NOTICE SUR LA MONNOYE. XXI
laient le visiter. Sa conversation était agréable et gaie; c'est à peine si l'on s'apercevait de son grand âge... Il semblait, comme dit un peu pastoralement l'un de ses plus complets biograpbcs, qu'il eût « mis en réserve des fleurs pour parer ses vieux jours. »
Le bonbeur de ses amis était un bonbeur encore plus grand pour lui-même. Lorsqu'il apprit que son ancien compatriote, le président Boubier, venait (en remplacement de M. Malézieux) d'être nommé membre de l'Académie, cette nouvelle le combla d'une joie d'autant plus vive, qu'il lui avait toujours souhaité cet bonneur; il eut le doux plaisir de revoir encore son ami, qui, après son élection, vint s'établir à Paris.
Au milieu de ces tranquilles événements, La Monnoye touchait insensiblement à son dernier terme. Comme il s'y préparait depuis longtemps, il n'en fut point effrayé, et, plein d'idées douces et religieuses, il mourut paisiblement le 15 octobre 1728, dans sa quatre-vingthuitième année. — Le savant octogénaire fut inhumé dans l'église de Saint-Sulpice, sa paroisse. M. Poncet de la Rivière lui succéda à l'Académie, et ce fut l'abbé de Rothelin qui prononça son éloge.
Est-il besoin, à propos d'éloge, de résumer ici tout ce qu'on a trouvé épars dans cette Notice sur l'érudition et l'omni-science littéraire de La Monnoye ? — Cinq langues lui étaient aussi familières que la langue française. — Il écrivait dans toutes ces langues avec pureté, facilité, élégance. Dans l'une, car je compte l'idiome natal, il écrivait avec génie. — Critique judicieux, il découvrait avec une sagacité surprenante les beautés et les défauts des auteurs. — Savant aimable, il communiquait avec plaisir ses trésors littéraire^ à ceux qui recouraient à ses lumières. — Cher à la muse académique, elle le couronna toutes les fois qu'il voulut dis-