‹ Les nièces de MazarinChapitre 24 sur 29 · J ; HÔTEL D£ SOISSONS · texte numérisé non relu

J ; HÔTEL D£ SOISSONS

L'hôtel de Soissons était situé sur l'emplacement actuel de la Halle aux Blés; il occupait tout l'espace compris entre les rues Goqui^ière, de Grenelle, des Deux-Ëcus et du Four

Saint-Honoré *,

* V]onûe\^ Archilechire française, i. lUiP,!^,

' Archives du cabinet des médailles.

' La/.arc, Diclionn. administratif dcf! Hnesdo Paris, I8i4, p. 91.

* Citouâ, une fois pour tuule^.la Colleclion lopographique de laBtBUOTH.

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Sur une partie de ce vaste espace, les seigneurs de Nesle possédaient, avant le xiii*' siècle, une résidence adossée à l'enceinte de Philippe-Auguste (un pou plus bas que la rue de Grenelle), dont rentrée s'ouvrait sur la rue de Nesle, qui prit plus tard le nom do rue d'Orléans*.

Jean de Xcslc la céda, en 1232, à saint Louis, qui i abandonna aussitôt à W\ anche de Caslille^. Celle reine ne cessa dès lors d'y dcnit urcr, et y iiKjurul en 1252 A celle épuque, riiùk'l de Nesle iTlcnliL souvent des ballades amoureuses de Thibaut, comte de Champagne.

En 1327, cette demeure prit le nom d'hôtel de Bohême ou de Behaigne, en devenant la propriété de Jean de Luxem^ bourg, roi de Bohême. Plus tard il fit retour à la couronne, et le roi Jean en fit présent, en 1354, à Âmédée YI, comte de Savoie 4. Charles VI le racheta, et le donna, en 1388, à son frère, le duc d'Orléans. Charles d'Orléans, son fils, vint y réveiller les poétiques échos endormis depuis le départ de Thibaut de Champagne pour la lerre sainte. C'est alors que rhôlcl (io Hohaigne et la rue où il se trouvait pruentle nom des ducs d'Orléans 5.

En 1492, Louis II d'Orléans, qui fut Louis XII, roi de France, abandonna une partie de son hôtel au\ Filles repenties qui, en 1499, se trouvèrent maîtresses de tout l'édifice, à la charge de dire chaque jour des prières pour la santé et la prospérité du roi de France ^.

En Catherine deMédicîs^ effrayée par une prédiction qui lui annonçait qu'elle mourrait près de Saint-^ermain, laissant inachevés les bfttimcnts du palais des Tuileries, qui

WPâtiALK , France, Paris, quartier de ta Bangue de France, oii nous avons puisé la plupart des documents relatifs à la topographie de htMelde

Soissons.

' Coilcc/ion tojmgraph'yqxie t^ic

' Sauvai, Antiquités de PariSy t. ii, p. 211.

' lifid, — D^autres historiens la font mourir à Melun, où elle 8*était retirée.

* SauTal, Antiquités de Paris, t n, p. 212.

» Ibid.

* Dubreuil, Thénfre des Ant'iqiùlés de Paris, 1612, p. 847. Sauvai, ÀnliquiUs de Paris, t. u, p. 213.

(lépcndail de la paroisse de Sainl-Germaiii-l'Auxerrois •, résolut de s( faire bâtir un h6tel sur l'emplacement du monastère des Filles repenties. Ces recluses durent quitter la place et on leur donna en échange l'abbaye de Saint-Magioire^

Catherine ajouta à Tancien hôte) de Nesie de vastes terrains eontigus, supprima la partie de la rue d*0rléans qui allait de la rue des Deux-Ëcusà larue Coquillière, ainsi qu'un bout de la rue des Vieilles-fitmes, vi prolonp:ea la rue des Deux-Écus jusqu'à la nio dv ÇivcuvWc. ].v pcriniètrc- de son liôtel se trouvait ainsi drssino connue nous l'avons indiqui- plus haut.

Jean Huilant fut ('hai\uc cîo la construction de cet InMel, (pii s'étendit entre la rue Goquiliière et la rue des Deux-Écus, vers la rue du Four, Le bâtiment principal s'éleva entre deux jardins: l'un, longeant la rue du Four, fut disposé en parterres et orné d'un bassin au milieu duquel était couchée une Vénus de marbre, ouvrage de Jean Goujon l'autre s'étendit jusqu'à la me de Grenelle, également orné de festons et d'eaux jaillissantes, et ombragé de grands et beaux arbres. La façade, sur le jardin principal se composait de trois pavillons surmontés de hautes toitures. Celui du milieu était percé d'une seule gr;uule fenêtre en arcade, et flanqué de deux avantcorps ornés de Trônions sculptés aux aimes de France. Un mur à terrasse, au milieu duquel s'ouvrait une large porte, reliait ces deux avant-corps à deux grands bâtiments en saillie qui se développaient sur le jardin, à droite et à gauche de la façade principale. Sur la droite, une haute colonne monumentale, dont nous parlerons, dominait l'ensemble de ces élégantes constructions^.

La chapelle était isolée au bout du jardin, au coin de la rue de Grenelle et de la rue Goquiliière; elle conserva longtemps le nom de chapelle de la Reine; on remarquait son portail couronné de deux clochers suspendus, et les beaux

* Mézcray, Histoire de France, t. m, p. "iSO.

' Dubroiiil, T/i(''(ifrf (les Auflqnif('s (fc Paris, \). «'t7-848.

* Germain iiricc, DcscripHon de Paris, t. i, p. :}:)8.

* Vojez plaus et dessins, |>ar Sylvestre, aux Culkclious topofjraphiques de la BiBuoTH. iMPéRi4LE, indiffqéeft cHtessus.

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iestons qui en ornaient la porte. Une Annmcialion sculptée par G. Pilon décorait le maître-autel

L'entrée principale de l'hdtel était sur ia rue des Deux* Ëcus; Salomon de Bresse y éleva plus tard une magnifique porte elle s*omTait sur une cour qui faisait le coin de la rue du Four. Au fond, à gauche de cette cour, s'élevait la fameuse colonne de BuUant, à la description de laquelle Sauvai consacre quatre pages in-folio Elle fut construite, dit-on, dans le but (le servir cr()l)S("rvaloire à Catherine ctù son astrologue Ruggieri; elle est d'ordre dorique, hante de 143 pieds, c;iiinel(^e, surmontée d'une lanterne en fer chargée d une sphère armillaire. Un escalier à vis, qui rè^ne dans rintérieiir, permet d'arriver au sommet, et la corniche est assez large pour que plusieurs personnes puissent s'y tenir à la fois.

