XYI1I NOTICE SUR LA MONNOYE
Ménage avait-il dévoilé quelqu'un dans ses notes? ou si l'on n'avait à lui reprocher que la liberté de certains passages ajoutés par lui? II y avait peut-être un peu de l'un et de l'autre; toutefois, il eut encore à se débattre contre des censeurs. Mais qui dit censeurs ne dit pas toujours connaisseurs. La Monnoye commença par se moquer d'eux ; puis il les remercia tout bas, et en riant dans sa barbe, de ce qu'ils eurent la bonté de laisser par-ci, par- là, des articles plus licencieux que ceux qu'ils avaient supprimés. Peu «à peu cependant les tracasseries se calmèrent, et le savant , apportant dans ses corrections une lenteur calculée, le nouveau Ménagiana eut le temps de se débiter presque en entier sans cartons.
Mais un événement au-dessus de toute prévoyance humaine vint cruellement éprouver sa constance. Le système de Law, qui porta un coup si funeste à tant d'honnêtes familles, ruina entièrement La Monnoye. Ayant vendu ses biens-fonds pour venir s'établir à Paris, il en avait placé le prix à constitution de rentes sur l'État. Tous ses contrats lui furent remboursés en billets de banque, qui devinrent quelque temps après de nulle valeur entre ses mains. Il avait alors quatre-vingts ans, et cependant il fut affecté , mais non abattu par cette perte totale de sa fortune. Pour se créer des ressources, il fut obligé de vendre jusqu'aux médailles de ses prix remportés à l'Académie française. Il s'en plaignit par ce distique :
Laurum , aurumque tuli , felicis praemia vena\ Aurum rei repetit. Laurea sola niauet (1).
(1) 11 fil aussi à ce même sujet les vers français que voici :
Les prix du pauvre La Monnoye Du Système fatal sont devenus la proye,