NOTICE SUR LA MONNOYE. XIX
Encore cette vente ne lui fournit-elle qu'un secours momentané. Mais la Providence lui en ménageait un autre. Le duc de Villeroy ayant, peu de temps après la banqueroute de Law, entendu le comte de Caylus faire une vive peinture de l'infortune où elle avait réduit La Monnoye, en fut si touché, qu'il lui assura aussitôt pour toute sa vie une pension de cinq cents livres. A la nouvelle de ce bienfait, que mademoiselle du Tbil et madame Giraud furent les premières à lui annoncer, La Monnoye pouvait à peine y ajouter foi ; mais il se rendit à la vue d'une lettre de Madame la comtesse de Caylus, qui lui mandait que M. de Villeroy, ayant trouvé trop modique la pension de cinq cents livres qu'il voulait lui faire, avait résolu de la porter à six cents.
La générosité du duc méritait, certes, les plus grands éloges; aussi la reconnaissance de son protégé fut-elle sans bornes. Ce seigneur, n'ayant même pas laissé à La Monnoye la liberté de le remercier de vive voix (1), celui-ci y suppléa par des vers qu'il lui fit remettre : le poète fut l'interprète de l'iiomme.
A peu près vers le même temps, une société de libraires de Paris résolut de réimprimer les Jugements des savants de Baillet. Cette société, ayant été avertie que La Monnoye avait fait beaucoup de corrections et
Ciel ! faut-il perdre ainsi tout le fruit de mes vers !
Ce coup me perce les entrailles ;
Et pour d'assez belles médailles, Il le faut avouer, c'est un vilain revers.
(1) La Monnoye avait hâte de témoigner sa gratitude à son bienfai leur. Conduit par Madame Giraud chez Madame la comtesse de Caylus, celle-ci le présenta au duc de Villeroy. Le savant empressé s'avance, salue, et commence son remercîment — « Oubliez tout
cela, monsieur, interrompit le dur, ; c'est à moi de me souvenir que je suis votre débiteur. »