On peut encore juger à peu près de la beauté de cette colonne, car elle a été conservée, non sans peine, contre le bfttîment de la Halle aux Blés ; seulement on devra faire abstraction du hideux cadran solaire qui la dépare, de la fontaine qui prétend la décorer, et restituer dans les cannelures les GR entrelacés^ les miroirs brisés, les lacs d'amour dont elles étaient semées, et dont quelques vestiges ont reparu depuis qu'on a lait tomber la couche de plâtre sur laquelle étiiient tracées les lignes de ce cadran solaire *.

Jusqu à la mort de r.;i(lu>i'iiu' de Médicis, arrivée en ITiSO, cet hôtel porta le nom d'hôtel de la Reine, n'en déplaise à M. Alexandre Dumas, qui, dans son drame de Henri IJJ, fait dire à Calheriiie : Notre hôtel de boissons ^, nom qu'il ne prit qu'en 1604, quinze ans après la mort de Catherine, lorsqu'il fut acheté par Charles de Bourbon, comte de Soissons.

Catherine mourut, assistée à ses derniers moments par Laurent de Saint-Germaift, évéque de Nazareth. Son testament léguait son hôtel h Christine de Lorraine, sa petite-fille; maisGathcrine ayant laissé plus de dettes que de biens, l'hôtel

' Sauvai, Àntipiités de Pmis, t. p. 217.

' Voir le dessin de cette porte dans l'œuvre de Jean Marot.

' Sauvai, Antiquités de Paris, t. n,[). 217 et suiv.

* Voyez Ic-^ (îessiiiH (leLagrive, géographe de laviUede Pai'ès, 1750, etc.

^ Henri UI cl sa cour, acte i, scène 1.

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464 APPODICE.

fut vendu au profil des créantieib. Ciithorinc de Bourbon, sœnrdr JUini IV, l'acheta. A la mort de vviU' princesse, le comte de Soissons, qui l'avait ardemment aimée, paya cet hdtcl près de cent mille livres pour s'entourer des souvenirs de sa chère maîtresse ' . Le comte de Soissons mourut en 1612; sa fille Marie de Bourbon apporta en mariage l'hôtel de Soissons à Thomas de Savoie, prince de Carignan; leur fils Eugène-Maurice hérita de Thôtel et du titre des comtes de Soissons; il épousa Olympe Mancini, et fat le père du prince Eut:«'iie, qui naquit à l'hôtel de Soissons le 18 octobre 1603.

Sous la Régence, l'iiùtel de Soissons appartenait an [u incc Vietor-Amédée de Savoie-Carignan, qui olTril à Law dv transporter dans les jardins de son hôlel le marché des actions, que le chancelier avait repoussé de la place Vendôme. Law accepta, et une ordonnance du 1" août 1720 établit la Bourse dans le jardin de cet hôtel, où le prince de Carignan fit construire cent trente-sept baraques, qu'il louait 2,500 livres par mois K

Malgré les énormes bénéfices que dut lui procurer cette spéculation, le prince de Çarignan mourut insolvable en 1741 ;

ses créanciers obtinrent la permission de faire démolir son hôtel jjuuren vendre les matériaux. Un ami des arts, Petit de- Ijachaumont, parvint à sauver la colonne de Bullant en l'achetant de ses deniers ». La ville de Paris acquit, en 1755, les terrains de Tliôtel de Soissons pour la somme de lîeux millions; en 1762, on résolut d'y élever un édifice pom* la halle au blé; en 1707, cette îi i!Ie et les maisons uniformes qui l'cntourènt étaient achevées ^. La colonne, rachetée par la ville, avait été décorée d'un cadran solaire, et une fontaine coula de son piédestal. A ces deux conditions on voulut bien oublier que la colonne de Bullant dérangeait quelque peu la

• Sauvai, AmiquUés de Paris, t. ii, p. 214.

* Voyez Plan de la Bourse de Paris, établie par ordoanaooedn roi, etc., BmL. mp., liqNignqiliîe, Paris, <|iiartier de la Banque de France.

* Voyei ane gravure deCarmontelle qui représente P. de Bachaumontprèa de la colonne, avec cette inscription : Cidumm êtOHte gulescU: BmL. np.,

topographie, etc.

• Curiosités de Paris, [^ar L. R., 1771.

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APP£NOIC£. 46â

symétrie de la nouvelle halle, et le dernier vestige du palais de Médicis a pn parvenir jusqu'à nous en sacrifiant à la Révolution les chiiTrcs couronnés, les emblèmes et les fleurs de lis qui attestaient sa royale origine.

(K) Le maréchal de Luxembourg fut arrêté et enfermé à la Bastille. Le Sage Taccusait d'avoir fait nn pacte avec le

diable, atiii de pouvoir marier sa fille au fils de Louvois. Était-ce bien la peine de vendre son âme pour cela? On connaît la belle ré])onse que l'on prête à Luxembourg parlant à ses juges : « Quand Mathieu de Montmorency épousa la veuve de Louis le Gros, il ne s'adressa pas au diable, niais aux états généraux, qui déclarèrent que, pour acquérir au roi mineur l'appui de Montmorency, il falloit faire ce mariage, n Cette fière réponse, dit Voltaire, n'était pas d'un coupable. Cependant madame de Sévigné, dans les nouvelles qu'elle mandait à sa fille sur ce procès fameux, ne présente pas le maréchal de Luxemboiu g dans cette fière attitude, a M. de Luxembourg, dit-elle, a été deux jours sans manger; il avoit demandé plusieurs jésuites, on les lui a refusés; il a demandé la Vie des Saints, on la lui a donnée. 11 ne sait, comme vous voyez, à quel saint se vouer. Il fut interrogé quatre heures vendredi et samedi; il parut ensuite foit soulagé et soupa. On croit qu'il auroit mieux fait de mettre sou innocence en pleine campagne.... M. de Luxembourg est entièrement déconfit; ce n'est pas un homme ni un petit homme, ce n'est pas une femme, c'est une femmelette : Fermes cette fenêtre, allumez du feu, donnes^moi du chocolat, donnez-moi ce livre ;f ai quitté IHeu, il m'a abandonné. Voilà ce qu'il a montré à Bézémeaux et à ses commissaires avec une pâleur mortelle. Quand on n'a que cela à porter è la Bastille, il vaut mieux gagner pays*. »

Nous avons pourtant quelque peine à croire que l'àmc vaillante de Luxembourg se soit affaissée à un tel degré.

