‹ Les noels bourguignons de Bernard de La Monnoye (Gui-Barôzay) suivis des noels maconnais du p. Lhuillier (le parrain Bliaise), publiés pour la premìere fois avec une traduction littérale en regard du texte patois, précédés de notices sur La Monnoye et Lhuilier [et] suivis d'un coup d'oeil sur les noëls en BourgogneChapitre 43 sur 92 · NOELS · texte numérisé non relu

NOELS

composés Tan 1900, dans la rue do Tillol.

NOELI

sur l'air : Robin lurelure.

En l'honneur du Fils de Dieu , Qui racheta la nature, En ce saint jour de Noël,

Ture-lure , Chantons, malgré la froidure :

Noël ture-lure-lure.

D'une crèche il fit son berceau, Son palais d'une masure, D'une botte de paille son lit,

Ture-lure , D'un chiffon sa couverture :

Noël ture-lure.

Il n'avait feu ni sarment Pour réchauffer sa charnure; La bise et les quatre vents ,

Ture-lure, Lui soufflaient des engelures :

Noël ture-lure-lure.

Lé mau qu'el é supotai On sauvai lai créature ; C'a ce qui no fai chantai ,

Ture-lure ; J'an dessaron no ceinture :

Noei ture-lure-lure.

Alon, gai ! sauton, danson An çan joyeuse posture ; Por élongé lai chanson,

Ture-lure, Émasson dé rime an ure :

Noei ture-lure-lure.

L'ar an à bé jôliai ; Tô lé lanturlu-lanture, Lé flon-flon, lé triolai,

Ture-lure, Jaimoi non vaillu, pranture :

Noei ture-lure-lure.

I cueùde po le çartain

Que, non san queique brôdure,

De Yizai , le moi prochain ,

Ture-lure , Feré bôtre en son Marcure :

Noei ture-lure-lure.

Lai Caidémie en respai, Nonostàn l'impôiissure, Ai lai faveur du seùjai ,

5" ^"Vf v?^

&ISSSSN- COTT A P.»

Alon, gai ! saulon , danson \n çan joyeuse posture .'. ..

Page 96.)

Les maux qu'il a supportés

Ont sauvé la créature ;

C'est ce qui nous fait chanter,

Ture-lure ; Nous en desserrons nos ceintures : Noël ture-lure-lure.

Allons, gais ! sautons, dansons En cent joyeuses postures ; Pour allonger la chanson,

Ture-lure, Amassons des rimes en ure Noël ture-lure-lure.

L'air en est bien joliet ; Tous les lanturlu-lanture , Les flons-flons , les triolets ,

Ture-lure, Jamais n'ont valu , d'aventure :

Noël ture-lure-lure.

Je pense pour le certain

Que , non sans quelque brodure ,

De Vizé , le mois prochain ,

Ture-lure , Fera mettre en son Mercure :

Noël ture-lure-lure.

L'Académie en respect , Nonobstant l'incorrection , A la faveur du sujet,

98 LA MONNOYK.

Ture-lure , N'i feré poin de raiture :

Noei ture-lure-lure.

Si ce Canticle peuvô

Se faire au Louvre ôvature.

Le Roi lu-moime aussitô ,

Ture-lure , Antonnerô, je m'éssure :

Noei ture-lure-lure.

Felipe, son peti-fî , Tarré por ein bon augure Qu'on dize an tô lé paï ,

Ture-lure , Yoû rôleré sai voiture :

Noei ture-lure-lure.

Ici le pu vieu penar, Sai n'é l'oraille trô dure , Trepille corne un luzar,

Ture-lure, Dô qu'el antan qu'on marmure Noei ture-lure-lure.

Lé Carme , lé Jaicôpin , Lé Refuge , lés Orsure , Lé Chàtreu, lé Capucin

Ture-lure , Chante dedan la clôture :

Noei ture-lure-lure.

Ture-lure , N 'y fera point de rature :

Noël ture-lure-lure.

Si ce Cantique pouvait

Se faire au Louvre ouverture ,

Le Roi lui-même aussitôt,

Ture-lure , Entonnerait , je m'assure :

Noël ture-lure-lure.

