EN FRANÇAIS
EN BOURGUIGNON sur l'air dc grand ballet du roi : Ami, voici, etc.
L'Été, tout couvert de l'or de ses javelles, S'estime la plus belte Entre les quatre Saisons :
L'Été n'a pas raison.
118 LA MONNUYU.
Le Printam var et gai Cueùde, an vatu dé fleur du moi de mai , Être pu beà que l'Étai.
L'Autonne s'imageigne Que ran n'a tei que se veigne ; Ma lllyvar Sôtén , maugrai sai noge et se brouillai1, Quétan lai Saizon de lai Naitivitai, Su lu , po lai beàtai , Le Printam , l'Étai , ni l'Autonne, Mazeù ne porron l'ampotai.
NOEI X
se l'ar : A la venue de Noël.
Vé Jésu tô tan que je son, An l'école alon jeune et vieu ; Ai vén po premeire leçon No montrai lai Croi-de-pa-Dieu.
Dedan son É taule éssemblai , J'étudiron note Credo.
L'àne que je trouveron lai A possible àne moin que no.
Le bon Jésu nos instruré.
J'airon dés example, ai fau voi ; Ma, loin de lé seùgre, i crain bé Que je n'alein tô de guinguoi.
Le Printemps vert et gai Pense , en vertu des fleurs du moi de mai , Être plus beau que l'Été.
L'Automne s'imagine Que rien n'est tel que ses vignes ; Mais l'Hiver Soutient, malgré sa neige et ses brouillards, Qu'étant la Saison de la Nativité , Sur lui , pour la beauté, Le Printemps, l'Été, ni l'Automne, Désormais ne pourront l'emporter.
NOELX
sur l'àih : A la venue de Noël.
Vers Jésus tous tant que nous sommes, A l'école allons jeunes et vieux ; Il vient pour première leçon Nous montrer la Croix-de-par-Dieu.
Dans son Ëtable assemblés Nous étudierons notre Credo.
L'âne que nous trouverons là Est possible âne moins que nous.
Le bon Jésus nous instruira.
Nous aurons des exemples, il faut voir Mais, loin de les suivre, je crains bien Que nous n'allions tout de travers.
Lai cave seré le santei Q'anfîlleron pu dé deu tier.
Ancor si j'alein au grenei , Ce sorô le chemin du Cier !
Étudiron-je don torjù San que j'épreiiein jamoi ran?
Celai san l'école pu tô D'Aneire que de Betléam.
Po le moin ne ressemblon pa É Jui , ces écôlié maudi :
Ce fu dé treite, dés ingra Ai lotemoitre Jésu-Chri.
Ai li fire au vrai ce qu'on voi Qu'an figure fon ces anfan r Qu'on no dépain baillan le foi Dan lai classe ai lote réjam
Ai ne tenu qu'au Fi de Dei , Yarge an main de se revainché.
N'étrilli-t-i pa lé morcei Qui fezein du Tample ein marché ?
Ancor qu'ai foite bén anvi , Regadon se varge an respai ; Le vingnaigre qu'on li sarvi Li sar petétre ai lé trampai.
La cave sera le sentier Qu'enfileront plus de deux tiers.
Encor si nous allions au grenier, Ce serait le chemin du Ciel !
Étudierons-nous donc toujours Sans que nous apprenions jamais rien ?
Cela sent l'école plutôt D'Anières que de Bethléem.
Pour le moins ne ressemblons pas Aux Juifs, ces écoliers maudits :
Ce furent des traîtres, des ingrats A leur maître Jésus-Christ .
Ils lui firent au vrai ce qu'on voit Qu'en figure font ces enfants, Qu'on nous dépeint donnant le fouet Dans la classe à leur régent.
Il ne tenait qu'au fils de Dieu , Verges en main, de se revancher.
N'étrilla-t-il pas les marchands Qui faisaient du Temple un marché ?