' Madame de Sévigaé, Lettres, 3i janfier 16S0.

( L) Lettre du comte de Rebenac au Roi,

« 7 octobre 1688, à Madrid.

« Madame la comtesse de Soissons a donné lieu depuis ^Inze Jours à une intrigue fort considérable en eeste cour; le roy d'Espagne estoit prévenu contre elle ; il Taecusoit de sortilège, et, par une opinion assez particulière, il s*est mis en teste depuis qudques jours que, sans un sort qu'elle avoit Jetté sur luy, Il auroit eu des enfans. Cette pensée, Sire, Ta extrêmement troublé, et luy a fait prendre le prétexte d'une affaire qui estoit survenue entre les Espagnols et les domestiques de madame de Soissons pour luy faire insinuer par madame la connétable Colonna qu*elle feroit bien de se retirer en Flandres, où on lui a donné ||a jouissance de la maison de Terveuren, sa vie du* Tant. £lle n'a pas voulu déférer à ce conseil, et a cru que la prise de Bellegrade, dont la première nouvelle a esté portée icy par un gen* tUhomme du dievalier de Savoie, feroit cbanger quelque chose à cet ordre; néanmoins le marquis de los Balbases fut chargé de le luy confirmer. Sur cela elle alla trouver la reyne, ne doutant pdnt qu'elle nedisposast absolumcut d'elle pour la faire entrer dans ses intérests; mais cette princesse lui conseilla au contraire de s'accommoder à la volonté du roy d'Espagne. Madame de Soissons, transportée de ressentiment, a pris le parti de déclamer contre la re^ tio et de se Jeter entre les bras du comte d'Oropesa et du comte de Mansfeld, qui estoient les seuls autheurs de sa disgrâce; elle leur a persuadé que la leyne d'Espagne estoit autrice de son malheur, par les complaisances qu'elle avoit pour Vostre Majesté, qui m'avoit, dit-elle, donné ordre de la faire, s'il se pouvoit, sortir de Madrid. Sur ce pied-là, Sire, ces deux hommes Pont regardée comme une personne irritée contre la reyne d'Espagne et contre les intérests de V. M., et qui par cette raison leur convenoit à l'un et à l'autre. Ils ont, outre cela, fait connoistrc In grandeur de leur crédit, qui pouvoit en peu de jours chasser et retenir qui bon leur senibleroit.

« Cependîtnt ils îvont encore pu gagner sur l'esprit du roy (]ue la permission pour madame de Soissons de différer son départ, afin qu elle ne parust point chassée de ceste cour, et ou croit que dans peu elle prendra un prétexte de se retirer.

« Ce que je viens d*a\oir l'honneur de dire à Votre Majesté sur la conduite de ceste intrigue n est qu'une présomption de ma part; mais, Sire, elle est fondée sur tant de paroles semées dans les dis-

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cours que j ay eus avec le comte et In comtesse de Mansfeld et plusieurs autres, que Je crois estre assuré que la chose s'est passée ainsy.

« Je dois. Sire, avoir rhonncur de dire à V. M. que je n'ay aucune part qiîrllt qu'elle soit à ceste intrigue. Je n\iy point veu madame de Soissoiis depuis que je suis icy; elle m a fait f.iiie des complimens par voie uidirecte, jp les ay rendus de la mesme manière; je n'ay point eu d'empressement de la trouver nulle part, ny elle moy. J'ay seuleiueut esté attentif à sa conduite. J'ay trouvé que la reyne d'Espn?i»e se plaisoit quelquelois a «a conversation, mais u'avoit aucune couliauce véritable en elle; anssy elle ne m'a pas paru dangereuse de ce costé là » (A.kchiy. des aff. ëibamg.)

Lettre du comte de Rebenac au Roi,

« 23 décembre 1688, à Madrid.

«J'ay hésité si je devois avoir l'honneur d'informer V. M. de quelques particularités qui sont venues a ma cognoissance. Comme elles sont en quelque sorte contre la pudeur, j'appréliendois qu'elles ne fussent contre le respect; mais, Sire, j'ay cru qu'elles pouvoicut avoir des conséquences si grandes que je debvois plutost m'exposer à commettre une faute en les disant comme elles sont qu'en les supprimant avec danger de porter quelque préjudice à vos intérests.

« Lorsque je suis venu à Madrid, j'ay trouvé qu'un bruit s'estoit répanda que le roy d'Espagne pouvoit avoir des enfans. Ce bruit. Sire, aussy bien que celuy d'une prétendue grossesse de ]a reyne , ne me parut avoir que des fondemens fort vagues. J*ay mesme profité de quelques ouvertures que la reyne m'a Met pour en tirer des hmiières seures. Elle me laissoit un jour entendre d'une manière, le lendemain e'estoit d'une autre, sans que je prisse la liberté de luy oser faire aucune question sur une matière de ceste nature. Enfin, Sire, elle me dit une fois qu'elle touloit bîoi me confier ce qu'elle n'avoit jamais voulu dire à perscmne : c'est qu'à la vérité elle n'estoît plus fille, mais qu'autant qu'elle pouvoit se figurer les choses, elle croyolt n'avoir jamais d'enfÎEms. Sa pudeur Tempeschant de s'expliquer davantage et mon respect de la questionner, je compris cependant à quelques-uns de ses discours qu'il y avoit une débileté naturelle qu'on attribuoit à trop de vivacité de la part du roy ; enfin , Sire , que la

foïtion , eomme parlent les médecins , n'estoit point parfaite. Teiis rhonneur de mander à V. ^I. sur cela que le roy d'Ëspagne u'auroit point d'enfans, du moins selon les apparences.

