AI»I»K>D1CE
Qu'ont fait les dieux pour se rendre Au service des amans.
Périra par vos vins blancs.
(^) HÔTEL I»£ BOniXON.
L'hôlel occupé par la duchesse de Bouillon sur le quai Malaquais (aujourd'hui n* 17) avait été bâti par François Mansai l ♦ poiu* Macé Bertrand de la Bazinièro, trésorier de l'Épargne; il était regardé de son temps (oiunie ruiuîes plus magnifiques de Paris.«La durhcsse de Houilloa dut en faire Tacquisilion vers 167G, à eu juger par une lettre de Chaulieu, du
oelobre 1677, où il dit à la duchesse ; a Je demandai à la Seine si elle ii'avoit point eu l'honneur de vous voir à Paris, puisque
Elle coule depuis un im
Et nuit et jour à votre porte. »
Jusque-là elle avait dii habiter l'ancien hôtel de Boiiilloîi, situé dans l.i i-ue des Petits-Champs, en face de la rue Neuve lies Rons-Enfants'-*.
L'hôtel de Bouillon, du quai Malaquais, s'élevait entre cour et jardin, avec deux ailes en retour vers le quai, terminées par des pavillons percés de deux arcades séparées par des pilastres doriques et ornées de balustrades à hauteur d'appui. La porte d'entrée, cintrée, s'omrait au milieu d'un mur orné de refends eu bossages, qui supportait une terrasse reliant ces deux pavillons'. Le jardin avait été décoré par Le Nôtre de parterres en broderie* et de bassins àjcts d'eau. Les ap-
' CuriosUes Oc Paris^ |>ar L. R., t. il, p. 143.
' Plans de pr/ris, <lc Cornhoiist, ir)5*>. — /f/., de Bullet, 1076.
^ \c>\('/ le (iessia du Jcau Marot, lue de la mauonde M. de la Bazi"
* Voyez le dessin d'iui de ces parterres, Bibl. imj'., estampes, tajiagrapliie, Paris, Monnoie, 1. 1. ^
Digitizûd by Gu..- .
484 \PI»tNOK:K
parlements étaieat gnmds et richement ornés; on remarquait surtout un cabinet, du càU du jardin, peint par Çbarles Lebrun, où Von voyait ÂpoUon sur le P£u*nasse, entouré des arts et des sciences. L'appartement de la duchesse était du côté
de la l ivière, fort orné de peintures et de dorures, avec quelques tableaux de prix; son cabinet était garni de bijoux précieux, de porcelaines, de vases de cristal de ruche, etc.*. La duchesse de Bouillon tenait de son oncle un goût prononcé pour les curiosités et objets d'art; aussi son nom se trouve-t-il parmi ceux des fameux curîettx et dames curieuses des ouvrages magnifiques publiés par le Livre commode contenant les adresses pour la ville de Paris, de 1603, p. 64. Elle mourut dans son hôtel 3, le SO juin i714. Çet hôlel resta longtemps propriété de,lafamUle de Bouillon, mais il fût modifié à différentes reprises, et enfin complètement reconstruit'. Il appartient aujouid'hui à M. le prince de Ghimay. -
La ujagnilique résidence de Navarre, consirnite à 2 kilomètres d'Évreux par le duc de Bouillon, sur remplacement d'une maison de plaisance de la reine Jeanne de Navarre, n'existe plus. Le domaine de Navarre avait été donné en apanage à l'impératrice Joséphine et à ses descendants mâles. Joséphine s'y retira en 1810, après son divorce, et pendant deux ans elle se plut à embellir cette résidence dont l'empereur lui avait fait don. Le prince de Leuchtenberg, son neveu, autorisé par une loi, vendit ce domaine, en 1834, au marquis de Dauvet, pour la somme de 1,200,000 fr. environ. M. de Dauvet abattit le château, construisit une usine et vendit en détail terres et prairies. Quant à la forcM d'Evreux, dépendant autrefois du domaine de Navarre , elle ne faisait pas partie de l'apanage de l'impératrice Joséphine. Cette forêt avait été
' G. Brica, Description de Paris, 1717, t. ii, p. 271 et 272. ' Qodques historiens prétendent qu'elle mourut subitement à Clidiy, près Paris, d^uiie attaque d*apoptexje.
* Giraultde Saint-Faiieaa, les Quarante^ntU qmrtiers de Parïs, p. 4^.
Digitizod by G<.jv.' .ic
vendue en détail, à peu près en môme temps que le château^ par les princes de Rohan, héritiers du dernier duc de Bouillon.
