EN BOURGUIGNON
SUR L'Ain DU GRAND BALLET DU BOI l Ami, Voici , elC.
L’Été; tout couvert de l’or de ses javelles, S’estime la plus belle Entre les quatre Saisons :
L’Été n’a pas raison.
LÀ MONXÜYL.
Le Printam var et gai Cueùde , an vatu dé fleur du moi de mai Être pu beà que i’JÊtai.
L’Autonne s'imageigne Que ran n’à tei que sé veigne ;
Ma i’Hyvar
Sôtén , maugrai sai noge et sé broüillar, Qu’étan lai Saizon de lai Naitivitai ,
Su lu , po lai beàtai ,
Le Printam , l’Étai , ni l’Autonne, Mazeù ne porron l’ampotai.
NOEI X
80 L'in : A la venue de Noïl.
Yé Jésu tô tan que je son,
An 1 ecôle alon jeune et vieu ;
Ai vén po premeire leçon No montrai lai Croi-de-pa-Dieu.
Dedan son Ë taule éssemblai, J’étudiron note Credo.
L’àne que je trouveron lai A pôssible àne moin que no.
Le bon Jésu nos instruré.
J’airon dés example, ai fau voi ;
Ma , loin de lé seùgre, i crain bô Que je n’alein tô de guinguoL
Le Printemps vert et gai Pense , en vertu des fleurs du moi de mai , Être plus beau que l’Été.
L’Automne s’imagine Que rien n’est tel que ses vignes ;
Mais l’Hiver
Soutient, malgré sa neige et ses brouillards, Qu’étant la Saison de la Nativité ,
Sur lui , pour la beauté,
Le Printemps, l’Été, ni l’Automne, Désormais ne pourront l’emporter.
NOEL X
sur l’air : A la venue de flvel. *
Vers Jésus tous tant que nous sommes, A l’école allons jeunes et vieux ;
Il vient pour première leçon Nous montrer la Croix-de-par-Dieu.
Dans son Étable assemblés Nous étudierons notre Credo.
L’âne que nous trouverons là Est possible âne moins que nous.
Le bon Jésus nous instruira.
Nous aurons des exemples, il faut voir Mais, loin de les suivre, je crains bien Que nous n’allions tout de travers.
Lai cave seré le santei Q’anfilleron pu dé deu tier.
Ancor si j’alein au grenei »
Ce sorô le chemin du Cier !
Ëtudiron-je don torjô San que j’éprenein jamoi ran?
Celai san l'écôle pu tô D’Aneire que de Betléam.
Po le moin ne ressemblon pa É Jui , cés écôlié maudi :
Ce fu dé treite, dés ingra Ai lote moitre Jésu-Chri.
Ai li. fire au vrai ce qu’on voi Qu’an figure fon cés anfan ,
Qu’on no dépain baillan le foi Dan lai classe ai lote réjan.
Ai ne tenô qu’au Fi de Dei ,
Yarge an main de se revainché.
N’étrilli-t-i pa lé moroei
Qui fezein du Tample ein marché ?
Ancor qu’ai foite bén anvr, .
Regadon sé varge an respai ;
Le vingnaigre qu’on li sarvi Li sar petétre ai lé trampai.
La cave sera le sentier Qu’enfileront plus de deux tiers.
Encor si nous allions au grenier,
Ce serait le chemin du Ciel !
Étudierons-nous donc toujours Sans que nous apprenions jamais rien ?
Cela sent l’école plutôt D’Anières que de Bethléem.
Pour le moins ne ressemblons pas Aux Juifs, ces écoliers maudits :
Ce furent des traîtres, des ingrats A leur maître Jésus-Christ.
Ils lui firent au vrai ce qu’on voit Qu’en figure font ces enfants,
Qu’on nous dépeint donnant le fouet Dans la classe à leur régent.
Il ne tenait qu’au fils de Dieu ,
Verges en main , de se revancher.
N’étrilla-t-il pas les marchands Qui faisaient du Temple un marché ?
' Encore qu’il fouette bien malgré lui , Kegardons ses verges en respect ;
Le vinaigre qu’on lui servit Lui sert peut-être à les tremper.
NOKI XI
su i.'iR : Du Poulailler de Ponloitr.
Lor qu’an lai saizon qu’ai jaule, Au monde Jésu-Chri vin ,
L’àne et le beu l’échaufin De lo sôfle dan l’Étaule...
Que d’àne et de beu "je sai ,
Dan ce royaume de Gaule ,
Que d’àne et de beu je sai Qui n’an airein pa tan fai !