« Depuis cinq OU «ix semaines, le premier bruit s'est renouvellé avec plus de forée qu'auparavant - les pèlerin.» fies oui été plus IVéquens, et plusieurs révélations de certains imposteurs, dont les eou- Tens d'hommes et de fenunes sont remplis eu ces pays-ci, marquoient •qu'infailliblement la revue devicndroit grosse. Je me miîn contenté •d'admirer à quel point de superstition alloit la foililesse du roy et «de la plupart des Espagnols, en sorte que j'estois fatigué d'entendre Àes contes qu'on en faisoit tous les jours. Knlre ceux-là, Sire, il y en a nu que j'ay honte de dire à V. W., et je n oserois le faire s'il n'avoit eu des suites.

« Un cerlain moine dominicain, aaiy du confesseur du roy, eut une révélation (pie le roy et la reyne estoient charmés ; je marque, en passant. Sire, que depuis longtems le roy d'Espagne a dans l'esprit qu'il fost, et n^esme par madame la comtesse de Soissons. 11 esloit question de lever le charme, pourvu qu'il eust esté jette depuis h mariage; s'il Tavoit esté avant, il n'y avoit point de remède tant qu'il dureruit. I.a cérémonie esioit liuriible, car, Sire, le roy et la reyne dévoient

r ■ déshabillés tous nuds. Le moine, revc stu d'habits d'éslise, devoit » f uir (les evorcismes, mais d'une manière infâme; ensui t de quoy, en la présence mesme du moyne, ou devoit voir sy le charme estoit levé tout de bon. La reyne a esté violemuuMU persécutée par le roy pour V consentir, et elle ne pouvoit en aucune façon s'y résoudre. Tout cela s'estoit passé fort secrètement, et je n'en avois aucune connoissance, lorsque je receus un billet non signé par lequel onm'av^tissoit que, sv la reyne avoit la complaisance de consentir à ee que ce moyne proposoit, pour que le roy eust des enfans, qu'elle seroît pet^ due, et que c'estoit un piège que le comte d*Oropesa lui tendoit. Le dessein estoit d'eu conclure que la reyne estoit charmée avant son mariage; que, par conséquent, il deTenoit nul, ou du moins on la rendoii odieuse au roy et au peuple. Cestoit dans ce temps que le prince de Portugal mourut, et qu'on parloit de l'infante. CcHnme toutes ces méchancetés, mesme les plus noires, viennent par ces sortes de voies, le Père confesseur de la reyne et moy fismes nos diligences pour approfondir Taffaire. Nous sçumes premièrement de la reyne elle-raesme ce qui se passoit, et elle prit ses précautions. Nous trouvasmes ensuite que la question avoit esté proposée à de certains théologiens, et quelques-uns d*eux avoient déjà opiné pour la nullité du mariage. Enfin » Sire, c'cstoit une chose horrible et un plége dangereux pour la reyne; on n'a pas trouvé de voye plus seure pour

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Al»PE>DIC£. 40U

rérîter que celle de publier sous main la chose , et depuis le roy d'Espagne ii*y peuse plus

« J'ay trouvé le secret d'avoir des caleçons du roy, parce que, pour n'oublier aucune particularité, il ne porte ses chônîses que jusqu'à la ceinture , et les porte d'une toile bien grosse et quy le puisse bien grater. Je les ay fait examiner à deux chirurgiras : Tun croit que la généraiiott peut sVn suivre, l'autre asseure que non; mais il est vrai dumoius qu'il y a du changement depuis deux mois.....

« y. ^I. jugera si je fais une faute contre le profond respect que je luy dois en rapportant des choses de ceste nature, je luy en demande très-hua)blement pardon; si j'ay manqué, le zèle que J*ay pour son service m'en a inspiré la hardiesse, et je me sonviens que V. M. m'a fait l'honneur de me commander de luy donner part, avec un chiffre secret, des moindres circonstances qui pouvoient luy importer. » (ABCHIV. des AFF. £XBANG.)

Lettre du comte de Rebenac au lioi,

'« Franchini, nu'dcein de la revue, ne peut ^o. sauver que sur une très i;randp ignorance de lafjnpHi' il -croit plus suï>peel que personne. Je luy a\ donné des advis euntiuui'l>, pendant le mal de la revue, sur la nature des remèdes dont il se servoit, et il a persiste jusqu'à la fin. Te luy ay tonna de Taffeeration à appuyer les bruits qui se répandoient des excès de bouche que la reyae taisoit, et il adjoustoit beaucoup de faussetés. Il a révélé mes soupçons, quoy (pie je ne les luy eusse conminjniqués qu'avec un ordre exprès de n en parier à personne. Depuis la mort, il m'a fuy, et je ne l'ay vu qu a peine le

troisième jour, rpioique je l'eusse envoyé chercher plusieurs fois

En sorte, Sire, que sa conduite m'est suspecte. .Te scais de plus qu'il a dit à une personne de ses amis qu'il estoil vray (pie, dans l'ouverture du corps et dans le cours de la maladie, il avoit remarqué des symptômes extraordinaires, mais qn il y alluit de s;i vie s'il paiJoit, et que ce quy vcnoit d'arriver l'avoit obligé depuis longtems à sou-r hailer passionnément son congé.

« Le public se persuade présentement le poison et n'en fait aucun doute; mais la malignité de ce peuple est si grande que beaucoup de gens l'approuvent, parce que, disent-ils, la reyne n'avoit pas d'enfans, et ils regardent le crime comme un coup d'État quy a leur approbation.

«Tavois demandé à assister à Touvertiire de am corps, et l'on pouvoit du moins me perm^e que j'y envoyasse des médeeins et

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470 APr£>DlC£.

chirurgiens, maïs on me Ta refusé Lorsque je vis la reyne à la

dernière extrémité, Je laissay des ctiirui^ens et autres personnes aux portes de son appartement, afin qu*ils se servissent du désordre qui a coustume d'arriver dans ces sortes de rencontres pour entrer et reconnoistre sMl paroissoit quelque chose sur le visage de la reyne ; mais les précautions cstotent prises pour que personne n'pntrasl. J*ay fait tous mes efforts nioy-mesmc , et la porte me fut refusée comme aux autres. Le lendemain elle avoit le visage tout bleu, et des moines qui a voient dit la messe à un autel qu*il y avoit proche m'ont dict que la manière dont elle estolt leur donnoit des soupçons.