Encore qu'il fouette bien malgré lui , Regardons ses verges en respect ; Le vinaigre qu'on lui servit Lui sert peut-être à les tremper.
ISS LA MONNOYK.
NOEI XI
su l'ar : Du Poulailler de Pantoise.
Lor qu'an lai saizon qu'ai jaule, Au monde Jésu-Chri vin , L'àne et le beu l'échautin De lo sôtle dan l'Étaule...
Que d'àne et de beu je sai , Dan ce royaume de Gaule , Que d'àne et de beu je sai Qui n'an airein pa tan fai !
On di que ce pôvre béte N'ure pas vu le Pôpon , Qu'elle se mire ai genon , Humbleman boissan lai tête...
Que d'àne et de beu je sai , Qui po tô se fou de fête , Que d'àne et de beu je sai Qui n'an airein pa tan fai !
Ma le pu beà de l'histoire , Ce fu que l'àne et le beu Ansin passire tô deu Lai neù san maingé ni boire.. .
Que d'àne et de beu je sai , Couvar de pane et de moire.
Que d'àne et de beu je sai Qui n'an airein pa tan fai !
./.aeht : XAMJ
Qu'elle su mire ;ii geaon .
Humbleman boissan lai i'-i< Que d'âne el de beu je sai Qui n'an airein pa lan l*ai ; Paae 122
NOËL XI
sur l'air : Du Poulailler de Pontoise.
Lorsqu'on la saison qu'il gèle, Au monde Jésus-Christ vint , L'àne et le bœuf réchauffaient De leur souffle dans l'Étable...
Que d'ânes et de bœufs je sais Dans ce royaume de Gaule , Que d'ànes et de bœufs je sais Qui n'en auraient pas tant fait !
On dit que ces pauvres bêtes N'eurent pas vu le Poupon, Qu'elles se mirent à genoux , Humblement baissant la tête...
Que d'ânes et de bœufs je sais, Qui pour tout se font de fête , Que d'ânes et de bœufs je sais Qui n'en auraient pas tant fait !
Mais le plus beau de l'histoire , Ce fut que l'âne et le bœuf Ainsi passèrent tous deux La nuit sans manger ni boire...
Que d'&aes et de bœufs je sais , Couverts de panne et de moire, Que d'ânes et de bœufs je sais Qui n'en auraient pas tant fait !
l-i LA MONNOYË.
NOEI XII
su l'au : Pierre Bagnolet, etc.
Tô lés an quan Noei s'éprôche, Saigneur, i panse an vo boutai ; Ma si le sôveni m'an tâche, Ai fau vo dire an véritai , D'autre coûtai , d'autre coûtai , Qu'an moime tam i me reproche L'odon de no méchancetai.
Vo fire l'home ai vote imaige; Vo le mire an ein Pairaidi. Dan ce leù , s'ai feusse étai saige, Ai l'aise ai peuvô s'ébaudi :
Ma l'étodi , ma l'étodi Y fi bé tô si beà manaige Qu'an se padan ai no padi.
Por trô se fié, le bon-home, Ai lai compaigne de son lei , Sai gueule d'un morceà de pome Ampoizeni le monde antei.
Le pautenei , le pautenei An eelai no montre bé corne Ce n'étô ran qu'ein vrai fannei.
San vote cher Fi nos airein-je Pu relevai d'un tei sargô?
Que je vo devon de loùainge
NOËL XII
sur l'air : Pierre Bagnolet , etc.
Tous les ans quand Noël s'approche, Seigneur, je pense à vos bontés; Mais si le souvenir m'en touche, Il faut vous dire en vérité, D'autre côté, d'autre côté, Qu'en même temps je me reproche Le tas d'ordures de nos méchancetés.
Vous fîtes l'homme à votre image ; Vous le mîtes en un Paradis.
Dans ce lieu, s'il eût été sage, A l'aise il pouvait s'ébaudir :
Mais l'étourdi , mais l'étourdi Y fît bientôt si beau ménage, Qu'en se perdant il nous perdit.
