‹ Les noels bourguignons de Bernard de La MonnoyeChapitre 65 sur 75 · COUP D’OEIL SUR LES NOELS · texte numérisé non relu

COUP D’OEIL SUR LES NOELS

rent de savoir si c’est l’an 1200 on l’an loOO qui vit les premiers apparaître. Pour dos opinions hy]x)thétiques, , nous pourrions vous en fournir à discrétion ; et, pour peu que nous suivissions en cela les érudits auteurs des beaux Noëls nouveaux, vous auriez grand risque de nous suivre, vous, jusque dans le Paradis terrestre, oil l’un d’eux fait chanter par Adam et Eve un Noël sur la naissance du Sauveur. Plaisanterie à part, les opinions, voire même les opinions savantes, prouvent peu de chose, et nous aimons mieux vous faire faire sur nos Noëls une étude littéraire qu’une étude de chronologie. Cependant, si vous teniez trop A cette dernière chose, vous pourriez voir, par la citation que nous ferons tout à l’heure de quelques-uns d’entre eux, à quelle époque à peu près vous pouvez les’ rattacher.

Taut que les cœurs furent remplis de croyance, les Noëls s'en tinrent à la définition que nous en avons donnée plus haut. Le Messie seul remplissait le cantique ; l’intention de l’auteur était vraiement pieuse, et c’est à peine si, à la fin, il consacrait un couplet pour demander à Dieu de venir en aide à scs lmmhles serviteurs. Mais peu A peu l’homme s’empara d’un plus grand nombre de couplets, et en laissa moins pour le Sauveur; la dévotion aux choses de la terre remplaça la dévotion aux choses du ciel , et alors les Noëls, tout en conservant leur forme primitive, devinront en partie des demandes pour les besoins de l’homme, des allusions aux événements et aux personnages contemporains.... fl y a môme des Noëls politiques! dans quelques-uns, c’est tout A fait la chanson, moins sa forme; c’est de l’actualité, de la satire, de la gaieté, de l’entrain, dans une enveloppe bonoitc et sacrée.

Mais il y a encore un point de vue plus piquant sous lequel ils peuvent être examinés, c’est celui de la fidé-

EN BOURGOGNE

litc historique qu’apportent les auteurs de ces chants dans leur confection. L’anachronisme est une chose reçue dans les Noëb. La Crèche du Sauveur du monde est un point central où affluent indistinctement tous les siècles, toutes les générations reculées ou modernes de ce fatal mangeur de pomme. Ce sont principalement des bergers qu’on y voit figurer, et, pour payer leur droit au goût des contrastes, les auteurs ne manquent jamais d’y fourrer les trois Mages, qui , par ce fait,, se trouvent contemporains des personnages de tous le» temps qu’on veut bien leur accoler. Pour ne nous occuper que du côte, burlesque de la chose, nous en avons devant les yeux un qui fut fait pour le sacre de Louis XIV, qu’on a si bien amalgamé avec Jésus, Marie et Joseph, qu’il serait difficile de voir de quel côté est l’anachronisme, c’est-à-dire si c’est le Fils de la Vierge qui vient rendre visite au roi , ou si c’est le roi qui va se promener en Judée : dans ce dernier cas, ses bottes lui eussent été plus utiles que pour entrer au Parlement. Dans un autre, fait par quelque rapsode citadin, tous les habitants de la ville et des faubourgs qui l’avoisinent se rendent en masse auprès de l’Enfunt sacré... Nous en extrayons un couplet au hasard :

Messire Jean Guillot,

Curé de Saiul-Denis,

Apporta plein un pot Du vin de son logis.

Dre? très et escollicrs.

Toute icelle nuiclée,

Se sont prins à danser, sauter, Ul, ré, mi , fa, sol , la, là ! là !

A gorge desployée.

Vous jugez par vous-méme de la dévotion qui pouvait guider ces joyeux pèlerins.

COUP d’oeil SUR LES NOELS

L’adulation vint aussi bientôt se mêler à la fabrication de ces pièces. Les bergers, visiteurs du Christ enfant, se rendirent à l’Étable de Bethléem pour y psalmodier l’apologie, le panégyrique, la flatterie... Ce fut, la plupart du temps, le style mendiant des plus humbles épîtres dédicatoires. On vit de tous les côtés surgir des Noël du Roy. — Noël de la Royne. — Noël des Princes. — Noels des Ambassadeurs. — Noël des Bourgeois, etc., etc., etc,: c’était à en rendre confus l’âne et le bœuf de l’étable. — Nousavons cru remarquer que les Noëls apologétiques étaient d’ordinaire les plus mauvais et les plus pauvres. Des trois ou quatre que nous feuilletons en ce moment, il n’y a pas un seul couplet digne d’être cité.

Le Noël ne se restreint pas toujours à un chant de courte haleine, à un récit du mystère de l’Incarnation, à un voyage en Bethléem. II agrandit parfois son cadre; dans plusieurs, il affecte les formes d’une petite épopée. Nous avons devant les yeux le modèle du genre; il n’a pas moins de quarante et un couplets, qui, l’un l’autre, alternent régulièrement de demande à réponse.

Exemple :

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