‹ Les Nodosités du Rhumatisme Articulaire AiguChapitre 8 sur 43 · MATE · texte numérisé non relu

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Nodosités sous-cutanées ou nodosités de Meynet

C’est la forme la plus fréquente,la plus classique et la mieux connue. Ces formations ont d’abord été appelées nodosités éphémères par M. Trorster, puis, pour éviter toute ambiguïté, nodosités durables. Pour plus de clarté, et pour empêcher la confusion avec le type évolutif signalé par M. Wipar, nous les désignerons sous le terme plus compréhensif de nodosités de Meyer.

Leur. caractéristique clinique est de siéger dans le tissu cellulaire sous-cutané, de ne pas adhérer à la peau qui peut glisser sur elles sans les entrainer, d’être fréquemment en connexion intime avec les plans profonds et enfin d’avoir une durée assez longue, dépassant en général trois semaines.

Ces nodosités se révèlent rarement à la seule inspection du sujet; pour cela, il faut qu’elles aient atteint un volume assez considérable, ce qui n’est pas fréquent ; HirscPruxG parle d’un malade dont le dos, dit-il en propres termes, présentait un aspect tout à fait curieux : les nodosités siégeant sur lesommet des apophyses épineuses les avaient à tel point déformées que les vertèbres atteintes formaient, par comparaison avec les vertèbres indemnes, des saillies frappant l'œil à première vue (Obs. IX). : à

Le plus souvent on ne reconnaît les nodosités qu’à la palpation quiles révèle sous formes de pelites tumeurs arron-

dies, Sphériques, parfois ovalaires ou allongées comme un grain de blé, parfois discoïdes, et de consistance très variable. Rarement molles (la ponction exploratrice n’en retire du reste aucun liquide, Obs. V), elles sont le plus souvent fermes, rénitentes, élastiques, donnant la sensation de tissu fibromateux (Vurran) ou de cartilage (HirscuprunG); parfois leur

consistance est telle qu’elles peuvent en imposer pour des

exostoses. Notons à ce propos qu’elles ne donnent aucune ombre sur les radiographies, ainsi que nous l’avons constaté

dans deux cas.

Leur volume est très variable, s'étendant avec tous les intermédiaires de celui d’un grain de millet à celui d’une grosse noix ou d’un œufde pigeon (Obs. V, VII, XX VI). Le plus habituellement, les nodosités présentent les dimensions d’un petit pois, ou d’un noyau de cerise; parfois elles sont tellement petites que certaines passent inaperçues à la palpation et ne sont reconnues qu'à l’examen nécroscopique (Obs. Vi). Il est du reste habituel de trouver sur un même sujet des nodosités de tailles très différentes, ce qui est dû en partie à ce que toutes ne sont pas au même poiut d’évolution.

Rien n’est moins fixe non plus que le nombre des nodosités ; dans certains cas, elles sont peu abondantes, on n’en trouve que trois ou quatre, malgré un examen aussi soigneux que possible ; dans d’autres cas, il en existe une véritable éruption, on en compte alors quarante, soixante, cent; un malade en a présenté jusqu’à trois cents (Obs. XI).

La peau qui les recouvre ne présente aucune adhérence, aucune altération et garde sa coloration normale; il n’y a à cette règle que les exceptions suivantes : les nodosités, qui siègent en un point où le revêtement cutané est presque au contact d’un plan profond incompressible, tel que le crâne ou les malléoles, soulèvent la peau et lui donnent des carac-

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tères d’amincissement et de blancheur qu’explique suffisamment la tension des téguments. D'autre part, quand une nodosité volumineuse se développe en une région du corps exposée aux chocs ou aux frottements, il est naturel que la peau qui la recouvre puisse s’enflammer et au besoin adhérer à la tumeur, mais Le phénomène est alors secondaire.

Les nodosités sont très rarement le siège de douleurs spontanées, celles-ci pouvant être aiguës, brülantes (Vur- PIAN), ou consister en une simple gêne; dans certains cas, l'apparition ou la recrudescence de ces phénomènes douloureux coïncide avec la saison froide ou les temps humides (Obs. XXI, XXIT). Presque toujours indolores spontanément, les nodosités le sont aussi souvent à la pression; en général, la”pression modérée ne détermine aucune sensation désagréable, et c’est seulement quand on l’exagère qu’elle provoque une douleur qui alors n’a rien que de très naturel. Dans quelques cas, pourtant, les phénomènes douloureux sont bien plus intenses, et le malade ne peut supporter le moindre contact au niveau de sa lumeur; parmi ces faits, il faut citer spécialement les néoformations de la voûte crânienne qui provoquent fréquemment des symptômes très pénibles, soit à l’occasion d’une pression légère, soit quand le malade les heurte avec les dents de son peigne. On peut probablement pour ces derniers cas rapporter la douleur bien moins à la nodosité elle-même qu’à la peau soulevée davantage en cette région par la néoformation et ressentant douloureusement les moindres chocs.

Tels sont les caractères généraux des nodosités, caractères qui se modifient légèrement suivant le siège qu’occupent les nodules. On peut rencontrer ceux-ci sur tous les points du corps, mais en particulier au niveau de la voûte crânienne, des apophyses épineuses des vertèbres, des omoplates, des tendons, et au voisinage des articulations ; la localisation

aux os de la face est extrêmement rare. Ayant fait longuement plus haut l’étude générale des nodosités,nous ne ferons maintenant que signaler ce qu’elles ont de plus particulier dans chaque région. C’est ainsi que, pour celles qui siègent dans le tissu cellulaire sous-cutané, nous nous bornerons à dire qu'elles sont absolument indépendantes de la peau, qu'elles roulent au-dessous d’elles comme un grain de plomb ou comme une bille, et que, dans certains cas, elles peuvent être reliées par un pédicule aux aponévroses profondes.

