LES NOELS BOURGUIGNONS. 3ÎJ
Il prit ses ailes de fête, Et vola comme le vent Devers la Vierge discrète Qui priait devant son feu , Dans la chambre qu'à Lorette On montre encore aujourd'hui .
Par la fenêtre il entra ,
Et puis de quelque distance
Il lui fit la révérence;
Car il était bien appris :
« Dieu vous garde, ma chère amie,
Dit-il d'une douce voix ;
Béni soit le Fruit de vie
Que vous aurez dans neuf mois. »
Marie, entendant cela, Se troubla tant, qu'en arrière Elle en tomba sur sa chaise, Qui par hasard était là; Elle tremble, elle sue, Rougit, blêmit, s'étourdit:
Enfin, s'étant reconnue, Prit courage et répondit :
« De quel fruit me parlez-vous?
Je prétends mourir pucelle ; Vous me la donneriez belle, Monsieur, si je vous croyais :
Vous me présagez malheur.
Je suis promise, il est vrai ;
Ma saicbé que c'a por être Sœur et non faune ai Jôzai. »
L'Ainge di : « Je ne vén pa Ici vo contai dé faule.
Tô se peu quan Dei s'an maule ; Or, ai s'an maule an ce cà.
N'ain pô d'aucun maulancombre, Laissé faire au Saint-Espri ; L'anvelôpe de son ombre Vo bôtré bén ai l'aibri.
« Ein example tô nôveà De lai Pussance divaigne Eclaite an vote couzaigne, Vote couzaigne Izaibeà ; Vo saivé que, tôjor braime, Elle passe cinquante an ; Vêlai potan que lai daime A grosse d'ein bel anfan. »
L'Ainge échevan ce prôpô, Mairie, étrainge morvaille !
An concevi po l'oraille Le Fi de Dei tô d'un cô.
Ses antraille fremissire Du Varbe au dedan logé, Et dan troi moi quemàncire Ai santi l'Anfan rogé.
S'ai ne se feusse évizai De veni , boissan d'étaige,
Mais sachez que c'est pour être Sœur et non femme à Joseph. »
L'Ange dit : « Je ne viens pas Ici vous conter des fables.
Tout se peut quand Dieu s'en mêle ; Or, il s'en mêle en ce cas.
N'ayez peur d'aucun obstacle, Laissez faire au Saint-Esprit ; L'enveloppe de son ombre Vous mettra bien à l'abri.
« Un exemple tout nouveau De la Puissance divine Eclate en votre cousine, Votre cousine Elisabeth.
Vous savez que, toujours stérile, Elle passe cinquante ans ; Voilà pourtant que la dame Est grosse d'un bel enfant. »
L'Ange achevant ce propos,
Marie, étrange merveille!
En conçut par l'oreille
Le Fils de Dieu tout d'un coup.
Ses entrailles frémirent
Du Verbe au dedans logé,
Et dans trois mois commencèrent
A sentir l'Enfant remuer.
S'il ne se fût avisé
De venir, baissant d'étage,
Se coeilîai de note imaige, Je serein tretô vezai.
Chantons-an Noei , mé fraire, An mille et mille faiçon :
Faute de pôvoi meù faire Poyon du moin an chanson.
NOEI VIII
su l'ar : Peut on voir dans notre couvent*
Hai, mon Dieu! quei tam maulaidroi !
Que de noge es étoi Quau vo no vené voi !
Le manteà de char huméne Don vo vos été couvar N'é que trô po no l'redéne Ici sôfar, Parce dé bruéne D'ein cruel hyvar.
Vo peuvein dessu le velor, Roi d'éne noble cor, Vos éclôre au gran jor.
C ont an de vote cabane , De vote brei varmùlu , De vote beu , de vote âne , Humble grelu, Ni porpre, ni pane Vo n'aivé velu.
Se coiffer de notre image, Nous serions tous perdus.
Chantons-en Noël , mes frères , En mille et mille façons :
Faute de pouvoir mieux faire, Payons du moins en chansons.
NOËL VIII
sur l'air : Peut-on voir dans notre couvent ?
Hé, mon Dieu! quel temps maladroit!
Que de neige sur les toits Quand vous nous venez voir !
Le manteau de chair humaine Dont vous vous êtes couvert N'a que trop pour nos fredaines Ici souffert , Percé des hruines D'un cruel hiver.
Vous pouviez sur le velours, Roi d'une noble cour, Vous éclore au grand jour.
Content de votre cabane, De votre berceau vermoulu , De votre bœuf , de votre âne , Humble pauvret, Ni pourpre, ni panne, Vous n'avez voulu.
44 LA MONNOVh-
Vo laissé l'or et le brôcar, Lai pompe , lé grans ar E millor , é richar ; Vo lo laissé lé déglice , Lé jeu , lé ri , les ébai ; Ma vo lo laissé lo vice, Lo làchetai , Tôte lo maglice, Los igniquitai.
Ce vauran , ce poteguignon T De treuffe , de pignon S'échaufe le rognon.
Du san du peuple ai s'angraïsse Por eu côie lé bon vin ; Ai son tôjor ai lai chaisse Su le voisin , Et dan lo môlaîsse Peurisse ai lai fin.
Ambrenai de mille défau , Treite , glôton , ribau , Fezeu de contra fau , Je lé plain bé daivantaige Que vo , qui grullé de froi , Qui sôfré de bon coraige Lai faim , lai soi , Qui , chargé d'ôtraige , Meure su lai Croi .
Nos aivé de L'home, cl à vrai.