‹ Les noels bourguignons de Bernard de La MonnoyeChapitre 19 sur 75 · LES NOEL& BOURGUIGNONS · texte numérisé non relu

LES NOEL& BOURGUIGNONS

Que ce fut celui-là.

Sur les monts, sur les plaines Volaient Chérubins,

Séraphins A la douzaine ;

Mais maintenant ils craignent le serein.

De bonne fortune,

Si le bénin Jésus Eût autant de lunes Vécu qu’il aurait pu,

Du Jourdain la rivière N’eût pas toujours Sur ses bords,

Vu la lumière

Que l’Ouche aurait vu peut-être à son tour.

Qu’ici, dans les rues,

Quand il aurait passé.

De gens à sa vue Se seraient amassés !

De l’œil et de l’oreille ;

Qn l’aurait suivi . ,

Tout ravi.

Sur les murailles

Le gros Cancoin sans peur aurait gravi.

Chacun du Messie Se ferait du nanan ;

On ne verrait mie s Des procès d’Àubriot.

Pu de morcei de tille ,

Ni pu de brelan ,

De boucan;

Ès équeville

On champerô lé mouche et lé ruban

Au fon de nos ame Réchaufai lai vatu ,

Émoti lé tlame De l’aimor défandu ,

Ce serô note ôvraige ,

Et l’on n’airô poin D’autre soin Que d’ôtresaige...

Mai foi ! lai ville an airô gran bezoin !

NOEI III

su l’ar : llttnnitscmi la mélancolie, tic.

Vo trôqué le séjor des àinge,

Anpor quoi? ç’àtanpor eine grainge !

Le trôc at étrainge.

Vos étein si bén ai vote aize.

On n’à pa ché no,

Beà Dei, ne vo déplaize,

Aussi bé qu’on à ché vo.

Contre vo troi faus èscogrife,

Troi sacar, Pilate, Anne et Caïf-e,

Plus de marchands de filles ,

Ni plus de brelans ,

De boucans ;

Aux balayures

On jetterait les mouches et les rubans.

Au fond de nos âmes Réchauffer la vertu,

Amortir les flammes De l’amour défendu,

Ce serait notre ouvrage,

Et l’on n’aurait point D’autre soin Que d’être sage...

Ma foi ! la ville en aurait grand besoin !

NOEL III

»u* l’aib : Bannittont la mélancolie, elc.

Vous troquez le séjour des Anges, Contre quoi ? c'est contre une grange !

Le troc est étrange.

Vous étiez si bien à votre aise.

On n’est pas chez nous,

Beau Dieu, ne vous déplaise ,

Aussi bien qu’on est chez vous.

Contre vous trois faux escogriffes.

Trois pendards, Pilate, Anne etCaïphe,

Eguze lo grife.

Peut-on voi, sans an être greigne, Qu’ein aigneà si dou, Ignôçamman s’en veigne Bôtre ai lai gorge du lou?

J'aivon fai dé faute si Iode,

Et potan vote miséricode Su no se débode !

Lai bontai don vote ame à pléne Ne réparme pa Jeusqu’au san de vo véne,

Et le tô po dés ingra !

NOEI IV

su l’ar : Tranquille s cœurs , etc.

Lor que, po no révigôtai,

Jésu prin naissance su tarre?

Dite-me voai, anfan gâtai,

An quei leù ç’à qu’ai lai vin parre?

Ce ne fu pa dezô ein suparbe lambri ; Ce fu dan ein taudi.

Le pôvre geite que c’étô !

Deu béte y éborgein ai porte,

L’éne de longue oraille aivô ,

Et l’autre aivô de longue cone.

Vêlai le bel androi voù s’à venun plantai Sa daigne Majestai !

Aiguisent leurs griffes.

Peut-on voir, sans en être triste,

Qu’un agneau si doux , Innocemment s’en vienne Mettre à la gorge du loup?

Nous avons fait des fautes si lourdes, Et pourtant votre miséricorde Sur nous se déborde !

La bonté dont votre âme est pleine N’épargne pas

Jusqu’au sang de vos veines,

Et le tout pour des ingrats ?

NOEL IV

sor l'air : Tranquilles cœurs, etc.

Lorsque, pour nous ravigoter,

Jésus prit naissance sur terre, Dites-moi voir, enfants gâtés, 'i En quel lieu c’est qu’il la vint prendre?

Ce ne fut pas dessous un superbe lambris ; Ce fut dans un taudis.

Le pauvre gîte que c’était !

Deux bêtes y logeaient à peine.

L’un de longues oreilles avait ,

Et l’autre avait de longues cornes.

Voilà le bel endroit où s’est venu planter Sa digne Majesté !

Éne piarre fut son coussin,

Ein bôteà de foin son oüaite.

Tô dogne que sé mambre étein, Ene creiche fu sai couchaite.

Aivô-t-i corne vo, Quieitiste nôveà Tan de soin de sai peà ?

Né po lai Croi, né po sôfri,

El y meur an poyan no daite :

Vos autre meuré san meuri ,

Antre lé brai de vo parfaite.

Lu por se ranfraichi n’é que du chicotin , Vo que du Cham-Batinl

NOEI V ,

su i.'ar : De Joconde.

Adam nos aivô mâcherai ; - J’aivein l’ame si noire,

Qu’i n’ étein pa daigne d’antrai Dan lai moison de gloire.

Je ressanblein, enfan maudi, > Ai dé groin d'écraimore ;

Ma, graice ai Jésu, no vequi Tretô nai corne un vore

Ç’à vote mor, beà sire Dei ,

Qui met l’home ai l'essôte ;

Aussi tôjor, devéNoei ,

Je pleure ai grosse gôte,

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