APOLOGIE DES NOELS
De la noulotle et du Tllloi.
CHANSON
SUR l’air : Le Uimon malicieux et fin.
Noël vient ; nous avons crié si fort
Qu’à la fin le voici de retour.
Mes enfants s’attendent que la suche Leur pissera des pruneaux, des marrons :
Le grand pointée’ est qu’il faut que je m’épluche Pour écurer tantôt mon chaudron.
A Noël je n’y manque jamais.
Cela fait, j’en ai pour quatre mois,
Ou pour trois, quand plus tôt nous avons Pâques : En lavette je ne fois pas grand frais;
Deux fois l'an, au Père Jean ou Jacques,
De mes fredaines je porte le paquet.
Plût à Dieu qu’ici pour confesseur
Nous eussions le Père Le Vasseur !
Aux genoux de sa grosse figure Nous porterions nos fardeaux librement ;
Ce serait, à voir sa carrure.
Un confesseur bien large, sûrement.
Ce n’est pas que j’en aie grand besoin ;
Dieu merci ! je pèche beaucoup moins
Qu’autrefoi, quan l’humeur frmguenelle, Corne ai Davi (1) , me gonflô le rognon :
Aujo deu , de jeune pimprcnelle Me direin : « voüei » , que je répondrô : « non. »
Ma, pranture, on croiré qu’i devrè Bôtre au ran dé peiché lé pu grô Mé Noei, trô gai po lai maiteire ;
Ausin le cru le bon home Maignié.
Contre lor ai disi raige en cheire;
Celai lé fi renchéri de mitié.
Lai Sarbone aitô veli depeù An jugé, ma n'an jugi pa meù.
Quei pidié de voi tan de sôtane Contre ein ruchô si for se démenai !
C’étô lai le cà de choisi Beàne Por y logé tei qui m’é condanhai.
« Yo trôvé, messieu lé dangreignar,
Mé Noei, dite-vo, trô gaillar : »
Ai celai, j’ai deu chose ai vo dire» . .
Vou qu’ai lé fau tretô faire an françoi ,
You qu’ai fau no parmaitre d’y rire,
No parmaitan de lé faire en patoi.
Le notre à tô prôpe ai réjoüi,
Quan su tô, po li baillé le boüi,
J’y maiton quoique chôse qui pique : - Ein grain de sei por iqui, por ilai.
(1) Ps. XKXVii. ; :
Qu’autrefois, quand l’humeur fringante,
Comme à David, me gonflait le rognon :
Aujourd’hui, de jeunes évaporées Me diraient : « oui » , que je répondrais : « non . »
Mais, peut-être, on croira que je devrais Mettre au rang des péchés les plus gros Mes Noëls, trop gais pour la matière ;
Ainsi le crut le bonhomme Magnien.
Contre eux il dit rage en chaire ;
Cela les fit renchérir de moitié.
La Sorbonne aussi voulut depuis En juger, mais n’en jugea pas mieux.
Quelle pitié de voir tant de soutanes Contre un roquet si fort se démener!
C’était là le cas de choisir Beaune Pour y loger tel qui m’a condamné. ,
« Vous trouvez, messieurs les grondeurs,
Mes Noëls, dites-vous, trop gaillards : »
A cela j'ai deux choses à vous dire :
Ou qu’il les faut tous faire en français,
Ou qu’il faut nous permettre d’y rire,
Nous permettant de les faire en patois.
Le nôtre est tout propre à réjouir,
Quand surtout, pour lui donner l’assaisonnement , Nous y mettons quelque chose qui pique :
Un grain de sel par-ci, par-là.
Vo saivé que le prôvarbe antique, Palan de no, di : » Borguignon salai. »
J’ai l’honeur, fran Barôzai qu’i seù, D’aivoi fai mes étude en bon leù. ' Dô l’instan que j’u lai mareneire, Corne i jazô, que j’étô révaillé, Chaingenai, le cousin de mon peire, Qui vi celai, me prin por écôlio.
Ce gran clar, qu’on vante aivô raison , M’éluchi paiz-aise on sai moison.
Vé son feù, dan lai Sainte-Ecriture,
Ai me fesô lire, au soir, an hyvar.
El été poüaite de naiture ,
Et po gaussai n’airé jaimoi son par.'
De lai vén que mé var son badin.
Tôte foi ce n’à qu’ai bone fin ;
An risan, j’y laive é jan lai tête.
Raillé sier bé, quant on raille ai prôpô :
Dan lai Bible on voi que lé Prôféte Et le bon Dei lu-moime raille aitô.
Dei le Peire, an l’aifaire d’Adam,
Ètô greigne, et le railli potan,
Quant ai vi que ce maingeu de pome Se. tenô lai, devan lu, tô penau :
a Le vêlai, fesi-t-i, ce daigne home, Devenu Dei voireman come no ! (1) »
* (1) Gcn. 111 , 22.
Vé son fell , dan lai Sainlc-Ecrilure, Ai me foaolire, an soir, an lijvar.
■ - , ( Page 168.;
Vous savez que le proverbe antique, Parlant de nous, dit : « Bourguignon salé. »
J’ai l’honneur, franc Barôzai que je suis, D’avoir fait mes études en bon lieu.
Dès l’instant que j’eus la culotte, Comme je jasais, que j’étais éveillé, Saint-Genès, le cousin de mon père,
Qui vit cela, me prit pour écolier.
Ce grand clerc, qu’on vante avec raison, M’éleva en paix et à l’aise en sa maison.
