SCÈNE 16. LE POÈTE, LA MARIÉE
LE POÈTE La mariée descend de ses rêves?
LA MARIÉE
Un rêve, oui, j'ai rêvé,
rêvé, sans dormir,
mais j'étais tellement lasse...
LE POÈTE La mariée était lasse d'amour.
LA MARIÉE
Dans un grand carrosse doré, en rêve, j'ai rencontré le diable; jamais on ne rêva rien de si sot, mais cela s'est de la sorte emmanché.
LE POÈTE Le diable, comme ça tout de suite sortant de sa
boîte, et tout de suite le carrosse doré.
LA MARIEE
Bien oui, c'est en rêve, rien d'étonnant,
si quelque chose, n'importe quoi, vous apparaît;
mais ne riez pas de mon rêve
car vous rêvez bien, vous, tout éveillé,
et vous racontez partout votre rêve,
comme si c'était Dieu sait quoi, — et pourtant.
LE POÈTE
1! y a des gens qui nous paient nos rêves
et d'une pareille faribole
on peut s'acheter un carrosse,
avec un grand diable de laquais chamarré,
et divertir énormément les badauds.
LA MARIÉE
J'ai tant dansé, que je n'en puis plus... J'ai rêvé que je montais dans le carrosse, mes yeux se collent, — par ma foi, — j'ai rêvé que j'étais dans le carrosse, les diables me menaient à travers les forêts,
à travers les villes aux murs de pierre,
et je leur disais : « où donc, diables, me menezvous? », et eux répondaient : « en Pologne » — Où est-ce donc, cette Pologne, où est-ce? Le savez-vous?
LE POÈTE
Par le monde entier tu peux la chercher la Pologne, jeune mariée, nulle part tu ne la trouveras.
LA MARIEE Alors, ce n'est pas la peine de chercher.
LE POÈTE
Et moi, je sais une toute petite cage, — voyons, que lagouche passe ainsi la main sous son sein.
LA MARIÉE
C'est la bordure de mon corsage, un peu trop étroite.
LE POÈTE Et là-dessous, quelque chose bat?
LA MARIÉE
Non mais, la sotte question !
Le cœur — ! — ?
LE POÈTE
Et bien, la voilà la Pologne.