‹ Les noels bourguignons de Bernard de La Monnoye (Gui-Barôzay) suivis des noels maconnais du p. Lhuillier (le parrain Bliaise), publiés pour la premìere fois avec une traduction littérale en regard du texte patois, précédés de notices sur La Monnoye et Lhuilier [et] suivis d'un coup d'oeil sur les noëls en BourgogneChapitre 24 sur 92 · XXVI NOTICE SUR LA MONNOYE · texte numérisé non relu

XXVI NOTICE SUR LA MONNOYE

chef-d'œuvre, que la postérité sera de plus en plus disposée à lui maintenir. A la bonne heure! voilà de la franchise et de la bonne foi !... Mais ce n'est point ici la place d'une causerie ancedotiquc à la façon de notre auteur. Renvoyons plutôt, pour compléter son éloge, aux diverses biographies, qui donnent la liste complète de ses autres ouvrages, sur lesquels nous ne nous appesantissons pas, notre attention étant principalement fixée sur ce tout petit volume des Noëls, auquel on reviendra, nous en sommes certain, plus souvent qu'aux autres. — Est-ce qu'on lit aujourd'hui YAfrica et les lettres latines de Pétrarque? Il a fait des Sonnets pour se reposer de ses savants travaux ; les travaux savants l'ont cédé aux Sonnets, qui seuls sont restés... Qui peut vous répondre qu'on n'en dira pas autant des Noëls de

F. Fertuult.

A". B. — Ayant, pour une raison particulière, réimprimé, sans y rien leioucher, notre Coup d'œil sur les Pioëls eu Bourgogne, nous croyons devoir indiquer ici que cette Notice a été très corrigée el augmentée au moins du quart de sa dimension actuelle.

*acsBa::*B»Bi'fc .% e,a Eëi«Buii.%.i»iBEi:

Nous donnons ici , en guise d'Appendice à la Biographie de La Monnoye, deux pièces, non pas justificatives, mais complémentaires, et qui diffèrent notablement entre elles.

L'une est une Epitre en vers bourguignons, adressée par le traducteur de Gui-Barôzai à un éminent conjpatriote, qui, par la traduction de quelques Nocls, avait commencé à vulgariser hors de sa province le malin auteur dijonnais.

L'autre est le jl/p'mo/re-réquisiloire lancé à la Sorbonne, par l'abbé Magnien, contre deux recueils de Noëls publiés simultanément à Dijon , et dont l'un est celui de La Monnoye. Elle est suivie de la Décision des neuf Docteurs qui , parmi Messieurs de Sorbonne, opinèrent ridiculement pour la censure.

De la première de ces deux pièces nous n'avons rien à dire, sinon que ce sont nos amis bourguignons qui l'ont demandée. Ils y ont trouvé une nuance qui reflète assez bien , selon eux , la physionomie du spirituel vigneron.

Quant à la deuxième pièce, il est inutile de faire ressortir tout ce qu'elle a d'inle'ressant. Elle fournit un long thème à toutes sortes d'observations. D'abord elle fait connaître quelques passages d'un recueil contemporain de nos Aoé'/s; ensuite elle montre quel esprit mesquin présidait à ces jugements timorés dont on est si bien revenu aujourd'hui ; enfin les passages cités dans le Mémoire et les mêmes pris dans le Volume peuvent donner lieu à une comparaison piquante, au point de vue des deux systèmes de traduction, l'une reproduisant religieusement son texte, l'autre maladroite, grossière et aussi pleine d'inintelligence que de mauvaise foi.

Nous sommes sûrs que les bibliophiles nous sauront gré de ce document, dont nous devons la communication à la gracieuseté d'un de nos plus fervents amateurs de beaux livres.

2ti JHonaten Cnui tiidïrô,

qui alvô dl, d'aivô nui pleùiue , de bé brave chose «il dul-Harozal.

Padei ! mon beà gaiçon , i seù vràman bon aise Que note fein chanleù, note Gui-Barôzai , Dan se suti I\'oeï tan et si for te plaize Qu'ai le virai po no tu te soo émuzai !

