‹ Les noels bourguignons de Bernard de La Monnoye (Gui-Barôzay) suivis des noels maconnais du p. Lhuillier (le parrain Bliaise), publiés pour la premìere fois avec une traduction littérale en regard du texte patois, précédés de notices sur La Monnoye et Lhuilier [et] suivis d'un coup d'oeil sur les noëls en BourgogneChapitre 36 sur 92 · LES NOELS BOURGUIGNONS. S · texte numérisé non relu

LES NOELS BOURGUIGNONS. S

On ne saurait dans vos annales Trouver de prodige aussi grand , Bien qu'on y trouve des serpents , Des ânesses qui parlent.

Au prix d'une Mère pueelle Dont vous êtes ici -bas sorti , Adam, de poussière pétri , N'est qu'une bagatelle.

Quelle patience ! un Dieu qui tète, Un Verbe qui ne parle pas , A qui l'on donne de la bouillie, Qu'on rechange, qu'on berce !

Hélas ! combien de chansonnettes La pauvre Vierge vous a dites Pour au maillot vous endormir Après votre panade !

Avec les petites marmailles, A six ans , vous souvenez-vous Comment vous jouiez à la cligne-musette Ou à la courte-paille ?

Enfant , vous prîtes nos faiblesses ; En Croix , plus grand , vous avez souffert : Encore pour qui ? pour des cafards, Des narquois, des drôlesses.

Pour des grijjetles, des brelandières, Pour des gourmands , des truands ,

Po dés bôquelles , dé vauran , Dé raice de vipeire.

Compté-no tretô, je vo prie ; Je gaige qu'an ein m il ion Vo n'an trôvé pa troi de bon . . .

Lai belle loterie !

C'a pei qu'autan, le cœur m'an saigne ; Le monde au vice àt échaiti.

Devein-vo po lu tan pâti ?

Ai n'an été pa daigne.

Ai sanne, ai le voi si maussaige, Que vo n'y sein venun jairnoi.

Vos y revarrein bé ean foi San gaigné daivantaige.

NOEI XI

su l'ar : Réveillez-vous, belle endormie.

Je n'ôblirai jaimoi le prône Que devé Noei , l'an passai , Note Curé Messire Antone No fi du Prôféte Élizai :

« Cefu, no disô-t-i , mé traire, Un Prôféte, ma dé pu gran , Çan miracle an éne heure ai faire Ne li coutein non pu que ran.

Pour des chicaneurs , des vauriens, Des races de vipères.

Comptez-nous tous , je vous prie ; Je gage qu'en un million Vous n'en trouvez pas trois de bons...

La belle loterie !

C'est pis que jamais, le cœur m'en saigne ; Le monde au vice est affriandé.

Deviez-vous pour lui tant pâtir?

Il n'en était pas digne.

Il semble, à le voir si mal-sage, Que vous n'y soyez venu jamais.

Vous y reviendriez bien cent fois Sans gagner davantage.

NOËL XI

svb i.'.ur : Réveillez-vous, belle endormie.

Je n'oublierai jamais le prône Que devers Noël , l'an passé, Notre Curé Messire Antoine Nous fit du Prophète Élizée :

« Ce fut, nous disait-il, mes frères, Un Prophète, mais des plus grands.

Cent miracles en une heure à faire Ne lui coûtaient non plus que rien.

m Lé ville an étein ébouie.

Lé prince li fezein lai cor ; Es éveugle ai bailla l'ouïe.

El airô foi voi clair ein sor.

« Au Mon-Carmai an grant aproussc Éne fanne ali le queri :

« Vené, fit elle, ai lai récousse ; « Mon prôve anfan vén de meuri. »

« — Pai 1 couzé-vo , di le Prôféte ;

« Mon clar le tireré de lai ,

a An li bôtan dessu lai tête

(( Mon bâton d'ormeà que vêlai. »

« — Vote clar gairirè pranture , « Di lai faune, ein peti bobo ; « Ma por éne pairoille cure, « Vené, ce n'a pas trô de vo. »

« El y fu don , et dan lai chambre Voù gizô le peti garçon , Ai trovi qu'el aivô lé mambre Deijai pu froiquc dé glaiçon.

« Ai vanille aussitô lai pote, Et peu, montai! dessuie loi , S'y récrepissi de tei sote Qu'ai devin pu cor d'ein quatei.

