LE JUIF, LE CURÉ, TCHÉPIETZ
TCHÉPIETZ On parle de moi, — me voici.
LE CURÉ Monsieur Tchépietz, toujours des coups !
TCHÉPIETZ
Ce n'est rien, il s'est lavé, ça lui passera, il guérira.
LE CURÉ
Vous mériteriez bien quelque chose
pour ces querelles, ces rixes, ces batailles.
TCHÉPIETZ
Je suis terriblement têtu,
il le sait bien, pourquoi me contredire.
LE JUIF
Monsieur Tchépietz, vous avez tort; c'est demain que vous devez me payer mon foin.
TCHÉPIETZ Canaille, chien crevé,
ton foin? Tu mens ! Ces juifs, ma parole, sucent notre sang, — volent notre argent, salissent notre bien, pire que des cochons.
LE CURÉ Monsieur Tchépietz, payez vos dettes.
TCHÉPIETZ
Ah, oui, son foin, du foin pourri ;
trois meules que le diable me fit prendre ;
je ne donnerai rien.
LE CURÉ (au juif)
Portez plainte.
TCHÉPIETZ (au cure)
Tiens, tiens, tiens, le bon conseiller !
C'est seulement grâce à vous
que Mochko se prélasse à l'auberge.
LE CURÉ Dame, vous ne voulez pas payer.
TCHÉPIETZ Dame, vous nous plumez tout vifs.
LE JUIF
Il a raison, vous louez l'auberge trop cher 1 Faites un rabais, monsieur le curé.
TCHÉPIETZ (désignant le Juif) Bien fait de plumer ce coquin.
LE CURE Je ne réclame que mon dû.
LE JUIF (désignant Trhépiet{)
C'est bon, je ne donnerai rien, avant que Tchépietz ne m'ait payé.
LE CURÉ (à Tchépift{) Payez vos dettes ! !
TCHÉPIETZ
Mais que diable?!
Qui donc me vole mes sous, le maudit juif ou le curé ! ?
LE CURÉ L'eau-de-vie, —
Prends où tu veux!
TCHÉPIETZ
Tas de bandits ! !
Excusez, monsieur le curé, je suis tellement échauffé que, sang de chien, je romprais l'échiné à mon propre frère.