‹ Les nocesChapitre 52 sur 110 · SCÈNE 12. LE MARIÉ, LHETMAN · texte numérisé non relu

SCÈNE 12. LE MARIÉ, LHETMAN

L'HETMAN

Ils ont disparu, les diables,

quelqu'un a eu pitié de moi;

mais cette plaie horrible me ronge toujours —

vains regrets, je ne me plains pas,

même en enfer, seigneur je suis,

et me moque des plaies du cœur.

Depuis cent ans, je galope par la forêt,

je vole par la forêt épaisse,

par les prés, les friches, les champs, —

ma tempe bat comme à la canicule,

mon cœur bat comme un jeu de marteaux,

le feu brûle mes entrailles

Ordonne à la musique de jouer pour moi,

j'ai de quoi payer l'Enfer.

Seigneur, je possède le quart du pays,

et si quelqu'un tout doucement

dit : « Jésus », — libre pour un instant,

je m'abreuve d'air :

ah, je respire à pleins poumons;

tiens, prends tout le restant de l'or,

regarde, vois ce pétrin *,

les diables veulent que je le porte;

chaque nuit ils le remplissent d'or,

et les grenadiers, les popes maudits,

crient après moi : seigneur Branetski,

ne plains pas l'or; — Ils boivent mon sang,

Tiens !

LE MARIE

C'est toi qui as tout conduit, hetman,

quoique tu fusses un forban,

et le roi fut ton complice;

tu as tout mené, tout conduit,

et nous voici plus esclaves que des chiens :

non plus roitelets, mais valets, gueux et piteux;

toi, le feu te brûle, —

nous, le froid nous gèle jusqu'à l'âme;

voilà pourquoi rien ne peut plus nous sauver :

ni le roi, ni la douleur,

ni les plaintes, ni les larmes,

eh oui, hetman, eh oui,

aujourd'hui est mon jour d'amour...

L'HETMAN

Tu t'es amouraché d'une gueuse ? !

La Pologne, valetaille, racaille,

c'est de l'or qu'il leur faut;

il fallait bien aux bâtards de la Czarine

aller faire sa cour :

j'ai eu cette vertu, moi.

Ne va donc pas geindre sur la Pologne,

tu es gentilhomme, embrassons-nous,

tu es libre !

LE MARIÉ Va-t'en au diable.

L'HETMAN Bavard, je vois bien que tu es sans armes !

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