« Des gens qui venoient de Portugal ont trouvé force courriers sur leur route, avant mesme que la reyne fust en danger de mort; cette particularité marqucroit de l'iatelUgence entre le <:omte d'Oropesa et le Portugal.

« On a eu uuo nffcclation fort i;rnnde, dès Ir conimenconient de la maladie, h répandre que la reyne esti)it tomlx'f» do rhovnl et s'estoit rompu une f inr dans le eorps, qu'elle avoit mauirc imc (juantité prodigieuse d huitres, de eitrou et de lait glacé, et l'on a vu nombre des niesines gens s'empresser de répandre les mesmes bruits. Cependant je les ay tous vérifiés faux. Il n'est pas vray qu'elle soit tombée do cheval ny qu'elle ait mangé rien d'extraordinaire. Et il est

très vray. Sire, qu'elle est morte dune manière bien horrible •»

(Aachiy. des aff. bxbang.)

On trouve dans Ir Vofjage d'Eapagne de niadaiiie d Auinoy, €n 1679, quelques détails sur la reine Louise d Orléans :

« Les étiquettes du palais, dit-elle, portent que les reines d'î^pagne se eouelieront h di\ heures l'été et à neuf heures l'hiver. Au commencement que la reine fût arrivée . elle ne faisoit point de ré- (lexion à l'heure marquée, et il lui smilihi (pie celle de son coucher devoit être réglée par l'envie qu'elle au! (ut de dormir, Mais aussi il arrivoit souvent qu'elle soupoit encore que, sans lui rien dire , ses femmes commeneent à la décoiffer ; d'autres la déchaussoient par dessous la table, et on la faisoit coucher d'une vitesse qui la surprenoit foi i.

« Voici comment il est marqué que le roi doit être lorsqu'il vient la nuit de sa chambre dans celle de la reine : il a ses souliers mis en pantouQes, son manteau noir sur les épaules ; son broquet passé dans son bras (c'est une espèce de bouclier), sa bouteille passée dans l'autre avec un cordon. Avec tout cela, le roi a encore sa grande épée

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dans une de ses mains, et la lanterne sourde de Tautre. Il faut qu'il aille ainsi tout seul dans la chambre de la reine. » (P. S20-221.)

(M) ho Grand Dictionnaire historique des Précieuses nous offre le portrait de Marie Maacini, connétable Golonna, sous le nom de 3laximHiane.

« Si toute l'Europe ne ronnoissoit pas les belles qualitez qui rendent Maximilinne une des plus admirables de son sexe, j'auruis de la peine à me résoudre à la mettre dans ce Dictionnaire, n'ignorant pas que l ou u auruit point manqué de publier que j'estois obligé de dire du bien de celle de qui j'en ay tant receu^. Mais puisque la connoissanc^ que chacun a de son mérite a levé cet obstaelc , je puis dire, sans estre souh( onne de flaterie, que c'est la personne du monde la plus spirituelle , quelle n'ignore rien, qu'elle a leu tous les bons livres , qu'elle escrit avec une facilité qui ne se peut imaginer, et qu'encore qu'elle ne soit pas de Grèce (France) elle en sçait si bien la langue que les plus spirituels d'Athènes (Paris) , et ceux mesmes qui sont de l'assemblée des quarante barons (PAcadémie française) , confessent qu'elle en connoist tout à fait bien la délicatesse ; de quoi Madate (la Menardière), qui avoit P|ionnectr de la voir souvent, peut rendre témoignage.

« Poseroy adjouster à cccy que le Ciel ne luy a pas seulement donné un esprit propre aux lettres, mais encore capable de régner sur les coeurs des plus puissans princes de l'Europe ^ Ce que je veux dire est assez connu sans quil soit besoin de m*expliqueiç davantage'*. »

Marie Mancini, outre ses Mémoires, i>.u.ûl avoir écrit plusieurs ouvrages : nous pouvons en citer un, entre autres, sur Vasirologie, qu'elle aimait avec passion : Viscurso astropsico délie mutazioni dei iempi e di altri accidenti mondant deli anno i670, di madama Maria Mancini Colonna, principessa

* L*autcur »igne : Le sieur de Somaize^ secrétaire de madame la connestablB Colcma,

' Allusion à Vainoiir de LoaisXIV pour Marie Manctni.

* Le Grand Dictionnaire historipie des PrMeî»se8.,.y par le slenr de Somaise t. n, p. 33. Paris» 1661.

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romana, dac/icssa di Pnlinno, di Fagliocopo, di Ma ri nu, etc., € gran coiifestahilesf^a dol ?rffno dlNapoli; vol. in- 4", sans indication de lieu. Le caractère de l'auteur se retrouve dans cet ouvrage fort singulier.

Suivant le P. Anselme (V, 463), Marie Mancini serait morte en mai 1715 ; elle aurait eu, en ce cas, soixante-seize ans. Bayle, qui parlait d'elle en 1706 (Réponse aux questions d^un Provincial; Rotterdam, 1706, n, 51), ne donne aucun détail sur sa vie à cette époque, et la manière dont il s'exprime ferait presque supposer qu'elle n'existait plus alors.

On lit,, d'un autre côté, dans les iMtres d Italie du président de Brosses : « La vieille connétable Çdioiiiia, Marie Mancini, ne manquait jamais de demander pour prcniièir parole à tous ceux qui venoient de Naples : Che ftmm quesli baroni tiranni? A propos de la connétable, je lus fort surpris d'apprendre que cette sempiternelle, qui étuit maîtresse de Louis XIY il y a un siècle, n'étoit morte que depuis peu d'années.» {Lettre XXX,)

La Ghenaye-Desbois fixe, comme le P. Anselme , au mois de m'ai 1715 la mort de Marie Mancini.

