‹ Les noels bourguignons de Bernard de La Monnoye (Gui-Barôzay) suivis des noels maconnais du p. Lhuillier (le parrain Bliaise), publiés pour la premìere fois avec une traduction littérale en regard du texte patois, précédés de notices sur La Monnoye et Lhuilier [et] suivis d'un coup d'oeil sur les noëls en BourgogneChapitre 32 sur 92 · LUCA · texte numérisé non relu

LUCA

— Vouei, Simon, veci justeman Lai Loi du Novea Testaman .

Le Pôpon nos y traite en fraire ; Ai n'a fiôlan, ni rebor; Aidieu vanjance, aidieu côlaire :

Ran po crainte , tô por aimor !

NOEI V

su l'ar : Pour vous voir un moment j'ai passé par Essonne. autrrman so l'ar : Des Laneelots.

Ai lai Nativitai Chanton, je vo suplie.

Le Verbe ammaillôtai Jeusque ai no s'humilie, Po no décharbôtai Du codon qui no Be.

Il ne faut qu'une chatterie,

Ou qu'un sifflet, ou qu'un sabot.

SIMON

— Tu veux dire que nous ferons Du Petit ce que nous voudrons.

Nous n'avons qu'à prendre courage :

Nous aurons pour un Alléluia

Le Paradis et son finage ; N'est-ce pas bon marché, Lucas?

LUCAS

— Oui , Simon , voici justement La Loi du Nouveau Testament.

Le Poupon nous y traite en frères ; Il n'est fanfaron, ni rebours; Adieu vengeance , adieu colère :

Rien par crainte , tout par amour !

NOËL V

sur l'air : Pour vous voir un moment j'ai passé par Essonne. autrement sur l'air : Des Lancelots.

A la Nativité

Chantons, je vous supplie.

Le Verbe emmailloté Jusqu'à nous s'humilie , Pour nous débarrasser Du cordon qui nous lie.

t't LA MONNOYE.

Ai lai Naitivitai Chanton, je vo suplie.

Ene Vierge é potai Neu moi le Fru de vie ; Le Saint-Espri fi lai Ene euvre bé sutie !

Ai lai Naitivitai Chanton, je vo suplie.

Haila ! quei pôvretai !

Lai Pucelle bénie N'u lai neù po geitai Qu'ein coin de borgerie.

Ai lai Naitivitai Chanton , je vo suplie.

Lé Dalô de citai Ne l'écouchire mie, N'esperan de celai Ni maille, ni demie.

Ai lai Naitivitai Chanton, je vo suplie.

Le bonhome Jôzai , D'éne meigne ébaubie, Regadô san palai Sai Compaigne transie.

Ai lai Naitivitai Chanton, je vo suplie.

D'Ainge émerilloniiai

A la Nativité

Chantons, je vous supplie.

Une Vierge a porté

Neuf mois le Fruit de vie ;

Le Saint-Esprit fit là

Une œuvre bien subtile !

A la Nativité

Chantons , je vous supplie.

Hélas ! quelle pauvreté !

La Pucelle bénie

N'eut la nuit pour gîter

Qu'un coin de bergerie.

A la Nativité

Chantons , je vous supplie.

Les Dalos de la ville

Ne l'accouchèrent pas ,

N'espérant de cela

Ni maille, ni salaire.

A la Nativité

Chantons , je vous supplie.

Le bonhomme Joseph , D'une mine ébaubie, Regardait sans parler Sa Compagne transie.

À la Nativité

Chantons , je vous supplie.

D'Anges émèrillonnés

Ene bande choisie Vin le reconfotai De sai mélancolie.

Ai lai Naitivitai Chanton, je vo suplie.

L'Arcainge Gabriai , An robe craimoisie , E borgei fu criai :

« Vené voi le Messie ! »

Ai lai Naitivitai Chanton, je vo suplie.

Tô ce bon paltôquai An fire chère-lie, Juan dé tricotai • Dessu lo chailemie.

Ai lai Naitivitai Chanton , je vo suplie.

Chécun , por étrenai Jésu , Jôzai , Mairie , Aivô dezô son brai Se boujôte garnie.

Ai lai Naitivitai Chanton , je vo suplie.

Lé borgeire, ai trôtai Ne fure pa gambie :

Tamar poti du lai De sai jeune torie.

Une bande choisie Vint le réconforter De sa mélancolie.

A la Nativité

Chantons , je vous supplie.

L'Archange Gabriel , En robe cramoisie, Aux bergers fut crier : « Venez voir le Messie ! »

A la Nativité

Chantons , je vous supplie.

Tous ces bons paltoquets (paysans)

En firent chère-lie,

Jouant des tricotets

Sur leur flûte champêtre.

A la Nativité

Chantons, je vous supplie.

Chacun, pour étrenner Jésus, Joseph , Marie, Avait dessous son bras Sa bougette garnie.

