‹ Les nièces de MazarinChapitre 7 sur 29 · DCC D£ DEVERS · texte numérisé non relu

DCC D£ DEVERS

pius léger soupçon, quoiqu'il if ignorai pas raiiiour de M. le Prince. Mais , peu de jours avant la féte^ il découvrit de quoi il s'agissoit; il n'en dit mot, et partit le lendemain pour iiome avec sa t'emiue, où il demeura longtemps, et se moqua bien de M. le Prince à son tour. » Est-ce bien là le véritable dénoûnient? Saint Simon tient pour le mari, et, chose naturelle, madame de Caylus pour l'amant.

La duchesse de Nevers était encore belle à soixante ans^ et son esprit ne charmait pas moins que sa figure ; Saint-Simon ne se lassait pas « do lui entendre raconter les aventures de ses voyages d'Italie ' . »

Le duc de Nevers, nou^ Tavons dit, était poëte, poëte à ses heures, et comme un grand seigneur de ce caractère; c'est par là cependant que son nom a quelque peu survécu. Étranger aux affaires de son temps, à l'histoire politique, le neveu de Mazarin a trouvé son petit refuge dans l'histoire littéraire. Voltaire Ta enrégimenté sans difficulté dans la troupe des auteurs de son siècle. Cependant M. de Nevers n'avait point brigué, de son vivant, ces honneurs posthumes. Sa muse était, comme lui, du grand monde, et n'en était pas sortie. Le duc de la Rochefoucauld s^était fait auteur ; il avait hardiment imprimé ses Maximes, et, soucieux de sa renommée, il en avait d'une main soigneuse retouché toutes les éditions. Le duc de Nevers, en réaUté, n'avait pas plus de morgue que l'autre;

* « Je m'en vais de ce pas dtner à Montmartre, où M. et M""* de Nevers, plus belle et plus aimable que jamais, m*oiit douné rendezvous. » {Sévigné, S7 février 1606.)

144 PHILIPPK MAKCINf,

mais il n'était pas homme à s'imposer de si grands labeurs. Ses vers, que Ton trouvait d*un goût relevé, n'étaient cuiinus que d'nn petit nombre. Ses œuvres étaient^ comme lui, dii'iiciies à saisir au vol. « Appor» tez-moi , si vous pouvez , écrit madame de Grignan à son cousin de Coulanges, les i)oésies de M. le duc de Nevers; elles sont d'ua goût si singulier et si relevé qu'on ne peut s'empeclier de bbtmer le soin qu'il prend de les cacher si cruellement. Quoi! vous êtes admis dans les sacrés mystères de ce solitaire ménage! Je vous admire d'avoir osé attaquer le caprice du mari et la délicatesse de la femme. Je savois bien qu'elle étoit adorable, mais je vous avoue que je ne savois pas que ce fût pour vous'... 11 ne vous falloitpas une moins délicieuse société pour vous tenir lieu de tout ce que vous avez perdu en perdant M. le prince de Turenne et M. le cardinal de Bouillon Adieu, mon

cher cousin, jusqu'au revoir. J*échauffe mes chambres autant que je puis, mais eu sortant de Rome tout vous paraîtra à la glace, jusqu'à nos conversations, pour peu que vous en ayez eu avec M. et madame de ?Severs... » — ce Je ne suis jamais surprise, écrit aussi madame de Sévigné à Coulanges, que vous soyez aimé, mais j'admire votre bonheur de l'èti'e de M. et de madame de Nevers : rien n'est meilleur, chacun en son

espèce Vous vous êtes encore perfectionné, en

vous frottant à M. de Nevers. . . » — « Vos lettres, écritelle encore (23 juin 1691), ont toujours été accom-

* Lettres de madame de Sévigné, 17 décembre 1690.

