mancini et Armand de La Porte» duc de Mazarln, se pai tagèrenl le palais. Le duc de Nevers eut les constructions neuves situées sur la rue de Richelieu et la cour de l'Horloge avec une partie de l'ancien hôtel de Duret et Chevry. L'entrée principale de son hôtel, qui prit dès lor^ iv nom d'hôtel de iSevcrs, se Ironva placée sur la rue de Richelieu; c'est actuellement la porte de la Bibliothèque impériale^.
Le duc de Mazarin eut pour sa part la plus belle partie du palais, savoir: l'ancien hôtel Tubeuf, les galeries élevées par Âlansart, et des dépendances sur la rue des Petits-Champs : à peu près tout ce qui s'étendait sur les rues Vivien et des Petits-Champs. Cette partie continua de porterie nom de palais ou hôtel Mazarin'.
A peine entré en possession de son hôtel, le duc de Nevers en détacha la portion occupant le coin de la rue des Petits- Ch;unph, qu'il vendit au sieur de Varennes ])ourla somme de cinquante mille livres \ 11 occupa les appartements du pre-
' Tesfameot du cardinal Mazarin, Œtwrea éê Louis XI t ti, p. 292.
* Voyez les plans aux estampes de la Binuorn. m périale, topogratihie,
Paris, quartier lV>(leau, t. if, et Mirtout une scorie des plans manuscrits congcrvt^s etréuniâ eu uu volume très-graudia-folio, sous le titre de Bibliolhèque royale.
* >'oyez les plans mentionnés dans la note pi^cédente.
* Mémoire présenté par Ph. Mazarini Matie'mi, prince de Vergognes 1711, BiBL. iMP., Manoscr. sappi. français, 2818.
mier, adroite de la porte d'entrée; mais jusqu'à Tannée 1670 il habita peu cette tlt inc ure.
Lors de son mariage, le duc de N('V( rs doiiiia dans son hotcl une ïviv brillante, où l'on joua la Bérénice de Haeine. La duchesse occupa les appartements de la galei ie sur le jardin. Nous avons parlé des joyeux soupers qui réunissaient parfois dans cette maison la société épicurienne du Temple.
En 1083 fut ouverte, derrière les jardins de l'hôtel Mazarin et de l'hôtel de Nevers, la rue ]!^fazarîn, qui reçut plus tard le nom de rue Golbcrt. Cette rue passa sous la galerie de rhôtcl de Nevers par une arcade * percée à travers les anciennes écuries. En i698, le duc de Nevers céda le local occupé au> trefois par la bibliothèque du cardinal à l'extrémité de la ga* Icrie, au-dessus de la l ue Cnlbert, à nudaiiic la iiicuqiiisc ùv Laiiibci 1, ])Oiir en jouir ca viager. Ce local était vide, et dépouillé même de ses boiseries, qui avaient été transportées avec les livres au collège des Quatre-Nations.
Nous avons dit un mot des réunions de madame de Lambert, dont le salon était situé sur reraplaccment occupé, de nos jours, par le cabinet des médailles de la Bibliothèque impériale^ ce salon était l'antichambre obligée de l'Académie française K La marquise réunissait à ses dîners du mardi et du mercredi la société la plus spirituelle et la plus élégante, au milieu de laquelle brillaient Fontenelic et la duchesse du Maine
En J 707 le duc de Nevers mourut \ et son hôtel pab^a a son
' .1 rr('f(^ du 1 8 jaiwkr 1683, reproduit par Lazare, DicUon». des Rues de Paris, \). 147; 1844.
' Mémoires du marqiûsd'Argenson (Loisirs d'un ministre).
' Lettres de la dvehesse du Maine et de ia marquisif de Simiane.