« Eùille contre eiiillo, paite ai paite, Lofre ai lotte su le peti,

« Les villes en étaient ébahies, Les princes lui faisaient la cour ; Aux aveugles il donnait l'ouïe, Il aurait fait voir clair un sourd.

« Au Mont-Carmel , en grande hâte

Une femme alla le chercher :

« Venez, fit-elle, à l'aide;

« Mon pauvre enfant vient de mourir. »

« — Paix ! apaisez-vous, dit le Prophète ; « Mon clerc le tirera de là, « En lui mettant dessus la tête « Mon bâton d'ormeau que voilà. »

« — Votre clerc guérirait peut-être, « Dit la femme, un petit bobo ; « Mais pour une pareille cure, « Venez , ce n'est pas trop de vous. »

« Il y fut donc, et dans la chambre Où gisait le petit garçon , II trouva qu'il avait les membres Déjà plus froids que des glaçons.

» Il verrouille aussitôt la porte, Et puis, montant dessus le lit, S'y raccroupit de telle sorte, Qu'il devint plus court d'un quart.

« OEil contre œil, patte à patte, Lèvre à lèvre sur \o petit,

Pei su pei , san autre recette, Ai fi si bé qu'ai l'échauffi.

« D'aibor l'anfan baaille , rebaaille , Cleignôte, grimôle, s'étan , Etarnuë , anfin se révaille, Se leuve, et charche sai mamman.

« Vêlai , dizô Messire Antone, L'imaige du Yarbe fai char.

Je vo vai , san beàcô de pone, Montrai qu'ai n'a ran de si clar.

« Le garcenô qui ressuscite, N'à-ce pas l'home tô craiché, Que Jésu-Chri , po se mérite, Sauve de lai mordu peiché?

« Le Sain Prôféte qui dévaule De lai cime du Mon-Carmai , Ça Jésu qui vén dan l'étaule, Du hau du céleste Palai.

'< Tô jeuste ai lai taille anfantaigne

Elizal se rétrecissi ;

Po no lai Majestai divaigne

Au moime éta se réboissi.

« Or, pansé quei fu l'aulegresse De voi l'anfan révigôtai !

No qui recevon moime graice, J 'an devon bé tretô chantai. »

Pied sur pied , sans autre recette, Il fit si bien qu'il réchauffa.

« D'abord l'enfant bâille, rebàille, Clignotte, grommelle, s'étend, Éternue, enfin se réveille, Se lève et cherche ^a maman .

« Voilà, disait Messirc Antoine, L'image du Verbe fait chair. Je vous vais, sans beaucoup de peine, Montrer qu'il n'est rien de si clair.

« Le petit garçon qui ressuscite, N'est-ce par l'homme tout craché, Que Jésus-Christ , par ses mérites, Sauve de la mort du péché?

« Le Saint Prophète qui descend De la cime du Mont-Carmel , C'est Jésus qui vient dans l'étable, Du haut du céleste Palais.

a Tout juste à la taille enfantine Élizée se rétrécit ; Pour nous la Majesté divine Au même état se rabaissa.

« Or, pensez quelle fut l'allégresse De voir l'enfant ravigoté !

Nous qui recevons même grâce, Nous en devons bien tous chanter. »

Aidon , po bôtre an train se fraire, Note bon Curé, tan qu'ai pu , Le fin premei quemance ai braire. . .

J'an fire tô autan que lu.

NOEI XIII

sr i.'ak : De Léandre.

Je ne sai voù c'a que j'ai H Éne coutume de no peire, Qui de Noei , ce m'àt aivi , Reprezante bé le misteire.

Le cà venan tôt ai propô, Je vos an vai dire deu mô.

Quan po lé rué on conduzô Ai lai pôtance ein mizerable, Oui , lai torche ai lai main , fezô An cheminze aimande honorable, Veci , po le tiré de lai , Quei fu lai mode an ce tam lai .

Si por aivanteure an chemin , Éné fille aivô le coraige, Ambraissan le prôe coquin , D'an requeri le mairiaige ; Éne tei demande ai l'instan Du licô sauvé le brigan.