(S) Le roi, pour étouffer autant que possiblo le srandale (le rotte affaire, ordonna do brûler toutes les pièces de la procédure. Quelques débris échappèrent à cette proscription, et furent conservés parmi les archives de la Bastille jusqu'au 14f juillet i780* Transportés à cette époque dans un dépôt n^ tional, ces papiers firent partie plus tard des manuscrits d'une bibliothèque publique où de M. Monmerqué a pu les consulter et en donner quelques fragments dans son («dilionde madame de S(Wigné. Plus tard, par un aeeident des plus regreltahles, mais iieureuscmcnt rare, les pièces qui nous occupent ont disparu.
Le consciencieux érudit qui travaille depuis plus de dix ans à débrouiller l'inextricable chaos des archives de la Bastille trouve donc ici un vide qu'il a peu d'espoir de combler. Des recherches à l'étranger, et particulièrement en Russie, pourraient seules peut-être conduire à ce résultat. En attendant, il faut nous contenter des piquantes révélations de madame de S(3vign6, des détails fournis par les mémoires et les journaux contemporains. On ne lira pas sans intériH la relation suivante des procès de la ehauiijre ai di iitc. que nous empruntons au Mercure hoUandois de 1680 (Amsterdam, ia-12, p. 66 et suiv.).
" L'an passé le Roy de France avoit estably un tribunal pai ii-
oulier contre les empoisonneurs, appellé la Chambre ardente , qui d'abord parut fort étrange en France, ponr n'y avoir janiais esté rien veu de seiublable, ny entendeu que les marys y empoisonnasse jit leurs femmes, les femmes leurs maris, ny les eufants leurs péris il mères pour en avoir la succession; mais après les mesehautcs menées de madame de Brinvillur-. dont le procès a fait tant de bruit dans le royaume, cela se rendit si vulgaire que le poison que Ton donnoit à ceste fin estoit appelé la poudre de succession. Ce qui a fait d'autant plus d'eselat que plusieurs personnes de marque eu ont esté, soupçonnées , sans que toutefois rien ait encore esté dé»
Digitizod by G<.jv.' .ic
couvert à la réserve de ceci : Une certaine la Foisinî (sic), sage» femme, avoit esté mise en prison avec le nommé le Sage, pour estre soupçonnée de maléfice. La sage4(emme avoit fait le mestier de devineresse, et Vautre celuy de devin, dont la première devoit avoir non seulement suffoqué, mais réduit en cendres des centaines d'enfants engendrés hors du mariage , outre la poudre de succession qu'on Taccusoit d'avoir donnée à plusieurs personnes. Toutesfôis on ne peut pas asseurer que tout cela ait esté véritable, quoyque la suite ait fait eonnottre qu'elle a esté coupable de fautes très atroces , puisqu'elle en a esté punie depuis par la main de la justice. Or quand elle vit qu'il n'y avoit plus d'espoir de sauver sa vie, elle accusa pour gagner le temps beaucoup de dames et de grands seigneurs que la chambre résolut de Caire appréhender; mais en ayant au préalable donné avis au Roy à Pans, Sa Majesté eut la bonté d*en faire avertir quelques uns, et entre autres la comtesse de Soissons, afin qu'elle s'esloignat, en cas qu'elle se sentist coupable, sur quoy elle se retira le même jour avec environ vingt personnes et la comtesse d'Aluy, sa bonne amie , pour prendre la route de Bruxelles, où elle fut suivie de deux de ses enfans. Le lendemain Sa Majesté fît s(^>avoir au duc de Luxembourg, à St-Germain, que la chambre avoit décrété contre luy et la princesse d'Angry (de Tingry), sa sœur; c'est pourquoy il prit son temps au sortir de la messe pour entendre la volonté de Sa ^lajesté, qui ne luy dit autre chose sinon qu'il s'absentast ou qu'il se défondist; sur quoy il répliqua que s'il avoit offensé Dieu, il avoit mérité d^estre puny: néantmoins il semble qu'il se sentist innocent de cette charge, puisque, par ordre du Roy, il se laissa emprisonner dans la Bastille avec la princesse d'Angry, sa sœur. La chambre fit aussi adjournor le duc de Vendosme, laduch( sse de Bouillon, la maréchale de la Ferté, etc. ; mais aucun d'eux ne fut trouvé (îoupable que l'on sçache.