« « Le duc de Nevers laissa deux lils et deux filles, Tune mariée au prince de Chiraay, l'autre au duc d'Estrées; son set^ond fils, marquis de Mancini, reçut de son père la donation (îc ses hifiis patriinonianx d'Italie : l'aimé <jui naquit à Paris le 4 octobre 1G70, sutei'da aux biens et titr»s de sou pèrf», devint grand d't.spugne de première classe, prince de \ crga^nes et du bamt- Einpire par son mariage avec Marie-Amie Spinola, héritière de J.>B. Sfrinola. Pendant la Régence, il obtint de nouvelles lettres oonfirmatives de dncl»^ pairie pour Nevers. Il avait pris le titre dedncdeDonzy, que Louis XIY lui interdit de porter; il vécut aase» mal avec son père, et ne fut jamais bien en
lils aîné', M. dcDonzi, jirinccdc Verj^aj^ncs, y lil ( xéciilden 1709, sous la direclioii de l'arcliik'ctc Dallii), des répar.itions qui lui coftlèrrnl près de cent mille livres'. L'iiùtel de .\cvers dciHcura vn la posscissioii du prince de Vei pi^nes jusqu'au 10 mai 1710, époque où il le vendit à Law. En 171& était né, à l'hôlel de Ncvers, un fds du prince de Ver^^agnes, qui porta plust«àrd le titre de duc de Nivernois. En 1717, il fut question pour la première fois de placer à l'hôtel de Ne* vers la Bibliothèque du roi» trop à Tétroit dans une maison lie la rue Vivien, oii Golbert Tavait fait transporter en 1666 ; on devait aussi établir llmprimerie royale dans les anciennes écuries du cardinal ^ L'architecte de Cotte rédigea un mémoire sur ce projet ^ ; mais il fallait que madame de Lambert aljaiulonriAl son lof^a-mcnt : elle s'y refusa, et ce piu|el n'eut pas de smle. Eu 1719, Jean Law acheta riiôlel de Xevcrs pour y établir sa banque, qui portait le titre de Banque royale.
Voyons maintenant ce qu'était devenu l'hôtel Mazarin. Le duc de Mazarin, possesseur des belles galeries du cardinal, conserva la plus grande partie de ses tableaux et objets d'art. « Après ces pièces curieuses, b disait en 1664 François Colletel, « il en reste peu à voir en France, car tout le rare et M beau de cette sorte se trouve dans ce palais^. » Même en 1717, malgré le gaspillage et les fureurs iconoclastes du mat- Ire, l'hôtel Mazarin soutenait encore son ancienne réputation : t( On ne verra pas de lieu dans tout Pai i-. où il y ait j)lus de « curiosités ni rfui soit rempli d'une plus grande quantité de (( meubles précieux que celui-ci *\ » Le 9 avril IGGl, le duc 4ie Mazarin donna une féte magnifique dans son hôtel au
cour; il mourut en 1709, à Tàge de quatre*viiigt*treîze ans. m [Mim. sur le départemenide la Jfièvre, par Né« de la Rochelle, continué» par GUlet, 1827» in-S*', 1. 1, p. 13c.} ' Tt\onàé, Architeclure française. • ' G. Brice, Description de Paris, 1717, t. i, table, p. xvui. ^ Voir ce Mémoire, TM\^.é partie C'oUe en 1717.
* 1 raaçoià CoHetet, Abi éfjé des Anti2îtU(!s de la ville de Paris, 1064, p. 253.
* G. Brkse, Zteicrlp/lon de Parft, 1717, 1 1, p. 337.
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APPODICE. ȉ7
marquis ÂngclelH, qui avait épousé, au nom du connétable Golonna, Marie Mancini'. Jusqu*àla célébration de son ma* riage, la fiancée habita Thètel Mazarin avec la duchesse sa sœur>.
Cette somptueuse demeure senril souvent, pondant les absences fréquentes de ses maîtres, de i Lsidonrc à des personnages de distinctiun; ainsi, le 15 février 1()(>^, le comte d'Harcourt se rendit avec cinquante carrosses au-devant du cardinal d'Esté, et
Dans le beau palais Mazarin
Mena ce Romain dlmportance, Ayant dans ce grand logement Un somptueux appartement
L'année suivante, ce fut le légat du pape qui descendit à l'hôtel Mazarin *.
