‹ Les noels bourguignons de Bernard de La Monnoye (Gui-Barôzay) suivis des noels maconnais du p. Lhuillier (le parrain Bliaise), publiés pour la premìere fois avec une traduction littérale en regard du texte patois, précédés de notices sur La Monnoye et Lhuilier [et] suivis d'un coup d'oeil sur les noëls en BourgogneChapitre 44 sur 92 · LES \OELS BOURGUIGNONS · texte numérisé non relu

LES \OELS BOURGUIGNONS

Une pierre fut son coussin, Une botte de foin son ouate.

Tout sensibles que ses membres étaient , Une crèche fut sa couchette.

Avait-il comme vous, Quiétistes nouveaux, Tant de soin de sa peau ?

Né pour la Croix, né pour souffrir, Il y meurt en payant nos dettes :

Tous autres mourez sans mourir Entre les bras de vos parfaites.

Lui pour se rafraîchir n'a que du chicotin , Vous que du Chambertin !

NOËL V

sur l'air : De Joconde.

Adam nous avait màchurés;

Nous avions l'âme si noire, Que nous n'étions pas dignes d'entrer

Dans la maison de gloire. Nous ressemblions, enfants maudits,

A des groins d'écumoire; Mais, grâce à Jésus, nous voilà

Tous nets comme un verre.

C'est votre mort, beau sire Dieu ,

Qui met l'homme à l'abri ; Aussi toujours devers Noël ,

Je pleure à grosses gouttes.

Quant i songe, ai taule éssetai An maingean de lai foisse,

Qu'éne pome vos é coûtai Mointe poire d'angoisse.

Pandan lai froidure, en ein coin De grainge délaibrée,

Vo no vené voi su du foin :

Dieu! quei branne d'antrée !

An Croi, le de tô déchiré , Le fron bodai d'otie,

Antre deu brigan vo meure ; Quei branne de sotie !

NOEI VI

su l'ab de l'ôvature de bélérôfon.

Lucifar N'a pa si gran clar Qu'on panseroo.

El à si béte qu'ai croyoo Que Dei varoo An grant éproo ; Qu'ai poteroo Et l'or et lai soo ; Que le moindre roo

Qui vireroo Su se lochefroo, Sera dé geleignôte de boo

Quand je songe, à table assis ,

En mangeant de la fouace, Qu'une pomme vous a coûté

Mainte poire d'angoisse.

Pendant la froidure, en un coin

De grange délabrée , Vous nous venez voir sur du foin ;

Dieu! quel branle d'entrée !

En Croix, le dos tout déchiré,

Le front bordé d'orties, Entre deux brigands vous mourez :

Quel branle de sortie !

NOËL VI

SUR l'air de l'ouverture de bellérophon.

Lucifer N'est pas si grand clerc Qu'on penserait.

Il est si bête qu'il croyait Que Dieu viendrait En grand apprêt ; Qu'il porterait Et l'or et la soie ; Que le moindre rôt Qui tournerait Sur ses lèchefrites , Serait des gelinottes des bois.

De tô loin qu'ai vi Baltazar, Melkior, Gaspar, Épotai lo prezan É genon d'un chetit Anfan , Qui grullô, qui claqué dé dan,

Ai se môqui de lor, Dizan : « Vêlai de gran butor ; Un garcenô San baibillô, Un hairai de gredin É bé lai meigne d'un Daufin ! »

Ma quan Dei , lassai de se caiché , S'ambruï de proche , Que su le mon Talbor en l'ar, Ai reluzi corne ein quelar ; Qu'ai redreussi lé billar, Fi voi lés éveugle clar :

Le Diàle, Émorvaillai De tô celai , Santi que son cà étô sale, Et vite , au fin fon d'Anfar, Cori , san dire mô, se meussai tô camar.

Le Diale, ... au fin fon d'Anfar Cori , san dire mù, se meussai lo camar. (Page 112.)

Page 1