‹ Les noels bourguignons de Bernard de La Monnoye (Gui-Barôzay) suivis des noels maconnais du p. Lhuillier (le parrain Bliaise), publiés pour la premìere fois avec une traduction littérale en regard du texte patois, précédés de notices sur La Monnoye et Lhuilier [et] suivis d'un coup d'oeil sur les noëls en BourgogneChapitre 26 sur 92 · A LA BIOGRAPHIE. XXXV · texte numérisé non relu

A LA BIOGRAPHIE. XXXV

Fers JSoêl la petite Biaise, etc.

Voyez le Noël.

Page 54 (même Noël) :

Guy dont le cœur tendre ne se pouvoit déprendre, etc..

Il y a encore dans ces livrets beaucoup d'autres vers et expressions semblables.

On prie Messieurs de Sorbonne de déclarer au bas de ce Mémoire ce qu'on doit penser de ces livrets, dont sont tirés ces extraits, et ce que doivent faire en cette ville les pasteurs chargés du soin des âmes dans la diteville et autres lieux voisins.

DSQXSXOSr de M»l. de Sorbonne sur le Mémoire précédent.

Les Docteurs de Sorbonne soussignés, qui ont examiné l'exposé cy-dessus,sont d'avis que les extraits contiennent des choses fausses, scandaleuses et impies, qui tendent à la corruption des mœurs, et qui exposent au mépris et à la raillerie les Mistères de l'Incarnation et de la Naissance de J. C. ; que les pasteurs de cette ville doivent se pourvoir par devant l'ordinaire pour faire suprimer ces livreis, et qu'ils sont obligés d'empêcher que les personnes dont ils sont chargés ne retiennent et ne lisent ces livreis, et ne chantent ces Noëls.

Délibéré en Sorbonne, ce 24 Décembre 1701.

Signé : DE l?LANGA , GUESOX , DE TANOAN , DE PrÉCELLES,

Mortier, Petitpied, Boucher , Olrsel , Duval.

ÏLâ ïïKDïmJiïTB

Providus, ut multos haec servarentur in annos Carmina , burgundo tinxit Apollo sale.

(B. pfL. M.)

EYARTISSEMAN.

Corne i seù de lai raice dé bon Barôzai , je n'ai jaimoi velu palai autre langaige que stu de feù mon peire, et de feù mon grand peire, ai qui Dei baille bone vie. C'étoo dé jan , san vanitai sô-t-i di , qui aivein de lai lôquance autan qu'écharre de Dijon. El étein l'honeur de lai rue du Tillô, voù se trôvoo de lote tam lai feigne fleur du patoi. Ma on di bé vrai : çant an banneire, çant an ceveire. Depeùque de grè monsieu et de grande daime se son venun éborgé dan le quatei, i me seù éporsu que le borguignon y é quemancé ai faire lai quinquenelle. Mai fanne et mes anfan s'y gâtein de jor en jor, et j'ai remarquai qu'on y bailloo, jeusque dan l'écraigne, de tarbe sôflai ai Chaingenai. Ène dé chôze ancor qui m'é le pu dégôtai , c'a quel y é n'an , pandan l'Aivan, ein dimainche au soir, bon jor bone euvre, aidon qu'an chaufan mé graive je chantoo : Noei ture-lure, devan mon feù , un laquedrille d'un de ce monsieu me vin rejannai ai mai pote, et corne ai saivoo qu'aipré l'eà je n'haïssoo ran tan que le jamais, cl u l'insôlance, po me bravai , de me chantai de tôte sai force un Noei an bon franco! , qu'ai répéti tan et tan, qu'un de mé drolai le redizoo le