Tô de moime si le licô Éto porène do ré fille,

(Juan p<t lé rue on cunduzô Ai lai pôlance fin mizerable, Qui, lai lorche ;ii lai main, l'c/n An cheminzc aimande honorahli Page 62

Alors, pour mettre en train ses frères, Notre bon Curé, tant qu'il put , Le fin premier commence à braire...

Nous en fîmes tous autant que lui.

NOËL XIII

sur l'air : De Lêandre.

Je ne sais où c'est que j'ai lu Un coutume de nos pères , Qui de Noël, ce m'est avis , Représente bien le mystère.

Le cas venant tout à propos, Je vous en vais dire deux mots.

Quand par les rues on conduisait À la potence un misérable, Qui , la torche à la main , faisait En chemise amende honorable, Voici , pour le tirer de là , Quelle fut la mode en ce temps-là.

Si , par aventure en chemin , Une fille avait le courage, Embrassant le pauvre coquin , D'en requérir le mariage, Une telle demande à l'instant , Du licou sauvait le brigand.

Tout de même si le licou Était pour une de ces filles,

<H l A MONNOYE.

Qui tode ai los entai) le cd,

De pô de passai po gaudrillf, Un garçon qui lai requérà, An l'épouzan lai délivra.

Boue jan , de vo-moime, i croi , Vos antandé lai pairaibôle ; Po lai forme ici tùtefoi Je serai le moitre d'école, Et vo dirai lé si , lé cà , Come si vo n'antandein pa.

Ce jan don qu'on meune au gïbai , Çà lai prôve naiture nuniéne, An gnin daingé po se inéfai De meuri come éne villéne, D'éneetrainge sotede mor, Qui tuô l'àme aivô le cor.

Dei le Peire aivô contre lei Prononçai lai tarbe santance ; D'ôfice le Diale aivô jei An Ànfar plantai lai pôtance :

Ç'an étô fai si Jésu-Chri Ne se feusse ôfar po main.

Por épozai l'humanitai Su tarre el é velu déçandre.

Je peuvon , graice ai se boutai , No dire tô rècou de pandre.

Chantons-an Noei bel et bé:

J'airein san lu chantai Salve.

LES NOELS BOURGUIGNONS. 6a

Qui tordent à leurs enfants le cou , De peur de passer pour débauchées, Un garçon qui la requérait , En l'épousant la délivrait.

Bonnes gens, de vous-mêmes, je crois, Vous entendez la parabole ; Pour la forme ici toutefois Je serai le maître d'école ; Et vous dirai les si , les cas , Comme si vous n'entendiez pas.

Ces gens donc qu'on mène au gibet, C'est la pauvre nature humaine, En grand danger pour ses méfaits De mourir comme une vilaine, D'une étrange sorte de mort, Qui tue l'àme avec le corps.

Dieu le Père avait contre elle Prononcé la terrible sentence ; D'office le Diable avait déjà En Enfer planté la potence :

C'en était fait, si Jésus-Christ Ne se fût offert pour mari.

Pour épouser l'humanité Sur terre il a voulu descendre.

Nous pouvons, grâce à ses bontés, Nous dire tous sauvés de pendre.

Chantons-en Noël bel et bien :

Nous aurions sans lui chanté Salve.

NOEI XIII

su i.'au : Si lu cruelle se ni de mm.

Dialogue - :: sc?»&ei , sai r.-.:::;s , lai visas

LE BOKI'.EI

— Fanne , coraige , Le Diale à mor ; Aipré l'oraige J'on lé beà jor.

Dei pré d'ici repôze ammaillôtai Su lai frétille; Lés Ainge ai force de chantai S'an égozille ; Tôt an fremille.

LAI F.VNNE.

— Çai ! mai gorgeire, Mon jazeran,

Mai clarceleire, Mon goudô blan !

Gai , marchon gai , tôjor gai ! No pa pd Que je m'éréte ; Je meur de voir ce garcenô, Don no Proféte Ton tan de fête.

NOËL XIII

sur l'air : Si la crucVe se rit de moi.

Dialogue *-•:: bssgee, sa femme, la vieese

le berger.

— Femme, courage, Le Diable est mort; Après i 'orage,

Nous avons les beaux jours.

Dieu, près d'ici, repose emmaillotté Sur la paille; Les Anges, à force de chanter, S'en égosillent; Tout en retentit.

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