CRO-JAK
— El é, morguienne, u bon née:
Ai s ’à bé geitai , ,
Quatre mois durant,
Quatre mois durant, Brunette,
Quatre mois durant.
Grâce au Duc de Bourgogne,
L’Autriche, bientôt,
Aura à sa quenouille
Plus d’œuvre que nous,
Plus d’œuvre que nous, Brunette,
Plus d’œuvre que nous.
11 nous a de l’Allemagne Mis la clef en main ;
A son retour on le fête Tout par les chemins,
Tout par les chemins, Brunetto.
Tout par les chemins.
11 a voulu, le bon Prince,
Passer par Dijon , ,
Pour l’amour de la Province D’où lui vient son nom,
D’où lui vient son nom, Brunette,
D’où lui vient son nom.
BRUNETTE
— En bon lieu, pour la dinée,
Il s’est arrêté.
' . GROS-JEAN
— Il a, morguennc, eu bon nez :
Il s’est bien gtté,
to.
LA MOSNOYE.
Ai s’à bé geitai, Breùgnette,
Ai s’ù bé geitai.
Lai taulo h dé meù garnie Ché monsieu Farran.
Qui n’é vu celai , jamie,
N’é vu jaimoi ran ,
N’é vu jaimoi ran, Breùgnette, N’é vu jaimoi ran.
BRBIGXETre.
— Queman lai, maugrai légade,
T’é-tu pu forrai?
GRO-JAN
— Ein grivoi de lai brigade
M’é fai jarre antrai ,
M’é lai jarre entrai, Breùgnette, M’é fai jarre antrai.
J’u d'aibor les ébrelüe,
Voyan lé baissin ,
Vaisselle grosse et menue D’or et d’arjan fin ,
D’or et d’arjan fin, Breùgnette, D’or et d’arçan fin;
Le Prince étan dan sai plaice , Monsieu l’Intandan Ë fai de tré-bone graice L’écüé trainchan,
L’écüé trainchan, Breùgnette, L’écüé trainchan.
11 s’est bien gîté, Brunette ,
' II s’est bien gîté.
La table est des mieux garnies Chez monsieur Ferrand.
Qui n’a vu cela, jami,
N’a vu jamais rien,
N’a vu jamais rien, Brunette,
N’a vu jamais rien.
BRUNETTE
— Comment là, malgré les gardes,
T’es-tu pu fourrer?
GROS- JEAN
— Un grivois de la brigade
M’a fait jà entrer, ;
M’a fait jà entrer, Brunette,
M’a fait jà entrer.
J’eus d’abord la berlue,
Voyant les bassins,*
Vaisselle grosse et menue *
D’or et d’argent fin ,
D’or et ^’argent fin, Brunette,
D’or et d’argent fin.
Le Prince étant à sa place, Monsieur l’Intendant À fait de très-bonne grâce L’écuyer tranchant,
L’écuyer tranchant, Brunette, L’écuyer tranchant.
J’ai vu lai dé trutte ai force,
Ma poin de paidri .
Et porquei, diré-tu? Porce Qu’hier c’étô jeudi,
Qu’hier c’étô jeudi, Breùgnettc, Qu’hier c’étô jeudi.
Le Duque an tô catôlique,
Jusqu’au sé repà, Léjormoigre, pique-nique,
Ne veu poin de grà,
Ne veu poin de grà, Breùgnette,
Ne veu poin de grà.
Grande n’à pa lai corvée.
Feussei-je tenu De faire tôte l’année Moigre corne lu ,
Moigre come lu, Breùgnette, Moigre come lu!
Du poisson venu de Sône,
You (le bé pu loin ;
Dé gran brôchai Ion d’éne aune Montrein lai lo groin, Montrein lai lo groin, Breùgnette, Montrein lai lo groin.
Ai semblé qu’ai ce passeige,.
Lé pu grô feussein Députai po randre hômeige Au Fi du Daufin,
J’ai vu là des truites à force,
Mais point de perdrix.
Et pourquoi, diras-tu ? Parce Qu’hier c’était jeudi,
Qu’hier c’était jeudi, Brunette, Qu’hier c’était jeudi.