(N) M. le marquis de Belbeuf, sénateur, à qui la ^cionoc historique est redevable d'une savante et excellente JJisloire des grands Pannetiers de JSormandie, a bien voulu nous communiquer une série de lettres fort curieuses, ainsi qu'un livre de voyage inédit, écrits au dix-septième siècle par un membre de sa famille. Fils d'un conseiller au parlement dé Normandie, Jacques de Belbeuf, naquit à Rouen en 1649, et mourut fort jeune encore en février 1673. Au sortir de ses études ' du collège d'Harcourt, il parcourut l'Italie, l'Allemagne, la Hollande et l'Angleterre. C'est à Rome, où il p;iss.i l iilver de 1670 et une grande partie de l'été qui suivit, qu'il vécut dans l'intimité do la connétable Coloniia et de la duchesse de Mazarin. Cette dernière lui donna son portrait, peint par Feitlinand Hell, en souvenir peut-être de quelques tendres relations. Jacques de Belbeuf était cbarmant de figure et

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APPf2a>lC£. 473

d'esprit» et il est à regretter qu We mort prématurée soit vcnue briser les espérances que donnait Taimable auteur du Voyage dont nous citons quelques exlraili» :

..... « Joignant l*égH6e de Santi Apostoli est le palais du prince Colonne, connestable béréditaîre du royaume de Naples et grand d^Espagne. Il porte dans ses armes, de gueule a la colonne d'argent couronnée; le tour de Técusson de ses armes est orné de drapeaux des Turcs, que Marc-Antoine Colonne, son ayeul, remporta sur ces infidèles, combattant et commandant pour le Pape, à la célèbie bataille de Lépante. Son palais est beau, grand et des plus superbes de Rome. Aussi est -il Juste qu'estant celuy qui faict la plus grande figure de la ville, estant plus craint et aymé qu'un roy, par sa naissance, son rang et sa despence, il le soit aussi par sa maison. U y a plusieurs appartemens, deux hauts fort grands dans Tun desquels est un fort grand salon où Ton jouoit la comédie cet hiver et où nous dausions nos bals pendant le carnaval, et plusieurs autres chambres de plein pied. Dans la dernière, est un lict fort magnifique que M. le connestable fist faire pour sa femme, niepee du cardinal ^lazarin; ce sont deux grands chevaux marins de bois doré qui traisnent une Vénus venant an monde dans sa eonclie marine, et tout le reste du lict est fort magnifique et tout doré. Dans le bas du |)alais sont deux grands appartemens frais pour Testé, dans lesquels il }- a des fontaines pour les rendre encore plus agréables. Ils sont pleins d'cxfrllons tableaux des meilleurs et plus antiens peintres , comme de i'Albane, du Carrache, du Guido Reni, du Titian et de plusieurs autres. Il y en a encore beaucoup des illustres du temps, comme quantité de paysages de Gasparo, de Claude le Lorrain et d'autres tableaux de Salvator Rose; il y en a plein trois chambres minières, outre cela quantité de beaux meubles. Quoyque ee palais soit très beau par le dedans, Textérienr iiV correspond point , ne paroissant que comme une très vilaine ukiIsou. » {LU re de royaye de Jacques de Melbeuf, p. 268 et 1M59 : la division de Uoiiie et sa description.)

a En revenant vers le mont Quirinal , on trouve le palais du

Ciirdinal Mancini, basti et rajusté parle ciirdiiuil iMazarin : il porte d'asur à deux poissons d'argent, mis en pal. Ce palais ost un des plus grands de la ville pour la masse et le corps du basi nH lU , et, si il maïKiii ' la moitié, il n'y a rien de plus beau que ses appai leuieus qui sont douMes partout, avec de très riches tapisseries. U y a une salle doiii la \ont< ( >t peinte par Guido Reni; la cour est grande et spatieuse, et c est ou tous les matins on tient académie et où les princes viennent monter à cheval à cause de la commodité du ter-

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APP£KDIC£,

lain. Cestoit autrefois le lieu des bains de Constantin. » (Idvre de voyage de Jacques de Belàeuf, p. 270.)

« Pendant rhÎTer il ne se fait point à Rome d*asseinblées, et

les femmes n*y ont guères plus de divertissement que dans une autre saison; il n'y a que les comédies où elles peuvent aller, car, pour de bals et de réduicts, il n*y en a que chés la connestablé Colonne, qui s'est mise sur le pied de vivre à la françoise et d^introduire chés elle une entière liberté, ce qui a faict d'abord beaucoup murmurer contre elle et particulièrement les maris, mais à présent on y est accous* tumé. Les maris ne laissent pas d'avoir beaucoup de peiue'à y laisser aller leurs femmes, et il n'y eu a que trois ou quatre qui le fassent, et si encore pour l'ordinaire ils les accompagnent. Sans cette maison les étrangers et surtout les François passeroient fort mal leur temps; car, comme la porte y est toujours ouverte pour les bon* nestes gens, on y entre et sort quand on veut ; on y danse , on y joue, on y cause et on y passe assés bien la soirée. » {Livre de voyage de Jacques de Belbexif, p. 292.)

« Il y a aussi dans ledict sac une petite boëtte d'argent où ,

d*un costé, est le portraict de madame de Mazarin et de Tautre le mien; comme lad icte dame me l'avoit bien voulu donner, yay voulu mettre de rnutrc costé le mien, et suis obligé de les garder éternellement. Si vous voiilés voir ledict portraict et raesme le faire voir, je vous prie d'en user comme bon vous semblera, mais surtout que ce soit devant vous et que l'on nV mette point les doigts dessus et ne le lessés à qui que ce soit au nionde, car peutestre des gens voudroient en tirer copif, estant original et des myeuv faiets qui ayent jamais esté, et cela me donneroit bien du desplaisir. >» {Lettre de Jacques de Belbeuf àsa mère, datée de ia Haie, le 2x mai 1671.)

(0) Lettre de Marie Manckd à Colbert*

« De Borne , le 28 novembre 1662.