Ou di que cé pôvre béte N'ure pas vu le Pôpon,
Qu’elle se mire ai genon , Humbleman boissan lai tête...
Que d’àne et de beu je sai ,
Qui po tô se fon de fête ,
Que d’àne et de beu je sai Qui n’an airein pa tan fai !
Ma le pu beà de l’histoire,
Ce fu que l’àne et le beu Ansiti passire tô deu Lai neù san maingé ni boire. . .
Que d’àne et de beu je sai , Couvar de pane et de moire , Que d’àne et de beu je sai Qui n’an airein pa tan fai !
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|gi^âjââ£||B)b||tt^S
Qu'elle sc mire ai geiion IJumblcnian boisson lai tèfc. .'.
Que il’àne el de beu jç soi -Qui n'an ai rein pa la» lai !
NOEL XI
si'R l’air : Du Poulailler de Pontoise.
Lorsqu’en la saison qu’il gèle, Au monde Jésus-Christ vint , L’àne et le bœuf l’échauffaient De leur souffle dans l'Étable...
Que d’ànes et de bœufs je sais Dans ce royaume de Gaule , Que d’ànes et de bœufs je sais Qui n’en auraient pas tant fait !
On dit que ces pauvres bétes N’eurent pas vu le Poupon, Qu’elles se mirent à genoux , Humblement baissant la tête...
Que d’ànes et de bœufs je sais, Qui pour tout se font de fête , Que d’ànes et de bœufs je sais Qui n’en auraient pas tant fait !
Mais le plus beau de l’histoire , Ce fut que l’âne et le bœuf Ainsi passèrent tous deux La nuit sans manger ni boire...
Que d’ànes et de bœufs je sais, Couverts de panne et de moire, Que d’ànes et de bœufs je sais Qui n’en auraient pas tant fait !
NOEI XII
90 l’a*: Pierre Bagnolet, etc.
Tô lés an quan Noei s’éprôche, Saigneur, i panse an vo boutai ; Ma si le sôveni m’an tôche,
Ai fau vo dire an véritai ,
D’autre coûtai , d’autre coûtai , Qu’ an moime tam i me reprôche L’odon de no méchancetai.
Vo ûre l’home ai vote imaige ;
Vo le mire an ein Pairaidi.
Dan ce leù, s’ai feusse étai saige.
Ai l’aise ai peuvô s’ébaudi :
Ma l’étodi , ma l’étodi Y fi bé t6 si beà manaige Qu’an se padan ai no padi.
Por trô se fié, le bon-home,
Ai lai compaigne de son lei ,
Sai gueule d’un morceà de pome Ampoizeni le monde antei.
Le pautenei , le pautenei An celai no montre bé corne Ce n’étô ran qu’ein vrai fannei.
San vote-cher Fi nos airein-je Pu relevai d’un tel sargô?
Que je vo devon de loüainge
NOEL XII
sdh l'air : Pierre Bagnolet , elc.
Tous les ans quand Noël s’approche, Seigneur, je pense à vos bontés ;
Mais si le souvenir m’en touche,
Il faut vous dire en vérité,
D’autre côté, d’autre côté,
Qu’en même temps je më reproche Le tas d’ordures, de nos méchancetés.
Vous fîtes l’homme à votre image;
Vous le mites en un Paradis.
Dans ce lieu, s’il eût élé sage,
A l’aise il pouvait s’ébaudir :
Mais l’étourdi , mais l’étourdi Y fit bientôt si beau ménage,
Qu’en se perdant il nous perdit.
Pour trop se fier, le bonhomme,
A la compagne de son lit,
Sa gueule d’un morceau de pomme Empoisonna le monde entier.
Le sans-cœur, le sans-cœur En cela nous montre bien comme Ce n’était rien qu’un vrai mari-idolâtre.
Sans votre cher Fils nous aurions-nous Pu relever d’un tel cahot?
Que nous vous devons de louanges
D’aivoi fai po no ce gran cô !
N’à-ce pa trô? n’à-ce pa trô?
Si lai méfaiture at étrainge,
Le remeide l’à bén aitô.
Cepandan, aipré ce sarvice.
Le monde à tô comme el étô.
Ce n’à tô po tô qu'injeustice,
Lé petî son maingé dé grô.
Le pu dévo, le pu dévo Forre son prepoin de maglice.
Le motei san tôjor lés au.
Renevei , gaibelou no ronge,
Qui n’on soin que d’ampli lo sai ; Je son lo moisson , lo venonge.
Que sar, quant ai nos on seuçai , De lé pressai? de lé préssai?
Ëne gôte de tan d’éplonge Retumbe-t-elle an no goussai ?
