PHILIPPE MANCINI
DUC IkE KEVfiBS.
Le cardinal avait vu mourir deux Maiicini, ses neveuxy et les avait fort regrettés, il lui ea restait uu, qui lui survécut : nous le gUsseroQS parmi les nièces ; il servira d'appoint à ses sœurs.
Philippe Mancini, né à Rome en Tan 1639, fut amené eu France avec ses soeurs cadettes, alors que le cardinal y rentrait après son second exil. 11 fut placé au collège de Glermont ; ses maîtres n'eurent que médiocrement à se louer de lui, et il n étudia pas avec autant de fruit que ses deux frères. Âvec d*heureuses facultés, comme tous les Maiicini, il était inappliqué, fantasque, sujet à de singuliers coups de tête, il lui arriva de commettre nombre d'escapades, qui indisposèrent sou oucle contre lui. Le cardinal le crut plus propre à faire un militaire qu'un politique, et lui fit donner un brevet d'officier. Il servit sous Tu-
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renne, tut blessé au siège de Condé (16ô6)| et montra de la bravoure, à défaut d'une grande Toeation pour
le aiétier. La muse ofiicielle ne manqua pas de chanter ses hauts faits * ,
Maiiciiii fut l'ait colonel après le combat du faubourg baint-Antoine, où son frère avait été tué. Le roi, comme dit le poëte,
Récompensa^ par conscience^ Le neveu de Son Éminence Des services de son aîné K
Mais Philippe ne sut point gagner le cœur de son oncle. Une affaire assez fâcheuse acheva de les brouiller. Quelques jeunes seigneurs allèrent nn jour au château de lloissi pour s'y divertir ; Mancini se trouva de la partie ; cela se passait pendant la semaine sainte, et la chose fit scandale. ^ On les accusa d'avoir clioisi ce temps*là, par dérèglement d'esprit , dit madame de Modeville, pour faire des débauches, dont les moindres étoient d'avoir mangé de la viande le vendredi saint. On leur imputa d'avoir commis des impiétés indignes, non-seulement de chrétiens, niais dliommes
' Le neveu de Son Éminence,
XaiMÛni , dont Padolescence ,
Digne cprtcs de prosp(^rer,
Fait (le lui boaucoup esiicrer,
Âyaiit , au priiiteinj)» de son âge ,
Vigueur, ardeui", zèle et courage ,
Par rordre du grand Lodovic *
S'est allé jeter dans ^Ifaidîck ,
Pour commander les mousquetaires.
(Muse hUt. ,n dëcen^ 1C57. )
* Muze hUt,, liv. V, p. 188»
Dt'C D£ »:VERS.
raisoDJiâbies. Le cardinal voulut punir tous les cou* pables en la personne de son neveu, qu'il cfaassa de la cour; et, après avoir châtié celui-là, il pardonna à tous les autres ' . »
Cette sévérité lui coûta peu à Tégard d'un neveu dont il n'était point content, qui était sans anibitioii, insouciant à la politique, au service militaire, et qui ne convenait ni aux affaires ni ù la cour. Mancini était distrait, indépendant, orignal; il était beaucoup trop poëte pour un tel oncle. Le cardinal, qui goûtait tant les lettres eu vers de sa nièce Marie-Anne, ne s'accommodait pas de ce neveu bel esprit. Ce ne fut point à lui qu'il transmit sou nom et le grand iardeau de son héritage, qui tomba malheureusement sur un homme
* Mém, de madame de JHottevilley coll. Pctitot, t. xl, p. 7. On petit lire, daos les Âmours des Gauiex, des détails sur e« sujet scabreux. Quant à Philippe Manetni, Bussy-Rabutin, qui était de la partie, met peu de ehose à sa charge, comme on le voit dans ce récit :
âVivonne, premier gentilhomme de la chambre du roy, voulant aller passer les festes de Pasques à Roissi, qui est une terre à quatre lieues de Paris, proposa à Maneini, neveu du cardinal Mazarîn, et à Tabbé le Camus, aumôniér du roy, d'être de la partie, lesquels ne se firent pas presser. Deux jours après qu*ils y furent-, le comte de Guiehe et Manicamp Tayant appris , les allèrent trouver. Aussitôt qulls y furent arrivez, Âlancini et Tabbé le Camus s*enfermèrent dans leur chambre, se défiant des emportemens du comte de Guîcbe et de Manicamp; et le lendemain, jour du vendredy saint , ils en
partirent de grand matin et revinrent à Paris. » Bussy, après de
certains détails que nous devons passer sous silence, ajoute: «Le peuple, qui grossit tout et qui fait bien plus de cas du merveilleux que du véritable, décida bientôt de ce qui s'étoit fait à Roissi. 11 dit d'abord qu'on y avoit baptisé des grenouilles, et puis il revint à un cochon de lait; d'autres, qui vouloient raffiner sur Tinvention, disoient quVn y avoit tué un homme et mangé de sa cuisse. Enfin il n'y eut pas d'extravagance à imagmer qui ne fût dite. »
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moins propre encore à le porter, Armand de la Meil* leraie. Mazaria fit son neveu duc de Nevers, comte de Donzi, avec de grands biens en France et en Italie. On voit que la part était assez belle pour un homme déshérité, incapable de se contraindre, M. de Nevers ne se gêna pas , à la nouvelle de la mort de son oncle, pour laisser voir qu'il en était peu touché. L'exclamution qu'on lui prête, en cette circonstance, n'est pas un trait qui riionore ; mais il faut mettre cela au compte de ses bizarreries, car il était bon et généreux.
Saint-Simon, qui ne connut que plus tard le duc de rSevers, nous fait, eu quelques traits de plume, ce portrait frappant du personnage : « C'était un Italien, très- Italien, (le beaucoup d'esprit, facile, extrêmement orné, qui faisoit les plus jolis vers du monde, et surle-champ. . . Un homme de la meilleure compagnie, mais qui ne se soucioit de quoi que ce fût, paresseux,
voluptueux C'étoit un grand homme sec, mais
bien fait, et dont la physionomie disoit tout ce qu il étoit...
« Il n'avoit tenu qu*à lui d'arriver a tout par ses
relations d'enfance avec Louis XIV ; il commandoit son régiment d'infanterie, auquel le Roi s'affectionna toute sa vie, et dont il faisoit le détail lui-même comme un simple colonel * . » Mais Mancini s ennuya de tout ce détail ; il ne lui fallait point, à lui, de charge d*âmes; un régiment l'embarrassait autant qu'un royaume, et il se démit bientôt de tous ses emplois.
* Mùn, du duc de Saint-Simon, t. x, p. â8, io-18.
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