Philippe , son petit-fils , Tiendra pour un bon augure Qu'on dise en tous les pays,

Ture-lure , Où roulera sa voiture :

Noël ture-lure-lure.

Ici le plus vieux pénard , S'il n'a l'oreille trop dure , Trépigne comme un lézard ,

Ture-lure , Dès qu'il entend qu'on murmure :

Noël ture-lure-lure.

Les Carmes, les Jacobins , Les Refuges , les Ursulines , Les Chartreux, les Capucins,

Ture-lure , Chantent dans leur clôture :

Noël ture-lure-lure.

Ma chantai du bou dé dan , C'a ne chantai qu'an painture.

Ai fau qu'ancor au dedan ,

Ture-lure , Le cœur chante san fointure :

Noei ture-lure-lure.

Aivan que je trépassein , Prion Dei qu'ai no récure , Aifin qu'ein jor je peussein,

Ture-lure , Lai-hau chantai de mezure :

Noei ture-lure-lure !

NOEI II

su l'ai» : Du Grand Saucour.

Man Dei ! que d'anvie Je pote ai ce borgei , Que le Fru de vie Ché lu vi lé premei !

Lés Ainge lo baillire Le bal tô po ran , Et l'Anfan Qu'ai saluïre Fi bon vizaige ai lo maigre prezan.

On peu, sans qu'on raille, Dire , corne cl à vrai .

Le tam dé morvaille,

Mais chanter du bout des dents , C'est ne chanter qu'en peinture.

Il faut qu'encore au dedans,

Ture-lure , Le cœur chante sans feinte :

Noël ture-lure-lure.

Avant que nous trépassions , Prions Dieu qu'il nous récure, Afin qu'un jour nous puissions ,

Ture-lure , Là-haut chanter en mesure :

Noël ture-lure-lure !

NOËL II

sur l'air : Du grand Saucour

Mon Dieu ! que d'envie Je porte à ces bergers Que le Fruit de vie Chez lui vit les premiers ! Les Anges leur donnèrent Le bal tout pour rien , Et l'Enfant Qu'ils saluèrent Fit bon visage à leurs maigres présents.

On peut, sans qu'on raille, Dire, comme il est vrai , Le temps des merveilles,

102 LA MONXOVi;.

Que ce fu cetu-lai.

Su lé mon, su lé plein* Volein Chérubin, Séraifin Ai lai dôzéne; Ma mointenan ai crainde le serin.

De bonne foteùgne, Si le benoî Jésu Eusse autan de leùgnc Vicu qu'el aire pu , Du Jodain lai riveire N'eusse pa tojor, Su se bor, Vu lai lemeire Que l'Ouche airô vu petétre ai son lor.

Qu'ici, dan lé rue, Quant el airô passai.

De jan ai sai vue Se serein émassai !

De l'eùille et de l'oraillo On l'airô suvi Tô ravi.

Su le muraille Le grô Cancoin sans pô airô gravi.

Chécun du Messie Se ferô pain brio ;

On ne voirô mie Dé prôçai d'Aubriù.

^^svsaso*;

WWÛN-COTTURD

Su lé muraille

Le grA Cancoin san pô airo gravi.. .

( Page 102.)

Que ce fut celui-là.

Sur les monts, sur les plaines Volaient Chérubins, Séraphins A la douzaine ; Mais maintenant ils craignent le serein.

De bonne fortune, Si le bénin Jésus Eût autant de lunes Vécu qu'il aurait pu, Du Jourdain la rivière N'eût pas toujours Sur ses bords, Vu la lumière Que l'Ouche aurait vu peut-être à son tour.

Qu'ici, dans les rues, Quand il aurait passé, De gens à sa vue Se seraient amassés!

De l'œil et de l'oreille On l'aurait suivi Tout ravi.

Sur les murailles Le gros Cancoin sans peur aurait gravi.

Chacun du Messie Se ferait du nanan ;

On ne verrait mie Des procès d'Aubriot.

104 LA MONMOYE.

Pu de morcei de fille , Ni pu de brelan , De boucan; Es équeville On champerô lé mouche et lé ruban

Au ton de nos ame Réchaufai lai vatu, Émoti lé flame De l'aimor défandu , Ce serô note ôvraige , Et l'on n'airô poin D'autre soin Que d'être saige...