Traïson régne san vargogne, Loyautai n’é ni feù ni leù.
Biaise à reuften, Piarre àt ivrogne, Alizon passe dan le jeù Tôte lai neù , tôte lai neù ,
Et l’on trôve dan lai Bregogne Dé Boivau femelle aujodeù.
Pandan l’Aivan poin de retraite,
Ni pandan lai moigre saizon ;
D'avoir fait pour nous ce grand coup I N’est-ce pas trop? n’est-ce pas trop?
Si la faute est étrange,
Le remède l’est bien aussi.
Cependant, après ce service,
Le monde est tout comme il était.
Ce n’est tout partout qu’injustice;
Les petits sont mangés des gros.
Le plus dévot , le plus dévot Fourre son pourpoint de malice.
Le mortier sent toujours les aulx.
Usuriers, gabeleurs nous rongent,
Qui n’ont soin que d’emplir leur sac ;
Nous sommes leur moisson, leur vendange.
Que sert, quand ils nous ont sucés,
De les presser? de les presser?
Uné goutte de tant d’éponges Retombe-t-elle en nos goussets?
Trahison règne sans vergogne,
Loyauté n’a ni feu ni lieu.
Blaize est rufian, Pierre est ivrogne,
Alizon passe dans le jeu Toute la nuit, tout la nuit,
Et l'on trouve dans la Bourgogne Des Boivault femelles aujourd'hui.
Pendant l’Àvent point de retraite,
Ni pendant la maigre saison ;
Si tô que lai patie à faite,
On laisse lai peire Simon ;
El à trô Ion , el à trô Ion.
Mom dure éne heure de Bassette Qu’éne mignute de Sermon.
Lés ame é bone euvre son mote, On laisse le Cier an dézar.
Un pecavi de bone sote Basterô po le ràndre ôvar.
Le tam se par, le tam se par.
El at aizé d’ôvri lai pote,
On ne veu pa tônai lai clar.
Gran Dei ! si, corne i le désire, J’antre ein jor an vote Cheiteà, Je n’y voirai qu’or et parfire, Biche taipi , riche treiteà ,
Ran que de beà, ran que de beà.
Ma parmetté-moi de vo dire Que vos airé trô d’escaibeà.
NOEI XIII
se l’àr : iVo* Pèlerinet , elc.
Jésu vén , trezelon sài fête ;
Po no, dé sai Creiche, ai s’épréte Ai combaitre troi fausse béte r Le Monde, lai Char et Satan.
Sitôt que la partie est faite ,
On laisse là père Simon ;
Il est trop long, il est trop long.
Moins dure une heure de Bassette Qu’une minute de Sermon.
Les âmes aux bonnes œuvres sont mortes, On laisse le Ciel en désert.
Un peccavi de bonne sorte Suffirait pour le rendre ouvert.
Le temps se perd , le temps se perd.
Il est aisé d’ouvrir la porte,
On ne veut pas tourner la clef.
Grand Dieu 1 si , comme je le désire, J’entre un jour en votre Château ,
Je n'y verrai qu’or et porphyre,
Riches tapis, riches tréteaux,
Rien que de beau , rien que de beau.
Mais permettez-moi de vous dire,
Que vous aurez trop d’escabeaux.
NOEL XIII
sob l’ui : Nos Pèlerines , etc.
Jésus vient, carillonnons sa fête ;
Pour nous, de sa Crèche, il s’apprête A combattre trois fausses bêtes ;
Le Monde, la Chair, et Satan.
LA MONNOTE.
Je n’airein pu lo faire tête ;
Ai no menein tambor baitan.
Ai fraipein d’estôc et de tàille;
Ma Jésu, qui po no chamâille, Aujodeù tei senau lo baille Qu'el an on tô troi le virô.
San sué darré lés oraille,
Le Pôpon triorafle au maillé.
Féte-Dei ! lai détraipe à belle !
Vêlai lés Ainge ai tire-d’aile Qui core an contai lai nôvelle Po lés écraigne d’ailantor.
Lés un chante lai Peronelle ,
Et lés autre seune du cor.
Laborei , borgei , paule-maule Se frogne d’aize lés épaule ; Mashuan , qu’ai vante , qu’ai graule, Poin de sôci , poin de quezan.
Tretô von gai dedan l’Étaule Faire au Petignô lo prezan.
Tei le côvre de sai jaicôte,
Tei , por échaufai lai chambrôte, Pote aivô lu dés élemôte,
Dé cheneveüille, dés arseà.
C’étô lai dé prezan d’anôte.
J'an vcci qui fure pu beà.