DUC DE MEVERS. HS

pagnées des ouvrages de M. de Nevers, dont j'ai fait un petit recueil que Je ne donnerois pas pour bien de l'argent. »

Ce petit recueil fût devenu très-^s^ s'il eût réuni tous les vers que cet intrépide voyageur sema de Paris à Home. 11 n'était guère moins Italien que Français, et composait volontiers dans les deux langues. Çoulanges envoyait aussi de Rome à sa cousine des canzoni de M. de Nevers dont elle était ravie, c Nous chantons, dit-elle, la chanson italienne de M. de Nevers, et nous vous en régalerons à votre passage. » Son palais de Monte - Cavallo à Rome et ses somptueuses villas n'étaient pas moins vantés que son hôtel de Nevers à Paris ou son beau château de Fresnes*; mais il ne lui fallait ni plaisirs ni succès bruyants , et il n'y avait que des initiés qui fussent admis dans son sanctuaire. Çoulanges, lors du voyage qu'il fit à Rome, se trouva donc parmi ces élus, au grand étonnement de sa cousine; il note ce souvenir dans ses chansons :

Rome étoit aimable^ ^ Plaisante^ agréable.

Pendant le règne de Nevers :

Toujours de jolis vers, Toujours une table De peu de couverts \

Cet épicurien sobre et délicat pratiquait en France

' « Personne ne sait mieux que nous les eharmes et les beautés de la maison de Fresnes. « [Lettr. de madame de Sévigné, 1 5 mai 1691 .) ^ Cottect. llfaurepas, t. zxvi, p. 247.

14e PHiLim MANcmi,

les mêmes maiimes. <c Nous avons fait , mandait Chaulieu à la Fare , les meilleurs et les plus délicieux soupers qu'on puisse faire chez M. le duc de Nevers ; la compagnie exquise et peunombreuse, qui joignoit sen» lement les grâces de Mortemart à rimagination de Maneini... »

Nevers, quand il posait le pied en France^ se par* tageait entre plusieurs srx i( tés qui n'étaient pas au

même diapason : c'était d abord le salon de la marquise de Lambert, sa voisine, qui habitait une portion de rhôtel de Nevers; ses réunions étaient célèbres ^ et marquées d*un cachet de savoir et de morale quintessenciée qui les fit appeler, par un des habitués du lieu, les gaXères de V esprit. C'était un peu l'hôtel de Rambouillet, mais prébi Je par Fontenelle , et où les précieuses corrigées se souvenaient de Molière.

Le duc, attiré là par ses goûts d'esprit délicat et ses relations de voisinage , était trop l'homme de sa fantaisie et trop indépendant d'humeur pour se cou* < damner à ces sublimes galères. Son génie répugnait à de si gaands efforts. 11 ne faisait que de rares apparitions dans le cénacle de la marquise ; puis il courait souper au Temple, où sa muse se mettait à l'aise au milieu des Vendôme, des la Fare et des Ghaulieu : c'était un épicurien de bon goût, un rêveur aimable dans une troupe de francs épicuriens ^ mais il avait avec eux ses coudées franches; il aimait la verve et les saillies de ces poètes viveurs; il était au moins de leurs débauches d'esprit. 11 faisait assaut de petits vers avec Chaulieu :

DUC D£ £iËV£RS. t47

Par saint Cyr, De plaisir J'eusse été Transporté, Si Chaulieii Dans CQ lieu Fût venu ^ete.

Chaulieu lui répond :

Grand Nevers, Si mes vers Découloient, Jaillissoient De mon front. Gomme ils font De ton chefj etc.

« Ce goût relevé et singulier, » que Ton trou vnit aux poésies du duc de Nevers , s'est un peu affadi pour nous. Cette imagination de Mancini, qui charmait tant l'abbé de Chaulieu, ne consiste guère que dans une improTisation alerte, une riposte légère, d*iin tour libre et abondant, sur des thèmes un peu rebattus, que les circonstances du jour pouvaient offrir. Ces iucidents, répétés dans un cercle de convention, ne prêtent guère à l'originalité. Ces petites pièces sont cependant se* mées de vers heureusement éclos et de traits de style parfois assez hardis :

Pour orner le françois de nouvelles parures. Je hasarde en mes vers à'vMolmUs figures^

dit-il ; et Tépithète peut bien s'appliquer aux vers suivie

,148 PHILIPPE MAXCIM,

vantSy où cet iodolent convive du Temple se peint lui-

même dans ses amis :

