NOTICE SUR LA MONNOYE. XI
Les sujets sérieux n'étaient pas dans son genre ; il y était guindé et les soutenait difficilement. En général , il manque de mouvement, de noblesse, et d'onction. Mais tout ce qui rentrait dans la catégorie de l'épigramme et du conte, prenait sous sa plume une allure légère, vive et piquante, qui s'augmentait encore quand il maniait l 'hémistiche grec ou latin. On a de lui, en cette dernière langue, quelques odes, plusieurs épigrammes, la traduction de son poëme sur le Duel , et un recueil de contes excellents, pour l'élégance et la pureté du style, la finesse et les grâces naïves avec lesquelles ils sont rendus. Tout y rappelle le temps de la belle latinité. Il a traduit en grec plusieurs odes d'Horace, quelques épigrammes et la sixième satire de Boileau.
Nous voici , à travers des pièces plus ou moins oubliées aujourd'hui, arrivés à l'œuvre qui, malgré le renom de critique et de philologue de notre auteur, ne doit pas être un des moindres titres à sa réputation. Nous avons vu jusqu'à présent La Monnoye très versé dans les langues grecque, latine, italienne et espagnole. Mais il en est une autre qu'il possédait magistralement aussi, et dans laquelle, en se jouant, il va tout simplement nous laisser son chef-d'œuvre Cette langue
c'est le patois bourguignon ; ce chef-d'œuvre, ce sont les Noëi. — Je rapproche à dessein dans ma phrase ces deux mots langue et patois, parce que La Monnoye (autrement ici Gui-Barôzai), dans ses malins Cantiques, éleva le patois bourguignon à la hauteur d'une langue. C'est, j'espère, une bonne fortune pour un dialecte que d'être employé de cette façon! Jusqu'alors il n'avait guère servi aux paysans des environs de Dijon, et surtout aux vignerons, qu'à chanter leurs jeux et leurs plaisirs. Il n'était même usité que parmi eux. Nés sous un ciel où, avant tout, la nature donne à ses enfants tic l'esprit et