‹ Les noels bourguignons de Bernard de La MonnoyeChapitre 20 sur 75 · LES NOELS BOURGUIGNONS. JÔ · texte numérisé non relu

LES NOELS BOURGUIGNONS. JÔ

Une pierre fut son coussin,

Une botte de foin son ouate.

Tout sensibles que ses membres étaient ,

. Une crèche fut sa couchette.

Avait-il comme vous, Quiétistes nouveaux, Tant de soin de sa peau ?

Né pour la Croix, né pour souffrir,

Il y meurt en payant nos dettes:

Vous autres mourez sans mourir Entre les bras de vos parfaites.

Lui pour se rafraîch ir n’a que du chicotin ,

Vous que du Chambertin !

NOEL V

sua l’air : De Joconde.

Adam nous avait mâchurés ;

Nous avions l’âme si noire,

Que nous n’étions pas dignes d’entrer Dans la maison de gloire. '

Nous ressemblions, enfants maudits,

A des groins d’écumoire;

Mais, grâce à Jésus, nous voilà Tous nets comme un verre.

C’est votre mort, beau sire Dieu ,

Qui met l’homme à l’abri ;

Aussi toujours devers Noël ,

Je pleure à grosses gouttes,

LA MQNNOYE.

MO

Quant i songe, ai taule éssetai An maingean de lai foisse, Qu’éne pome vos é coûtai Mointe poire d’angoisse.

Pandan lai froidure, en ein eoin De grainge délaibrée,

Vo no vené voi su du foin r Dieu! quei branne d’antrée !

An Croi, le dô tô déchiré ,

Le fron bodai d’otie,

Antre deu brigan vo meuré ;

Quei branne de sotie !

NOEI VI

SU L'Ail DR I/ÔVATURR DR BÉLBRÔFO.V

Lucifar ’ N’à pa si gran clar Qu’on panseroo.

El à si béte qu’ai croyoo Que Dei varoo An grant éproo ; Qu’ai poteroo Et l’or et lai soo ; Que le moindre roo Qui vireroo Su sé lochefroo, ■ Sero dé geleignôte de l»oo

Quand je songe, à table assis ,

En mangeant de la fouace , Qu’une pomme vous a coûté Mainte poire d’angoisse.

Pendant la froidure, en un coin De grange délabrée ,

Vous nous venez voir sur du foin ;

Dieu! quel branle d’entrée!

En Croix, le dos tout déchiré,

Le front bordé d’orties,

Entre deux brigands vous mourez :

Quel branle de sortie !

NOEL VI

SI' R l’air DR I, 'OUVERTURE DR RRU.BROPIION.

Lucifer

N’est pas si grand clerc Qu’on penserait.

Il est si bête qu’il croyait Que Dieu viendrait En grand apprêt ;

Qu’il porterait Et l’or et la soie ;

Que le moindre rôt Qui tournerait Sur ses lèchefrites ,

Serait des gélinottes des bois.

De tô loin qu’ai vi Baltazar,

Melkior, Gaspar,

Épotai lo prezan É genon d’un chetit Anfan ,

Qui grullô, qui claquô dé dan,

Ai se raôqui de lor,

Dizan : « Vêlai de gran butor ;

Un garcenô San baibiilô.

Un hairai de gredin É bé lai raeigne d’un Daufin 1 »

Ma quan Dei , lassai de se caiché, S’ambruï de prêché ,

Que su le mon Talbor en l’ar.

Ai reluzi come ein quelar ;

Qu’ai redreussi lé billar,

Fi voi lés éveugle clar :

LeDiàle,

Émorvaillai De tô celai ,

Santi que son cà été sàle.

Et vite , au fin fon d’Anfar,

Cori , san dire mô, se meussai tô camar.

De tout loin qu’il vit Balthazar,

Melchior, Gaspard ,

Apporter leurs présents Aux genoux d’un chétif Enfant ,

Qui tremblait , qui claquait des dents ,

11 se moqua d’eux,

Disant : « Voilà de grands butors;

Un petit garçon Sans bavette,

Un enfant de malheureux A bien la mine d’un Dauphin ! »

Mais quand Dieu, lassé de se cacher,

Se mit en train de prêcher;

Que sur le mont Thabor en l'air,

Il reluit comme un météore ;

Qu’il redressa les boiteux ,

Fit voir aux aveugles clair :

Le Diable ,

Émerveillé De tout cela ,

Sentit que son cas était sale ,

Et vite, au fin fond d’enfer,

Courut, sans dire mot, se cacher tout camard.

Hi

NOEI VII

*ii l'a H : Oui, je eau* dit et veut répété que Marianne, etc.

Gran Dei ! qu’ai bon droi je réclame ,

Qui vené récore ici l’âme De vote prôve sarviteur :

Dévaulan su tarre an parsonne ,

Vo me faite bé de l’honeur,

Et vo prené bé de lai pone.

Si du Cier vo quitté le seüiile *

Po moi , qui ne seù ai vos eüille Ran qu’ein méchan poüille-revi :

El à jeuste que je m’équite Et qû’ein jor an vote logi Je vo rande vote vizite.

NOEI VIII

su l’ar : Si le destin te condamne d l'abtenct.

Voizin , çà fai.

Lé troi messe son dite ;

Deus heure on senai ,

Le boudin é couïte ,

L’andoüjlle à prête, allon déjeunai.

Si la loi Judaïcle Défan le Iar corne héréticle ,

NOEL VII

sua l’air : Oui, je voue dit et vaut répète que Marianne, elc.

Grand Dieul qu’à bon droit je réclame,

Qui venez sauver ici l’àme De votre pauvre serviteur :

Descendant sur terre en personne ,

Vous me faites bien de l’honneur, % .

Et vous prenez bien de la peine.

Si du Ciel vous quittez le seuil Pour moi, qui ne suis à vos yeux Rien qu’un méchant pou mal écrasé :

Il est juste que je m’acquitte,

Et qu’un jour en votre logis Je vous rende votre visite.

NOEL VIII

sua l’air : Si le deitin te condamne à l'abtence.

Voisin , c’est fait.

Les trois messes sont dites ;

Deux heures ont sonné,

Le boudin a hâte ,

L’andouille est prête, allons déjeuner.

Si la loi Judaïque Défend le lard comme hérétique ,

LA MON NOYE

HtS

Ce n ’à pas de moime an Cretiantai.

Maingeon du por frai ,

Maingeon ; j’airon bru D’étre pu bon Catôlicle ,

Pu

Je seron frian de gorai.

NOEI IX

imitai de cé parole françolse de Monsieur an tel. AN FRANÇOI

L’Été nous vantoit l'or de ses riches moissons ;

Le gai Printemps de ses fleurs la nuance; L’Automne de ses fruits étalait l’abondance ; L’Hiver, hélas ! n’avait que des glaçons.

Mais cette Saison cruelle ,

Puisqu’un Dieu naît aujourd’hui ,

Ya devenir pour nous des saisons la plus belle... Été, Printemps, Automne, cédez-lui l

AN BORGUIGNON

SD L’AE DD GEAE BALAI DD BOl l Ami , VOMI, ClC.

L’Étai , tô couvar de l’or de sé jaivelle ,

S’estime lai pu belle Antre lé quatre Saizon :

L’Étai n’é pa raizon.

Ce n’est pais de même en Chrétienté.

Mangeons du porc frais ,

Mangeons; nous aurons bruit D’être meilleurs Catholiques ,

Plus

Nous serons friands de goret.

NOEL IX

Huilé de ces paroles françaises de Mansi ear an tel.

(Voir VEvatiùttman.)

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