Mai foi ! lai ville an airô gran bezoin !

NOEI 111

su l'ak : Bannissons lu mélancolie, aie.

Vo troqué le séjor des Ainge, Anpor quoi? ç'àt anpor eine graingo!

Le troc at étrainge.

Vos étein si bén ai vote aize.

On n'a pa ché no, Beà Dei, ne vo déplaize, Aussi bé qu'on à ché vo.

Contre vo troi faus escogrife, Troi sacar, Pîlate, Anne et Caïfe,

Plus de marchands de fdles ,

Ni plus de brelans ,

De boucans ;

Aux balayures

On jetterait les mouches et les rubans.

Au fond de nos âmes Réchauffer la vertu, Amortir les flammes De l'amour défendu, Ce serait notre ouvrage, Et l'on n'aurait point D'autre soin Que d'être sage...

Ma foi ! la ville en aurait grand besoin !

NOËL III

sur l'air: Bannissons la mélancolie, etc.

Vous troquez le séjour des Anges, Contre quoi ? c'est contre une grange !

Le troc est étrange.

Vous étiez si bien à votre aise.

On n'est pas chez nous, Beau Dieu, ne vous déplaise , Aussi bien qu'on est chez vous.

. Contre vous trois faux escogriffes, Trois pendards, Pilate, Anne etCaiphe,

Eguze lo gi'ife.

Peut-on voi, sans an être greigne, Qu'ein aigneà si dou, Ignôçamman s'en veigne Bôtre ai lai gorge du lou?

J'ai von fai dé faute si Iode, Et potan vote miséricode

Su no se débode !

Lai bontai don vote ame à pléne Ne réparme pa Jeusqu'au san de vo véne, Et le tô po dés ingra !

NOEI IV

su l'ar : Tranquilles cœurs, elc.

Lor que, po no révigôtai, Jésu prin naissance su tarre ?

Dite-me voai, anfan gâtai, An quei leù ç'à qu'ai lai vin parre?

Ce ne fu pa dezô ein suparbe lambri ; Ce fu dan ein taudi.

Le pôvre geite que c'étô !

Deu béte y éborgein ai pone, L'éne de longue oraille aivô , Et l'autre aivô de longue cône.

Vêlai le bel androi voù s'a venun plantai Sa daigne Maj estai !

Aiguisent leurs griffes.

Peut-on voir, sans en être triste,

Qu'un agneau si doux ,

Innocemment s'en vienne

Mettre à la gorge du loup?

Nous avons fait des fautes si lourdes, Et pourtant votre miséricorde

Sur nous se déborde ! La bonté dont votre âme est pleine N'épargne pas Jusqu'au sang de vos veines, Et le tout pour des ingrats?

NOËL IV

sur l'aib : Tranquilles cœurs, etc.

Lorsque, pour nous ravigoter, Jésus prit naissance sur terre, Dites-moi voir, enfants gâtés, En quel lieu c'est qu'il la vint prendre? Ce ne fut pas dessous un superbe lambris ; Ce fut dans un taudis.

Le pauvre gîte que c'était !

Deux bêtes y logeaient à peine.

L'un de longues oreilles avait, Et l'autre avait de longues cornes.

Voilà le bel endroit où s'est venu planter Sa digne Majesté !

Ene piarre fut son coussin, Ein bôteà de foin son oùaîte.

Tô dogne que se mambre étein, Ene creiche fu sai couchaite.

Aivô-t-i come vo, Quieitiste nôveà Tan de soin de sai peà?

Né po lai Croi, né po sôfri, El y meur an poyan no daite :

Vos autre meure san meuri , Antre lé brai de vo parfaite.

Lu por se ranfraichi n'é que du chicotin Vo que du Cham-Batin !

NOEI V

su l'au : De Joconde.

Adam nos aivô mâcherai ;

J'aivein l'ame si noire, Qu'i n'étein pa daigne d'antrai

Dan lai moison de gloire.

Je ressanblein, enfan maudi,

Ai dé groin d'écraimore ; Ma, graice ai Jésu, no vequi

Tretô nai come un vore .

C'a vote mor, beà sire Dei , Qui met l'home ai l'essôte;

Aussi tôjor, devé Noei , Je pleure ai grosse gôte.

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