Le Duc, en tout catholique, Jusqu’en ses repas,
Les jours maigres, rie à rie,
Ne veut point de gras,
Ne veut point de gras, Brunette , Ne veut point de gras.
Grande n'est pas la corvée.
Fuss 64 e tenu De faire toute l’année Maigre comme lui ,
Maigre comme lui, Brunette, Maigre comme lui.
Du poisson venu de Saône,
Ou de bien plus loin ;
De grands brochets longs d’une aune Montraient là leur groin, Montraient là leur groin, Brunette, Montraient là leur groin.
il semblait qu’à ce passage,
- Les plus gros fussent Députés pour rendre hommage Au Fils du Dauphin,
LA MON NOYE
Au Fi du Daufin, Breùgnette, Au Fi du Daufin.
L’ombre, lai parche, lai lôte, Moime un saumon frai, Qui s’étô dans l’eà douçôte Laissé parre esprai,
Laissé parre esprai, Breùgnette, Laissé parre esprai.
Au réste, éne chôse étrainge,
Le Prince Borbon,
Tô come no, quant ai mainge, Branne le manton,
Branne le manton, Breùgnette, Branne le manton.
Ai bu, non pas dé razade,
Ma de jôli cô,
Et tan qu’ai bu, je pri gade Qu’ai ne disù mô,
Qu’ai ne disô mô, Breùgnette, Qu’ai ne disô mô.
Lai pitainche étô diveigne ;
Dô qu’el an tàti ,'
Lochan troi foi sé babeigne :
« El à bon, fi-t-i,
El à bon, fi-t-i, Breùgnette,
. El à bon, fi-t-i.
Au Fils du Dauphin, Brunette,
Au Fils du Dauphin.
L’ombre, la perche, la lote,
Même un saumon frais,
Qui s’était dans l’eau doucette Laissé prendre exprès,
Laissé prendre exprès, Brunette, Laissé prendre exprès.
Au reste, une chose étrange,
Le Prince Bourbon,
Tout comme nous, quand il mange, Branle le menton,
Branle le menton, Brunette, Branle le menton.
11 but, non pas des rasades,
Mais de jolis coups,
Et tant qu’il but, je pris garde Qu’il ne disait mot,
Qu’il ne disait mot, Brunette,
Qu’il ne disait mot.
La boisson était divine ;
Dès qu’il en tâta,
Léchant trois fois ses babines :
« Il est bon, fit-il,
Il est bon, fit-il , Brunette.
II est bon, fit-il.
« A-ce du Cier que tei mène É plu su Dijon ? »
— • « Ç’à de Saivigny, vé Beàne, Li répondi t-on,
Li répondi-t-on , Breùgnette,
Li répondi-t-on.
« Ç’à du clô de ce deigne home Monsieu Demigieu. »
— « Moi, disi-t-i, je le nome
Monsieu Demidieu,
Monsieu Demidieu, Breùgnette, Monsieu Demidieu. »
Le Duque soti de taule ' An disan celai.
Jaimoi Prince de lai Gaule É-t-i meù palai ,
É-t-i meù palai, Breùgnette,
... É-t-i meù palai?
Aidon, de treufe choisie, Maidaime Farran Vin d’éne façon pôlie
Li faire prezan, • ■
Li faire prezan, Breùgnette,
Li faire prezan .
An biaude viôiette ,
Note Maigistra - »
Li fi d'épeigno-veignetto Ein don délica,
An biaude vUMelle,- Note Maigialra l.i (i rtYprigna-veignelk;
Kin don did ira.
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« Est?-ce dn Ciel que telle manne A plu sur Dijon ? »
— « C’est de Savigny, vers Beaune, »
Lui répondit-on ,
Lui répondit-on, Brunette,
Lui répondit-on.
« C’est du clos de ce digne homme , Monsieur Demigieu. »
— « Moi, dit-il, je le nomme
Monsieur Demi-Dieu, Monsieur Demi-Dieu, Brunette, Monsieur Demi-Dieu. »
Le Duc sortit de table En disant cela.
Jamais prince de la Gaule A-t-il mieux parlé,
A-t-il mieux parlé, Brunette .
A-t-il mieux parlé?
Alors de truffes choisies,
Madame Ferrand Vint d’une façon polie Lui faire présent ,
Lui faire présent , Brunette , - Lui faire présent.
