‹ Les nièces de MazarinChapitre 9 sur 29 · DUC DE NEVERS · texte numérisé non relu

DUC DE NEVERS

Maïs, pour agir vraiment en homme sage. Vous eussiez dù cacher la pièce aussi.

Ici du nioiiis le trait satirique ne tombait que sur l'ouvrage, et n'allait pas jusqu'à l'auteur. Cette petite guerre continua encore : Boileau donna , dans ses épt* tresy plus d'un coup de patte au duc de Nevers, qui , plus d'une fois aussi, relança ses adversaires assez gaillardement.

Les illustres du temps^ Rariiio e t Despréaux^ Sont du mont Hélicon les fermiers généraux ; Pour mettre des impôts sur Tonde d'Hippocrène, Phœbus leur donne à bail son liquide domaine ^

Cestune allusion^ sans doute, à leurs pensions et à leurs charges.

On a prétendu que Thomme au sonnet, dans le Mû

santhrope, représentait le duc de Nevers. Mais comment admettre que Molière ait eu cette pensée? Ne* versn*était-il pas plutôt le contre-pied d'Oronte? Bien loin d'assassiner les gens de ses sonnets, d'envoyer des cartels à ses critiques, il semait ses vers à la dé« robée, et n'y tenait pasj il faut prendre à la lettre ce qu'il en dit :

Pour moi qui ris du sort que mes vers trouveront. Je baiserai les mains qui les déchireront.

Le duc de Nevers, en vieillissant, s'éloigna un peii

' On trouve encore, parmi les écrits du duc de Nevers, la Défense du poème héroïque, arec quelques remarqineB i%Mr lesceuvres saH^ riqms du sieur D (Despréaux).

1&8 PHILIPPE UAXCINI,

du Temple, moins enclin à cette vie bruyante et joyeuse ; il devint décidément l*un des habitués de Sceaux, l'un des poêles en pied de la duchesse du Maine, faisant assaut avec Taimable Malezieu, et toujours prêt à fournir sa part des ingrédients poétiques que les fêtes et divertissements réclamaient * . La belle Diane prêtait quelquefois main*forte à son mari, quand on demandait trop à sa mu:>e; c'est ce qu'il nous dit avec grâce :

Ma muse^ sèche, iis»m', aride^ Ne produira rien^ je le voi ; Mais Diane écrira pour moi.

 c6té de Diane s'épanouissait sa fille, fraîche et charmante, que les hôtes de Sceaux avaient surnommée Api. Son père, idolâtre d'elle, lui adressait les vers les plus tendres :

Toi qui bornes tous mes souhaits.

Cher objet en qui je me plais.

Aimable Api, chariiiaute iille. Astre naissant dans ma famille

Cette heureuse vie, dépensée en plaisirs sous les bosquets d'Anet et de Sceaux, dans les palais, dans les Tillas romaines, s^assombrissaitun peu sur son déclin : une légère teinte de tristesse donne du charme aux derniers écrits du duc de Nevers. T*es la Fare et les Chaulieu, cette menue monnaie d'Horace, ont, comme

« Vojes les Ditertitsmentt de Sceaux, imprimés à Trévoux» 3 vol.

DUC DE 2ŒVERS. 150

m , quand le dernier jour approche, leur quart d'heure de mélancotie; ils finissent par murmurer après le maître:

Linquenda tellus^ et domus^ et placens Utor.

L'épicurien Chaulieu salue de son dernier regard

SCS chers ombrages de Fontenay, ces beaux arljres qui Tont TU naître et le yerront mourir. Bien plus homme de rèvme, naturellement mélancolique, Nevers exhale aussi la même plainte dans ses derniers vers :

Grand Dangeau, Qui bois Peau DHippocrèue^

A mes sens Vieillissans Tout s'efface!

Refouillons Les sillons Et la trace Du printeiiips De mes ans.

Quoi qu'on lasse. Le temps passa i Ces beaux, ans Florissans^ Pleins de joie, D^or, de soie Tous filés, Sont par Tâge Écoulés !

Le duc de Nevers maria sa chère Api au duc d'EstMes^ et mourut doucement après la fête.

100 PHIUPPË MAKCIM, DUC DE N£V£RS.

S'il eût pris Tart plus au sérieux, si, comme Boileauy il eût buriné ses vers à loisir, le neveu de Mazarin eût laissé d'exceillentes satires, et peut-être eût-il égalé le maître, avec un tour d'imagination plus hardi.' Hais il ne voulut rien être qu'un improvisateur agréable ; il ne songea point à Tavenir, il ne s'inquiéta de plaire qu'à ses amis. Qu'on se le représente, en effet, parmi eux, dans leurs soupers, ce Maneini, ce doux Italien , avec sa grâce indolente un peu sauvage, cet homme de si bonne compagnie, qui avait toujours de l'esprit et de jolis vers argent comptant.

Nevers négligea, par distraction de poëte, de faire enregistrer son brevet de duc; faute de quoi son fils n'hérita pas du titre de duc de Nevers. Ce fils était un digne élève du Temple, et particulièrement de Son Altesse chansonnière le Grand Prieur ; aussi fit-il force chansons joyeuses. 11 portait le titre de princ e de Vergagne. Ses cousins de Vendôme l'avaient si bien formé, et il mena, sous la Régence, une telle vie, que Ton craignait toujours, dit Saint-Simon , de se méprendre en le nommant, et de l'appeler le prince de Vergogne. La famille se releva heureusement dans son fils , le duc de Nivernais, l'un des hommes charmants du XYU!** siècle, grand seigneur accompli, habile diplomate, poëte comme ses pères, et qui fut le dernier des Maneini.

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