A la Nativité

Chantons, je vous supplie.

Les bergères , à trotter Ne furent pas boiteuses; Tamar porta du lait De sa jeune génisse.

Ai lai Naitivitai Chanton, je vo suplie.

Judi , de son fillai Bailli deuz épatie, Et Suzanne ein paquai De chaissô de sai buie.

Ai lai Naitivitai Chanton , je vo suplie.

Troi Roi d'autre coûtai Moitre an estrôiôgie , De l'Anfan nôveà-nai Saivein lai prôféeie.

Ai lai Naitivitai "Chanton, je vo suplie.

De l'étoile guidai , Tô troi de eompaignie Patire san menai Gran seùte, ni meignie.

Ai lai Naitivitai Chanton , je vo suplie.

L'un prin soin d'épotai De lai myére candie, L'autre d'or éfeignai Ene bone pognie.

Ai lai Naitivitai Chanton, je vo suplie.

Le tier, pu mâcherai

Tamar poli du lai — De sai jeune lorie, ludi de son fillai — Bailli deux épatie, El Suzane ein paqiiai — De ehaisBÔ do sai buie Page 28.

À la Nativité

Chantons, je vous supplie.

Judith , de son fil Donna deux écheveaux , Et Suzanne un paquet De couches de sa lessive.

A la Nativité

Chantons, je vous supplie.

Trois Rois d'autre côté, Maîtres en astrologie , De l'Enfant nouveau-né Savaient la prophétie.

A la Nativité

Chantons, je vous supplie.

Par l'étoile guidés , Tous trois de compagnie Partirent sans mener Grand' suite , ni famille.

A la Nativité

Chantons, je vous supplie, L'un prit soin d'apporter De la myrrhe candie, L'autre d'or affiné Une bonne poignée

A la Nativité

Chantons, je vous supplie.

Le troisième, plus màchuré

Qu'ein roi d'Etiôpie, Prezanti po son plai De l'ançan d'Airaibie.

Ai lai Naitivitai Chanton, je vo suplie.

Aidon le beu tô gay Antoni sai pâlie, Et l'àne ein beà copiai Qui venô d'Arcadie.

Ai lai Naitivitai Chanton, je vo suplie.

Le drôle, au moi de mair Coran po lé prairie , * N'airo, je croi, pa fat Muzicle pu jolie.

Ai lai Naitivitai Chanton, je vo suplie. Lé Maige , esseurfantai D'éne tei mélodie, An pansire gâtai Lote çairimonie.

Ai lai Naitivitai Chanton, je vo suplie.

Jôsai, plein de respai , Di : «Messieu, je vo prie, Escuzé, s'ai vo plai ;

Qu'un roi d'Ethiopie, Présenta pour son plat De l'encens d'Arabie.

A la Nativité

Chantons, je vous supplie.

Alors le bœuf tout gai

Entonna sa partie ,

Et l'âne un beau couplet

Qui venait d'Arcadie.

A la Nativité

Chantons, je vous supplie.

Le drôle, au mois de mai, Courant par les prairies, N'aurait, je crois, pas fait Musique plus jolie.

A la Nativité

Chantons, je vous supplie.

Les Mages , effrayés D'une telle mélodie , En pensèrent gâter Leur cérémonie.

A la Nativité

Chantons, je vous supplie.

Joseph , plein de respect ,

Dit : « Messieurs, je vous prie ,

Excusez, s'il vous plaît;

39 LA HONNOYE.

C'àt ein àne qui crie... »

Ai lai Naitivitai Chanton, je vo suplie.

NOEI VI

si- i .vn : Dons notre village.

A-ce ici le Moitre De tô l'Univar?

Ai fau voi bé clar Po, du premei cô, requeùnoitre Le Dei de Jaco Fai tô corne no.

Sai bontai l'émeune An masque no voi.

Lé gran queiquefoi An masque ai méneù se promeune , Po devé le tam De cairemantran.

Ma tô po tô core Lé masque en seurtai ; Ai son respaictai Dan tô lé quatei qu'ai se fore :

An leù que Jésu Seré mau reçu.

Lé Jui, ce fantasque.

Ce maudi boreà .

C'est un âne qui crie... »

A la Nativité

Chantons, je vous supplie.

NOËL VI

sur l'air : Dans notre village.

Est-ce ici le Maître De tout l'Univers?

Jl faut voir bien clair Pour, du premier coup, reconnaître Le Dieu de Jacob Fait tout comme nous.

Sa bonté l'amène En masque nous voir.

Les grands quelquefois En masque à minuit se promènent , Par devers le temps De carême-entrant.

Mais tout partout courent Les masques en sûreté ; Il sont respectés Dans tous les quartiers où ils se fourrent : Au lieu que Jésus Sera mal reçu.

