PRONOSTIC ET TRAITEMENT
Les nodosités du rhumatisme articulaire aigu ne comportent en elles-mêmes aucune gravité; disparaissant toujours, ou presque toujours, rapidement, sans laisser aucune trace, ce n’est que dans quelques cas exceptionnels qu’elles sont une cause de gène ou de douleurs pour le malade. Même lorsqu'elles ne se résorbent pas et qu’elles prennent les caractères de nodosités durables ou ossiformes, elles ne déterminent jamais que des symptômes fonctionnels insignifiants. Aussi, serait-on disposé à les envisager comme de simples lésions du tissu cellulaire, lésions passagères et ne méritant pas d’être considérées autrement que comme des curiosités.
Malheureusement, telle n’est point la réalité, et l'examen des faits oblige à considérer l'apparition des nodosités au cours d’un rhumatisme articulaire comme un phénomène inquiétant, et à leur attribuer une signification pronostique des plus fâcheuses, ainsi que M. Brissaup l’a, le premier, énoncé en France. Il suffit, en effet, de parcourir les observations publiées pour trouver à chaque instant Iles preuves de cette affirmation.
Tout d’abord, les nodosités sous-cutanées apparaissent fréquemment au cours ou à la suite d’un rhumatisme intense, de longue durée, récidivant à brève échéance et laissant après lui, entre autres complications, une anémie et une faiblesse marquées. Ce rapport des nodosités avec un rhumatisme grave n’avait pas échappé à M. Brissaun, qui, dès 1885, écri-
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vait les lignes suivantes : « La nodosité est une lésion 1den- « tique à la lésion cardiaque, elle se développe dans les tis- « sus fibreux, musculaires ou aponévrotiques; elle est con- « temporaine des lésions valvulaires; comme ces dernières, «elle survit à la période arthropathiquede Ha maladie. Pour « la faire naître, en somme, il faut l’ensemble des mêmes « conditions pathogéniques qui provoquent l’endocardite. » Remarquons du reste que la relation entée l’apparition des nodules et la gravité du rhumatisme est bien plus constante qu'on ne le croirait à première vue, en lisant les observations de ces cas paradoxaux, où une éruption abondante de nodosités fait suite à quelques vagues douleurs articulaires ou musculaires. I ne faut pas oublier, en effet, que les nodosités s’observent surtout chez les enfants, que chez ces petits malades l'infection rhumatismale revêt une virulence particulièré, qu’elle est toujours grave, bien qu’évoluant sans grand fracas, sans arthrites intenses, et que, mème dans les cas les plus bénins en‘apparence, elle peut causer d’irrémédiables lésions des valvules ou du péricarde.
En second lieu, les nodosités apparaissent toujours, ou presque toujours, chez des malades présentant déjà une lésion cardiaque rhumatismale. Sans multiplier à l'excès les exemples, nous pouvons citer Barcoulet Warner, qui sur vingt-sept malades comptent vingt-six cas d’endocardite et huit cas de péricardite ; M, Troisier qui, sur deux malades, trouve deux fois une insuffisance mitrale ; Hirscuprune qui sur quatre cas note quatre fois la coexistence d’une lésion cardiaque; Nissim DaAvicion, qui, dans deux observations personnelles et dans deux observations dues à Josras, signale trois fois l’insuffisance mitrale et une fois l’insuffisance aortique.
Enfin, non seulement les nodosités s’'accompagnent presque toujours de lésions cardiaques, mais encore elles sem-
blent imprimer à la cardiopathie même un caractère tout particulier de gravité. Sur les vingt-sept malades de Barcow et Warner, huit succombent; une des malades de HinscnprunG est emportée rapidement par son affection cardiaque que n’améliore aucun traitement; le: malade de M. Brissaud présente des accidents terribles avec tendance à la syncope, angoisse, et reste un infirme condamné au repos absolu. Selon Cueapce, Le pronostic serait d'autant plus sombre que les nodosités seraient plus nombreuses et plus volumineuses; nous n’avons aucun élément pour apprécier la valeur de celte assertion.
En résumé, sans aller aussi loin que Cnxapie qui écrit : « En ce qui me concerne, je regarde une éruplion étendue de nodosités comme équivalant presque à une sentence de mort. Elle indique, en effet, une affection du cœur contre laquelle on ne peut rien, et qui marche presque infailliblement vers la terminaison fatale », nous pouvons dire que les nodosités rhumatismales ont une signification pronostique des plus fâcheuses, que leur coexistence avec une péricardite ou une endocardite est la règle, la non-coexistence l'exception; et que leur apparition doit faire redouter une gravité peus lière de ces cardiopathies.
Les nodosités, disparaissant spontanément dans l'immense majorité des cas, ne réclament pour elles-mêmes aucun traitement particulier; mais il ne faut pas en conclure à labstention thérapeutique. Les nodosités, nous l'avons vu, sont d'un mauvais présage; aussi, dès leur apparition, doit-on tout mettre en œuvre pour prévenir les lésions cardiaques s’ilen est temps encore, et, dans Le cas conlraire,pouressayer de modérer le processus inflammatoireet d’empêcher le pass sage de la cardiopathie à l’état chronique.