SCÈNE 23. LE MARIÉ, LE POÈTE
LE MARIÉ Que dis-tu de la noce?
LE POÈTE Je crois être le marié.
LE MARIÉ
Et moi, il me paraît que je regarde
la beauté et le bonheur d'autrui,
que ce qui m'appartient n'est pas à moi.
En voilà des idées, —
mon bonheur, celui d'autrui,
le diable les emporte tous les deux !
LE MARIE
Allons, allons, plus doucement, car si tu rencontres ton bonheur, c'est comme si tu trouvais le rythme.
LE POÈTE Des vers?
LE MARIÉ
Des impressions, des impressions très sincères,
le livre des cantiques du cœur,
recueil complet, édition complète :
et toutes ces premières rencontres
et toutes ces conversations aux champs,
au jardin, à la maison,
sur le seuil, dans le vestibule, dans l'alcôve,
jusqu'au mariage, jusqu'à l'autel :
édition complète,
LE POÈTE
C'est curieux :
ce que nous percevons à travers la prose, se résout en sons, en rimes et de là se dégagent les fumées qui traînent à travers la littérature.
LE MARIÉ
C'est comme dans la nature :
la fleur se volatilise en parfums; arrivent des fâcheux qui reniflent sur les roses.
LE POÈTE Et si l'on s'enguirlandait de roses
pour monter sur un immense
bûcher
et l'aire voir : comment chante
un homme couronné de roses
et qui meurt ?!
LE MARIÉ 11 faudrait la lyre d'Homère !
LE POÈTE
Et le Sort, et l'Atmosphère,
et le feu, et la montagne de flammes,
et le nuage de fumée noire
qui s'élèverait du bûcher?! !
LE MARIÉ La Mort!?
LE POÈTE C'est cela qui serait la Force !