Au niveau du crâne, les nodosités affectionnent la voûte et plus particulièrement loccipital et les pariétaux ; elles siègent plus rarement sur le frontal. Souvent disséminées sans aucun ordre, elles affectent parfois une disposition plus régulière et s’ordonnent suivant des courbes parallèles soit à la crète demi-cireulaire occipitale, soit à la ligne courbe des pariétaux. Tantôt elles sont mobiles sur le crâne, donnant absolument l'impression d’un corps étranger situé entre l’os et le périoste, tantôt elles sont absolument fixes et simulent à première vue, suivant leur consistance, soit une exostose, soit une gomme syphilitique. Ces caractères se retrouvent du reste au niveau des différents os.

Au rachis, les nodosités s’insèrent en général au sommet des apophyses épineuses, et, suivant que leur adhérence est plus ou moins intime, tantôt semblent prolonger Papophyse, tantôt au contraire par leur mobilité donnent tout à fait l'impression d’un petit os, comparable à un sésamoïde, qui serait rattaché à l’apophyse par une articulation. Les mêmes caractères se retrouvent au niveau du bassin, où les nodosités siègent de préférence sur les épines iliaques postérieures et supérieures.

Les nodules se comportent de façon variable au niveau des articulations ; on peut dire d’une façon générale que, exception faite pour le genou, ils préfèrent aux grandes articula-

tions les petites, et en particulier celles des doigts. En général aussi ils ne s’attachent pas sur [a capsule même, mais bien plutôt sur les ligaments articulaires et les tendons, tout près de leur insertion osseuse. C’est ainsi qu'au coude on les rencontre au niveau de l’épicondyle et de l’épitrochlée, sur les bords de l’olécrane et dans le tendon d'insertion du triceps ; qu’au poignet ils siègent surtout sur les apophyses styloïdes du radius et du cubitus ; qu’au cou-de-pied on les voit d’une façon particulière au niveau des malléoles qui, par la confluence et la saillie des éléments nodulaires, présentent un aspect très spécial, {ubéreux et clouté (Weux Er GaravarpiN). Il faut signaler tout particulièrement l’articulation du genou où les nodosités se fixent avec une prédilection remarquable; elles s’y insèrent soit sur les ailerons rotuliens, soit sur les bords de la rotule, autour de laquelle elles forment parfois comme un croissant, soit sur les tendons de la patte d’oie ; quelquefois elles adhèrent à la face externe des condyles fémoraux au point où la capsule vient se fixer au fémur.

Au niveau des doigts, les nodosités siègent soit sur les articulations interphalangiennes, soit sur les parties latérales ou dorsales des phalanges, prenant souvent la forme d’un grain de blé allongé dans le sens de l’os. Là aussi, comme sur les autres pièces du squelette, elles revêtent, suivant les cas, les caractères de mobilité ou de fixité que nous avons signalés en parlant des nodosités cràniennes.

La disposition la plus curieuse est celle qu’elles affectent lorsqu'elles se fixent sur les tendons. Tous les tendons peuvent en être le siège, mais principalement ceux du biceps brachial, des radiaux, des grands et petits palmaires, les tendons fléchisseurs et extenseurs des doigts et des orteils, ceux des muscles de la patte d’oie, des péroniers latéraux, du triceps sural et des jambiers antérieur et postérieur. Les

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nodosités tendineuses parfois uniques, plus souvent assez nombreuses pour donner sur le tendon atteint la sensation d’un chapelet ou d’un collier de perles (Hirscaprunc), affectent vis-à-vis du tendon des dispositions différentes: tantôt elles siègent nettement sur une de ses faces ou sur un de ses bords et se présentent comme de petites tumeurs saillantes, implantées sur les fibres tendineuses dont il est facile de les distinguer; tantôt, au contraire, elles font absolument corps avec elles et ne se reconnaissent qu’à un renflement localisé du tendon qui prend alors un aspect fusiforme ou moniliforme.

En général du volume d’un grain de chénevis ou d’un petit pois, les nodosités sont dures, de consistance presque cartilagineuse, et participent à tous les mouvements du tendon : si le muscle auquel appartient celui-ci se contracte, les nodosités effectuent le même mouvement que le tendon, et lon sent à ce moment, suivant l’expression de Wei Er Garavarnin, comme de petites boules passer sous le doigt explorateur. Pendant la contraction musculaire il est impossible d'imprimer aux nodosités des mouvements de latéralité ; on y parvient aisément au contraire dès que le muscle est relàché.

Pour terminer, disons que les nodosités qui naissent dans les muscles, ou qui s’insèrent vraiment à leur surface, sont très rares; nous ne voyons guère que l’observation de M. Brissaun qui signale d’une manière indubitable ces localisations; dans ce cas, le malade, en outre de nodosités situées sur le trapèze, en présentait une dans l'épaisseur du grand pectoral droit, et plusieurs mois plus tard une seconde dans le corps charnu du biceps droit (Obs. IV). Les autres observateurs ne précisent pas d’une façon aussi exacte les rapports des nodosités avec les muscles et se bornent à constater leur apparition au niveau de tel ou tel d’entre eux;

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devant cette absence de détails, on est en droit de se demander si les nodules se sont bien développés au niveau de la fibre musculaire même, et non pas sur l’aponévrose de revêtement du muscle.

Les symptômes fonctionnels causés par la présence des nodosités sont, dans l'immense majorité des cas, ou nuls ou d’une importance très minime; ce que nous avons dit plus haut de la douleur et de la gêne que peuvent éprouver les malades permettait de le prévoir; nous n’y insisterons donc pas.

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