« Le 29 janvier, la duchesse de Bouillon vint à l'Arsenal accom* pa<;néed*un cortège de pins de L'O carrosses tant de la maison de Bouillon que de celle d'Elbeuf et de leurs alliez. La duchesse entrée déclara qu'elle n'estoit pas sigette à leur tribunal, et qu'estant femme de duc et pair de France , elle ne pouvoit estre citée en jus* tice que pardevant le parlement assemblé avec cinq chambres; mais que si elle estott ^ enue là , ce n'estoit que pour la satisfaction de Sa Majesté. Sa protestation fut enregistrée , et eUe interrogée sur certaines affaires qui n'eurent point de suite , pour s'en estre dénieslée deùement. Entre autres choses on hiy auroit demandé : Si elle n'aU' roit pas esté chez la Vahiné dans /'f'nfenfhn d'empoisonner smi rnartf, le due de Bnnillon? Sur quoy elle répondît : Que vérfta^ blenient elle y avoit esté, mais non pas dans ce dessein : et que le
Digitizod by C<.jv.' .ic
ehevaliêr 4e Fendome Iny avait dit qu*ii y atait un nommé le Sage, logé eAe& la VoiêSne susdite, qui se donnait pour un devin : sur quoij son mary et elle, le chevalier de Vendosme et monsieur de Ruvigny estaient allés trouver le Sage imr forme de divertis* sèment et luij avaient demandé ces trois choses : premièrement si le due de Beau fort {d'Ont on parlait alors en France comme s'il vivait encore) estait mort? Ce que le duc de Nevers son frère fai' soit alors à Romef Et qiœl estait le secret de gagner au Jeu de hoc f Que le Sage luy ayant fait coucher en eserit ces trois ques'» ttoiis, luy avait dit que le lendemain il luy donnerait la réponse, comme il avait fait en effet, disant que ses sibylles estaient restées derrière. La chambre, n^ayant pas de prise sur toat cela, laissa aller la duchesse qui fat depuis reléguée à Kérac pour avoir parlé du Boy par raillerie. 11 en a esté de mesme de la plus part des autres adjoumeinens, c'est-à-dire qu'après avoir bieu examiné les charges, on y a trouvé fort peu de vérité.
« Cependant la comtfsse de Soissons s'estant retirée à Brusselles, y eut d'abord beaucoup à souffHr, veu que le peuple ne la considéroit que comme une magicienne i ce qui toutefois se dissipa bientost; et quoyque le Roy l'eust fait rappeler trois jours de suite à cry public, elle ne laissa pas de demeurer à Brusselles d'oili elle tasche tousjours à se remettre dans les bonnes grâces du Roy, tandis que
. dans le temps que j'escris cecy, elle vit en bonne réputation parmy les grands de cette cour liî. On saisit aussi plusieurs personnes de basse condition, mais il y avoit de Tapparence, comme. je Tai dit cy dessus, que la Voisine les avoit accusés pour gagner du temps, veu qu'elle chargeoit des gens qu'elle n'avoit jamais veus ; c'est pourquoy Sa Msyesté, qui remarquoit bieu tout cela, résolut de la faire achever. Ensuite de quoy il fut ordonné par la chambre, que pre-
• raièrement elle feroit amende honoral)Ie , et puis qu'elle auroit la main coupéïe après la luy avoir percée d'un fer chaud, et que finalement elle seroit bruslée toute vive, ce qui fut exécuté le 22 de février, liéantmoins elle fut encore si hardie lorsqu'elle fut arrivée au lieu du supplice que de demander à l'exécuteur, s'il se souvenait bien d'estre venu chez elle pour du poison f s'imaginant peut-estre d'empescher par là la justice; ms^s son confesseur luv dit qu'elle pensast au salut de son ame par des paroles qui pouvoicnt la disposer à cela; ce qui Payant rendue un peu plus attentive, elle subit la misérable On de sa vie et tout ensemble de ses actions abominables.
« Or de dire qui a esté depuis trouvé coupable, au fait des empoisonneurs, c'est une chose qui n'est pas encore venue à nqtre oonnois« sance, si ce n'est que nonobstant qu'on a d'abord divulgué beaucoup
41» APPEiNDiCK.
de choses du duc de Luxembourg, et que pour ce subjet il a esté gardé fort estroitement, on a trouvé dans la suite que ce devoit estre une affaire de peu d'importance , et que la résolution de s'asseurer de sa personne devoit procéder d'un faux pouvoir dout un certain Bouaid, qui autrefois avoit esté son solliciteur de procès, avoit usé en son nom. Cest pourquoy, ayant esté pris avec le nommé Botot, qui avoit pareillement esté serviteur du duc et convaincu d'avoir en ce cas contrefait la main de ce seigneur, il a esté (outre l'amendo honorable devant Téglise Notre-Dame à Paris) condamné pour toute sa vie au\ galères, et Botot pour neuf ans. Après que cela fut fait, la (chambre mit bientost fin au procès du duc, en le déclarant incou* pable, le* 2 mars, de quoy on donna d abord advis au Roy, sans la permission duquel il ne pouvoit estre relasché de la Bastille; et bien qu'il n'eiist p;is beaiieoup de peine d'obtenir cette gr<1ce de Sa Majesté, il luy fut uéantmoins ordonné de se retirer en Champagne dans le duché de Sigré, où il vit hors des charges quUl avoit au paravant. »