« L'estime, Monsieur, que j'ai pour vous fait que j'en ai iiifintmcnt pour toutes les choses qui me viennent de votre part, et je vous assure quej'ay receu celle que vous m'avez écrit avec d'autant plus de joye qu'elle me fait voir que vous conservez toujours bien de la bonté pour toute notre maison; et à l'égard de mon frère, qui arriva hier icy pour me voir et s'en retourner à Venise dans peu de jours, je vous

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âPP£ND1C£. m

{irie d*étre persuadé, Monsieur, <IU6 je n*ay pas assez de pouvoir sur son esprit pour le détonroer d'un dessein dont vous savez bien que tant de gens se sont employés vainement; de plus, y ne m*a parlé de rien touchant ce qu'il a envie de faire. Je ne doute pas quy n'ouvre les yeux, et que à la fin ne connoisse les choses qui seront à son avantage. Vous ne devez pas douter que Je ne fasse mon possible pour y contribuer. Monsieur du Mas m'a montré dans une lettre que vous lui avez écrite les sentiments que vous conservez pour moy, qui souhaiterai de trouver occasion où en vous servant vous puis* sîez conoistre la reconnoissance que en a la connétable Colmma. » (Coiiect, de lettres autogr. de l'auteur,)

Les lettres qui suivent se rapportent à la ftiife de la connétable Colonna, et à son séjour en France à cette époque :

Ze connétable Colonna à Colberf»

tt A Rome, le 7 aoast 1672.

rtJe lie doute pas qu'à Poccosion fliî retour de S. M. à Paris tous les parejis de nostie famille ne reviennent niesmemeiit avec le roy, et que, sur i alTairc qui m'est lunlheureusenicnt arrivée, ils ne s'assemblent tous pour la supplier de vouloir, par sa justice, faire k [laratiou à l'honneur de tant de lannllcs qui sont intéressées dans la fuitte de madame la connétahie. .1 espère aussi que la prière que je vous en fay contribuera beaucoup à porter S. M. ou à faire rcNenir ma femme en Italie, dans les formes qu'elle jugera plus convenables, ou à la fnire nirtire dans un couvent enfermé, esloigné de la cour, pour luy donner lieu de se remettre eu elle-mesme , en attendant que le temps fournisse d'autres expédiens. J'atteiuls doue que par vostre laveur une si juste demande aye reffect que l'on désire, et que je puisse, par cette dernière obligation, augmenter la qualité de vostre , etc. »

La sœur Marie-Magdeleinc de Jésus, abbesse du Lys, à Colbert.

JHSfMAA.

« Ce 27 aoust (1G72).

« Mmiseîgneur, nous ne manquerons point d*exécuter avec toute la soumission que nous devons les ordres du Roy, que vous nous

47f) APPENDICK.

avez fait l'hoimeur ne nous onvoier pour la réception de madame la connétable Colonne dans cette maison ; mais vous voulés bien, Monseigneur, que je vous demande la grâce d'agréer que je m'adresse à vous dans les occasions où je me trouveré embarrassée sur les choses qui In regarderont, comme je le suis dès à présent, de ce qu'il n'est point marriiié, par lu lettre du Roi ni par celle de M. le marquis de Seîimelay, combien de ferumes je doi^ recevoir avec elle. Je souhaitterés bien en estre informée avant qu'elle lust venue, afin de ne rien faire que vous iVaprouviés; et dans ce mesme sentiment je prendre la liberté de vous rendre compte de ce qui se passera sur ce siyet. »

(t Le 30 aourt.

" Paix enNostre Seigneia JC. Comme je croy estre de mon devoir de vous informer de ce qui se passe céans au sujet de madaiiie la conestable, je prends la liberté de vous dire, Monseigneur, que, depuis samedy au soir qu'elle y est entrée, elle n'a veu que trois personnes : le premier, un gentilhomme de madame la comtesse , nommé de Bescheviile, qui vint dès le lendemain luy en apporter des lettres. Elle ne luy parla d'abord qu'un instant, et fut faire ses responses, qui n'estoient guère que de dix ou douze lignes chacune. En les portant, elle fut bien un petit cart d'heure avec luy. Durant qu'il estet céans, il arriva un valet de chambre de madame Mazarin, nomé Noiepde, qui luy en aportet des lettres ; il venoit de chez madame de Bouillon , et fut au parloir avec le gentilhomme de madame la comtesse, ce qui m'inquietta beaucoup lorsque je le seeus ; mais la èhose avel esté d'une manière que nous n'avions pas pu prévoir. Elle luy parla bien une bonne heure, et le retint à coucher pour avoir plus de tèms à faire réponse ; sa lettre paresset fort ample. Hier, madame de Bouillon envola un gentilhomme, nommé du Feu, sçavoir de ses nouvelles. Il n*avet qu'un compliment à luy faire, et ne fut qu'un moment. J*ai ereu, Monseigneur, comme Tordre du Koy porte de la laisser voir à mesdames ses sceurs, que je ne devés pas refuser ceux qu'elles envoient; mais je vais toiqours, avant qu*on luy dise, mUnformer de leur nom et de quelle part ils vienni»)t. Aujourd'huy leflls de M. Tambonneau a envoié une personne luy porter une lettre et faire- compli* ment; je luy ay refusé de la voir, et me suis trouvée en peine quelle excuse prendre, ne sachant si je dois donner connessance à ceux qui viennent de la volonté du Roy sur ce sujet. Je luy ay dit, sans m'expliquer davantage, que mon supérieur m'avoit ordonné de ne la point laisser voir que Ton ne me montrast un ordre par esciît. Il s*en est allé

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avec sa lettre, assez mal satisfait. Tant qu'elle n'aura penonne à nostre dehors, il sera faeile qu'elle ne sçache point que l'on renvoie de eeux

qui la demaudeut; mais, si ses officiers viennent bientosr, comme elle l'espère, nous ne pourrons plus Iny cacher. Elle nous a dit qu elle les avet mandés à ses filles, mais qu'elle ne veut pas en faire entrer d'autre que celle qui est piTsentemenî avec elle. File n toujours pnni assez payo drpiiis qu elle est icv, quoique, dans le fonds, nous croyons bien qu elle s euuuye beaucoup. Elle croy que M. et madame de iXevers pourront venir bientost, ce que j ay esté bien aise de seavoir, afin de pouvoir, Alouseigneur, vous deniauder de quelle niaiiière j'en dois user, n estant point compris dans l'ordre du Roy. Je vous suplie très humbleiuent d'avoir la l)ont<' de nous le faire mander, et si je puis donner eouuessauee à mesdames ses sœurs de Tordre qup i nv du Roy de ue la laisser voir qu'à elles. La crainte que j'ay de l u ; quelque chose contre les intentions de S. M. m'engaîrera à vous estre souvent imporUnie; uiais, estant par ce motif, j'esper* (jne vostre bonté me le pardouuera, et ne désagréera pas qu'en niesuie lenis je me donne Tliouueur de vous demander la continuation de vostre protection pour celte pauvre maison.