Vers son feu, dans la Sainte-Écriture,
Il me faisait lire, au soir, en hiver.
Il était poète de nature,
Et pour gausser n’aura jamais son pair.
De là vient que mes vers sont badins. Toutefois ce n’est qu’à bonne fin ;
En riant, j’y lave aux gens la tète.
Railler sied bien, quand on raille à propos ;
Dans la Bible on voit que les Prophètes Et le Bon Dieu lui-même raillent aussi.
Dieu le Père, en l'affaire d’Adam ,
Était triste, et le railla pourtant,
Quand il vit que ce mangeur de pomme Se tenait là, devant lui, tout penaud:
a Le voilà, fit-il, ce digne homme, Devenu Dieu vraiment comme nous l »
4 fri LA MONNOYE.
Qui ne sai come Elie (1), hà! hà! hà!
Se môqui dé Prête de Baà ,
Lo disan : « D’ô vén qu’ai vo pairôle Baà retade? à-ce don qu’el à sor?
Vou si ç’à qu’ammi chemin le drôle Ai lai tavane é tan bringué qu’ai dor? »
Le Sauveu, quan Nicôdaime fu (2)
Su lai Loi disputai contre lu ,
San faiçon peuvô l’envié poitre ;
Ma le trai fu mille foi pu janti ,
De li dire : « Hei! monsieu note moitre !
C’étô li dire : « Hei ! monsieu l’épranti ! »
Au Jadin, lor qu’el u po deu foi Vu sé jan dormi, sôflai lé poi ,
Lai troizième : « 0 çai, Jan, Jaque, Piare (3), Lo dizi-t-i , mointenan ronflé for ;
Lai, dormé, veci qu’on me vén parre.»
N’à-t-i pas clar qu’ai se môquô de lor?
An sai vie é-ti jaimoi reprin Lé bon mô qui n’on poin de vairin ?
Nainin-dà, taimoin lai Cainainée ( 4 ),
Qui d’ein beà di su l’époisé tô coi ;
Lu, ràvi d’oüi lai retonée,
Loüi lai faune et benissi sai foi . - :
(1) III Reg. xVm, 21 (*) Joan, in, 40: '
(3> Mallh. xitvi, 45.
(4) Mallh. xv, Marc vil.
Qui ne sait comme Élie, ha! ha! ha!
Se moqua des prêtres de Baal ,
Leur disant : « D’où vient qu’à vos paroles Baal retarde? est-ce donc qu’il est sourd ?
Ou si c’est qu’en chemin le drôle A la taverne a tant bu qu’il dort? »
Le Sauveur, quand Nicodème fut Sur la Loi disputer contre lui,
Sans façon pouvait l’envoyer paître;..
Mais le trait fut mille fois plus gentil De lui dire : « Hé! monsieur notre maître ! » C’était lui dire : « Hé 1 monsieur l’apprenti ! »
Au Jardin , lorsqu’il eut par deux fois Vu ses gens dormir, souffler les pois ,
La troisième : « Or çà, Jean, Jacques, Pierre, Leur dit-il, maintenant ronflez forit ; , *
Là, dormez, voici qu’on vient me prendre. »
N’est-il pas clair qu’il se moquait d'eux?
En sa vie a-t-il jamais repris Les bons mots qui n’ont pointde venin?
Nenni-dà, témoin la Cananée,
Qui d’un beau dit sut l’apaiser tout court;
Lui, ravi d’ouïr la repartie,
Loua la femme et bénit sa foi. *.
Bé loin don, por me Noei, lai-hau,
D’avoi pô que Dei me veüille mau ,
Au contraire, i croi, sans neule dôte,
Quant ai serô d’autre par ambrunehé,
Tô d’aibor qu’i chanterô Blaizôte,
Qu’ai ne porô de rire s’ampôché. ;
m&mm
An dialogue en le passetge de Monselgnen le nuque de nregogne al nlj«n, le SI septembre *»•*..
Antre Breugnetlc et Gro-Jan.
A. B. La chanson qui suit étant l'unique pièce bourguignonne que l'auteur ait faite depuis ses Noël», on l’y a exprès ajoutée, pour ne rien omettre de ce qu’on a de lui én ce genre.
( Voir, malgré l’assertion de cette note que nous reproduisons, une Chanson à une abbesse et \’ Épitaphe de BlaizoUe, qui suivent cette pièce.) ,
breignettr.
— Qu’é-tu, Grô-Jan? quei folié Te fai gambadai ?
GRÔ-JAN
— Padei ! jaimoi de mai vie Je ne fu si gai ,
Je ne fu si gai, Brùgnette,
Je ne fu si gai.
BREU6NETTE
— N’en peu-, je saivoi lai cause ?
Bien loin donc, pour mes Nôëls, là-haut, D’avoir peur que Dieu me veuille mal ,
Au contraire, je crois, sans nul doute,
Quand il serait d’autre part fâché.
Tout d’abord qu’il chanterait Bhaizotte ,
Qu’il ne pourrait de rire s’empêcher.
(BmâSÎSDSr
En dialogue gar le pansage de Monseigneur le Due de Bourgogne à Dijon, le Si septembre tIM.
Entre Brunette et Gros- Jean.
BRUNETTE
— Qu’as-tu, Gros-Jean? quelle folie
Te fait gambader ?
GROS-JEAN
— Pardieu ! jamais de ma vie
Je ne fus si gai,
Je ne fus si gai, Brunette,
• Je ne fus si gai.
BRUNETTE
— N’en puis-je savoir la cause?