‹ Les nocesChapitre 100 sur 110 · SCÈNE · texte numérisé non relu

SCÈNE

LES MÊMES, HANETCHKA, SOCHIA,

HANETCHKA (au Marié)

Mon ami, le ciel est en mouvement,

des batailles merveilleuses :

des chevauchées à travers les nuages.

SOCHIA Et l'air tellement parfumé...

HANETCHKA

Des chevauchées à travers les nuages; des chevaliers gigantesques alignés sur deux rangs,

a4f ACTi

aux deux bouts d'un champ de lances,

se ruent au galop les uns contre les autres.

Ah, cela touche la folie, tant de mirages, tant de merveilles; Dieu, que l'homme est habile à trouver un sens à toute chose.

HANETCHKA (â Tchépieti)

Vous en avez une belle faux,

mon cher, — une faux si haute,

qu'elle pourrait couper le ciel

en morceaux comme une pièce de toile.

TCHÉPIETZ

Ne nous faites pas couper le ciel en morceaux;

c'est là mal parler;

au travail notre faux apparaîtra,

non pas impie, mais vaillante;

mademoiselle est bien fine,

mais ne connaît rien aux faux.

HANETCHKA

Vous n'êtes pas gentil, mon cher, laissez-moi la prendre en main.

TCHÉPIETZ

Ceci n'est pas pour vous, mademoiselle.

C'est une autre affaire.

LE MAÎTRE (au Poète, mais tous l' entendent)

L'Affaire, l'Affaire!

L'Esprit ! — par Dieu, — mes souvenirs se

débrouillent :

Cette nuit l'étrange a été vrai, — il m'est venu un hôte. — qui pouvait deviner qu'il y avait chasse aux âmes — i'

LE l^OÈTE

J'ai vu un chevalier tout armé, et tu dis. frère : l'Hsprit!

LE MAÎTRE

Frère, l'Esprit est venu, — bonnes gens!

Il se dresse encore devant moi, comme une ombre. Je me souviens, je me souviens :

c'était un vieux à barbe blanche, le visage entouré de cheveux blancs, il avait une immense pelisse rouge, il est venu ici.

STACHEK (il s'est faufilé auprès du Maitre en jouant des coudes à travers la foule des paysans et des paysannes qui remplit l'isba)

Il est venu, je le sais bien, nous tenions le cheval, moi et Kouba ; le cheval était blanc.

KOUBA (apparaissant derrière Stachek)

Une vielle en travers de la selle.

LE MAITRE Je rassemble mes idées, j'ouvre l'oreille...

tjl ACTE III.

Une vielle en travers de la selle...

STACHEK Aux arçons deux pistolets.

LE MAÎTRE

Mon cerveau est bourré d'épines :

je rassemble mes idées...

TCHÉPIETZ (aux assistants qui entourent le Maître)

Il rassemble ses idées.

LA MAITRESSE Oh, mon Dieu, on le dirait malade —

LE MAÎTRE

Le cauchemar a fui qui pesait sur ma poitrine. —

Ecoutez, — tendez l'oreille :

l'Esprit est venu chez moi : Wernyhora !

TOUS Que dis-tu, que tout esprit loue Dieu !

LE MAÎTRE

Il parcourait de nuit les villages,

il était calme et singulièrement fort,

il me donnait ses ordres, le mot de ralliement,

et il était tellement appliqué à l'affaire

qu'il semblait toute force et toute puissance.

11 était pressé, il est sorti tout de suite,

il devait parcourir de nombreux villages,

il devait être de retour à cette heure.

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