XIV NOTICE SUR LA MONNOYE
accusa un patois, qu'on entendait à peine, de renfermer des pensées et des sentiments qui n'entrèrent jamais dans l'esprit ni dans le cœur de La Monnoye. »
Cette dernière phrase, — d'un biographe timoré qui justifie trop La Monnoye parce qu'il a vu dans les No'èi bourguignon un trop gros péché, — est-elle bien exacte ? Au point de vue de pensées impies et de sentiments subversifs, je ne dis pas non; mais pour le bon petit grain de malice, le grain de sei, il ne faudrait pas trop s'y fier. Avec ces subtils couplets, on est un peu sur le tranchant du razoir: on lit, on sourit, on approuve, on s'interroge et l'on reste parfois moitié
figue et moitié raisin.
Quoi qu'il en soit, un vicaire de Saint- Etienne de Dijon, nommé Magnien, tonna du haut de sa chaire contre ces presque innocentes satires. La Sorbonne s'en mêla ; on déféra les Noëls à sa censure, (î) et le ruchô, comme il s'appelle, fut traduit devant les sotane. On ne peut, danscette circonstance, s'empêcher de comparer LaMonnoye et la Sorbonne avec Béranger et Marchangy; mais, quoique neuf de ses docteurs voulussent fulminer contre Gui-Barôzai, la Sorbonne fut plus sage alors que notre
récent tribunal Elle s'abstint de condamner. —
La Monnoye avait laissé gronder l'orage, et, sûr de ses sentiments, il publia dans le même patois bourguignon l'apologie de ses Noëls (Epôlôgie dé Noei), où il démontra, en se surpassant en finesse et eu plaisanterie attique, le ridicule, l'ineptie, et surtout la mauvaise loi de ses acharnés accusateurs.
C'est pourtant ce recueil spirituel et lin , ces couplets d'une méchanceté bénigne, ces légères satires revêtues
(1) Voir la deuxième des pièces complémentaires qui se trouvent ;i lu suite de cette Notice.