LES NOELS EN BOURGOGNE
Noël ! Noël ! disons trois fois Noël !
Chantons de cœur Noël !
Pour complaire à Noël ! ...
Sus ! pastoureaux et bergers,
Entonnons : Noë ! Noë !
Sus ! bergers et pastoureaux ,
Entonnons Nau ! Nau ! Nau , Nau !...
Chantons Noël de cœur gay :
Noël nouvelet !...
Réjouissons- nous, pastoureaux ;
Chantons No !
'• Chantons No!...
- • - Noël ,
En cette journée !
Disons : Noël ! Noël 1
t Car paix nous est donnée !...
Etc., etc., etc.
Ces citations, en forme d’épigraphes, qnc nous aurions pu multiplier à l’infini, et dont on pourrait couvrir des pages en n’empruntant qu’une ligne à chaque Noël isolé, doivent, ce nous semble, donner une idée « de la profusion avec laquelle sont répandus ces chants, informes et grossiers pour la plupart, mais quelquefois marqués au coin d’une naïveté étrange. Ils sont tou-
COUP d’œil SUR LES NOELS
jours si bizarres, qu’on se surprend à feuilleter et parcourir des recueils où, d’abord, le môme sujet revient à chaque pièce nouvelle, et, ensuite, où l’on voit que les cerveaux qui les ont faits n’ont pas môme entrevu l’ombre la plus légère de l’art ou du goût. Ce penchant d’une province, ces frais d’imagination faits par une peuplade entière, pour créer des multitudes de chants analogues en l’honneur de la môme fête, doit prouver quelque chose; on doit pouvoir expliquer par là un goût dominant de cette province, ou au moins y trouver une coutume, une habitude quelconque de ses habitants. Tous les pays ont eu leurs chants populaires, et toujours l’ensemble de ces chants a représenté le caractère national , et parfois môme a donné des physionomies particulières du peuple du pays chanteur. — Que vont signifier les Noëls de la Bourgogne? qu’allonsnous trouver dans l’esprit de cette province ? que va-t-il découler de l’étude de ces cantiques baroques, à l’intention peut-être pieuse, mais à l’allure presque toujours mondaine? — En résultera-t-il que le Bourguignon passera pour l’individu le plus dévot de la terre? verronsnous en lui l’ôtre le plus fervent dans cette grande, dans cette sublime fête de Noël? — Non, non! ô mon Dieu, nonl — Que prouveront donc alors les Noëls? — ils prouveront bien une certaine dévotion au jour de la naissance du Sauveur, mais dévotion autre, peut-être, que celle approuvée par l’Église.
En Bourgogne, toutes les fôtes sont fêtées; il faut des fêtes au Bourguignon, et Noël est la fôte par excellence, la FÊTE DES FÊTES. A chaque célébration fériée, le Bourguignon se réjouit, s’ébat largement, et, comme le chant aide volontiers à s’ébattre, et que d’ailleurs le' Bourguignon n’est pas précisément sot, il a fait dos chants pour toutes ses fôtes et toutes ses réjouissances.
TEN BOURGOGNE
Quand les fêtes sont profanes, il entonne des refrains profanes; mais, voulant approprier chaque chose à son sujet, il a fabriqué aussi des chansons sacrées pour les jours où lui arrivent les fêtes sacrées. — N’allez pas croire cependant que. tous les Noëls soient des cantiques à boire : ce serait quelque peu effleurer une hérésie ; mais laissez-vous* légèrement et tranquillement persuader que plusieurs d’entre eux sont, non pas un but, mais un moyen , c’est-à-dire, comme cela est indiqué plus haut, que le Noël vient tout simplement en aide à la célébration des fêtes que son nom désigne, quel que soit, du reste, le genre de ferveur qui pousse le dévotieux à les célébrer.
Mais, pour se faire l’idée la plus juste possible de la portée et de l’importance de ces hymnes vulgaires, il n’y a qu’une seule chose, c’est de voir les lieux où ils se chantent. Vous vous êtes peut-être imaginé que les nefs des églises retentissaient du bruit de ces couplets monotones, de ces pléonasmes habillés en refrains? Erreur bien profonde, dont il vous faudra sortir! Ces refrains, ces couplets monotones, ces Noëls, enfin, se chantent, non pas dans les églises, non pas dans les processions, non pas même dans des réunions pieuses, mais chez soi et dans les cabarets, au coin du poêle ou du feu, principalement sous le vaste manteau des cheminées villageoises, en groupes toujours nombreux de famille, de voisins et d’amis, et à côté de marrons, de vin blanc, de jambon, de boudin et de carbonnade (I). — Entrevoyez-vous un peu maintenant le genre de dévotion des plus nombreux chanteurs de Noëls?
\ Tous les ans, aux approches de l’Avent, les mémoires
(1) La carbonnade est la côtelette du porc grillée sur les charbons. On devine facilement l'étymologie du mot..
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