Pour trop se fier, le bonhomme,
A la compagne de son lit ,
Sa gueule d'un morceau de pomme
Empoisonna le monde entier.
Le sans-cœur, le sans-cœur
En cela nous montre bien comme
Ce n'était rien qu'un vrai mari-idolâtre.
Sans votre cher Fils nous aurions-nous
Pu relever d'un tel cahot?
Que nous vous devons de louanges
D'aivoi fai po no ce gran cô !
N'à-ce pa trô? n'à-ce pa trô?
Si lai méfaiture at étrainge, Le remeide l'a bén aitô.
Cepandan, aipré ce sarvice, Le monde à tô comme el été.
Ce n'a tô po tô qu'injeustice, Lé peti son maingé dé grô.
Le pu dévo, le pu dévo Forre son prepoin de maglice.
Le motei san tôjor lés au.
Renevei , gaibelou no ronge, Qui n'on soin que d'ampli lo sai ; Je son lo moisson , lo vencnge.
Que sar, quant ai nos on seuçai , De lé pressai? de lé pressai?
Éne gôte de tan d'éplonge Retumbe-t-elle an no goussai?
Traison régne san vargogne,
Loyautai n'é ni feù ni leù.
Biaise à reufien, Piarre àt ivrogne,
Alizon passe dan le jeu
Tôte lai neù , tôte lai neù ,
Et l'on trôve dan lai Bregogne
Dé Boivau femelle aujodeù.
Pandan l'Aivan poin de retraite, Ni pandan lai moigre saison ;
D'avoir fait pour nous ce grand coup ! N'est-ce pas trop? n'est-ce pas trop?
Si la faute est étrange, Le remède l'est bien aussi.
Cependant, après ce service, Le monde est tout comme il était.
Ce n'est tout partout qu'injustice ; Les petits sont mangés des gros.
Le plus dévot , le plus dévot Fourre son pourpoint de malice.
Le mortier sent toujours les aulx.
Usuriers, gabeleurs nous rongent,
Qui n'ont soin que d'emplir leur sac ;
Nous sommes leur moisson, leur vendange.
Que sert, quand ils nous ont sucés,
De les presser? de les presser?
Une goutte de tant d'épongés
Retombe- t-elle en nos goussets?
Trahison règne sans vergogne,
Loyauté n'a ni feu ni lieu.
Blaize estrufian, Pierre est ivrogne,
Alizon passe dans le jeu
Toute la nuit, tout la nuit,
Et l'on trouve dans la Bourgogne
Des Boivault femelles aujourd'hui.
Pendant l'Avent point de retraite, Ni pendant la maigre saison ;
Si tù que lui putie à fuite, On luisse lui peire Simon ; El à trô Ion , el à trô Ion.
Moin dure éne heure de Bussette Qu'eue mignute de Sermon.
Lés urne é bone euvre son mote, On luisse le Cier un dézur.
Un pecavi de bone sote Busterô po le rundre ôvur.
Le tum se pur, le tum se pur.
El ut uizé d'ôvri lui pote, On ne veu pu tènui lui clur.
Grun Dei ! si, corne i le désire, J'untre ein jor un vote Cheiteà , Je n'y voirui qu'or et purfire, Riche tuipi , riche treiteà , Run que de beà, run que de beà.
Mu purmetté-moi de vo dire Que vos uiré trô d'escuibeà.
NOEI XIII
su l'ar : Xos Pèlerines, etc.
Jésu vén , trezelon sui fête ; Po no, dé sui Creiche, ui s'épréte Ai combuitre troi fausse béte :
Le Monde, lui Char et Sutan .
Sitôt que la partie est faite , On laisse là père Simon ; Il est trop long, il est trop long.
Moins dure une heure de Bassette Qu'une minute de Sermon.
Les âmes aux bonnes œuvres sont mortes,
On laisse le Ciel en désert.
Un peccavi de bonne sorte
Suffirait pour le rendre ouvert.
