‹ Les noels bourguignons de Bernard de La Monnoye (Gui-Barôzay) suivis des noels maconnais du p. Lhuillier (le parrain Bliaise), publiés pour la premìere fois avec une traduction littérale en regard du texte patois, précédés de notices sur La Monnoye et Lhuilier [et] suivis d'un coup d'oeil sur les noëls en BourgogneChapitre 12 sur 92 · XII NOTICE SER LA MONNYE · texte numérisé non relu

XII NOTICE SER LA MONNYE

de la gaieté, ils l'employaient aussi à des réparties vives, ingénieuses et souvent satiriques. Ce patois fait encore les délices des initiés qui en ont conservé l'intelligence, et c'est avec un sentiment tout particulier de cnmpatriotisme que maints dijonnais se reconnaissent comme étant de lai pairoisse de Sain-Bereiyne vou bédé Sain- Félebar. Mais il faut aujourd'hui étudier ce langage, et en connaître parfaitement l'accent et l'intonation, pour en sentir tout l'agrément. La Monnoye donc, s'en servit pour composer ses Noels Bourguignons, et il trouva là, lui qui dans ses autres vers rencontrait souvent des expressions vulgaires, il trouva, dis-je, le secret d'anoblir ce jargon, et de lui communiquer ce qui manque parfois à ses poésies françaises, l'élégance, les grâces, les images, la clarté, la vigueur, et le coloris de la poésie.

Il dut cette idée à un pari tenu entre lui et Aimé Piron, père du fameux Alexis, et de plus, apothicaire. (> dernier avait fait dans ce genre nombre de pièces, de poèmes, des chansons et des Noéls surtout, ceux et cellesci la plupart politiques et de circonstance, et ces spirituelles Muettes jouissaient de la vogue la plus extraordinaire. Un jour La Monnoye en parlait avec lui: — « C'est plein d'esprit, lui dit-il, mais c'est négligé; vous faites cela trop vite. Yrà? lui répond l'apothicaire, en le regardant ironiquement du coin de l'œil. — Via! lui réplique La Monnoye, en appuyant plus fort sur son mot. — E bel reprend l'autre, en continuant de parler patois, i vorô bé l'i toi. — Parguiennel reprend aussi le poète dijonnais, tu m'i roirui.-» Et peu de temps après (1700), il publiai! ses treize premiers Noëi. Seize antres suivirent ceux-là au commencement de l'année d'ensuite... Et dès lors on n'entendit |>!us guère parler des chansons bourguignonnes d'Aimé Piron! tout le

NOTICE SUR LA MONiNOYE. XII 1

monde lisait, tout le monde chantait, tout le monde apprenait les Noëi Bourguignon de Gui-Barôzai. Gui- Barôzai était (et est encore) le chantre populaire de la Bourgogne.

En effet, dès l'apparition de ces Cantiques d'un nouveau genre, on ne pouvait trop admirer avec quel art l'auteur avait su faire disparaître le trivial et la grossièreté de l'idiome, pour y substituer, comme nous l'avons dit, le coloris et la grâce , et le rendre familier avec les plus grandes images. La renommée de La Monnoye fut complète. Les Noei pénétrèrent jusqu'à la Cour; ils y furent accueillis, on les y chanta, et un beau jour, seigneurs, marquis, grandes dames et duchesses, se prirent plaisamment à essayer de parler bourguignon. — Il est incontestable qu'il y est fait allusion dans ce couplet du 1er Noëi de lai rue du Tillô :

Si ce canlicle pcuvô

Se faire au Louvre ôvature,

Le Roi lu-moime aussilo,

Turc-lure, Anlônerô, je m'essure :

Noei, ture-lure-Iuro !

à moins que, raffinant sur la chose, on veuille y voir simplement un souhait, qui devait se réaliser si bien et si vite. — Le succès avait dépassé de beaucoup ce que l'auteur en avait attendu !

Mais quel est le succès qui n'ameute pas les envieux ? Des voix aigres se mêlèrent au concert louangeur. Les ennemis de La Monnoye (car tout homme, si doux et probe qu'il soit, doit compter sur des ennemis) « cherchèrent dans la liberté de l'expression, dans la naïveté du patois, dans la hardiesse de la poésie, le moyen de le perdre, et crurent l'avoir trouvé. Ils armèrent aussitôt le faux zèle, qui sonna l'alarme, exagéra le mal, et

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