« P. S. Depuis nostre lettre escritte, il est venu à madame la connestable un tailleur, une luigere et d'auU es {zeus de celte sorte , et avec eux un home qui a esté dans son voiage av» c elle, de qui je croy f|u"eUe se sert pour ses affaires, .le le vis au paiioir avec le gentiiliome ordinère du Roy, lorsqu'elle arriva. Te n'eu s( ;ay point le nom; mais, comme elle n'a iey aucune barde, je croy que ces personnes pourront venir souvent. .Te u'ay pas ereu qu'on les pust refuser; mais je ne laisse pas d'en estre fort iiuiuiettée, craignant que quelqu'un qu'elle ne doive pas \(Hr se serve de ce prétexte et vienne avec eux. Elle parest estre surprise de ce que personne ne la vient voir. »

K Ce vendredi au soir (%3 septeinlire).

« Je viens de recevoir, avec la reconnessanee que je dois à vos bontés, la lettre que vous m*avez fait rhonneur de m*escrire. Depuis celle qui vous a esté rendue de nostre part, les choses ont changé. Madame la connestable, qui d'abord parut un peu s'emporter lorsque Je luy dis que rintention du Roy estet qu^elle satisfist pour les choses nécessaires à sa dépense, après que sa lettre fut partie, me témoigna en estre faschée, et vouloir suivre les sentimens de S. M.; ce qu'elle a fait ensuitte. Et tant sur ce point que pour tout le reste» nous avons

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tous les sujets du monde d'en estre contenter ei de nous louer de sa conduittc. Te vous <^ inaiule, Monseigneur, l'honneur de vostre protection pour cette pauvre maison. »

« Le 3 octobre.

f J'ai receu avec le mesiiie respect et soumission les ordres du Roy pour laisser sortir madame la eonnestable de cette maison, comme j'avés fait celuy de I v fnire entrer. Si elle a apporté quelque retardement, je vous suplie de croire, Monseigneur, que je n'y ay aucune part, et Taures remise sur l'heure entre les mains de M. de la Giberti, si elle n'avet réglé avec luy toute chose. J'ai suivi avec toute la fidélité que je dois les intentioos de S. M., que vous m'avez fait l honneur de me prescrire ; de sou costé elle s'est fort bien conduite, et nous avons tout sujet de nous en louer. »

La cownéteMe Cohma à Colbert,

<t Du Lys, ce 23 septembre 1672.

» Je croyé, Monseigneur, que vous auriés eu plus de charité pour rostre prochain , et que vous ne mojitreriés pas au Roy ma lettre,

laquelle j'escrivis en colère, sans savoir ce que je faisois. J'en ay eu assez de regret lorsque j'ay esté de sang-froid. Mais comme aux fautes commises il ji'y a plus de remède, je vous prie au moins de radoucir le plus qu il vous sera possible Tesprit du Roy, en ly faisant coimoistre que, quand je serés icy retenue par ses ordres, je y demeurerés eaeor avec plus de satisfaction dans l'espérance de fair quelque chose quy ly seroit agréable, et que de plus je ne souhaitte nulleuieiU sortir d'iey pour aller à licus de Paris, à moins qu'il ne me le commande expressément; ce que je feré après pour l'obéir, mais non pas pour suivre mon plaisir, le troiivaut tout entier dans cette maison, où je demeure ray, si S. M. U trouve bon, jusques à ce que Dieu m'inspire ce que j aurc altair touchant mon accomodcment. Cependant, soyés assuré que je ne me consoleré jamais d'avoir eu une promptitude si mal à propos, et d'avoir dépieu à celluy à qui je dois tout ee que j'ay au monde. Je vous prie de m'escuser auprès de luy, et de me croire fort vostre, etc. »

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APi»ENDICE. 479

Réponse de Caibert à la connétable Colonna,

«A VersaOles, le 24 8e|iteiiibre 1672.

« J'ai leu au Roy le billet que tous m'avez fait l*hoimeiir de m'es* eriie par le retour de mon courrier. S. M. a Uen reoeu les excuses que vous faites des termes de vostre bîUet du jour précédent, et elle mViidonne de vous asseurer qu'elle vous donnera toujours la proteedon qu'elle vous a promise. Et en mesme temps elle m*ordonne de vous dire qu'elle persiste dans ce que j'ay eu l'honneur de vous escrire de sa part; et pour cet etTect que vous choisissiez un couvent à 60 lieues de Paris, pour vous.y retirer jusques à ce que vostre acombdement avec M. le connestable puisse se terminer. S. M. attend par le retour du porteur qu'elle m'ordonne de vous envoyer exprès, le nom du couvent que vous aurez choisy, affîn que vous puissiez vous y rendre et y demeurer en toute seureté. Après m*estre acquitté de Tordre de S. M., je vous prie de me permettre. Madame, de vous dire qu*il est difficile que vous puissiez juger de ma charité, ou pour mieux dire de l'envie de vous servir et de contribuer en quelque chose à vostre satisfaction par ce qui s'est passé. Le Roy a bien voulu fEore passer par ma plume ses ordres sur vostre sujet ; vous m'escrivez sur l'exécution de ces mesmes ordres; Je luy doibs fidélité, et ainsy je ne pouvois pas me dispenser de lui faire voir vçstre lettre. Et j*espère, Madame, que vous en jugerez ainsy, et que vous agréerez la protestation que je vous fais d'estre toujours, etc. »

La connétable Colonna à Colbert.

« Da Lys, ce 25 septembre 1672.

« Le commencement de vostre lettre m*a fort réjouy, Monseigneur, voyant que le Roy avoit bien receu mes excuses, et qu'il vouloit bien m'accorder toujours sa protection : mais la suitte ne me Êiit que trop conoistre qu'il me voudroit voir bien loing de son royaume, et que ce n'est que par une simple honesteté tout ce qu*y] en fait. Du reste, je ne sçay pas assé bien la carte pour choisir un couvent dans une ville à 60 lieux de Paris ; il n a qu'a dir où il veut que j'ayllc , je m'y rendré, quoyqu'il me soit bien fascheux de quitter un endroit où j'estois déjà toutte accoutumée « et où je recevois tous les bons

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