Mais quand le yerrons-nous de retoiir en ce lieu,

Ce bon Chaulieu -Vendôme et Vendôme-Chaulieu? Paris sera charmé, la cour sera ravie ; Moi , verrai conil)l«'r mc^ plus ardents désirs. C'est un autre nioi-niénie ! Il sait goûter la vie En paresseux sensé qui pond sur ses plaisirs \

Parmi ses meilleurs ^ nous pouvons citer les vers

suivants, qui ne gâteraient pas une satire de Boileau. 11 s'agit de Rancé, abbé de la Trappe, qui, dans l'affaire du quiétismci avait pris parti pour Bossuet contre Fénelon :

Cet abbé, qu'on croyoit pétpî de sainteté, Vieilli dans la retraite et dans rhumilité. Orgueilleux de ses croix et bouffi d'abstinence. Rompt ses sacrés statuts en rompant le silence; Et, contre un saint prélat s'animant aujourd'hui. Du fond de ses déserts déclame contre lui. Bien moins humble de cœur que fier de sa doctrine, n ose décider ce que Rome examine.

Nev^rs n'était sans doute pas théologien , mais il

avait obéi , en poëte, à une heureuse sympathie pour Fénelon, que Tabbé de la Trappe avait durement condamné dans une lettre à Bossuet.

€e libre penseur, indifférent à tant de choses, se mêla avec passion , du moins dans ses vers, de cette grande querelle du quiétisme. Qui Teût cru? Ses épî-

* necneil manuscrit de diœrses poésies, et prindpaieniêni du duo de i\evers, {hmjxm, ikf., Mss. S., F. 354.)

Dig'itized by

DUC DE NEVJiRS. 149

très à Bossuet, à du Cormel, à Fénelon, aux Jésuites,

rpulent sur ces matières, qu'il explore sans beaucoup les éclairer de son poétique rayon. U est décidément du parti des mystiques ; son imagination le portait vers ces voluptueux de la foi y lui qui ne la possédait guère. Il aimait l'amour divin , surtout après boire : l'âme, dit-il,

L'âme goûte à longs traiu ( e lait pur, embaumé : Les Malbranche du temps ne Tont point écrémé.

Le duc de Nevers, dans ses épîtres, passe en revue toutes les affaires religieuses du temps : il rudoie le jansénisme, il approuve la révocation de Féditde Nantes , il commente et il admire la bulle Unigenitus : c'est en toutes choses un grand seigneur romain. Il prend Bossuet à partie , et voici de quel air il parle à l'adversaire de Fénelon :

Qui que tu sois, enfin^ sophiste évangéiique, Qui^ ne séparant point le faux d^avec le vrai^ Mets au même niveau Molinos et Cambrai^

De Tair dont je te vois luanier rÉvaii^ile, Tu crois que ton avis prévaut sur un concile.

De ton amour pour Dieu la flamme intéressée

Cherche la récompense, et ton unique but

Est moins Famour de Dieu que Tamour du salut*

Ces vers-là sont excellents, il faut en convenir. Ce

vengeur de Fénelon , qui pourtant ne faisait point partie de son saint troupeau y lui dont le bercail était

au Temple, s'est permis, outre la satire, répigianiine et la chanson contre Bossuet :

tso PHaiPPK BIANCI9II,

Mtîuux est un très-grand esprit.

Tout plein de littérature ; MaiS; quand on le contredit, U a Tàme un peu bicu dure l

Aimer Dieu sans intérêt, Cest pécher contre nature !

La charité lui déplaît.

Quand sa flamme est toute pure.

Il fait vêtir Montespan D'étamine et puis de bure.

Que nous vend ce charlatan ?

De Toaguent pour la brûlure.

Il traite ainsi Bossnet de Turc à More; dans une

épigramme, il lui fait dire, lorsqu'il fut fait aumônier de la duchesse de Bourgogne :

Ma colère n'est point si grande Contre monseigneur de Cambrai :

Qu'il dise faux, qu'il dise vrai.

J'ai ce que je demande *.

M. de Nevers, qui paraît tenir peu au fond des choses, malgré ses velléités mystiques, mesurait le

grand évêque à son compas.