En blaude violette ,
Notre Magistrat Lui fit d’épine-vinette Un don délicat,
Ein don délica, Breùgnette,
Ein don délica-
Lu, montan vite en sai cheire :
« Foite, pôstillon !
Aidieu, faite lai fouleire,
Messieu de Dijon,
Messieu de Dijon, Breùgnette,
Messieu de Dijon. »
CHANSON
ralte an nom de quelque religieuse, an le pecbd de santal de lote albaisse (1).
Note reverende Meire,
Vote espri n’é pas son par.
Vos aivé pu de lemeire Que n’an on lé pu gran clar.
Ma ce qui fai de lai pone Ai tô lé jan du couvan,
Ç’à qu’éne tête si boue Sô mailaide si sôvan.
Ç’à lai tête lai pu daigne Qui sù petétre ai Dijon.
Tôte lé vatu s’y taigne Ansin qu’an lote donjon.
D’ô vén don qu’étan si pléne De saigesse et de bontai,
(1) Voir la note qui est en tâte de la Chanson précédente.
Un don délicat, Brunette,
Un don délicat.
.. Lui, montant vite en sa chaise :
« Fouette , postillon !
Adieu , faites le feu de joie.
Messieurs de Dijon,
Messieurs de Dijon, Brunette, Messieurs de Dijon. »
CHANSON
Faite an nom de quelques religieuses aur le peu de santé de leur abbesse.
Notre révérende Mère,
Votre esprit n’a pas son pair.
Vous avez plus de lumière
Que n’en ont les plus grands clercs.
Mais ce qui fait de la peine A tous les gens du couvent,
C’est qu’une tète de bonne Soit malade si souvent.
C’est la tête la plus digne Qui soit peut-être à Dijon.
Toutes les vertus s’y tiennent Ainsi qu’en leur donjon.
D’où vient donc qu’étant si pleine De sagesse et de bonté ,
18* ' LA MONftOYE.*'
Le débor et lai migréne Trôve plaicé ai s’y gèitai? -
Graice ai Dei, vote coraige Sôfire vo mau san quezan.
El on beà foire lai raige,
Vo ne vo plaindé de ran,
Jaîmoi nun de l’Evangille Ne prôvi meù le dicton,
Que, si le cor a débille,
L’espri an revainche a pron.
• «i^.. , Wv 'T ...
ÉPITAPHE DE BLAIZOTE.
(Lorsque Blaizolte mourut, & Dijon, sur la fin du mois d’août , 1709, Gui, son ami, lui fil ci-lte épitaphe :)
Passan , Blaizôte a dan le crô !
Le prôve Gui di qu’ai a quite De 11 jeté de l’eà benite . . .
. Ai n’é pu ran dan l’aiguerô.
La fluxion et la migraine Trouvent place à s’y gîter?
Grâce à Dieu, votre courage Soull're vos maux sans inquiétude.
Ils ont beau faire rage.
Vous nè vous plaignez de rien.
Jamais personne de l’Evangile Ne prouva mieux le dicton ,
Que, si le corps est débile,
L’esprit en revanche est prompt.
ÉPITAPHE DE BLAIZOTTE.
Passants , Blaizotte est dans le trou !
Le pauvre Gui dit qu’il est quitte
De lui jeter l’eau bénite
Il n’a plus rien dans le bénitier.
AJUTORION
h NOEI NOVEA
su l’a» : De Joconde.
' TONA.
— Hé bé ! di don, mon Gro-Janô, É-tu torjô si béte,
De craire que Jésu po no N’ô poin cligné lai tête ?
Tu n’é don poin ein brin de foi ?
Mon Gro-Janô, pran gade !
I ne repondrô pa de toi :
Le Diale te regade.
GRO-JANO.
— I n’é jaimoi comprin celai.
Ein Dei meuri su tarre 1 Du Cier fau qu’ai sô dévaulai...
Peu- tu bé le comparre?
* ' . TONA.
* * ■ . — I le compran du premei cô ; ,
■* . Ce n’a poin déficille :
Ne le voyein-je pa tretô Écri dan l’Evaingille?
GRO-JANO.
— Ç’àt ein paipié blan mâcherai , Qui di celai, san dôte ;
APPENDICE
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