LES \OELS BOURGUIGNONS
Une pierre fut son coussin, Une botte de foin son ouate.
Tout sensibles que ses membres étaient , Une crèche fut sa couchette.
Avait-il comme vous, Quiétistes nouveaux, Tant de soin de sa peau ?
Né pour la Croix, né pour souffrir, Il y meurt en payant nos dettes :
Tous autres mourez sans mourir Entre les bras de vos parfaites.
Lui pour se rafraîchir n'a que du chicotin , Vous que du Chambertin !
NOËL V
sur l'air : De Joconde.
Adam nous avait màchurés;
Nous avions l'âme si noire, Que nous n'étions pas dignes d'entrer
Dans la maison de gloire. Nous ressemblions, enfants maudits,
A des groins d'écumoire; Mais, grâce à Jésus, nous voilà
Tous nets comme un verre.
C'est votre mort, beau sire Dieu ,
Qui met l'homme à l'abri ; Aussi toujours devers Noël ,
Je pleure à grosses gouttes.
Quant i songe, ai taule éssetai An maingean de lai foisse,
Qu'éne pome vos é coûtai Mointe poire d'angoisse.
Pandan lai froidure, en ein coin De grainge délaibrée,
Vo no vené voi su du foin :
Dieu! quei branne d'antrée !
An Croi, le de tô déchiré , Le fron bodai d'otie,
Antre deu brigan vo meure ; Quei branne de sotie !
NOEI VI
su l'ab de l'ôvature de bélérôfon.
Lucifar N'a pa si gran clar Qu'on panseroo.
El à si béte qu'ai croyoo Que Dei varoo An grant éproo ; Qu'ai poteroo Et l'or et lai soo ; Que le moindre roo
Qui vireroo Su se lochefroo, Sera dé geleignôte de boo
Quand je songe, à table assis ,
En mangeant de la fouace, Qu'une pomme vous a coûté
Mainte poire d'angoisse.
Pendant la froidure, en un coin
De grange délabrée , Vous nous venez voir sur du foin ;
Dieu! quel branle d'entrée !
En Croix, le dos tout déchiré,
Le front bordé d'orties, Entre deux brigands vous mourez :
Quel branle de sortie !
NOËL VI
SUR l'air de l'ouverture de bellérophon.
Lucifer N'est pas si grand clerc Qu'on penserait.
Il est si bête qu'il croyait Que Dieu viendrait En grand apprêt ; Qu'il porterait Et l'or et la soie ; Que le moindre rôt Qui tournerait Sur ses lèchefrites , Serait des gelinottes des bois.
De tô loin qu'ai vi Baltazar, Melkior, Gaspar, Épotai lo prezan É genon d'un chetit Anfan , Qui grullô, qui claqué dé dan,
Ai se môqui de lor, Dizan : « Vêlai de gran butor ; Un garcenô San baibillô, Un hairai de gredin É bé lai meigne d'un Daufin ! »
Ma quan Dei , lassai de se caiché , S'ambruï de proche , Que su le mon Talbor en l'ar, Ai reluzi corne ein quelar ; Qu'ai redreussi lé billar, Fi voi lés éveugle clar :
Le Diàle, Émorvaillai De tô celai , Santi que son cà étô sale, Et vite , au fin fon d'Anfar, Cori , san dire mô, se meussai tô camar.
Le Diale, ... au fin fon d'Anfar Cori , san dire mù, se meussai lo camar. (Page 112.)