Le duc de Mazarin , mari d'Hortense , qui avait eu la part du lion dans l'héritage du cardinal , prêtait fort à la satire, et M. de Nevers s'en vengeait eu poète :

Un ministre fameux, pour soutenir son nom. Va pour neveu postiche adopter un Orgon

* Recueil manuscrit , etc.

DUC D£ N£Y£IIS. l&t

. Qtti^ de ses grands trésors^ pieuse frénésiej Des Tartufes du temps nourrît Phypocnsié, Et^ craignant plus l'enfer qu'il n'a le ciel pour but^ Ya^ l'argent à la main^ tndSquer son salut ^

Les procès, les déboires de la famille, les aventures scabreuses de ses sœurs, fournissent à sa muse une assez riche matière; il traite ces sujets délicats en philosophe qui en prend un peu son parti* Voici de quel ton il en parie à madame de Bouillon, sa plus jeune sœur :

Si notre conduite est connue

Aux mortels qui sont dans les cieux, £t si l'on a là-haut^ dans le séjour des dieux^ Des lunettes de longue vue, Que doit dire Jule en voyant Bans sa race un remue-ménage?

Sa famille^ errante en tous lieux, • A d'autres intérêts et se voue et se lie. Sans vanité, nous deux nous valons mieux.

Et nous sommes, quoi qu'on en die.

Moi le plus sage, et vous la plus jolie ^.

Ûuand le duc de Nevers et la belle Diane attendaient dans quelque port de ProYence un vent propice pour ritalie, le poëte se désennuyait par des chansons :

Quel plaisir, sur l'oade amère,

IVètre dans une galère.

Quand on voit d'un vent prospère

• Recueil manuscrit , etc.

» îbid.

Dig'itized by

152 PHILIPPE MANCOI,

Le raaraboutin bouffi !

Mais voir^ du fond d'un repaire.

Un vent à l'autre contraire, Loraqu un Levant réfractaire Au Ponant fait un défi, Fi, fi, fi!

Narguo des flots^

Quand ils sont j^ros! A tei ie vidons en repos

Les pots, les pots*.

Parlons, puisqu'il le faut, d'un incident que l'on voudrait pouvoir oublier dans la vie du duc de Nevers : malheureusement, c'est le point le plus connu de son histoire. 11 s'est rangé, on Ta vu , du parti de Féuelon contre Bossuet; mais cela valait mieux, satire à part^ (|ue de prendre en main, comme il le fit , la cause de Pradon contre Racine; il lui est resté de ce patronage un certain ridicule et comme tine fâcheuse solidarité. Nevers, nous le pensons, n'était pas sans laire la dif* férence des deux auteurs. Il avait fait représenter, dans les fêtes de sou mariage, Bérénice de Racine ; mais plus tard cet insouciant se laissa engager dans une in* trigue. L'auteur i'Àndr<maque et à'Iphigénie n'avait connu jusque-là que les succès; il avait tout éclipsé; ' depuis Corneille « il régnait sur la scène sans partage : il avait pour lui le public , aussi bien que la cour. Bien des auteurs mécontents et humiliés se coalisèrent, et formèrent une Fronde, eux aussi, contre ce roi du théâtre. Madame Deshoulières, amie de Pradon, qui

• Recueil manmcrit, etc.

DUC J>£ jM£V£RS. 153

ne Importait point ombrage, Tavait introduit dans les hôtels de Nevers et de Bouillon. Ce fut de là que partit la cabale contre Racine* Madame de Bouillon, vive, entreprenante, prit en main la directiuii de l'affaire; il s'agissait de faire tomber la Phèdre de Racine au profit de celle dePradon. Bizarre chose qu'une cabale formée par des femmes se soit attaquée à l'œuvre où la passion pouvait le mieux parler à leurs coeurs! Le tendre poëte , le beau Racine, n'avait pas su mettre toutes les belles dames dans ses intérêts. On connaît le sonnet que la cabale fit circuler :

Dans un fauteuil doré, Phèdre, trciiil>laiite et blême. Dit des vers où d'abord personne iv entend rien; Sa nourrice lui fait un sermon fort chrétien^ etc.