Les Juifs, ces fantasques , Ces maudits bourreaux .

M LAMONNOlli.

Su sai prôve péà Fraiperon san respai du masque Ma létreite ein jor Airon lote tor.

An autre équipaige Ai le revoiron.

Je lés antandron Grincé lé dan de maule-raige, Et no, graice ai Dei , Je diron : Noei !

NOEI VII

su l'ar : Sommes-nous pas bien heureux'

Ein jor lai-hau Dei le Fi , Ansin que po lai lucane De tôte par ai luzane, Su Nazarai s'éréti.

Ai vi lai Vierge Mairie, Fillôte de quatoze an , Frôche come an lai prairie Lai viôlaite au printam.

Lai Pucelle nétô pa De ce vivre qui vo beùille; Elle boissè lé deuz eûille , Et ne marché qu'an bompa.

Prié c'étô sai besogne; Elle en fezô sou plaia .

'P'SMN.CIÏHlO

Ai vi lai Vierge Mairie, Filli'ite de quaioze an , Proche romme an lai prairie Lai viùlaite au printam.

( Page 34

Sur sa pauvre peau Frapperont sans respect du masque ; Mais les traîtres un jour Auront leur tour.

En autre équipage

Ils le reverront.

Nous les entendrons Grincer les dents de male-rage , Et nous, grâce à Dieu, Nous dirons : Noël !

NOËL VII

sun l'air : Sommes-nous pas bien heureux?

Un jour là-haut Dieu le Fils , Pendant que par la lucarne De toutes parts il regarde, Sur Nazareth s'arrêta.

Il vit la Vierge Marie, Fillette de quatorze ans , Fraîche comme en la prairie La violette au printemps.

La Pucelle n'était pas

De ces effrontées qui vous regardent;

Elle baissait les deux yeux ,

Et ne marchait qu'en compas.

Prier c'était sa besogne ;

Elle en faisait son plaisir.

Et bailloo ai sai quelogne Le reste de sonloizi.

Dei le Fi , se récôdan Quel aivè dessein de parre Ene Meire su lai tarre Depeù lai eheùte d'Adam , Trôvi lai Vierge si daigne De li baillé dan le brei Ai cheulai dan sai tetaigne, Qu'ai jeti son plom su lei.

Echaufai de son aimor,

Su l'heure moime ai propose

Ai Dei son Peire lai chose,

An li tenan ce discor :

«* Peire, i vai , si bon vo sanne,

Parre éne Meire ai mon grai ;

C'a lai Fille de daime Anne,

Mairion de Nazarai. »

Le Peire , lai dessu , di :

« Iseù d'aicor du mysteire; Elle devarré tai Meire, Le Saint-Espri son Mairi.

Ai fanne qui sô pu saige On ne peu le mairiai.

Vite, don , po le messaige Fezon veni Gabriai. »

Quan de tô le tu-autan i L'Ainge u bé rampli sai tète.

Et donnait à sa quenouille Le reste de son loisir.

Dieu le Fils , se rappelant Qu'il avait dessein de prendre Une Mère sur la terre Depuis la chute d'Adam , Trouva la Vierge si digne De lui donner dans le berceau A boire dans sa mamelle, Qu'il jeta son plomb sur elle.

Echauffé de son amour, Sur l'heure même il propose A Dieu son Père la chose, En lui tenant ce discours :

« Père, je vais, si bon vous semble, Prendre une Mère à mon gré ; C'est la Fille de dame Anne, Marion de Nazareth. »

Le Père, là-dessus, dit :

« Je suis d'accord du mystère ; Elle deviendra ta mère, Le Saint-Esprit son Mari.

A femme qui soit plus sage On ne peut le marier.

Vite, donc , pour le message Faisons venir Gabriel. »

Quand de tout le Tu autem L'Ange eut bien rempli sa tête,

38 I \ HONNOTO.

Ai prin ses aile dé fête, Et vôli corne le van Devé lai Vierge discraitc, Qui priô devan son feù , Dan lai chambre qu'ai Loraite On montre ancor aujodeù.

Po lai fenêtre el antri ,

Et peu de queique distance

Ai li fi lai révérant»;

Car el été bén épri :

« Dei vo gar, mai chère aimie.

Dit-i d'éne douce voi ,

Béni so le Fru de vie

Que vos aire dan neu moi. »

Mairie, antandan celai , Se trôbli tan , qu'an areire Elle an chesi su sai cheire, Qui de foteùgne étù lai ; Elle grulle, elle tressûe, Rougi, blaimi, s'étodi; Anfin, s'étan requeùnué, Prein coraige et répondi :

« De quei fru me paie vo?

Je pré tan meuri pucelle ; Vo mêlai baillerein belle; Monsieu , si je vo croyô :

Vo me scnongé bissétre.

Je seù promise, el à vrai ;

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