SCENE 10. LE POÈTE, LE MARIÉ
LE POÈTE
La Puissance, la Puissance éternelle, la Force invincible !!
LE MARIE De quoi parles-tu — ?
LE POÈTE
Un inutile, voilà ce que je fus, — mon œuvre, passe-temps frivole, — vaine brume.
Mais tout autour de moi, soudain, s'est allumé, tout brûle, — mon cœur brûle ; il me semble entendre, là-haut, des rochers se fendre et rouler avec fracas dans l'abîme.
LE MARIÉ Tu médites un sonnet, — une octave?
LE POÈTE Non, — un bien autre divertissement; j'ai senti le lazzo sur mon cou, — la Pologne est une grande chose :
il faut abjurer toute lâcheté, inscrire la cause sainte comme devise sur son écu, s'attacher des ailes d'aigle aux épaules, boucler les bretelles ailées du hussard,
et aussitôt se lèvera quelque héros, aussitôt surgira quelque saint polonais.
LE MARIÉ Pas mal.
LE POÈTE
Tu ne vois que le sujet.
LE MARIE
Pensais-tu donc à mieux qu'un poème?
LE POÈTE
Peut-être ai-je une pensée plus ardente
en ce moment, ma pensée brûle encore, —
encore, — demain croulera
en décombres l'édifice incendié.
Ah ! je voudrais entrer dans cet Enfer.
Ahl
LE MARIÉ Tu flambes.
LE POÈTE
Enfer vivant dans cette chaumière, dans cette maison enchantée : l'Enfer brûle.
LE MARIÉ Qu'est-ce que tout ceci ? I