Padei ! j'an seù contan ! J'en saute et j'an gambaide .' Vrà , je seù dan le cà d'éclaitai mé saibô ! 1 treùve don anfin ein frian caimairaide, Ein lizeù corne moi qui le li tô d'ein cô !

Ma fl ! Si lu parmai, queiqu'i soo ein bonhome, Ein beà jor, tù de moime, ai l'hasar d'être cor , I prarai mon bôton , et peu j'iré voi come I me régaudiré su son conte aivô toi.

Ç'àt ein finau , stu-lai ; sou son bon ar tù béte Ai vos an di, fau voi ! Ç'à le Diale anmiérai. Ç'à dru, çà sanne dou... Le cuchù de sai tête At ein bôno d'espri que nun ne coiferai.

I me récode ancor le tan voù mai neùrice ( Mai meire), no chantô ce Canticle meichan , L'hyvar, qtian lai fouleire c-gitzi lai maglice, Et que cliécun iiù tôt ai traivar son cï«n.

Qu'el àt aimé, mon Dei .' ce Gui qu'on braime ancore ! Tu le sai, toi qu'anfan lai Bregognc é breussé, Di-tu. Su mai pairole, an :sai vile on l'aidore... Fau , po n'an fare autan , le poin comprare aissé.

3 Jttonetcur Couie Utat^ot,

n il avait dit, avec sa plaine, d? bien jolies choses sur Ciui-Bîarôzni.

Pardieu ! mon beau garçon , je suis vraiment bien aise Que notre fin chanteur, notre Gui-Barôzai , Dans ses subtils Noêls tant et si fort te plaise Qu'à le traduire pour nous tu te sois amusé !

Pardieu ! j'en suis content ! J'en saute et j'en gambade : Vrai , je suis dans le cas d'éclater mes sabots : Je trouve donc enfin un Iriand camarade, Un lecteur comme moi qui le lit d'un coup !

Ma foi ! si tu permets, quoique je sois un bonhomme, Un beau jour, tout de même, au risque d'être coi , Je prendrai mon bâton, et puis j'irai voir comme Je me réjouirai sur son compte avec toi.

C'est un finaud , celui-là ; sous son bon air tout bête Il vous en dit, faut voir ! c'est le Diable emmiellé. C'est dru, ça semble doux... Le sommet de sa tête Est un bonnet d'esprit que nul ne coiffera.

Je me rappelle encor le temps où ma nourrice ( Ma mère), nous chantait ces Cantiques méchants, L'hiver, quand la flambée aiguisait la malice, Et que chacun riait tout à travers sou chant.

Qu'il est aimé, mon Dieu ! ce Gui qu'on acclame encore ! Tu le sais, toi qu'enfant la Bourgogne a bercé.

Dis-tu. Sur ma parole, en sa ville on l'adore

Jl faut, pour n'en faire autant, ne le point comprendre assez.

No deu , qui l'on compri, je son dan lés liaibille. — Du Diale si jaimoi j'airù pansai qu'ein jor, Mon prôve Barôzai, ton piquan évaingille

Por ein gran moilre-és-ar sent prônai si for ! —

Ma, peùque ç'à sequi.je t'anvie ein voleùme Voù moi, ton sarviteù, l'é virai tût anlci ; Anpor i vorro bén aivoi ce que tai pieùmc Su son mairite, ai lu, nos é si bé contai.

I vorro bén ancor, — ç'à bé beâcô, san dùle, — Qu'an ce paipié saivan qu'ai troi vos écrive (1), Tu laississe, char fi, po moi cheùdre cine gôle De l'ancre qui te sar é mû lé meù trouvé.

Tu no baibille çai de faiçon si jantite...

Tén ! je n'ôze, ma fi, l'an grifonai pu Ion.

Su don ! Saute, Bregogne ! Et loi, char fi, di vile ;

Ce n'a ran qu'ein bcà di de toi que je velon.

Ein Borgiicnon be peu salai.

Pairi , 1842.

(i) La Revue Indépendante, où M. L. Viardol venait de publier une Etude d'uno haute portée sur les Noëls de La Monnoye, cl où, plus tard, il rendit compte de notre traduction.

Page 1