LUCA
— Ai seré don du moin venun An Roi qui n'a pa du comun , Seùgu d'éne cor dé pu belle , Lu de qui l'on é di çan foi Que se pié fon los escabelle De lai tête dés autre roi?
SIMON
— Nainin , ai n'a pa triomfan.
Ce n'a , dize-t-i , qu'ein Anfan , Frai soti dé tlan de sai Meire , San brizai pote , ni varô , Come au travar d'éne vareire Passe lai datai du solo.
Lia.
— C'àt ein Anfan? me di-tu vrai?
Tan meù ! vêlai tô note fai.
Tu sai bé , quant ein anfan crie , Que por an epoué lé cri ,
Nous dépêche ici son Messie Afin d'effacer nos péchés?
Ils m'ont dit qu'il ne venait pas En Rodomont , en Fier-à-bras , Armé du feu de son tonnerre , Dont, quand il le roule dans l'air, 11 fait trembler les quatre coins Et le milieu de l'Univers.
LUCAS
— Il sera donc du moins venu En Roi qui n'est pas du commun , Suivi d'une cour des plus belles , Lui de qui l'on a dit cent fois Que ses pieds font leur escabelle De la tête des autres rois?
SIMON
— Nenni , il n'est pas triomphant.
Ce n'est, disent-ils, qu'un Enfant Frais sorti des flancs de sa Mère, Sans briser porte , ni verroux , Comme au travers d'une fenêtre Passe la clarté du soleil.
LUCAS
— C'est un Enfant? me dis-tu vrai?
Tant mieux! voilà tout notre fait.
Tu sais bien, quand un enfant crie , Que pour en apaiser les cris,
'2t LA MUNNOYE.
Ai ne tau qu'énc chatterie,
Vou qu'un sublô , vou qu'un trebi.
SIMON
— Tu veu dire que je feron Du Peti ce que je voron.
Je n'aivon qu'ai parre coraige :
J'airon por ein Alélûa Le Pairaidi et son fignaige ; N'à-ce pa bon marché, Lucà?