XXII NOTICE SUR LA MONNOYE
pute? le prix. — Tant qu'il vécut, il fut, avec raison, regardé comme an des oracles de la littérature.
Les qualités du cœur n'étaient pas moins admirables chez lui que les qualités de l'esprit : il était d'un caractère doux, obligeant, enjoué, poli et d'un commerce agréable et facile. Sa probité était à toute épreuve et son désintéressement sans exemple. Quoiqu'il aimât à se livrer avec ses amis à d'ingénieuses saillies, il ne s'en permettait jamais qui pussent dégénérer en satires personnelles; et, malgré la gaieté parfois un peu grivoise de ses contes, il se tenait toujours, durant la conversation, dans les bornes les plus exactes de la décence. — Aujourd'hui cette apologie pourrait sembler singulière; mais si l'on veut bien se reporter à la couleur du temps, où l'esprit gaulois défrayait les causeries et les petits vers des plus graves, des plus considérés et des pins irréprochables personnages, on comprendra tout ce que notre phrase peut indiquer de réserve dans les habitudes du poète bourguignon.
Touchons un autre point : Son anagramme, qui est: / amo le donne, et non pas: Io amo le donne, a inquiété quelques-uns de ses lecteurs. On s'est demandé si celui qui tournait si bien la phrase libre, ne devait pas l'être un peu lui-même ? Qu'on se rassure: les mœurs de La Monnoye furent en tous points irréprochables. Je sais tel amateur des Nocls qui ne partageait pas du tout cette opinion : « Mais Blaizotte, me disait-il, Blaizotte, cette maîtresse de Gui-Barôzai ?» — 11 est vrai que l'auteur des Noëls entre, à propos de Blaizotte, clans certains détails qui porteraient volontiers à croire que cette liaison fut véritable ; mais si l'on revient à songer que La Monnoye se cachait sous un pseudonyme, on comprendra sans peine que chacun des détails touchant Blaizotte, et que
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Bïaizotte elle-même ne sont que des moyens employés par l'auteur pour épaissir le voile. Il se dit vigneron ; personne n'a jamais cru La Monnoye vigneron... Pourquoi lui donnerait-on davantage la maîtresse que Gui- Barôzai a chantée ? — Je ne crois pas que cela mérite réfutation sérieuse.
Plusieurs années avant sa mort, notre poète avait composé son épitaphe. Elle est simple et élégante, et nous la rapporterons ici d'autant plus volontiers, qu'elle fait parfaitement connaître les sentiments dont La Monnoye était animé :
Bernardus, placidà compostus pace, Monerœ
Conditur hic : artes cui placuere bonae, Cui tribuit crebras Academia Gallica lauros,
Qui Latias etiam Cecropiasque tulit. Félix ! ni fluctus iccautum egisset in altos,
Vexare ingenuum fraus medilata caput !
Ha?c attrivit opes, studiorum hœc otia rupit :
Forsan et hinc mors est aspera visa minus. Communem sensit conjux dilecta dolorem ,
Hic prope dilecti quae cubât ossa viri. Non his ambitio, non sedit pectore livor :
Atsimplex probitas, et sine labe fides.
Credibils est animas adeo virtutis amantes,
Ad quos haec abiit nunc habilare locos.
Il faut une âme bien candide pour permettre à sa plume de faire de soi un semblable portrait ! Et le portrait n'a pas la moindre exagération ; il n'est que ressemblant.
Chacun s'empressa de rendre à la mémoire de La Monnoye le juste tribut d'éloges qui lui était dû. Mais de tous les regrets que témoignèrent les poètes, il en est peu de mieux exprimés que ceux du père Oudin, jésuite, son ami. dans son poème latin intitulé: Ber-