La fuite de la duchesse (13 juin 166B) laissa le duc de Mazarin seul maître de son hôtel; ce fut alors qu'il entreprit, au nom de la décence, son expédition ( oiilro les sImIucs qui le scandalisaient par leur nudité ; il pispilla honteusement ses tableaux profanes, qu'il donna de ( i s côtés, mais qui, heureusement pour l'art, se retrouvent en partie au Louvre 5.
En revanche, il conserva religieusement les tiibleaux de piété et les belles tapisseries du cardinal, qu'il faisait pieusement étaler devant sa porte le jour de la Fôte-Dieu*. 11 vendit aussi une partie de son jardin à Golbert, pour y faire construire des maisons sur la rue Vivien Cette aliénation dut avoir lieu vers 1683, en môme temps que Touverture de la rue Mazarin (rue Golbert). Ce maniaque mourut en 1713, laissant son hôtel et ses titres à son fds Guy-Paul- Jules, duc de Mazarin. Celui-ci le vendit en 1719, pour la somme d'un
* Gazette de Renamiof, IG iwt'û Ififil.
* Mémoires de madame de La Fayette.
' Lorct, Afuze kistoriquCt 17 février 1063.
* Ibid., 16 août 1664.
* Jftfmoires deBrknne, pu».
« G. Brice, Deseripiion de Parit, 1717, t. i,p. 339^ ' Ibid, , p. 299.
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million, à Joaii Law, et alla s'établir dans un hôtel situé un peu plus bas» dans la môme rae.
Law se trouva ainsi, en 1719, possesseur de la totalité du palais Mazarin par l'acquisition simultanée de Thètel de Nevers, de l'hôtel Mazarin, et des maisons construites dans le jardin, sur les rues Vivien et Golbert.
Law établit ses comptoirs, biiicaiix, iniprimcrii^s cl ateliers (le liilîanqfie royale dans les bàlimciils de riiolei de Nevers, ([ui })i'it dès loi s ie nom d'holel de la IJanquc royale, et il installa les bureaux et magasins de la Compagnie des Indes dans rbôtel Mazarin, qui devint ainsi l'hôtel de la Compagnie des Tildes
Law fit de l'hôtel de la Banque royale sa résidence; il occupa les appartements du duc de Nevers, et réser%'a pour les grandes réceptions ceux de la grande galerie, autrefois occur pés par la duchesse ; il en fit peindre les plafonds par Pellcgrini, artiste vénitien, qui représenta dans des tableaux allégoriques les prospérités qne la Banque et de la Compagnie des Indes devaient faire ph uvoir sur la France*. Il fit faire en mr-me temps (1719-1720) de grandes réiiaratioiis aux deux bùtels par rarehilecte Mollet, établit la î>oi le du palais Mazarin telle que nous la voyons aujourd hui (rue Neuve-des- Petits-Champs), abattit les maisons sur la rue Vivien, et jeUi les fondements d'un grand bâtiment destiné à prolonger les galeries de Mansart jusqu'à la rue Golbert, parallèlement à la galerie de la rue de Richelieu.
Mais la chute du système vint suspendre ces travaux (1720). Law, assiégé dans son hôtel, où sa vie se trouva menacée, se réfugia au Palaîs-Royal, et bientôt quitta la France.
L( 1 s juillet 1721, l'hôtel de la Banque fut saisi au nom «le l.i Coin])af;nie des Indes, à laquelle Law avait été condamné à payer une somme de douze millions; mais cet hôtel échappa aux créant ii rs, comme ayant été acheté au nom et des deniers du roi; les terrains sur la rue Vivien furent seuls vendus. Le i4 septembre 1721, un arrêt du conseil or-
* Voyez les plans déjà indiqués.