Quel était l'auteur de ces vers? Ils sont à peu près restés pour le compte de madame Deshoulières' ; mais Racine les attribua au duc de Nevers. Voici , en effet, certain passage du sonnet, qui paraîtra un peu cru pour un auteur féminin :

Une grosse Aricîe^ au teint rouge^ aux crins blonds.

N'est là que pour montrer deux énormes t

Que, malgré sa Iruidcur, Hippolyte idolâtre, etc.

* Voir plus loin, à Marie- Aime Mancini, duchesso do Bouillon, quel fut le rôle que joua particulièrement l'hôtel Bouillon dans ceUe atlaire. Dans les Mënfoirf-s ûiédiU de BrosseUe, qui avait connu la fille de madame Deshoulières et tenait d'elle des détails assez complets sur cette aventure, le sonnet est attubué à madame Deshoulières, qui se serait piquée de ce que JUicine lui avait refusé les entrées pour la première représentation de sa pièce.

154 pinum MANasix

Racine et Boileau étaient gens trop bien appris pour s'en prendre de ces vers à une belle damey et ils ri* postèrent en parodiant le sonnet à l'adresse du duc de Nevers :

Dans un palais doré, Damon, jaloux et blêmo. Fait des vers où jamais personne n'entend rien; Il n'est ni courtisan» ni guerrier, ni chrétien^ £t souvent pour rimer se dérobe à lui-même.

La Muse par malheur le hait plus quMl ne !*aîme; Il a d'un franc poète et l'air et le maintien; Il veut juger de tout, et n'en j ugc pas bien ; Il a pour le Phœbus une tendresse extrême

Convenons que la personnalité est déjà forte , et qu'un grand seigneur, traité de poëte à poète, et de cette façon, avait là de quoi échauffer sa bile; mais la suite était d'une portée plus injurieuse encore :

Une sfn ir vagabonde, aux crins plus noirs que blonds^

Va par tout Funivers étaler deux t

Dont, malgré son pays, Damon est idolâtre.

Cette sœur vagabonde était la duchesse de Mazarin;

et ce qui rendait le trait plus sanglant, c'est qu'il avait couru sur le duc de Nevers et sa sœur les mêmes bruits que sur le prince de Conti et madame de Longueville. Le duc de Mazarin s'était posé publiquement en jaloux vis-à-vis de son beau-frère. Dans un procès des plus scabreux contre sa femme, il avait produit des lettres en vers et en prose , où Nerers célébrait le mérite et les charmes de sa sœur. Ce dernier se vit bel et bien cité en justice, et ses épîtres lui f u-

DUC DE N£VERS. ib&

reni représentées Tune après l'autre ; il eut donc à s'expliquer, sur faits et articles, au sujet de sa prose et de ses petits vers. Tout cela n était que burlesque, car Nevers assurément ne mettait que sa muse dans ce

commerce d'esprit; il célébrait sa sœur Horlense,

Plus belle que Vénus^ plus chasle que Lucrèce,

disait-il ; et là il se montrait peut-être plus exact dans la }){'eniière que dans la seconde de ses comparaisons; mais Nevers en usait avec Uorteiise comme avec ses autres sœurs, la connétable Colonna et madame de

Bouillon, en l'honneur de qui il brûlait, sans songer à mal, le même euceus ; c'était doue aiïaire de poëte, et voilà tout.

Mais 1 allusion contenue dans le sonnet était un sanglant outrage à la sœur et au frère. Celui-ci s'en irrita, comme on pense ; il demanda des explications , et les deux poëtes assurèrent que le sonnet parodié n était point d'eux. H fut attribué à de jeunes seigneurs de la cour, partisans de liacine. Nonobstant cela, le duc de Nevers garda ses soupçons et renvoya le sonnet retourné comme il suit :

Racine et Despréaux, Fair triste et le teint blême. Viennent deniaiiiier grâce et ne confessent rien ; U faut leur pardonner^ parce qu ou est chrétien

Mais, tout en disant gu^il leur pardonne, le duc

déclare aussi qu'il leur fera appliquer des coups de bâton en plein théâtre. Ainsi M. de Nevers jouait un

double personnage : il commençait par se venger en

Dig'itized by

Page 1