‹ Les nocesChapitre 88 sur 110 · SCÈNE 17. LE POÈTE, LE MARIÉ · texte numérisé non relu

SCÈNE 17. LE POÈTE, LE MARIÉ

Quel froid par cette heure matinale; cette nuit d'aujourd'hui sans sommeil je ne l'oublierai de longtemps.

LE POÈTE

Ah, voilà, c'est la nuit de noce,

elle met toujours vos forces à l'épreuve.

LE MARIE

II y a de cela, mais autre chose encore.

Je me suis senti pris dans un étau

de frayeur, d'immense épouvante.

J'ai soudain eu peur de la prose

qui se cache sous le monde fantastique :

tout ce que nous voyons ici bien vivant,

le vent la si vite balayé,

que nous étendions en vain les mains

pour saisir les spectres, — car ce sont des spectres ;

puis les images ont pâli

et déjà se sont disposées

au sommeil dans la forêt des ombres.

LE POÈTE

Et moi, ce vent de la nuit, je sens qu'il m'entraîne et m'emporte. Ecoute, si ta pensée escalade la paroi abrupte d'un rocher, — tu sais, tu sais qu'elle parviendra à la cime I Eh bien, cette conscience de ma force, maintenant je l'ai !

LE MARIÉ Parles-tu sérieusement ?

LE POÈTE

Oui, c'est ainsi quand le diable court

dans la nuit et la nuit n'est pas encore finie.

LE MARIÉ

Va chasser les aigles à la fronde,

je préfère le bosquet tranquille,

le verger calme aux senteurs enivrantes :

le pommier qui fleurit pour mes yeux, le pissenlit couronné de duvet, l'herbe verte qui pousse, ma femme qui tourne autour de moi, que je possède un coin par la grâce divine, tout petit, comme ces tableaux que peint Stanislawski ", avec des pommiers, un chardon, sous un soleil chaud et doré..., que le ciel me soit doux et paisible, ou qu'il soit bruissant et peuplé, mais de bourdonnantes abeilles et de mouches luisantes

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