Le temps se perd , le temps se perd.
Il est aisé d'ouvrir la porte,
On ne veut pas tourner la clef.
Grand Dieu ! si , comme je le désire, J'entre un jour en votre Château , Je n'y verrai qu'or et porphyre, Riches tapis, riches tréteaux, Rien que de beau , rien que de beau .
Mais permettez-moi de vous dire, Que vous aurez trop d'escabeaux.
NOËL XIII
sdr l'air : Nos Pèlerines, etc.
Jésus vient, carillonnons sa fête ; Pour nous, de sa Crèche, il s'apprête A combattre trois fausses bêtes :
Le Monde, la Chair, et Satan.
Je n'airein pu lo faire tête ; Ai no menein tambor baitan.
Ai fraipein d'estoc et de taille; Ma Jésu, qui po no chamaille, Aujodeù tei senau lo baille Qu'el an on tô troi le virô.
San sué darré lés oraille, Le Pôpon triomfle au maillô.
Féte-Dei ! lai détraipe à belle !
Vêlai lés Ainge ai tire-d'aile Qui core an contai lai nôvelle Po lés écraigne d'ailantor.
Lés un chante lai Peronelle , Et lés autre seune du cor.
Laborei , borgei , paule-maule Se frogne d'aize lés épaule ; Mashuan , qu'ai vante , qu'ai graule, Poin de sôci , poin de quezan.
Tretô von gai dedan l'É taule Faire au Petignô lo prezan.
Tei le côvre de sai jaicôte, Tei , por échaufai lai chambrôte, Pote aivô lu dés élemôte, Dé cheneveiiille, dés arseà.
C'étô lai dé prezan d'anôte.
J'an veci qui fure pu beà.
LISSON GOTTAPCV
Vêlai lès Aingc ai lire-d'aile Qui core an coulai lai novelle Po les écraigne tl ailantor.
l'âge 130.
Nous n'aurions pu leur faire tête; Elles nous menaient tambour battant.
Elles frappaient d'estoc et de taille; Mais Jésus, qui pour nous chamaille , Aujourd'hui tels coups de poing leur donne Qu'elles en ont toutes trois le vertige. Sans suer derrière les oreilles, Le Poupon triomphe au maillot.
Fête-Dieu ! la délivrance est belle !
Voilà les Anges à tire d'aile
Qui courent en conter la nouvelle
Par les taudis d'alentour.
Les uns chantent la Perronnelle,
Et les autres sonnent du cor.
Laboureurs, bergers, pêle-mêle Se remuent d'aise les épaules ; Désormais qu'il vente, qu'il grêle, Point de souci , point d'inquiétude.
Tous vont gais dans l'Étable Faire au Tout-Petit leurs présents.
Tel le couvre de sa jaquette , Tel , pour échauffer la chambrette, Porte avec lui des allumettes, Des chenevottes, descharbonnets.
C'était là des présents de rien.
En voici qui furent plus beaux.
132 LA MONNOYlï.
Lé Maige su lo dremedaire Potire ai l'Anfan débonaire Or, ançan, myére, po li plaire.
Que de jan tô pô tô je voi , Qui , san demandai tan d'aifaire, Serein contan d'éne dé troi !
SEUTE DÉ NOEI
ne lai Roulôte et du TillA.
NOEI I
su l'ar : // était une brunette, qui tant belle était
Veci le sain tam, mé fraire,
Que le bon Jésu , Au monde vin po l'aifaire,
De note salu , De note salu , mé fraire,
De note salu.
Ai veli corne nos autre
Aivoi le né fai , Lé main ansin que lé notre
Au bou de se brai , Au bou de se brai , mé fraire,
Au bou de se brai.
Les Mages sur leurs dromadaires Portèrent à l'Enfant débonnaire Or, encens, myrrhe, pour lui plaire.
Que de gens tout partout je vois, Qui , sans demander tant d'affaires, Seraient contents d'une des trois !