‹ Les noels bourguignons de Bernard de La MonnoyeChapitre 72 sur 75 · NOBLE ET BEAU CANTIQUE · texte numérisé non relu

NOBLE ET BEAU CANTIQUE

Sur un chant musical, chanté par les bergers h la messe de minulcten révérence dn Jour de la Nativité de Noatrc Sauveur et Rédempteur Jésus-Christ.

Esprits divins, chantez de la nuict saincte !

C’est ceste nuict que la Pucelle enceinte Nous a pfoduict ce Verbe précieux.

C’est ceste nuict que l’on a veu les deux Tout descouvers, et bien cinq cent mille Anges Chanter à Dieu éternelles loiianges.

C’est donc la nuict, la nuict la plus heureuse,

La nuict qui donne à toute âme amoureuse Cet heur de voir par foy son Créateur ;

La nuict qui donne à l’œil du corps cet heur,

Voir et tourner son Dieu en ce bas monde.

Né de 1a Vierge à nulle autre seconde.

EN BOURGOGNE

Heureuse nuict, devant le jour première !

Nuict, non pas nuict, mais parfaicle lumière, Qui luit tousjours, et tousjours reluira:

Oh ! malheureux celuy qui te dira D’oresnavant obscure, noire ou sombre,

Quand ton beau clair se faict maistre de l’ombre

O nuict, sans nuict i toute créature !

O nuict ! tu vois le secret que nature

N’a sçeu comprendre et n’entend nullement :

C’est que Marie a naturellement

Enfanté, Vierge, un Ris vray Dieu et Ilomme,

Qui de rigueur la loy du tout consomme.

Nuict consommée en beauté nonpareiile !

Je vois la Lune au Ciel qui s’appareille Avec ses fleurs d’un esclair argentin,

Qui fera honte au plus beau du malin.

Mesme l’ardeur de sa flambante face Le plein midy du clair Soleil efface.

Ce grand troupeau de feu qui se pourmeine, Estincellant parmy ceste grand' plaine,

Montre assez bien ce merveilleux effect Qu’en ce bas-monde un nouveau monde est faict. Que (il soit vray ! ) la transmontague claire Plus que devant ardenlemenl esclaire.

Nuict csclaircie en beauté plus que rare,

Tu voy Marie en toy, qui se prépare Sur l’beure et poinct de son enfantement.

Dy-moy, ô nuict, ô nuict, dy-moy comment.

Toute ravie, en terre elle s’incline Pour adorer ceste aysance divine?

Divine nuict, oh ! quelle jouissance !

Quel bien ! quel heur ! quelle rcsjouissance,

' °*r le Petit i sa mère riant!

La mère aussi l’adorant et priant :

COUP d’OEIL SUR LES NOELS

O oraisons â l’Enfant acceptables !

O doux sourris à la mère agréables ?

Nuicl agréable, ores tu peux cognoistre Ce Dieu, je dy; Dieu seul à qui doitestre Gloire, vertu, loüange, empire, honneur.

Dieu recogDeu le Maistre et le Seigneur De l'Univers, mesme par ton silence.

L’asne et le beuf en ont la cognoissance.

Tu es présente à ce chant angélique;

Je dy ce chant du tout évangélique Annonçant l’heur de cesle enfantement.

Dy-moy la joye et le contentement Que tu reçois, lorsque tu peux entendre Le premier cry de ceste enfance tendre.

Tu as donc veu , 6 nuicl, ce grand miracle!

L’Enfant sortir du sacré tabernacle,

Comme l’époux de son paré pourpris ;

L’Enfant aymé auquel le Père a pris Tout le playsir et la resjouissauce,

Et néanmoins tous deux de mesme essence?

Dy-moy comment chascun pasteur s'assemble; Dy comment tous, d’un grand accord ensemble^ Ont entrepris de l’aller visiter.

Nuict, saincle nuict, veuille-moy réciter Les saincls propos et cantiques de joye Qu’ils ont chantés saintement par la voye.

Us l’ont trouvé près de la Pucelelte,

Qui mère, et vierge, et nourrice, l’allaicte ;

Puis se sont pris ensemble à le loiier,

Et l’ont voulu pleinement advoiler.

Comme celuy lequel doivent cognoistre Leur Pastcur-roy et leur souverain Maistre.

Bref, nuict, é nuict sur toutes désirée,

A mille jours et mille préférée.

EN BOURGOGNE

Ainsi qu’on voit venir premièrement L’advent de Dieu, ainsi secondement En toy viendra , quand il viendra dissoudre Les éléments et par feu et par poudre.

O fils de Dieu ! cotlernel'au Père,

En qui ce monde entièrement espère Par ta vende estre icy racheté,

Et par ton sang estre vivifié ;

Seigneur, Seigneur, donne-luy cesle grâce !

Qu’en tout , partout , ta volonté se face !

Ame n.

Ce Noël n’est pas tout à fait cité là comme un modèle de perfection, ou alors ce ne serait que relativement aux autres ; mais on ne peut disconvenir non plus qu’il provient d’une plume plus exercée, plus faite aux vers ; que certaines strophes en sont bonnes, et que plusieurs expressions sont pittoresques et poétiques. Quelquesunes , ce nous semble , rappellent la manière naïve et gracieuse de Marot.

Là s’arrête à peu près le choix que l’on peut faire dans cette multitude de recueils. Vous voyez qu’il faut de la réserve...... Cinq ou six pièces extraites de plusieurs volumes ! Si l’on en veut prendre davantage, on court la chance de tomber, comme nous l’avons dit plus haut, dans la niaiserie, l’amphigouri , le non-sens, la platitude, les lieux-communs, et d’aller même jusqu’à une naïveté qui ressemble fort au cynisme, ou au moins à la jovialité grivoise.

Un de ce dernier genre commence ainsi :

Joseph est bien marié (")

A la fille de Jessé. (*)

C’était chose bien nouvelle Que d’estre mère et pucelle :

Dieu y avait besogne. .

Joseph est bien marié !

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