* Piganiol d« la Fofm, Daerlpi, de la Force, t742, t. ii, p. 592.
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doiHia le transport de lu Bibliothèque du roi dans l'ancicu iiôlcl de Nevers'.
Un autre arrêt, du 24 septembre 17â<i, établit la Bourse dans la coxiv de l'hôtel de la Compagnie des Indes (ancien hôtel Mazarin), qui s'ouvrait sur la rue Vincn, et s'étendait devant les galeries de Mansart ; la Bourse se tenait tous les jours, de dix heures du matin à une heure ^.
La translation de la Bibliothèque du roi à l'hôtel de Nevers eut lien par les soins de Bip:non, le bibliothécaire. De €k)tte, iU't'liilcetc du roi, fut cIlu,-;.' dvs dispositions àiireiulre; il arrangea eoinmc nous le voyons aujourd'hui, sauf qurlques chanfrènieiils de détail opérés pendant la Hévolution, les galeries sur la rue deUiehelieu, et éleva en fare, parallèlement et dans le mOme style, la galerie où se trouve au jourd'hui la salle de lecture, et qui se lie au bâtiment de THorloge.
Bignon occupa l'ancien appartement de Law et du duc de Nevers I^s peintures de Pellegrini, qui rappelaient de tristes souvenirs, furent grattées^, et les travaux furent poussés avec activité sous la direction du duc d'Àntin.
Mais un obstacle imprévu vint en entraver ^exécution : madame de Lambert, dont les appartements étaient destinés à recevoir les livi es, refusa de les quitter, et s'opposa à l'érection des biUimenls qui masquaient ses vues sur le jardin; elle présentai à cet effet un mémoire ehaudement appuyé par la duchesse du Maine, et les travaux restèrent suspendus». £n 1733, madame de Lambert mourut^ à quatre-vingt-six ans; on reprit alors les travaux interrompus, et on compléta l'ensemble des constructions, en unissant par un bâtiment transversal les extrémités de la salle de lecture et de la galerie qui longe la rue de Richelieu.
Les apparteipents de madame de Lambert furent affectés
< Piganiol de la Force, Descrlpl. de Paris, 1742, t. n, p. 5S3.
IhUl., p. 471.
^ Voir les plans réunis m un volume âous ce titre : Bibliothèque roycUCt aux estampes de la Biul. imp.
* Piganiol delà Force, DescripL de Paris, t. n, p. 583.
* Mém, pour madame la marquise de Lambert^ présenté le 22 anfl 1730. — Lettre du duc d'Antin à JT. de Cotte, 22 avril 1730.
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au cabinet des médailles et antiques, réuni à la Bibliothèque; les divisions intérieures furent snpprimées, et le salon des médailles fut disposé comme nous le voyons aujourd'hui, avec des panneaux ornés de peintures de Vanloo, Natoire et Boucher*; on y plaça un portrait de Louis XV, qui, supprimé pendant la Révolution, fut ensuite remplacé par celui de Louis XVIII.
Ce fut le 2 septembre il Ai que le cabinet des médailles» transporté de Versailles à Paris, prit possession de son nouveau local K
Depuis lors, la Bibliothèque a envahi peu à peu l'ancien hôtel Mazarin, où fut établi sous la République et l'Empire le
Trésor public. La Bourse fut transférée, pendant la Révolulion, dans l'église des Petits-Pères, puis dans l'ancien magasin de décors (le TOpéra, et cntin, en 18-20, dans le palais construit par Hrongniart*^ Les nianuscrits d'ahoid prirent possession d'une partie des appartements de l'hôlcl Mazarin et «le la galerie de Romanelli ; les estampes viennent d'ôlre transportées récemment dans cette galerie du rez-de-chaussée, peuplée naguère des statues antiques du cardinal ; et cette belle partie du palais Mazarin est en ce moment môme l'objet d'une importante restauration qu'elle mérite à tous égards, sous le rapport de l'art comme au point de vue de l'histoire*