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SCENE 5. MARYCHIA, LE REVENANT

LE REVENANT

Je devais être ton époux, tu es ma promise.

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MARYCHIA

Tu as été mon fiancé, tu m'avais promis.

LE REVENANT

Tu étais mon soleil doré et je gèle où je suis.

Un air glacé passe sur toi, tes hardes sentent le froid.

LE REVENANT

La braise flambe sur tes joues, il bouillonne, ton sang.

MARYCHIA Je devais être ton épouse, tu es mon promis.

LE REVENANT

Marychia, Marychia, ma fiancée, qu'ils sont longs, mes rêves.

MARYCHIA

Où demeures-tu, où es-tu?

Tu es parti pour des cités lointaines,

je t'ai attendu longtemps, longtemps,

et tu n'es pas revenu.

Où es-tu, où es-tu donc,

où demeures-tu, où?

LE REVENANT J'ai couru des cités lointaines,

coureur éperdu, songe-creux,

mes songes m'ont couché dans un trou

où le ver me ronge.

O mon Dieu, ô mon Dieu, déjà le ver te ronge.

LE REVENANT

L'écho des Tatra m'a ramené,

me voici, me voici,

la voix des chaumières m'a appelé,

et j'ai pensé à venir

raviver des souvenirs anciens.

Où je demeure? — dans une tombe;

je ne suis pas exigeant,

j'ai traversé tant d'épreuves,

mais que je sois un cadavre,

cela, Marychia, n'en crois rien;

l'Esprit vit, l'Esprit vit,

je n'ai cessé de tendre l'oreille,

la voix des chaumières m'a appelé.

MARYCHIA

Où est ta tombe, où est ta tombe?

Très loin, paraît-il, trop loin

pour que l'on puisse y aller, y courir....

(elle se cache les yeux de la main, mais lui, brusque, lui prend la main.)

LE REVENANT

Les larmes me cuisent, les larmes me brûlent, au diable la tombe,

je suis là. je suis à toi;

te souviens-tu du jour

où le poirier nous ombrageait,

dans ce verger, dans la verdure,

dans le midi, dans les rayons,

tu étais près de moi : la main dans la main

MARYCHIA Jadis, oui, — Dieu, que c'est loin.

LE REVENANT Penche, penche vers moi ta petite tête.

MARYCHIA

Nous nous tenions la main dans la main, — tu m'envoyais ton swat *.

LE REVENANT Jadis, oui, — Dieu, que c'est loin.

MARYCHIA

J'aurais eu, moi aussi, une noce,

une belle noce, comme celle d'aujourd'hui.

LE REVENANT

Viens maintenant danser un petit tour, puis il me faudra repartir.

MARYCHIA

Il y a ici de tes amis, reste un instant.

LE REVENANT Un tour,

lai

puis il me faudra repartir :

mon sort m'appelle, mon sort m'appelle.

MARYCHIA

Eh bien, puisque c'est notre noce aujourd'hui ; un petit tour, un tout petit tour.

LE REVENANT Qyelle tristesse sur ton front...

MARYCHIA Quel froid s'exhale de tes lèvres...

LE REVENANT

Serre-moi contre ta robe,

dans tes bras, contre ton sein...

MARYCHIA

Ne t'accroche pas à mes rubans, ton haleine de cadavre m'enveloppe.

LE REVENANT Embrasse-moi... !

MARYCHIA

Ne touche pas mes joues.

LE REVENANT Ne résiste pas, — ce n'est rien...

Tes vêtements sentent le froid de la tombe; non, non, je ne suis plus à toi !

LE REVENANT

Le sort m'appelle, le sort m'appelle; un tour....

MARYCHIA Arrière !

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