AVERTISSEMENT

Comme je suis de la race des bons Barôzai , je n'ai jamais voulu parler autre langage que celui de feu mon père et de feu mon grand-père, à qui Dieu donne bonne vie. C'étaient des gens, sans vanité soit-il dit , qui avaient de l'éloquence autant que rustre vigneron de Dijon. Ils étaient l'honneur de la rue du Tillot , où se trouvait de leur temps la fine fleur du patois. Mais on dit bien vrai : Cent ans bannière, cent ans civière. Depuis que de gros messieurs et de grandes dames se sont venus loger dans le quartier, je me suis aperçu que le bourguignon y a commencé à faire la dégringolade. Ma femme et mes enfants s'y gâtaient de jour en jour, et j'ai remarqué qu'on y donnait , jusque dans le taudis des veillées d'hiver, de terribles soufflets à Saint-Genès. Une des choses encore qui m'a le plus dégoûté , c'est qu'il y a un an, pendant l'Àvent, un dimanche au soir, bon jour bonne œuvre, lorsqu'on chauffant mes grèves je chantais : Noei ture lure, devant mon feu , un coquin de laquais d'un de ces messieurs vint me contrefaire à ma porte ; et comme il savait qu'après l'eau je ne haïssais rien tant que le français pur, il eut l'insolence, pour me braver, de me chanter de toute sa force un Noël en bon français, qu'il répéta tant et tant, qu'un de mes petits drôles

4 EVARTISSKMAN.

landemain tô coramman. Qui fu ben éboùi ? ce fu moi. Je ne fu potan ni fô ni étodi; je reviri le Noei de françoi an borguignon. C'a stu voù el à palai dé quate saizon. Tô deu son dan ce livrô ; qu'on lés épiglôgue, je baudi, ai dire d'espar, le mène aussi frian que l'autre. Aivô tô celai ; corne ai n'y é pas plaizi d'être tôjor dan les afre, moi qui voyoo que le borguignon n'étoo pu an seurtai dans lai rue du Tillô, que pechô ai pechô mai famille s'y débarôzoo, et que moi-moime j'y etoo, por ainsi dire, an emillan péri , je me seù ai lai parfin évizai de me veni recogné dan le fin fon délai Roulôte, le pu loin que j'ai pu du mauvois ar de lai moison de monsieu Peti.

Ç'à lai qu'é fêle, an mai raitore.

Dan mon humeur rémargôtore.

J'ai rimai ce darrei Noei, Que je plaice ici lé prcmci.

Lizé-lé, Jaque, Piare, Antone, Lai seustance an a belle et bone; Bé dé prone, bé dé sarmon Ne lé vaille pa dan le l'on.

Pandan qu'an cheire un curé braille.

Lés un dorme, lés autre bâille.

Ma po lé Noé que veci, Ai n'éténe pa , Dei marci !

Vo peuvé tôle lai jonée Chanté gaiman lo retonée, Seur, tan que vo lé chanleré, Que jaimoi vo ne dormiré.

Ai Dieu vo queman.

AVERTISSEMENT. 5

le redisait le lendemain tout couramment. Qui fut bien ébahi ? ce fut moi. Je ne fus pourtant ni fou ni étourdi ; je retournai le Noël de français en bourguignon : c'est celui où il est parlé des quatre saisons. Tous deux sont dans ce petit livre ; qu'on les épilogue, je garantis, à dire d'experts, le mien aussi délicat que l'autre. Avec tout cela, comme il n'y a pas plaisir d'être toujours dans les transes, moi qui voyais que le bourguignon n'était plus en sûreté dans la rue du Tillot, que peu à peu ma famille s'y débarôzait, et que moi-même j'y étais, pour ainsi dire, en éminent péril , je me suis à la fin avisé de de me venir recogner dans le fin fond de la Roulotte, le plus loin que j'ai pu du mauvais air de la maison de monsieur Petit.

C'est là qu'aux fêtes, en ma ratière, Dans mon humeur enjouée, J'ai rimé ces derniers Noëls, Que je place ici les premiers.

Lisez-les, Jacques, Pierre, Antoine, La substance en est belle et bonne; Bien des prônes , bien des sermons , Ne les valent pas dans le fond.

Pendant qu'en chaire un curé braille.

Les uns dorment, les autres baillent.

3Iais, pour les Noël s que voici, Ils n'ennuient pas, Dieu merci !

Vous pouvez toute la journée Chanter gaiement leur ritournelle , Sûrs, tant que vous les chanterez , Que jamais vous ne dormirez.

A Dieu je vous recommanda

NOEI TO NOVEA

Conipôzal l'au MDOCI, an lai rue de lai noulôte.

NOEI I

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